Cultures

Publié le 12/12/2020

Le ministre de l'Agriculture a annoncé le 3 décembre, des moyens inédits pour engager le renouvellement forestier. Il devrait inciter les propriétaires forestiers à adapter leurs forêts ou améliorer leur contribution à l’atténuation du changement climatique.

Dans cette perspective, le ministère lance un appel à manifestation d’intérêt (AMI) visant à identifier/démarcher/conseiller et susciter l’adhésion des propriétaires forestiers, regrouper les dossiers de ces propriétaires avant instruction ; et « sécuriser la mise en œuvre de ces opérations sylvicoles dans des conditions garantissant la qualité des prestations fournies et le respect des délais prescrits ». Le renouvellement forestier vise 80 % de reconstitution des forêts dépérissantes, notamment dans le cadre de la crise des scolytes, et 60 % de renouvellement de forêts vulnérables au changement climatique pour améliorer leur contribution à l’atténuation du changement climatique, par la diversification des essences. Le ministère a souhaité un accès aux aides administrativement simplifié : pas de seuil minimum d’éligibilité en surface, paiement des aides sur la base de montants forfaitaires à l’hectare, et en s’appuyant sur des justificatifs déjà existants. Les opérateurs éligibles sont invités à déposer leur dossier complet avant le 7 janvier 2021, sous forme électronique, auprès de la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DRAAF) de leur région.    

Alphonse Acker à Weyersheim

Généreux et protecteurs

Publié le 11/12/2020

Après quelques semaines d’incertitude quant à la possibilité d’écouler ses sapins, Alphonse Acker, producteur à Weyersheim, met les bouchées doubles pour satisfaire une demande qui ne faiblit pas.

Au nord-ouest de Weyersheim, en contrebas de la ligne de chemin de fer, cinq saisonniers enchaînent les coupes. Tantôt un épicéa, tantôt un sapin bleu. Pas de répit ce premier mercredi après-midi de l’Avent, car il faut se préparer pour les ventes du week-end. « Pour certaines variétés, c’est important de laisser le sapin reposer trois jours pour qu’il se dégazéifie. Si on le met tout de suite dans une pièce chaude, il va perdre ses aiguilles », explique Alphonse Acker, le chef d’orchestre. Une fois coupés, les sapins sont nettoyés de leurs épines rouillées, au niveau du tronc, en attendant leur heure de gloire. « Cette année, les pungens (ou sapins bleus) sont particulièrement beaux. Ils poussent bien dans cette zone humide. En plus, leurs branches ne fléchissent pas facilement, et il a une certaine odeur. Je le préconise », lance ce producteur qui évalue à sept ou huit années de travail pour que cette espèce atteigne 2 m de haut. Ce dernier rappelle toutefois que si le cœur d’un acheteur penche pour un sapin bleu, une variété qui peut tenir jusqu’à Pâques, mieux vaut le décorer rapidement, car en quelques heures, au contact de la chaleur, ses aiguilles piquent plus. Un peu plus à l’est du village, sur une autre partie de ses 7 ha, Alphonse a aussi commencé à couper des nordmann mais il attend un bon coup de gel pour les honorer davantage. « Nous avons eu une nuit à -3 °C, mais cela ne suffit pas. Il en faut plusieurs d’affilée pour que la sève descende et éviter qu’ils ne dessèchent trop vite dans les maisons », précise-t-il. Une année à surprises Finalement, cette saison est presque normale pour ses sapins qui se jouent du confinement. Alphonse Acker en plante en moyenne entre 9 000 et 10 000 par hectare. Le 2 novembre, le producteur a livré ses premiers arbres aux neuf communes des alentours qui le sollicitent, « même si elles décorent un peu moins cette année », note-t-il. Le décret du 20 novembre l’a rassuré, et il a ainsi pu aménager son aire de vente, le long de la route principale. De quoi conclure sans trop de frayeurs cette année pour le moins surprenante. Si ce retraité actif de 71 ans passe le reste de son temps à bichonner ses plants ou à éclaircir ses parcelles avec son micro-tracteur doté d’un gyrobroyeur, les conditions météorologiques ont quelque peu bouleversé ses habitudes. « En mai d’abord, quand je me suis fait avoir par une gelée tardive qui a touché des sapins que j’avais plantés voilà un ou deux ans, mais ils savent se défendre tout seuls et rebourgeonnent déjà », rassure Alphonse Acker. Vers une meilleure année ? L’été et son soleil puissant ont quant à eux retardé l’étiquetage des sapins, en fonction de leur qualité : rouge pour le premier choix, orange pour le second. « Comme je dois évaluer la couleur de l’aiguille et la silhouette en août, j’étais trop ébloui et j’ai dû attendre octobre », se souvient l’expert qui n’avait jamais connu cela en 40 ans d’exercice. Tout a finalement été étiqueté à temps pour permettre aux saisonniers de couper les bons arbres. Une précaution importante car, depuis le 25 novembre, chaque jour, la centaine de sapins proposée à la vente doit être réapprovisionnée. « J’ai l’impression que les gens sont venus plus tôt que d’habitude. Peut-être voulaient-ils s’occuper pendant le confinement », émet l’épouse d’Alphonse, Fernande, qui accueille les particuliers. À en juger par la fréquentation de leur magasin éphémère, le couple se demande même si le bilan de la saison ne sera pas meilleur que d’autres années, « surtout si les grandes enseignes ne peuvent pas toutes mettre en place leurs offres de sapins contre des bons d’achat », remarque Alphonse Acker. Pour éviter les attroupements, la famille Acker a cependant renoncé à une tradition chère : afficher sur le chalet de vente la légende alsacienne du sapin protecteur. Dans cette histoire, à l’approche de Noël, un petit oiseau ne parvient pas à s’envoler vers les pays chauds, son aile étant brisée. Il cherche refuge sur un gros chêne qui le rejette, par peur de voir tous ses glands dévorés. Même réaction égoïste de la part du hêtre, puis du bouleau. Le sapin recueille le petit oiseau. La veille de Noël, un vent terrible souffle dans la forêt. Tous les arbres perdent leurs feuilles, sauf le sapin, qui reste vert car il avait accueilli le petit oiseau. Les Acker en sont persuadés, cette année, encore plus que d’habitude, le sapin guérira les âmes blessées.

