Cultures

Coopérative Agricole de Céréales

La valeur ajoutée comme leitmotiv

Publié le 31/03/2021

Pour la Coopérative agricole de céréales, la crise sanitaire n’empêche pas de se projeter dans l’avenir. Après une année chahutée par le Covid-19, mais tout de même très bonne en termes de résultats, les regards sont tournés vers les solutions qui seront les plus à même d’apporter de la valeur ajoutée aux associés coopérateurs.

S’adapter, évoluer en permanence. En 2020, la Coopérative agricole de céréales (CAC) a su rebondir et trouver des solutions pour garder le cap malgré l’épidémie de Covid-19, et maintenir les grandes orientations que le conseil d’administration avait fixées en 2018. « Dès le premier jour du confinement, nous avons fait en sorte d’assurer la sécurité de tous nos collaborateurs avec la mise en place du télétravail quand c’était possible, et de fournir en temps et en heure les produits nécessaires à nos agriculteurs », explique le président, Jean-Michel Habig. La coopérative a notamment instauré les livraisons directement dans les fermes, avec prise de rendez-vous préalable. Un service très apprécié par les agriculteurs qui a apporté davantage de « sérénité ». « C’est bien plus fluide qu’avant, tant pour l’opérateur que pour l’agriculteur. On ne peut que s’en féliciter », poursuit-il. La CAC a également été très présente pour accompagner ses clients viticulteurs et maraîchers durement impactés par la crise sanitaire. « Via nos structures dédiées Hormalys et Ampélys, on a essayé de trouver avec des solutions pour accompagner leur décalage de trésorerie. On avait la crainte que certains dévissent », indique le directeur général, Jean-Marc Schacherer. La « frustration » du numérique Si le numérique et le télétravail se sont imposés dans les habitudes de travail de la coopérative du jour au lendemain, cela n’est non plus la « panacée » reconnaît Jean-Marc Schacherer. « Certes, le télétravail et la visio nous ont permis de maintenir l’activité pendant le premier confinement. Mais au final, tout le monde en est ressorti plus fatigué. On ne sait pas travailler comme ça dans nos métiers. » Aujourd’hui, 50 % du personnel de la CAC fonctionne toujours en télétravail. Cette frustration s’est aussi fait sentir avec les membres du conseil d’administration et l’ensemble des adhérents. Pour la première fois, l’assemblée générale qui a lieu habituellement en fin d’année n’a pu se tenir en présentiel. Là encore, la visioconférence s’est imposée d’elle-même. « On a pu voter l’ensemble des résolutions, valider les comptes et renouveler une partie du conseil d’administration », se félicite Jean-Michel Habig. Néanmoins, il déplore, comme son directeur général, le manque de « chaleur » inhérent au numérique. « Pour échanger, pour partager, ce n’est pas la même chose. Il n’y a pas cette dynamique de groupe que l’on peut ressentir en présentiel. » De « nouveaux profils » à recruter Cette utilisation « forcée » du numérique a mis l’accent sur une thématique qui va devenir de plus importante dans les années à venir aux yeux de la CAC : l’intégrité des données. « Avec le développement du télétravail, c’est autant de failles potentielles pour les pirates informatiques en quête de ransomwares. Heureusement, nous n’avons eu aucun problème à déplorer à ce niveau-là. Nous étions bien préparés, ce qui nous a permis de déployer le travail à distance très rapidement et en toute sécurité. Cependant, si on veut développer une agriculture 3.0 ou 4.0 dans les années à venir, la sécurité des données va être une question cruciale. Ce qui pose la question des nouveaux profils à recruter », fait remarquer Jean-Marc Schacherer. Si l’ingénieur agronome sera toujours indispensable dans la coop de demain, le spécialiste en mathématiques le sera tout autant pour traiter les données. « C’est une compétence qui est porteuse d’emplois dans le secteur agricole. Toutes nos entreprises doivent se pencher sur cette question », estime le directeur général de la CAC. D’autres « relais de croissance » à trouver Le Big Data oui, mais avec quelles cultures ? Comme d’autres entreprises de la filière ou d’organisations professionnelles agricoles, la CAC regarde d’un œil