Cultures

Publié le 03/06/2021

À Niedernai, Christian Ehrhart s’est spécialisé dans la culture des oignons et des carottes, qu’il vend aux grandes surfaces et aux grossistes de la région. Ces deux productions représentent à peine plus d’un quart de ses surfaces mais sont essentielles à l’équilibre de son exploitation.

« J’ai commencé les légumes en 1989. Jusqu’en 1994, je cultivais de l’oignon, de l’échalote, du chou-fleur et de l’ail pour la coopérative Dujour, une filiale du Comptoir agricole. Quand elle a arrêté son activité en 1994, j’ai pris mon courage à deux mains et je suis allé voir les GMS. » Christian Ehrhart, 54 ans, a parcouru du chemin depuis : il cultive actuellement 22 ha d’oignons et 24 ha de carottes sur une SAU de 170 ha. Le reste de l’assolement se compose de maïs, blé, blé dur et épeautre. Les surfaces consacrées aux légumes ont régulièrement augmenté mais aujourd’hui, il atteint un plafond. « Il y a une cinquantaine d’hectares où on ne met jamais de légumes car le sol ne le permet pas : soit les parcelles sont inondables, soit elles sont trop petites pour être irriguées », pose l’agriculteur. Sur le reste de la sole, il ne sème oignons et carottes que tous les cinq ans, voire plus, ce qui l’oblige à faire des échanges de parcelles avec des producteurs de pommes de terre ou de chou à choucroute du village ou des alentours. « Avec le changement climatique et les fortes chaleurs, si on revient trop souvent, il y a un risque de développement des champignons, ce qui engendre du tri et des pertes. » C’est une grosse contrainte, reconnaît Christian Ehrhart, qui ne voit pas comment y déroger, sauf à réduire les surfaces dédiées aux légumes, ce qu’il n’envisage pas. L’alternance des cultures a l’avantage de rompre naturellement le cycle des ravageurs : l’oignon, par exemple, agit comme un insecticide sur la mouche de la carotte. En le choisissant comme précédent et en s’aidant de pièges pour repérer le nombre de mouches présentes dans ses parcelles, Christian Ehrhart réussit le plus souvent à se passer d’insecticide contre ce ravageur. Membre du groupe Dephy légumes d’Alsace, l’agriculteur se fixe pour objectif de traiter le moins possible. « Mon but n’est pas de passer en bio car il faudrait davantage de personnel alors que j’ai déjà du mal à en trouver, mais c’est d’aller vers la réduction des intrants. » Dans cette optique, il a investi l’an dernier dans une bineuse avec caméra pour désherber les cultures mécaniquement. Coût de l’opération : 40 000 €. Il espère que les efforts consentis vont lui permettre de décrocher la certification HVE 3 (haute valeur environnementale) demandée par ses clients. La demande est en cours. « Dès que ça lève, je ressème » Christian sème ses 14 variétés d’oignons en trois fois : les variétés de jours courts - environ 3 ha - sont semées fin août-début septembre, elles passent l’hiver aux champs et sont les premières à être récoltées, vers le 15-20 juin. « Elles sont vendues dans la foulée. » Les autres variétés, de précocités différentes, sont semées en février et en mars. Les plus tardives, arrachées en septembre, sont stockées en frigo et vendues jusqu’en mai. En oignon, le problème numéro 1 est la fusariose, qui se développe sous l’effet des fortes chaleurs estivales. Sans moyen de lutte chimique, l’agriculteur niedernois utilise des variétés résistantes et recourt à des champignons antagonistes. L’allongement des rotations (jusqu’à 7/8 ans) fait également partie de l’arsenal de lutte. Pour le mildiou, autre ennemi de l’oignon, il a essayé l’an dernier des variétés résistantes, pour tenir l’objectif du « zéro résidu ». En carottes, où il a augmenté ses surfaces d’une dizaine d’hectares depuis deux ans, les semis s’échelonnent du mois de février à fin mai-début juin. « Je sème en dix fois. Dès que ça lève, je ressème. » Les derniers semis sont les plus délicats : une trop forte chaleur nuit à la levée. À l’automne, pour assurer une bonne conservation des carottes, une température de récolte assez basse et un sol un peu humide sont nécessaires, mais s’il pleut trop, s’il gèle ou s’il neige, « on n’arrive pas à récolter. C’est notre hantise ». Les primeurs sont récoltées au jour le jour en fonction des commandes. « On récolte, on lave, on conditionne et on expédie aux grandes surfaces. C’est de l’ultra-frais », souligne Christian, qui reçoit les commandes entre 8 h et 13 h et livre dans l’après-midi, pour que les produits soient en rayon dès le lendemain. À partir de fin octobre-début novembre, 50 % de la récolte est stockée en chambre froide humide entre 0 et 1 °C, ce qui permet d’approvisionner les centrales d’achat et les grossistes tout au long de l’hiver. « Contrairement aux producteurs des Landes ou de la Manche, qui ont des terres sableuses, nous avons des terres limoneuses, qui sont naturellement riches et ne demandent pas d’apport d’engrais à tout bout de champ, précise Christian Ehrhart. Avec un travail du sol approprié, on obtient une très belle carotte. La preuve, on n’en a jamais assez… »