Publié le 03/12/2020

Ça fait quoi de se convertir à l’agriculture biologique quand on est producteur de céréales ? Est-ce accessible techniquement et viable financièrement ? Les exploitants de la ferme Pflieger, à Spechbach-le-Bas, certifiée bio depuis 2011, ont répondu positivement à ces questions le 20 novembre, lors d’une réunion organisée dans le cadre du Mois de la bio.

Si les conversions vers le bio ont le vent en poupe chez les viticulteurs, maraîchers ou arboriculteurs alsaciens, on ne peut pas en dire autant pour les céréaliers. La principale filière agricole du Bas-Rhin et du Haut-Rhin est un peu à la traîne en la matière. Sur les 968 fermes engagées en bio en Alsace en 2019, seules 260 étaient identifiées en grandes cultures. À titre de comparaison, plus de 30 % des domaines viticoles alsaciens sont désormais labellisés bio. Certains secteurs, à l’image du Sundgau, sont encore moins sensibles à l’argument « bio » pour les grandes cultures. Pour Benoît Gassmann, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace, ce désintérêt relatif pourrait s’expliquer notamment par le manque de rentabilité au regard du travail investi comparé à une filière maïsicole très compétitive en la matière. Mais cette idée s’appuie-t-elle sur des faits et observations tangibles, ou s’agit-il d’un a priori tenace ? Se convertir à la grande culture bio est-il réellement un pari risqué ou est-ce une voie d’avenir ? Des interrogations qui ont été abordées sans langue de bois le 20 novembre à la ferme Pflieger, à Spechbach-le-Bas. Un « bon prix » avant tout José Pflieger s’est installé en 1989 sur 25 ha. Il a converti intégralement l’exploitation en bio en 2011. Celle-ci est spécialisée dans l’élevage de volailles et, depuis 2014 et l’installation de son fils Jérémy, dans la production de frites fraîches. Tout est commercialisé en circuits courts. La conversion au bio a été motivée par les demandes des consommateurs, désireux d’avoir des produits encore plus « engagés » envers l’environnement et le bien-être animal. Après avoir effectué une étude économique approfondie d’une telle démarche, ils ont décidé de franchir le pas. En 2020, ils ont pu passer à l’étape supérieure en s’associant avec Joseph Frick, un agriculteur d’une commune voisine. Grâce à ce nouveau partenariat, la SAU de la ferme Pflieger passe à 55 ha, et avec elle la possibilité de devenir autonome dans l’alimentation des volailles. Avec un impératif cependant : que la marge brute à l’hectare de ses cultures céréalières soit suffisamment élevées pour couvrir les importantes charges de la structure. « Il nous faut de la valeur ajoutée, du rendement et un bon prix », estime Jérémy Pflieger. Il faut donc bien réfléchir aux céréales que l’on choisit afin d’en tirer le maximum de bénéfices. « Dans notre rotation, on était parti sur une culture de printemps alternée avec une culture d’automne avec des légumineuses entre elles. C’est pour cela qu’on avait opté pour une rotation à base de féverole, soja, lentille, blé ou triticale. La marge économique était intéressante même si nous n’avons produit que huit quintaux de féverole sur neuf hectares. Heureusement, on a pu compenser avec nos cinquante quintaux de blé meunier. »     Publiée par Ferme Pflieger sur Vendredi 4 septembre 2020   Pas de temps à perdre Dans sa SAU 2020, la ferme Pflieger avait aussi 5 ha de maïs. Si les rendements ont été plutôt bons (74 quintaux), la culture va être arrêtée au profit du soja. « Le problème avec le maïs, c’est qu’il faut le semer tard si on veut qu’il soit propre. Mais dans ce cas, on s’expose aussi plus aux risques liés aux corbeaux. Certes, il n’y en a pas partout, mais c’est très pénible quand on est concerné. Et je ne peux pas perdre de temps à m’occuper de ça et solliciter les chasseurs pour qu’ils aillent s’en occuper. » Jérémy entend bien se simplifier la vie au maximum. Pour sa prochaine rotation, il a opté pour une culture d’hiver suivie d’une culture de printemps pour « casser le cycle des mauvaises herbes » et s’offrir une « meilleure répartition » du temps de travail. Au programme : un blé meunier fauché en juillet, un déchaumage, une Cipan, un labour et un soja. La pomme de terre pourra remplacer le blé dans cette rotation en fonction de la nature du sol. La lentille auparavant cultivée sur 13 ha sera mise en suspens pendant un, voire deux ans, le temps d’écouler les stocks