inquiet la prochaine réforme de la Pac qui prévoit, pour l’instant, de limiter la culture principale d’une exploitation à seulement 50 % de sa SAU. « Évidemment, cela nous interpelle. Nos élus sont sensibilisés sur cette question. Mais si cela n’aboutit pas, il faut réfléchir dès maintenant à d’autres cultures créatrices de valeur pour nos adhérents. Le souci est que la rentabilité du maïs est tellement forte que c’est difficile de s’en passer, surtout dans les zones non irriguées. Pour autant, c’est notre devoir de trouver d’autres relais de croissance », estime Jean-Michel Habig. Sortir de la zone de confort ? En matière d’alternatives au maïs, la CAC apporte déjà des réponses concrètes entre le blé dur (400 ha), en partenariat avec l’entreprise Valfleuri, un tournesol semences (400 ha également) au fort potentiel de surfaces, et le soja destiné à l’alimentation humaine avec Alpro Sojinal. Des perspectives existent aussi pour le soja destiné à l’alimentation animale via Socobeval. « Au final, l’idée est d’arriver au même niveau de rémunération du maïs, même si on sait que ce n’est pas évident. Pour rivaliser avec la rentabilité de cette culture, il faut s’accrocher. Pour autant, on doit être en mesure de proposer des alternatives le jour J si la réglementation nous y oblige. Peut-être qu’on devra sortir de nos zones de confort », admet Jean-Michel Habig. Accompagner et faciliter le choix de l’assolement La question du choix de l’assolement va ainsi devenir de plus en plus déterminante pour les exploitations céréalières alsaciennes. Pour accompagner ces décisions technico-économiques fondamentales, la CAC souhaiterait amener à ses associés coopérateurs un outil numérique propre à chaque exploitation pour faire des simulations avant récolte, et des bilans après. « Pour l’instant, on peut produire autant de maïs qu’on veut, on arrivera à le vendre. Il n’y a pas d’orientation globale. Mais peut-être que demain, on sera obligé d’y aller », prévient Jean-Marc Schacherer. L’idée serait de proposer une « trajectoire numérique » sur un environnement « unique » relié aux éléments techniques et financiers de l’exploitation. Ce « gros outil d’aide à la décision » devrait voir le jour courant 2022, après deux années de développement. « On pourra ainsi amener un conseil bien plus accompagné et individualisé qu’aujourd’hui », ajoute le directeur général. La « belle réussite » Socobeval La création de valeur ajoutée si chère à la CAC passera aussi par la filière animale comme évoqué précédemment. Depuis le 10 mars 2020, la coopérative apporte une nouvelle solution à ses adhérents via le négoce en bestiaux Socobeval. Jean-Michel Habig tire un premier bilan satisfaisant de cette première année de « découverte ». « Il faut rappeler que Socobeval reste un négoce à part entière, l’esprit coopératif de la CAC en plus. Aujourd’hui, on fait 38 000 bêtes, soit 1 500 de moins qu’au moment du rachat. Avec le contexte du Covid-19, j’estime que c’est une belle réussite. Grâce aux compétences déjà en place, et celles que nous avons recrutées comme la directrice Aurélie Aubry, nous avons stabilisé l’activité et fait en sorte que les choses roulent. » Avec ce nouveau métier dans son panier, la CAC reste fidèle à sa philosophie : créer de la « valeur » pour le monde agricole. « Et apporter une réponse supplémentaire à la Pac 2023 », ajoute Jean-Michel Habig. Développer le lien entre végétal et animal Malgré les remous causés dans la filière viande par le rachat de Socobeval, la CAC n’entend pas changer sa ligne de conduite. « Nous avons beaucoup appris au cours de cette première année, nous avons gagné en confiance. Et nous garderons le cap en restant fidèles à nos valeurs. Que ce soit en termes de chiffre d’affaires, de résultat ou de rémunération de nos agriculteurs, on est là où on voulait être. Maintenant, nous voulons développer tout cela intelligemment, pour nos associés coopérateurs. Nous avons désormais la possibilité de développer un lien entre le végétal et l’animal qu’on ne pouvait pas faire avant. Ça, c’est de la vraie production locale, et cela a de la valeur auprès des consommateurs », considère le président de la coopérative haut-rhinoise.    

