Cultures

EARL Mehn à Pfulgriesheim

Plaisir partagé

Publié le 02/05/2021

« Pour que le voyage soit réussi, il n’y a qu’une recette, c’est d’aimer les gens », avait confié le globe-trotteur André Brugiroux. Michèle Mehn, cultivatrice à Pfulgriesheim, pourrait en dire autant. La trentenaire partage tout ce qu’elle affectionne avec ses clients, en direct.

Dans le Kochersberg, l’EARL Mehn est connue pour ses asperges et ses cultiv’acteurs. Michèle et ses parents, Évelyne et Jean-Pierre, ont particulièrement développé la culture spéciale depuis 2014 et l’arrêt du tabac. Tous trois brûlent aussi les planches. Les septuagénaires ont commencé à jouer en 1983, au théâtre alsacien, à Pfulgriesheim. Michèle a suivi dès l’enfance, elle joue encore aussi au Théâtre alsacien de Strasbourg (TAS) mais a quitté le cabaret satyrique de la Choucrouterie en 2008, après cinq saisons, à la naissance du premier de ses deux garçons. Sur 53 ha, les Mehn (Michèle est exploitante depuis 2010, Évelyne, salariée, et Jean-Pierre, associé non-exploitant) produisent du maïs sur 16 ha, du blé sur une dizaine d’hectares, de la betterave sucrière sur 7 ha, des asperges sur 5,5 ha (seule culture irriguée, au rendement de 4 t/ha), des pommes de terre sur 80 ares (20 t/an environ) et entretiennent un verger de 10 ares (2 000 bouteilles de jus de pommes). Mais Michèle, titulaire d’un bac technologique productions végétales obtenu au lycée agricole d’Obernai, cultive encore bien plus que cela. « J’ai semé des radis, parce que nos clients en veulent et ils veulent qu’ils soient de chez nous. On a développé le magasin à la ferme et la vente en direct dans une cabane pour leur faire plaisir et nous faire plaisir. C’est un bonheur de leur proposer ce que nous, nous aimons, et ce qu’ils aiment aussi. En été, je vends des tomates de serre (1,6 t/an), parce que celles qu’on trouve en supermarchés sont rarement aussi bonnes. Je propose aussi des courgettes quand on en a trop pour notre consommation personnelle. Je ne gagne pas grand-chose avec ces fruits et légumes mais je ne vois pas ces productions comme un travail. Les clients sont exigeants et apprécient qu’on prenne soin d’eux », livre Michèle Mehn. En hiver, la mâche côtoie le jus de pommes et les pommes de terre (qui sont disponibles toute l’année) : toujours le souci de bien manger et de partager les bonnes choses. « Quand on est là, on sort le panneau. Les gens savent qu’ils peuvent s’arrêter », précise Michèle. Succès fou La vente directe s’est amplifiée avec la multiplication par trois du nombre d’hectares dédiés aux asperges, au fur et à mesure des sept dernières années. La culture à valeur ajoutée de la ferme était en partie vendue, avant 2018, à la coopérative d’Hoerdt. Aujourd’hui, presque tout part sur les étals des Mehn. Seul le quart de la production est vendu à un grossiste, la Sapam. La cabane de Michèle est installée entre Niederhausbergen et Mittelhausbergen actuellement, puisque plus aucun agriculteur de ces villages ne produit d’asperges. À l’été, elle regagnera le cœur de Pful’.       En place ! Asperges blanches et vertes , ? et rhubarbe. De 14h30 à 18h En face du cimetière de Mittelhausbergen Publiée par Ferme Mehn Asperges d'Alsace sur Lundi 26 avril 2021     Cette année, les températures fraîches n’aident pas les tiges blanches à pointer. Il est encore trop tôt pour voir exposées les neuf sortes d’asperges que Michèle adore présenter. Il y a les très grosses, les grosses, les fines, les très fines, les moyennes, les vertes, les fleuries… Elles peuvent être épluchées. « Ça demande beaucoup plus de travail mais c’est beau à voir et les gens peuvent choisir, panacher », ajoute Michèle, soucieuse de les chouchouter. À