Publié le 01/06/2021

En 2019, la CT2F annonce à Pascal Kern qu’elle n’achètera plus son tabac Burley, culture historique de la ferme familiale, à Ichtratzheim. L’année d’après, il vend ses premières tomates et légumes, en direct. Ses nouvelles productions, qu’il cultive dans les anciens séchoirs, font un tabac ! En 2021, il double, voire triple, la mise.

Pascal Kern, 49 ans, n’a jamais fumé. Pourtant la culture de tabac Burley lui tenait à cœur. Quand la coopérative Tabac feuilles de France (CT2F) lui annonce qu’elle ne veut plus de son tabac Burley, en avril 2019, dix jours avant la plantation, il est « mal », confie-t-il. Psychologiquement, c’est un coup dur. Il « se retourne », en semant du maïs, « en catastrophe », et part travailler deux jours par semaine pour une grande exploitation maraîchère du coin. Pascal, céréalier, cultivait déjà du tabac à son installation en 1994. À l’époque, c’était du tabac feuilles ; la récolte était manuelle. En 2001, il était passé au tabac tiges. « C’était la routine, c’était facile », dit-il. D’années en années, il réussissait à produire la même qualité de tabac Burley. Quant au rendement, il était stable. Cette culture contractualisée lui procurait une rentrée d’argent régulière : une marge nette d’environ 3 200 €/ha, a-t-il calculé. En 2018, il avait encore investi dans des cadres et une effeuilleuse d’occasion (près de 11 000 euros au total) : impossible à revendre aujourd’hui, puisque la filière tabac Burley « s’est cassé la gueule », à part dans le sud-ouest de la France, où « les grandes machines n’intéressent pas ». Heureusement, ses serres (sept), pour sécher le tabac, étaient payées, lorsqu’il a arrêté la culture de ses 4,70 ha de tabac. « C’est phénoménal » Mais qu’en faire ? Pascal réfléchissait, depuis quelques saisons déjà, à rentabiliser au mieux ses serres… mais cultiver des tomates avant de rentrer le tabac, fin août-début septembre, aurait ramené de l’humidité dans les séchoirs. Deux mois après l’arrêt du tabac, l’idée refait surface. Pascal décide de se lancer dans le maraîchage fin 2019. Il arrose la terre battue, sous les serres, travaille le sol, met de l’engrais vert. À sa grande surprise, « ça a vite repris ». La terre est bonne. En 2020, il cultive surtout des tomates. Le succès est immédiat : en deux heures, il vend en direct, jusqu’à 70 kg de fruits. Il choisit ce mode de commercialisation pour que la marge lui revienne, bien sûr. Quelques posts sur son profil Facebook et le bouche-à-oreille, l’été dernier, suffisent à attirer la clientèle d’Ichtratzheim et des villages alentours ; des consommateurs déjà rodés aux circuits courts, après quatre mois de confinement. « J’ai démarré la production de légumes l’année du Covid-19. J’attendais avec impatience que mes tomates mûrissent (450 plants) », admet l’agriculteur. Il n’a pas été déçu de l’accueil que les acheteurs leur ont réservé. En 2020, Pascal Kern a aussi proposé des salades, concombres (90 plants), courgettes, poivrons (40 plants) et aubergines (40 plants). Les solanacées ont souvent été en rupture de stock. Il a enchaîné avec les légumes d’hiver : la demande était là. Cette année à la mi-mai, il déclare : « Je n’ai plus rien depuis un bout de temps. » Pascal vend à la ferme, deux heures durant, les mardis soir et les samedis matin. « C’est phénoménal », souffle-t-il, à propos de l’engouement des chalands.     