Publié le 29/03/2021

Avec 5 300 hectares en 2021, la sucrerie d’Erstein va tourner à bas régime. Les dirigeants de Cristal Union mettent donc en place d’importants moyens pour conquérir de nouveaux planteurs afin de ne pas avoir à se priver du bassin de production alsacien, alors que ses atouts sont nombreux, et que les voyants sont au vert sur le marché du sucre.

Depuis 2017 et la fin des quotas sucriers, la filière betteravière traverse des années difficiles, affectée par des marchés longtemps atones, des problèmes sanitaires… Résultat, la surface betteravière a baissé en Alsace. Et, alors que la sucrerie a besoin d’au moins 7 000 ha de betteraves pour tourner à plein régime et donc être pleinement rentable, la surface s’est encore réduite cette année passant de 6 000 à… 5 300 ha. Le compte n’y est pas. « Cette situation n’est pas viable pour la sucrerie d’Erstein », explique Olivier de Bohan, président de Cristal Union. L’Alsace est donc confrontée à un véritable enjeu : il faut augmenter la sole betteravière pour pérenniser la filière. « Nous avons pu constater la capacité d’adaptation des planteurs historiques par le passé, mais aussi leur limite. C’est pourquoi nous devons aller chercher au moins 2 000 ha de betteraves supplémentaires auprès de nouveaux producteurs pour 2022. C’est un point majeur car de ces 2 000 hectares supplémentaires se décidera l’avenir du site », annonce Olivier de Bohan. Gérard Lorber, président de la section d'Erstein, est optimiste car la région a la capacité de répondre à cet objectif d’augmentation de 2 000 ha. Pour y parvenir, une équipe de techniciens va être déployée dès ce printemps pour démarcher des agriculteurs sur le terrain et démontrer les forts atouts de la culture de la betterave. L’associée idéale du maïs Car la filière betteravière ne manque pas d’atouts. Il y a tout d’abord la sucrerie d’Erstein, dans laquelle Cristal Union a régulièrement investi. Elle traite actuellement quelque 6 500 t de betteraves/j pour produire 1000 t de sucre/j, grâce à une capacité de cristallisation qui a été doublée. Mais elle a les capacités de traiter beaucoup plus. Le site pourrait aller jusqu’à 9 000 hectares ! Si cet outil industriel performant devait être fermé, il serait définitivement perdu et cela signifierait la fin de la culture de la betterave en Alsace. Or la betterave constitue une partenaire idéale du maïs dans les successions culturales. « La diversité des assolements n’est pas seulement rendue obligatoire par la Pac, elle est aussi de plus en plus souvent exigée par nos clients car les consommateurs eux-mêmes sont de plus en plus soucieux des conditions de production de leur alimentation. Pour conserver nos débouchés, nous devons désormais garantir certaines conditions de production. C’est une question de commerce », pointe Olivier de Bohan. En outre, pour contenir la population de chrysomèles des racines du maïs à un niveau acceptable pour la culture phare de la plaine d’Alsace, la rotation culturale constitue la mesure la plus efficace et la plus économique à mettre en œuvre. Se priver de la betterave, c’est donc se priver d’une arme mais aussi d’une source de revenu car la betterave est une culture économiquement très intéressante à produire en Alsace. « En 2020, le bassin d’Erstein affiche le deuxième rendement agricole du groupe », souligne Bruno Labilloy, directeur agricole du groupe, qui avance encore « le potentiel d’irrigation de la plaine d’Alsace confère de la résilience aux cultures ». Gérard Lorber, président de la section d’Erstein, met quant à lui en avant la capacité de la betterave à valoriser les précipitations automnales, surtout après un été sec. Enfin, pour les éleveurs, les pulpes de betterave surpressées représentent un ingrédient riche en énergie, bienvenu dans les rations des vaches laitières. Une filière sécurisante La betterave est l'une des seules cultures qui peut être valorisée de trois façons différentes : en sucre, en alcool et en éthanol. Un atout majeur, qui permet à l’industrie betteravière de s’adapter avec agilité, en fonction des besoins du marché, et tout cela au plus proche des consommateurs. Au-delà des atouts agronomiques de la betterave, Olivier de Bohan avance des arguments socio-économiques : « Grâce à l’organisation des producteurs en coopérative, ils sont aussi fournisseurs d’alcool et de