partir de 17 h, la cour de la ferme Mehn ne désemplit pas. On vient de loin pour leurs asperges qui sont vendues, pour le moment, à perte ! « Vu le nombre de kilomètres qu’on marche pour ramasser un kilo, cette mi-avril, on devrait le vendre 15 euros. Mais je me mets à la place des clients et on n’ira pas au-delà de 10 €/kg pour les grosses », déclare Michèle. Elle n’amortira jamais la calibreuse achetée en Allemagne, au début des années 2010 : une machine dont s’équipent généralement les exploitations qui ont 30 ha d’asperges. « Je voulais ça, tonne-t-elle en montrant l’engin hyper perfectionné. En pleine saison, on peut vendre jusqu’à 400 kg d’asperges par jour. Je passais mes journées à calibrer à l’œil et à la main ! Maintenant, je suis libérée de cette tâche. Je n’ai pas calculé : c’est ce qu’il me fallait. » « C’est un confort. La personne qui s’offre une belle voiture ne l’amortit pas non plus », compare son père. L’an passé, il a été agréablement surpris par la clientèle et la main-d’œuvre. Les produits frais et locaux ont eu un succès fou avec le Covid-19, et les jeunes au chômage partiel étaient motivés à travailler dans les champs. En 2021, les Polonais sont revenus et il est un peu tôt pour comparer les deux saisons. Mais tout ce que Michèle met en vente part. Hormis les fraises (d’Agathe à Vendenheim) et la rhubarbe (de Denis Schaeffer à Duntzenheim), Michèle Mehn ne vend que ses produits maraîchers. « Je ne pratique pas l’achat-revente. C’est un autre métier. Je ne suis pas un magasin », juge-t-elle. Par contre, elle propose du jambon (de Riedinger Balzer) et du vin blanc (de la Cave du Roi Dagobert) pour accompagner leurs asperges, ainsi que la mayonnaise élaborée par Alélor pour célébrer les 30 ans de l’association des producteurs d’asperge d’Alsace. « C’est notre période préférée, à tous, assure Michèle. C’est la plus dure, la plus éprouvante. On peut travailler sept jours sur sept, pendant deux mois. Mais avoir un bon produit et en être fier, c’est une satisfaction. »       A la ferme en ce moment *: * et aussi ?**, radis**jus de ? , ?, confitures ** encore en quantité limitée.... à cause du froid. Publiée par Ferme Mehn Asperges d'Alsace sur Vendredi 16 avril 2021     Suivre ses envies L’EARL Mehn ne compte que 53 ha mais Michèle travaille aussi les terres de deux doubles actifs : André Jacob, directeur de la Chambre d’agriculture Alsace et maire de Pfulgriesheim, et Gérard Duringer. Ce sont 120 ha au total que Michèle laboure chaque année. « On a regroupé toutes nos parcelles. On est organisé comme si c’était une seule exploitation. Je ne préviens plus forcément, quand j’entreprends un chantier », observe Michèle Mehn. Échanges de bons procédés et prestations de service : chacun y trouve son compte. André sème la betterave et plante le maïs pour tous. Michèle, le blé. Opérée du dos l’an passé, elle a été privée de tracteur douze mois consécutifs. « J’ai eu un choc quand j’ai repris le volant ! Positif. Comme j’étais bien ! J’adore la scène mais rouler en tracteur me rend plus heureuse encore », s’exclame l’exploitante. Une passion transmise par ses parents et grands-parents qui ne touche pas (encore ?) Samuel ni Antoine, 13 et 10 ans. « Pourquoi vous faites quelque chose d’aussi difficile, m’avait demandé le plus grand de mes fils, lorsqu’il avait 2 ou 3 ans. Ça ne les intéresse pas et ils voient les machines plus comme un danger qu’autre chose », constate Michèle Mehn. Elle encourage leur liberté. « Ils feront ce qu’ils ont envie. Je prends toujours tout comme ça vient. Je vis au jour le jour. Je m’adapte aux évolutions. Ce n’est pas très sage mais ça m’a toujours réussi. J’aime me laisser surprendre », dévoile Michèle, confiante.