Des revenus identiques au tabac en 2021 Le maraîcher sait que ses clients fidèles (la plupart) reviennent pour la fraîcheur et la qualité des produits. Pour les prix aussi, peut-être, moins élevés qu’en GMS, mais quasi-identiques à ceux pratiqués par ses confrères : « On se concerte », assure-t-il. L’an passé, il vendait ses tomates 2,20 €/kg par exemple. « Je cueille mes tomates à maturité, au top », glisse-t-il. Son objectif est d’arriver au même niveau de revenus, grâce au maraîchage, que lorsqu’il cultivait du tabac. En 2021, il pense y parvenir. Il produit, cette année, des tomates (780 plants), des aubergines (120 plants), des poivrons (120 plants), des concombres (90 plants), des courgettes, des haricots (qui grimpent le long des grilles qu’il utilisait pour sécher le tabac), de l’oseille, des épinards, des carottes, des poireaux. Au début du printemps, il avait des radis et du pissenlit. S’il utilise quatre serres pour ses primeurs, les trois autres ne sont pas vides pour autant. Il en prête deux à des confrères pour leurs choux à choucroute. Lui aussi, depuis 2020, en produit. Il utilise une serre pour cela, dans laquelle 240 plants « flottent » actuellement. Tout ce qu’il lui reste à faire, côté cultures, c’est d’installer l’irrigation, dans les serres où les légumes sont en terre. Aujourd’hui, il arrose au tuyau, manuellement. Bientôt, l’eau arrivera au goutte-à-goutte ou par aspersion. Les canaux sont posés : « Il ne reste plus qu’à mettre le puits sous pression », montre-t-il. « Une reconversion forcée heureuse » L’agriculteur aimait aussi le tabac parce qu’il y avait « deux grosses périodes de pointe », par an… contrairement au maraîchage. « Avec les légumes, tu es tout le temps en train de courir », s’exclame Pascal. Il veut encore installer un panneau le long de la N83, où passent 35 000 véhicules par jour, sait-il, pour élargir la clientèle. Il pense aussi au click & collect. Et une fois que son système d’irrigation sera en place, sera-t-il tenté par des framboisiers ? Le quadra se délecte de son revirement. « Le maraîchage, c’est passionnant. Il ne faut pas avoir peur de travailler mais c’est stimulant. D’autant plus, parce que je vends en direct et qu’il y a le contact avec les clients. J’aime discuter ! C’est une reconversion forcée heureuse », résume-t-il. Le long de ses magnifiques laitues et batavias, des herbes folles… « Il y a des mauvaises herbes car je traite peu, voire pas du tout, selon les plantes. La salade, il n’y a pas besoin : elle pousse si vite. J’ai juste mis un peu d’anti-limaces autour de la serre », précise-t-il. Pascal adhère à Planète Légumes. « C’est indispensable », estime-t-il, heureux des conseils prodigués, notamment pour ses choux attaqués par les altises et les pucerons, l’an passé. Humblement, il affirme être en plein apprentissage. « Par rapport aux produits, à leur culture, à la surface et au contexte, je pense que j’ai fait le bon choix. Je n’aime pas particulièrement rouler en tracteur, en plus : ça tombe bien ! », conclut-il.

Des ateliers de réflexion jusqu’à cet automne

Préparer la forêt de 2100

Publié le 18/05/2021

Les Assises des forêts et du bois se dérouleront en novembre prochain. D’ici là, habitants, élus, professionnels de la forêt et du bois, associations sont invités à s’exprimer sur les forêts qu’ils souhaitent en Grand Est pour 2100.