sucre, commercialisés en direct par Cristalco, la filiale commerciale du groupe Cristal Union. Un très bon exemple de circuits court », pointe Olivier de Bohan. Il ajoute : « Lorsque l’épidémie de coronavirus a démarré en France, nous avons manqué de masques, nous avons manqué de tests, mais jamais de gel hydro-alcoolique car nous le produisions en direct sur nos territoires avec nos betteraves ! ». L’organisation collective de la filière permet aussi de mutualiser les chantiers, du semis à la récolte, en lien avec un service technique bien rodé, « les nouveaux planteurs n’auront donc pas d’investissements spécifiques à prévoir pour se lancer dans la culture », indique Bruno Labilloy. Enfin, l’Alsace bénéficie d’une position géographique stratégique, et de la marque « Erstein », appréciée par les consommateurs locaux, et qui a « toute sa place dans notre politique d’élargissement de notre gamme », assure Olivier de Bohan. « La jaunisse est derrière nous » Tous ces atouts n’ont pas empêché la surface accordée à la betterave dans les assolements de baisser. Plusieurs raisons viennent expliquer ce revers. Tout d’abord l’épisode de jaunisse en 2020, lié à la fois à une forte pression en pucerons, et au retrait des néonicotinoïdes, qui a rendu la maîtrise du ravageur plus difficile, donc la propagation du virus plus aisée. « Ça a été une descente aux enfers avec, au final, une baisse des rendements de 30 %, au niveau national », concède Olivier de Bohan. Mais il préfère regarder l’avenir : « Cette crise sanitaire de la jaunisse est derrière nous. Elle a démontré notre capacité à réagir et celle de notre ministre de l'Agriculture à prendre les décisions qui s’imposaient, en permettant le retour dérogatoire pour trois ans des néonicotinoïdes en enrobage de semences, pour la culture de la betterave, le temps de trouver des alternatives efficaces. » Certes, quelques points restent à éclaircir sur les conditions d’emploi des semences traitées, mais l’Anses devrait apporter des réponses « d’ici septembre ». Au-delà, « il faudra tirer les enseignements de cette crise », analyse Olivier de Bohan. Le principal, c’est qu’il faut intensifier les travaux de recherche, que ce soit en génétique ou en biocontrôle. Mais, plutôt que de se focaliser sur une année 2020 qui a été « exceptionnelle », il appelle à prendre du recul. « Nous avons tous les ingrédients pour produire de la betterave de manière durable. D’autant plus en Alsace, où elles ont été relativement épargnées par l’épidémie de jaunisse. Et puis, aucune production n’est à l’abri d’une crise sanitaire mais je reste confiant car la recherche progresse extrêmement vite… », dit-il. Vers une meilleure rémunération de la betterave Un optimisme qui vaut aussi en ce qui concerne les marchés « qui repartent à la hausse, souligne Olivier de Bohan. Il développe : « Nous bénéficions, bien sûr, de l’amélioration progressive des marchés. Mais, surtout, nous avons su prendre les décisions qui s’imposaient, en restructurant notre outil industriel, quand il en était encore temps. Nous savions que nous ne pouvions maintenir tous nos sites de production, sous peine de fragiliser l’ensemble du groupe. Nous avons la preuve, aujourd’hui, de la pertinence de cette stratégie car, alors que certains acteurs ont été très affaiblis par la jaunisse de la betterave, nous allons être en mesure, malgré cette crise, d’afficher de bons résultats et une situation financière totalement saine cette année ». Ce qui permet d’envisager une meilleure rémunération de la betterave. La coopérative a donc de bonnes nouvelles à annoncer à ses planteurs, lors des prochaines assemblées de section, qui auront lieu mi-mai, sous format distanciel. Malgré les épidémies - de coronavirus et de jaunisse - qui ont perturbé 2020, annus horribilis de la filière betteravière, « nous avons su résister, grâce aux décisions qui ont été prises. Notre restructuration nous confère davantage de flexibilité. Elle nous permet de résister, lorsque les cours sont bas, et d’être performants, lorsqu’ils repartent à la hausse, comme c’est le cas actuellement ». Les marchés se portent mieux, les solutions agronomiques aux problèmes sanitaires arrivent. Il faut aller de l’avant. Le moment est donc essentiel pour l’Alsace : augmenter significativement les surfaces emblavées de 2 000 ha pour ne pas laisser s’éteindre la sucrerie

