Cultures

Publié le 01/06/2021

En 2019, la CT2F annonce à Pascal Kern qu’elle n’achètera plus son tabac Burley, culture historique de la ferme familiale, à Ichtratzheim. L’année d’après, il vend ses premières tomates et légumes, en direct. Ses nouvelles productions, qu’il cultive dans les anciens séchoirs, font un tabac ! En 2021, il double, voire triple, la mise.

Pascal Kern, 49 ans, n’a jamais fumé. Pourtant la culture de tabac Burley lui tenait à cœur. Quand la coopérative Tabac feuilles de France (CT2F) lui annonce qu’elle ne veut plus de son tabac Burley, en avril 2019, dix jours avant la plantation, il est « mal », confie-t-il. Psychologiquement, c’est un coup dur. Il « se retourne », en semant du maïs, « en catastrophe », et part travailler deux jours par semaine pour une grande exploitation maraîchère du coin. Pascal, céréalier, cultivait déjà du tabac à son installation en 1994. À l’époque, c’était du tabac feuilles ; la récolte était manuelle. En 2001, il était passé au tabac tiges. « C’était la routine, c’était facile », dit-il. D’années en années, il réussissait à produire la même qualité de tabac Burley. Quant au rendement, il était stable. Cette culture contractualisée lui procurait une rentrée d’argent régulière : une marge nette d’environ 3 200 €/ha, a-t-il calculé. En 2018, il avait encore investi dans des cadres et une effeuilleuse d’occasion (près de 11 000 euros au total) : impossible à revendre aujourd’hui, puisque la filière tabac Burley « s’est cassé la gueule », à part dans le sud-ouest de la France, où « les grandes machines n’intéressent pas ». Heureusement, ses serres (sept), pour sécher le tabac, étaient payées, lorsqu’il a arrêté la culture de ses 4,70 ha de tabac. « C’est phénoménal » Mais qu’en faire ? Pascal réfléchissait, depuis quelques saisons déjà, à rentabiliser au mieux ses serres… mais cultiver des tomates avant de rentrer le tabac, fin août-début septembre, aurait ramené de l’humidité dans les séchoirs. Deux mois après l’arrêt du tabac, l’idée refait surface. Pascal décide de se lancer dans le maraîchage fin 2019. Il arrose la terre battue, sous les serres, travaille le sol, met de l’engrais vert. À sa grande surprise, « ça a vite repris ». La terre est bonne. En 2020, il cultive surtout des tomates. Le succès est immédiat : en deux heures, il vend en direct, jusqu’à 70 kg de fruits. Il choisit ce mode de commercialisation pour que la marge lui revienne, bien sûr. Quelques posts sur son profil Facebook et le bouche-à-oreille, l’été dernier, suffisent à attirer la clientèle d’Ichtratzheim et des villages alentours ; des consommateurs déjà rodés aux circuits courts, après quatre mois de confinement. « J’ai démarré la production de légumes l’année du Covid-19. J’attendais avec impatience que mes tomates mûrissent (450 plants) », admet l’agriculteur. Il n’a pas été déçu de l’accueil que les acheteurs leur ont réservé. En 2020, Pascal Kern a aussi proposé des salades, concombres (90 plants), courgettes, poivrons (40 plants) et aubergines (40 plants). Les solanacées ont souvent été en rupture de stock. Il a enchaîné avec les légumes d’hiver : la demande était là. Cette année à la mi-mai, il déclare : « Je n’ai plus rien depuis un bout de temps. » Pascal vend à la ferme, deux heures durant, les mardis soir et les samedis matin. « C’est phénoménal », souffle-t-il, à propos de l’engouement des chalands.     