« La forêt a toujours été un écosystème singulier, un territoire lié à plusieurs enjeux environnementaux. Pour autant, les bouleversements climatiques et les épisodes extrêmes changent la donne et demandent une réflexion plus générale, une réflexion commune », a expliqué Thierry France-Lanord, président de Fibois Grand Est en présentant les Assises des forêts et du bois du Grand Est, le 27 avril par visioconférence. Ces assises se dérouleront en novembre prochain. Les stratégies et les orientations qui en découleront « modèleront le visage des forêts du Grand Est dans 50 ou 100 ans », prédit le président de Fibois Grand Est. Des ateliers seront organisés en amont pour récolter « toutes les contributions, les retours d’expériences, les avis, les controverses » autour de la question : « Quelle forêt voulons-nous en 2100 ? ». Citoyens, usagers ou travailleurs de la forêt, entrepreneurs, collectifs de tous horizons sont invités à se réunir par groupes de 9 à 25 personnes sous l’égide d’un médiateur. Leurs contributions seront ensuite rassemblées et synthétisées pour être présentées lors des assises, résume Mathieu Klein, président de l’association Des hommes et des arbres, chargée de l’ingénierie de ces rencontres. L’objectif est de permettre à une pluralité de regards de s’exprimer. « Nous nous trouvons à une période charnière avec des attentes sociétales et des urgences sanitaires et climatiques qui placent les forestiers face à des risques jamais expérimentés, des injonctions contradictoires. Ces problèmes d’une complexité inégalée nécessitent des apprentissages avec essais, erreurs et améliorations, ainsi que des choix politiques à arbitrer », justifie Thierry France-Lanord. Pour « faire émerger une forêt partagée », les participants devront « réfléchir au modèle de forêt qu’ils défendent, s’interroger sur les impacts de leurs choix sur les différentes fonctions ou rôles de la forêt, sur les éventuelles compensations ou rééquilibrages nécessaires, sur la manière de rendre leur projet « attractif » ou bénéfique pour tous les acteurs. » Replantation : quelle stratégie ? Jean Rottner, président de la Région, et Josiane Chevalier, préfète du Grand Est, s’accordent sur la nécessité de cette réflexion, au moment où « la forêt va mal » et où « la filière a besoin d’un avenir sur la durée », selon le président de la Région Grand Est. Les aspects économiques, techniques, environnementaux, « tout doit être mis sur la table pour pouvoir dégager des priorités », souligne Jean Rottner. L’État, pour sa part, a déjà adopté « une feuille de route pour adapter la forêt au changement climatique, faire une forêt plus résiliente et maintenir les services qu’elle rend », relève Josiane Chevalier en mentionnant les 200 millions d’euros (M€) consacré au volet forestier du plan de relance et l’objectif des 50 millions d’arbres plantés. Ces réponses sont-elles adaptées à la situation que traverse la forêt du Grand Est aujourd’hui ? Pour Jean Poirot, représentant l’association France Nature Environnement, ce n’est pas tant la forêt qui est malade qu’« un certain type de sylviculture ». Il s’inquiète d’une replantation basée sur le recours aux essences non-autochtones et aux plantations monospécifiques sur des surfaces de plusieurs hectares. S’agissant du changement climatique, « la forêt est capable de s’adapter toute seule si on lui en laisse le temps », estime Jean Poirot, qui préconise de laisser « au minimum 10 % des surfaces forestières en libre évolution ». Jean-Pierre Renaud, directeur territorial Grand Est de l’ONF (Office national des forêts), constate pour sa part que le dépérissement touche toutes les essences, même si l’épicéa est le plus impacté. Le plan de relance ne représente jamais que 0,7 % de la surface forestière du Grand Est, ajoute-t-il. « On ne va pas reconstituer une nouvelle forêt, ce ne serait pas très réaliste, nous n’en avons d’ailleurs pas les moyens. La plus grande partie de la reconstitution va se faire par régénération naturelle », indique Jean-Pierre Renaud, partisan de la diversité des essences et d’un équilibre entre grande faune et écosystème forestier. À l’image de ce qu’ont fait un certain nombre de landers allemands, dont le Bade-Wurtemberg.   ? Les Assises des Forêts et du Bois, ou cap sur la forêt du Grand Est de 2100 #FranceRelance Josiane Chevalier, préfète... Publiée par Préfète de la région Grand Est et du Bas-Rhin sur Mardi 27 avril 2021  

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