déjà produits. Il est par contre réellement convaincu par la pertinence du blé, une culture qu’il n’avait pas auparavant, mais qui possède un « fort potentiel » en bio, sans aucun produit phyto à appliquer. Benoît Gassmann confirme : « Les blés améliorants sont très demandés par les meuniers. C’est un marché haut de gamme, qualitatif, aux prix très élevés. » Ce qui répond aux interrogations de certains agriculteurs présents dans l’assemblée : quid du prix en bio ? « Pour l’instant, ils sont toujours au plus haut. Il y a de plus en plus de filières qui se créent, et l’offre manque, notamment en blé panifiable », continue le conseiller de la Chambre d'agriculture. Une « certaine fierté » à produire bio Financièrement, Jérémy Pflieger reconnaît qu’il n’a pas à se plaindre. Sur sa dernière récolte, il a fait une marge de 1 305 euros/ha en triticale, 1 140 euros/ha en maïs et 1 432 euros/ha en soja. Et pour lui, ces chiffres n’ont absolument rien d’exceptionnel. « Ce qu’on fait, tout le monde peut le faire. Nous travaillons sur des terres fertiles du Sundgau, comme tant d’autres agriculteurs. Et surtout, on gagne mieux alors que la charge de travail n’a pas augmenté de manière exponentielle, contrairement à ce qu’on pourrait croire. Bien sûr, il y a parfois de mauvaises surprises comme la féverole cette année. Mais à chaque fois, on apprend. Rien n’est figé. » Il ressort aussi de ces premières années en bio une réelle « satisfaction » du travail accompli. « Techniquement, le bio reste plus compliqué que le conventionnel. Forcément, quand on réussit à faire 50 quintaux en blé avec 12 ou 13 % de protéines, ou 30 tonnes de pommes de terre à l’hectare, on en retire une certaine fierté. » Aux yeux du jeune agriculteur, il n’y a plus vraiment de frein aujourd’hui à se lancer en bio quand on est céréalier : la demande est forte, il existe beaucoup de documentation et de personnes-ressources sur les sujets, et les filières sont de plus en plus structurées en aval. « On a quand même la chance que nos coopératives et négociants proposent aujourd’hui la collecte et la commercialisation de céréales bio. Ce sont des structures fiables, qui ont le sens des responsabilités », fait-il valoir. Dans son cas, la production qui ne sert pas à l’alimentation des volailles est valorisée auprès de la minoterie Dornier et d’Armbruster. L’élevage « utile » mais pas indispensable Il reconnaît cependant qu’avoir un élevage à côté « facilite beaucoup de choses », notamment pour l’apport en matière organique « bio », l’un des maillons faibles de la filière. Heureusement pour les candidats à la conversion, les matières organiques issues d’élevages conventionnels sont autorisées, sauf si l’élevage est considéré comme « industriel ». « Cela pourrait ainsi être une piste de partenariat avec un éleveur conventionnel à côté de chez vous », fait remarquer Benoît Gassmann. Après, il convient de rappeler un point essentiel : ne pas fertiliser en bio comme on le ferait en conventionnel. « L’excès d’azote, c’est l’ennemi du bio. Il ne faut pas en mettre trop au risque de voir proliférer les mauvaises herbes », ajoute le conseiller de la CAA. Le passage au bio peut aussi être vu comme une « porte d’entrée » vers la diversification en créant un atelier de volailles par exemple, ou tout autre élevage. On peut aussi rester « 100 % végétal » en grandes cultures bio et avoir une entreprise qui tourne bien. Jérémy Pflieger prend l’exemple d’un ami agriculteur, résidant le Gers : 2 500 ha, sans le moindre élevage, sur des terres à faible potentiel, avec une bonne rentabilité derrière. « Il a trouvé la rotation appropriée à son exploitation. C’est un modèle différent du mien qui marche très bien. Certains font du semis direct, d’autres non. Nous, on est resté un peu plus conventionnel sur ce point et ça fonctionne bien. C’est une filière où il faut de tout, où il n’y a pas de modèle unique. Mais je pense que si on souhaite se convertir bio, il ne faut plus hésiter, notamment dans les secteurs où la qualité de l’eau est un enjeu majeur », conclut le jeune agriculteur de Spechbach-le-Bas.   Voici une vidéo, qui présente la culture de lentilles verte ?. Vous y verrez la méthode de récolte et quelques explications sur cette production avant d’être dans votre assiette ?. Publiée par Ferme Pflieger sur Mercredi 7 août 2019  

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