Publié le 28/03/2021

Cinq agriculteurs bas-rhinois se lancent cette année dans la culture des légumes secs. 38 ha seront semés prochainement après une phase d’expérimentation menée en 2020 avec Planète Légumes et un test de mise en marché réalisé par l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla).

Alors que la production de légumineuses pour l’alimentation du bétail est entrée dans les mœurs, celle de légumes secs destinés à l’alimentation humaine est encore anecdotique en Alsace. Peut-être plus pour très longtemps. Cinq agriculteurs bas-rhinois se lancent cette année dans la culture des lentilles vertes, lentilles corail, pois chiches, quinoa et haricots rouges. 38 ha vont être semés prochainement, l’objectif étant de récolter 80 tonnes de légumes secs à l’issue d’un cycle de 90 à 120 jours. Cédric Steinlé, agriculteur à Plobsheim, a eu l’idée de se lancer dans cette production l’an dernier, suite à une récolte de maïs 2019 catastrophique dans des terres non irriguées. Il a implanté 1 ha de lentilles, 1 ha de pois chiches et 1 ha de quinoa en 2020 et s’apprête à passer à 8 ha au total cette année. Il voit dans ces cultures de nombreux avantages. Les légumineuses (famille dont seul le quinoa ne fait pas partie) ne nécessitent presque pas d’intrants, en particulier pas d’engrais azotés, très peu de potasse et de phosphore, et peu voire pas de produits phytosanitaires. De plus, elles améliorent les rotations et sont peu gourmandes en eau, ce qui en fait des cultures tout à fait dans l’air du temps. Sur le plan nutritionnel, les légumineuses sont à la fois source de protéines, de fibres, de minéraux et de vitamines B et ne contiennent pas de gluten. Leur faible teneur en graisses et leur indice glycémique bas en font des alliés pour la santé.   Les légumes secs d'Alsace font leur bout de chemin ??. Vous en pensez quoi d'une filière cultivée en Alsace? ? Publiée par Fruits et légumes d'Alsace sur Mercredi 24 mars 2021   Olivier Hiss, agriculteur à Eschau, s’est lui aussi laissé tenter par la culture des légumes secs. Il sèmera pois chiches, lentilles et quinoa ce printemps dans l’objectif de diversifier son assolement, constitué essentiellement de maïs, blé et betteraves sur 65 ha. S’il peut compter sur le retour d’expérience de son collègue et sur les informations glanées ici et là, il est conscient que cette année sera « une année de découverte ». Il ne choisira pas des terres trop lourdes, utilisera son semoir à céréales pour semer les graines et pense se limiter à un désherbage après semis, éventuellement complété par un binage. Avec les autres agriculteurs impliqués dans cette micro-filière (trois sont en conventionnel, deux en bio), il envisage d’investir dans une faucheuse-andaineuse pour couper les tiges, avant de les faire sécher et de récolter les graines à la moissonneuse-batteuse. Il restera alors à les trier et à les ensacher pour pouvoir les commercialiser. Un marché à prendre Pierre Lammert, président de l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla), croit au développement de ces cultures. « Les Français consomment 1 kg de légumineuses par an, c’est deux fois moins que les Européens et quatre fois moins que la consommation mondiale », dit-il. Planète Légumes, la station de recherche du Grand Est, mène des essais depuis deux ans pour trouver les variétés adaptées au contexte pédoclimatique alsacien. L’Ifla, de son côté, a conçu des emballages mettant en avant l’origine alsacienne et mené des enquêtes en magasin pour savoir quel prix les consommateurs alsaciens étaient prêts à payer pour des lentilles ou des pois chiches produits localement. Résultat : 5 à 20 % plus cher que pour des produits importés. « Il y a un marché à prendre », affirme Pierre Lammert en rappelant qu’en France, 50 % des légumineuses destinées à la consommation humaine sont importés. « Quand une idée germe, il faut l’accompagner », fait valoir de son côté Paul Schiellein, au nom de la Chambre d’agriculture Alsace (CAA). C’est précisément ce que fait la CAA, qui est aux côtés des agriculteurs pour leur permettre de s’adapter et d’évoluer vers des productions de qualité. La diversification va de pair avec la souveraineté alimentaire, ajoute l’élu. La collectivité européenne d’Alsace (CEA) est sensible à cette dimension, rappelle son président, Frédéric Bierry. Elle œuvre depuis plusieurs années à la promotion d’une alimentation saine et équilibrée dans les cantines scolaires des collèges et d’un approvisionnement en produits de qualité d’origine locale. Différentes actions sont menées dans ce sens en partenariat avec la CAA et l’Ifla. La formation des chefs des restaurants scolaires de collège, dans le cadre des dispositifs « Mangeons sain, jetons moins » et « Plaisir à la cantine », en est une illustration. La sensibilisation aux vertus des légumineuses a trouvé un écho très favorable auprès des cantines scolaires : dans le cadre de la Semaine pour les alternatives aux pesticides, qui avait lieu du 22 au 26 mars, 29 collèges alsaciens ont ainsi décidé de les mettre au menu. Ils ont passé commande de 550 kg de lentilles et 320 kg de pois chiches à la plateforme Appro Alsace. En parallèle, des volontaires en service civique de la CEA ont proposé aux collégiens des animations sur le thème des pesticides, de l’autonomie alimentaire et des légumineuses.

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