Des revenus identiques au tabac en 2021 Le maraîcher sait que ses clients fidèles (la plupart) reviennent pour la fraîcheur et la qualité des produits. Pour les prix aussi, peut-être, moins élevés qu’en GMS, mais quasi-identiques à ceux pratiqués par ses confrères : « On se concerte », assure-t-il. L’an passé, il vendait ses tomates 2,20 €/kg par exemple. « Je cueille mes tomates à maturité, au top », glisse-t-il. Son objectif est d’arriver au même niveau de revenus, grâce au maraîchage, que lorsqu’il cultivait du tabac. En 2021, il pense y parvenir. Il produit, cette année, des tomates (780 plants), des aubergines (120 plants), des poivrons (120 plants), des concombres (90 plants), des courgettes, des haricots (qui grimpent le long des grilles qu’il utilisait pour sécher le tabac), de l’oseille, des épinards, des carottes, des poireaux. Au début du printemps, il avait des radis et du pissenlit. S’il utilise quatre serres pour ses primeurs, les trois autres ne sont pas vides pour autant. Il en prête deux à des confrères pour leurs choux à choucroute. Lui aussi, depuis 2020, en produit. Il utilise une serre pour cela, dans laquelle 240 plants « flottent » actuellement. Tout ce qu’il lui reste à faire, côté cultures, c’est d’installer l’irrigation, dans les serres où les légumes sont en terre. Aujourd’hui, il arrose au tuyau, manuellement. Bientôt, l’eau arrivera au goutte-à-goutte ou par aspersion. Les canaux sont posés : « Il ne reste plus qu’à mettre le puits sous pression », montre-t-il. « Une reconversion forcée heureuse » L’agriculteur aimait aussi le tabac parce qu’il y avait « deux grosses périodes de pointe », par an… contrairement au maraîchage. « Avec les légumes, tu es tout le temps en train de courir », s’exclame Pascal. Il veut encore installer un panneau le long de la N83, où passent 35 000 véhicules par jour, sait-il, pour élargir la clientèle. Il pense aussi au click & collect. Et une fois que son système d’irrigation sera en place, sera-t-il tenté par des framboisiers ? Le quadra se délecte de son revirement. « Le maraîchage, c’est passionnant. Il ne faut pas avoir peur de travailler mais c’est stimulant. D’autant plus, parce que je vends en direct et qu’il y a le contact avec les clients. J’aime discuter ! C’est une reconversion forcée heureuse », résume-t-il. Le long de ses magnifiques laitues et batavias, des herbes folles… « Il y a des mauvaises herbes car je traite peu, voire pas du tout, selon les plantes. La salade, il n’y a pas besoin : elle pousse si vite. J’ai juste mis un peu d’anti-limaces autour de la serre », précise-t-il. Pascal adhère à Planète Légumes. « C’est indispensable », estime-t-il, heureux des conseils prodigués, notamment pour ses choux attaqués par les altises et les pucerons, l’an passé. Humblement, il affirme être en plein apprentissage. « Par rapport aux produits, à leur culture, à la surface et au contexte, je pense que j’ai fait le bon choix. Je n’aime pas particulièrement rouler en tracteur, en plus : ça tombe bien ! », conclut-il.