L’asperge d'Alsace sort de terre

Les saisonniers sont prêts

Publié le 17/04/2021

La période des asperges a débuté en Alsace, dans les secteurs les plus précoces. Des débuts timides à cause du froid et des intempéries. Les producteurs attendent la hausse des températures pour promouvoir encore davantage ce produit local très apprécié des consommateurs.

Dans un premier temps, l’embellie a été de courte durée. « Quelques professionnels ont pu récolter leurs asperges grâce à un travail technique préalable avec des plastiques transparents de protection et/ou des mini-tunnels. Il y avait alors de belles températures. La qualité était au rendez-vous. Mais le froid, les gelées et la pluie ont ralenti la cadence. Nous avons donc démarré en douceur », explique Jean-Charles Jost, président de l’association des producteurs d’asperges en Alsace. Une association qui existe depuis 1991 et qui devait fêter son trentième anniversaire en grande pompe cette année. « Là également, la crise sanitaire nous empêche de nous retrouver. Mais ce n’est que partie remise. Nous pouvons en tout cas nous féliciter de ce parcours. Au départ, nous étions 6 ou 7 producteurs. Nous sommes aujourd’hui près de 120. Nous avons mutualisé nos moyens et effectué de remarquables campagnes de communication. Nous avons également mis en place un cahier des charges qui nous appartient. Il permet aux producteurs de produire qualitativement, dans le respect des normes sanitaires et de chaque terroir », ajoute Jean-Charles Jost. La communication digitale va également prendre une place plus importante à l’avenir. Néanmoins, les professionnels sont dans une situation différente par rapport à l’année passée où 15 à 20 % des asperges avaient été laissées aux champs en raison du contexte sanitaire et faute de main-d’œuvre à cause du premier confinement. « Cette fois, les saisonniers attendus sont bien là. Tout le monde a envie de travailler. Pour notre part, nous avons une quinzaine de personnes qui sont originaires de Pologne et de Roumanie. Ils sont là pour la saison. C’est-à-dire jusqu’au mois de juin », précise Pauline Klément qui gère l’exploitation de la famille Sibler à Sigolsheim avec sa mère, Clarisse, qui va prochainement partir à la retraite. « C’est d’autant plus facile de trouver des saisonniers que toutes les propositions d’emplois sont désormais centralisées sur le site internet de l’association. On a eu 850 inscriptions », précise Jean-Charles Jost. En Alsace, la saison de l’asperge permet en effet d’employer entre 500 et 700 saisonniers, pour un chiffre d’affaires de 8 millions d’euros. C’est une production annuelle de 1 500 tonnes sur 45 hectares au total. Cette année, les professionnels tablent sur 1 800 tonnes.   La saison des asperges d'Alsace a commencé ! ? Nous vous rappelons que l'accès aux fermes est toujours possible malgré... Publiée par Fruits et légumes d'Alsace sur Vendredi 9 avril 2021   Un goût particulier Les asperges sont récoltées tôt le matin. Elles sont ensuite calibrées et conditionnées l’après-midi, puis livrées et/ou mises à la vente quelques heures plus tard. En 2020, les consommateurs se sont rués vers les magasins de producteurs pour acheter des asperges. Ils ont été pris d’assaut. « Les restaurants n’étaient pas ouverts. Ils sont venus en masse chez nous et ont distribué les asperges à la famille, puisqu’il y avait des restrictions kilométriques. Cette année, la tendance est la même. Les premières asperges ont rapidement trouvé leurs consommateurs. Pour notre part, nous avons un prix fixe de 10 € le kg pour l’ensemble de la saison » souligne Pauline Klément. Ces prix peuvent cependant fluctuer un peu partout dans la région entre 10 et 14 € le kilo. Pour les professionnels, l’asperge d’Alsace a un goût particulier qui se distingue des autres régions. « Avec notre terroir, elles sont très douces et goûteuses et très appréciées des consommateurs », ajoute Jean-Charles Jost. L’Alsace demeure un petit bassin de qualité pour l’asperge, derrière les Landes dont la production se situe entre 8 000 et 10 000 tonnes. Les autres régions productrices sont le Val de Loire et le Sud-Ouest. Tous autour d’une même table En Alsace, les producteurs peuvent également compter sur le soutien de l’Interprofession des fruits et légumes (Ifla) qui permet de mettre tous les acteurs de la filière autour de la même table et de proposer des actions et des communications en commun. Celles-ci permettent notamment d’apporter une vraie visibilité auprès des consommateurs. Concernant l’association des producteurs d’asperges en Alsace, elle s’est également associée avec des partenaires comme la mayonnaise Alenor qui est exclusivement distribuée par les producteurs. C’est la même chose pour les épices de Georges Colin à Mittelhausen. « La démarche économique de ce projet est intéressante. Elle permet à des acteurs de l’agroalimentaire de développer leur créativité en s’appuyant sur le particularisme de l’asperge d’Alsace. Là également, Alelor fait partie de l’Ifla puisque son produit phare est le raifort », précise Jean-Charles Jost. Au fil des jours et de la hausse des températures, la récolte des asperges va désormais prendre son envol. Chez les Sibler par exemple, cette culture fait désormais partie du patrimoine de l’entreprise. « Nous faisons de l’asperge depuis une trentaine d’années. Au départ, c’était un produit annexe. On l’a développé par passion. Il est devenu le produit phare de l’exploitation et le premier produit du printemps. L’asperge est conviviale, populaire et facile à cuisiner. Elle ne demande pas trop de travail », conclut Pauline Klément.

Sylviculture par placeaux

« Un capharnaüm organisé »

Publié le 15/04/2021

La tempête Lothar de 1999 a été un traumatisme pour toute la filière forêt bois. Elle a aussi été l’occasion de mettre en œuvre à grande échelle des techniques sylvicoles, comme la plantation par placeaux. Une méthode de régénération qui peut être utilisée dans les forêts touchées cette fois par la sécheresse et les scolytes.

Fin décembre 1999, alors que la tempête Lothar s’éloigne, les sylviculteurs se réveillent avec la gueule de bois. Des hectares de forêt sont à terre. Une situation inédite, à laquelle il faut faire face dans l’urgence, alors que le temps sylvicole est, d’habitude, bien plus long… Et puis que faire exactement ? Les options sont nombreuses : laisser faire la nature, replanter, mais quoi, et comment ? Chacun a fait comme il a pu, en fonction des situations et des moyens disponibles. Vingt ans après, la forêt panse toujours ses plaies, mais elle a repris forme. Là où Lothar avait laissé des millions de mètres cubes de chablis poussent désormais de jeunes arbres, mais avec plus ou moins de succès au regard des objectifs sylvicoles qui sont de produire du bois de qualité, et de régénérer les peuplements. Une technique utilisée pour reboiser les forêts après Lothar a été celle de la plantation par placeaux. Celle-ci consiste à ne pas planter des arbres sur toute la surface à reboiser, mais des petits paquets d’arbres, par placeaux, séparés de zones dites de bourrage, où le forestier laisse libre cours à la régénération naturelle. Concentrer les efforts Cette technique a notamment été utilisée à Bust, dans la forêt de l’Hinterwald, propriété de la famille Brua, que Jean Braud, président de l’association forestière des Vosges du Nord, gère depuis 1975, au gré de cinq plans de gestion successifs. Dans cette forêt de 30 ha, qui pousse sur des couches de grès et d’argiles alternées, Lothar a mis à terre 10 ha, essentiellement des perchis d’épicéas âgés de 35 ans. « Nous avons sorti 800 m3 de grumes et 1 500 stères de bois cassés, qui ont été vendus en lots aux habitants du village », raconte Jean Braud. Sur une de ces parcelles de 1,5 ha, des plantations ont été effectuées dès 2001, après le broyage des andains de rémanents d’épicéas en un mulch. Des placeaux ont été alignés en lignes perpendiculaires au chemin de traverse. Distants de 12 m, de 6 m de côté chacun, ces placeaux ont été plantés avec chacun 25 plants de chêne sessile soit, à raison de 60 placeaux par hectare, une densité de 4 400 plants/ha au sein des placeaux, mais de 1 700 plants/ha sur l’ensemble de la parcelle. Des chiffres qui reflètent l’un des intérêts de la méthode, qui est de concentrer les efforts sur des zones bien précises, ce qui permet de ne travailler que sur 25 % de la surface, contre 100 % lors d’une plantation en plein. Autre avantage de la méthode, elle permet de protéger les arbres les plus au centre des dégâts de gibier. Entre les placeaux, la zone de bourrage est désormais recolonisée par des repousses naturelles de feuillus, qui accompagnent les chênes, et qu’il s’agit de contrôler afin qu’ils ne pénalisent pas la pousse des futurs arbres d’avenir. Car l’objectif est de produire un arbre d’avenir par placeau. À cette fin, le bourrage peut d’ailleurs constituer une roue de secours, si les arbres plantés périssent, ou ne se développent pas de façon à produire des grumes. Dans le même ordre d’idée, la lisière a été laissée à l’état naturel, pour constituer un réservoir de graines locales. Accélérer des processus naturels « Cinq ans après Lothar, la forêt s’était refermée, c’était déjà la jungle », rapporte Jean Braud, qui insiste sur la nécessité de piqueter pour retrouver les placeaux et pouvoir effectuer le travail de suivi « nécessaire à l’expression de l’investissement qui a été réalisé ». En effet, en plus de planter les arbres, il a fallu les protéger contre le gibier. 