Des ateliers de réflexion jusqu’à cet automne

Préparer la forêt de 2100

Publié le 18/05/2021

Les Assises des forêts et du bois se dérouleront en novembre prochain. D’ici là, habitants, élus, professionnels de la forêt et du bois, associations sont invités à s’exprimer sur les forêts qu’ils souhaitent en Grand Est pour 2100.

« La forêt a toujours été un écosystème singulier, un territoire lié à plusieurs enjeux environnementaux. Pour autant, les bouleversements climatiques et les épisodes extrêmes changent la donne et demandent une réflexion plus générale, une réflexion commune », a expliqué Thierry France-Lanord, président de Fibois Grand Est en présentant les Assises des forêts et du bois du Grand Est, le 27 avril par visioconférence. Ces assises se dérouleront en novembre prochain. Les stratégies et les orientations qui en découleront « modèleront le visage des forêts du Grand Est dans 50 ou 100 ans », prédit le président de Fibois Grand Est. Des ateliers seront organisés en amont pour récolter « toutes les contributions, les retours d’expériences, les avis, les controverses » autour de la question : « Quelle forêt voulons-nous en 2100 ? ». Citoyens, usagers ou travailleurs de la forêt, entrepreneurs, collectifs de tous horizons sont invités à se réunir par groupes de 9 à 25 personnes sous l’égide d’un médiateur. Leurs contributions seront ensuite rassemblées et synthétisées pour être présentées lors des assises, résume Mathieu Klein, président de l’association Des hommes et des arbres, chargée de l’ingénierie de ces rencontres. L’objectif est de permettre à une pluralité de regards de s’exprimer. « Nous nous trouvons à une période charnière avec des attentes sociétales et des urgences sanitaires et climatiques qui placent les forestiers face à des risques jamais expérimentés, des injonctions contradictoires. Ces problèmes d’une complexité inégalée nécessitent des apprentissages avec essais, erreurs et améliorations, ainsi que des choix politiques à arbitrer », justifie Thierry France-Lanord. Pour « faire émerger une forêt partagée », les participants devront « réfléchir au modèle de forêt qu’ils défendent, s’interroger sur les impacts de leurs choix sur les différentes fonctions ou rôles de la forêt, sur les éventuelles compensations ou rééquilibrages nécessaires, sur la manière de rendre leur projet « attractif » ou bénéfique pour tous les acteurs. » Replantation : quelle stratégie ? Jean Rottner, président de la Région, et Josiane Chevalier, préfète du Grand Est, s’accordent sur la nécessité de cette réflexion, au moment où « la forêt va mal » et où « la filière a besoin d’un avenir sur la durée », selon le président de la Région Grand Est. Les aspects économiques, techniques, environnementaux, « tout doit être mis sur la table pour pouvoir dégager des priorités », souligne Jean Rottner. L’État, pour sa part, a déjà adopté « une feuille de route pour adapter la forêt au changement climatique, faire une forêt plus résiliente et maintenir les services qu’elle rend », relève Josiane Chevalier en mentionnant les 200 millions d’euros (M€) consacré au volet forestier du plan de relance et l’objectif des 50 millions d’arbres plantés. Ces réponses sont-elles adaptées à la situation que traverse la forêt du Grand Est aujourd’hui ? Pour Jean Poirot, représentant l’association France Nature Environnement, ce n’est pas tant la forêt qui est malade qu’« un certain type de sylviculture ». Il s’inquiète d’une replantation basée sur le recours aux essences non-autochtones et aux plantations monospécifiques sur des surfaces de plusieurs hectares. S’agissant du changement climatique, « la forêt est capable de s’adapter toute seule si on lui en laisse le temps », estime Jean Poirot, qui préconise de laisser « au minimum 10 % des surfaces forestières en libre évolution ». Jean-Pierre Renaud, directeur territorial Grand Est de l’ONF (Office national des forêts), constate pour sa part que le dépérissement touche toutes les essences, même si l’épicéa est le plus impacté. Le plan de relance ne représente jamais que 0,7 % de la surface forestière du Grand Est, ajoute-t-il. « On ne va pas reconstituer une nouvelle forêt, ce ne serait pas très réaliste, nous n’en avons d’ailleurs pas les moyens. La plus grande partie de la reconstitution va se faire par régénération naturelle », indique Jean-Pierre Renaud, partisan de la diversité des essences et d’un équilibre entre grande faune et écosystème forestier. À l’image de ce qu’ont fait un certain nombre de landers allemands, dont le Bade-Wurtemberg.   ? Les Assises des Forêts et du Bois, ou cap sur la forêt du Grand Est de 2100 #FranceRelance Josiane Chevalier, préfète... Publiée par Préfète de la région Grand Est et du Bas-Rhin sur Mardi 27 avril 2021  

Association générale des planteurs de houblon de France (AGPH)

« Au niveau commercial, nous souffrons de la pandémie »

Publié le 16/05/2021

540 ha de houblon étaient en production en France en 2020, dont 470 ha en Alsace. Ailleurs, de nouveaux producteurs s’installent, alors que la commercialisation est ralentie par la crise sanitaire.