846 mètres de grillage ont été posés, puis enlevés pour pouvoir intervenir dans la forêt. « À raison d’environ 14 €/mètre linéaire pour la mise en place et 3 €/ml pour l'enlèvement, l’engrillagement double le coût de la plantation, sans permettre de protéger totalement le peuplement », constate Jean Braud. En outre, 30 % des plants n’ont pas survécu à la sécheresse de 2003. « Nous avons profité d’une subvention pour regarnir les placeaux mais, avec du recul, ça n’aurait pas été forcément nécessaire », poursuit-il. Désormais, des tiges d’avenir ont été désignées, à raison de 70 voire 150 par hectare, « ce qui est beaucoup », commente Agathe Baechel, conseillère forestière à la Chambre d’agriculture Alsace. Parmi elles, essentiellement du chêne, et aussi, mais dans une moindre mesure, du bouleau, du charme, de l’épicéa. Au sein de ce « capharnaüm organisé », comme le qualifie Jean Braud, il convient d’effectuer un travail de qualification et de développement, c’est-à-dire de travailler autour des arbres d’avenir, pour leur permettre de produire de belles grumes, sans nœuds, idéales pour leur valorisation en scierie. À ce jeu-là, « chaque placeau est unique », constate le forestier. Et les choix sont souvent cornéliens. « Il s’agit d’imiter la Nature et hâter son œuvre », résume Christophe Schilt, ancien chef du service Valorisation du bois et territoire à la Chambre régionale d’agriculture Grand Est, désormais à son compte.   Quand la pression en gibier conduit à la sylviculture de rattrapage Dans la forêt communale d’Hattmatt, la technique de la plantation par placeaux a aussi été utilisée suite à la tempête Lothar, mais avec moins de succès. Dans cette forêt de 97 ha, dominée par les hêtres, plusieurs parcelles ont été fortement touchées, surtout des hauts perchis d’épicéa. Une fois ce bois sorti, rien n’a été fait durant plusieurs années, pour laisser libre cours à la régénération naturelle : ce sont essentiellement du genêt, des ronces et quelques bouleaux qui se sont installés. Aussi des placeaux de hêtre ou de chênes sessiles ont-ils été plantés en 2006. Entre les placeaux de hêtres pousse essentiellement un bourrage de bouleaux, qui pourrait désormais être éclairci car « les hêtres restent chétifs », constate Camille Almeida Araujo, conseillère forestière à la Chambre d’agriculture Alsace. Elle précise : « Le bouleau n’est pas une essence inintéressante, il y a des marchés en bois énergie et en bois d’ameublement, il s’agit d’une essence pionnière, qui crée une ambiance forestière, mais s’ils sont conservés, il faut les élaguer ». Quelques mètres plus loin, ce sont des chênes sessiles qui ont été plantés en placeaux. Cette parcelle a dû être entièrement clôturée pour la protéger des cerfs, attirés par un dispositif d’agrainage. Aujourd’hui, l’enclos n’est plus étanche, et les dégâts de cerfs sont visibles, malgré les protections individuelles placées sur les arbres qui ont été prédésignés. « La perte de tiges est assez importante par rapport à la plantation, mais cela ne remet pas en cause l’avenir de la parcelle », analyse Camille Almeida Araujo. Par contre, il y a de quoi démotiver les gestionnaires forestiers. Pour Christophe Schilt, il n’y a pas à tergiverser, le problème c’est l’installation d’agrainage : « On a le restaurant et le gîte côte à côte ». Du coup, « on est dans de la sylviculture de rattrapage », déplore-t-il. Investir ou cueillir, il faut choisir Ces deux situations permettent de prendre du recul pour gérer la crise que traverse actuellement la forêt, moins spectaculaire que Lothar, plus insidieuse, mais également préoccupante. Dans la forêt de l’Hinterwald, l’investissement de départ et l’entretien régulier portent leurs fruits. À Hattmatt, les efforts sont gâchés par une pression en gibier trop importante. Face aux changements climatiques, Christophe Schilt incite à se projeter dans l’avenir : « Il faut s’interroger sur le profil de la station dans 50 ans. Si la réserve utile du sol est faible, est-ce que cela vaut encore la peine d’investir ? Ou vaut-il mieux laisser faire la nature et cueillir ce qui vient ? » Il incite les forestiers qui décident de continuer à investir pour produire du bois à s’y tenir, et à ne pas céder à la tentation de petites économies, car elles se paient plus tard : « La forêt ne souffre pas l’économie », campe-t-il. Enfin, il exhorte les forestiers à laisser le petit bois au sol, sans le brûler, le broyer, ni l’andainer, car « c’est la fertilité des sols de demain ».   ??‍?[FORET] Une réunion forestière dans les Vosges du Nord s'est déroulée avec les sylviculteurs venus découvrir les... Publiée par Chambre d'agriculture Alsace sur Mardi 30 mars 2021  

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