L’assemblée générale de l’Association générale des planteurs de houblon de France (AGPH) a eu lieu, lundi 12 avril, par visioconférence. Après un hommage à Étienne Lux, président d’honneur disparu depuis la précédente assemblée générale, Bernard Ingwiller, président de l’AGPH, a dressé le bilan de l’année 2020. Celle-ci a été marquée par un renforcement des surfaces en production au niveau national et l’arrivée de nouveaux groupements de producteurs, qui sont venus consolider les rangs de l’association. Les rendements ont été légèrement inférieurs à la moyenne et les teneurs en alpha ont été variables selon les régions. « Au niveau commercial, nous souffrons de la pandémie », a souligné Bernard Ingwiller, précisant que tous les houblons n’avaient pas été enlevés mais que les prix étaient « globalement stabilisés ». La pandémie a également eu des incidences sur l’organisation des travaux, puisque la main-d’œuvre saisonnière étrangère n’a pas pu circuler librement en 2020 et qu’il a fallu faire appel à la solidarité locale pour trouver des saisonniers aux périodes de pointe. Le président de l’AGPH a remercié tous les partenaires de la filière, en particulier les brasseurs, qui ont contribué à résoudre ce problème. La filière houblonnière est aujourd’hui confrontée à plusieurs défis. La protection phytosanitaire du houblon en est un. Le nombre de molécules homologuées pour cette culture est restreint, ce qui oblige à coopérer au plan international pour trouver des solutions communes. La recherche variétale, l’adaptation au changement climatique, la modernisation des équipements de cueillette et de séchage sont d’autres défis à relever. Bernard Ingwiller insiste pour que la modernisation aille de pair avec l’aspect économique, « afin de donner une vision d’avenir » aux planteurs de houblon. L’évolution des structures d’exploitation, quant à elle, mérite d’être étudiée de plus près afin de détecter quelles exploitations sont en manque de relève. Secrétaire général de l’AGPH, Antoine Wuchner a donné les principaux chiffres de la production française. 540 ha étaient en production en 2020, dont 470 ha situés en Alsace, 35 ha dans le Nord, le reste des surfaces étant disséminé dans le reste du territoire. La production s’est élevée à 800 t. Antoine Wuchner constate un engouement fort pour la production locale et une augmentation des surfaces en bio, y compris dans les régions historiques. L’offre reste toutefois inférieure à la demande. L’épidémie de Covid-19 a entraîné un recul de 8 à 9 % du marché de la bière. Les brasseries ont plus ou moins souffert de la situation selon leur mode de commercialisation. La fermeture des cafés, hôtels-restaurants a particulièrement pénalisé certaines d’entre elles. Les microbrasseries ont souffert aussi, même si celles qui vendent en GMS ont réussi à tirer leur épingle du jeu. Énormément de porteurs de projet Le marché du houblon est mondial, a rappelé Antoine Wuchner. La France ne représente même pas 1 % de ce marché. 122 000 t de houblon ont été récoltées en 2020 dans le monde, un chiffre en baisse de presque 6 %. Les prix aussi étaient en baisse par rapport à ceux de 2019, mais la plupart des houblons ont été contractés. Au niveau mondial, la recommandation est à la baisse des surfaces dans certaines variétés. « Les houblonniers alsaciens ont su reconvertir un certain nombre de variétés pour être plus efficaces sur les marchés », se réjouit le secrétaire général de l’AGPH. Toutefois, il faut rester prudent car tout dépendra de la reprise. Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, estime pour sa part que la crise sanitaire aura inévitablement un impact sur les stocks, et donc sur les prix, en particulier pour les gros contrats. Il attire l’attention sur la nécessité d’accompagner les exploitations qui se convertissent à l’agriculture biologique. Du rapport d’activité des régions, on retiendra une grande variabilité dans les quantités produites et les prix payés aux producteurs selon les débouchés. Yvon Pruvost, au nom de la Coophounord, insiste sur la tendance au « consommer local » et sur l’augmentation des surfaces en bio, qui vont atteindre 10 % des surfaces dans le Nord. Dans d’autres groupements, la plupart des producteurs qui se lancent dans la culture du houblon le font en bio. C’est le cas chez Hopen et chez Houblons de France, où « un bon tiers des adhérents sont paysans-brasseurs ». En Normandie, où les surfaces sont encore confidentielles, il existe « énormément de porteurs de projets », selon Benoît Lamy, dont là aussi beaucoup de paysans-brasseurs potentiels. Bernadette Laugel a rendu compte des activités techniques, en particulier des travaux menés pour la maîtrise des bioagresseurs. Matthieu Luthier a rappelé les grands axes du projet Houblon France 2022, visant à doter l’AGPH de deux têtes, une technique et une syndicale. Un projet de filière a été rédigé, une interprofession du houblon - a été créée et trois commissions ont été mises en place pour réfléchir à différentes thématiques telles que la compétitivité, la communication ou l’animation de la filière houblon.

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