Cultures

Publié le 13/10/2021

Au jardin de Candy, comme chez tous les agris, on sème, on cultive, on produit. Il y a des courges et des radis. Et pour amener les clients vers les cimes, être en bio, c’est très utile. Des variétés anciennes, des plants au printemps : c’est la stratégie de Candy !

Un chemin de terre sableuse mène aux parcelles et au point de vente de Candy Pfeiffer, à son domicile, en lisière de forêt. Sur les pentes enherbées, à la sortie de Windstein, vers le sentier de grande randonnée qui serpente de Wissembourg au col du Donon, la quadra soigne une cinquantaine d’espèces de fruits et légumes différents, sous abri et en plein champ, et encore bien plus de plants. Rien qu’en tomates, elle propose les pousses d’une vingtaine de variétés ! Il faut de sérieux arguments pour entraîner les clients jusqu’ici. Candy Pfeiffer, cotisante solidaire à la MSA de 2017 à son installation fin 2019, est en bio, depuis le tout début de son aventure maraîchère. Elle a acheté en 2010, avec sa maison, et en 2019 d’anciennes prairies naturelles qui étaient à l’état de friches, d’où la certification quasi immédiate. Candy mise donc sur ses plants bios, au cœur des Vosges du Nord, où beaucoup ont un jardin, et sur les variétés anciennes ou… surprenantes, qui égaient ses paniers hebdomadaires. « Mais je ne vous avais pas demandé de bananes », imite l’espiègle Candy. Certains de ses clients n’avaient jamais vu de courgettes jaunes avant ! Et l’épi de maïs doux, qu’elle a offert récemment : « c’est pour les bêtes », lui ont rétorqué d’autres… avant de goûter et de se raviser. Court (-) circuit Une trentaine de pèlerins gravissent la pente, chaque vendredi après-midi, pour acheter en direct les productions de Candy Pfeiffer… qui se croyait originale avec ses topinambours, alors que la vivace était déjà cultivée ici même, quarante ans auparavant ! Ces inconditionnels de la bio, qui affluent depuis un rayon d’une quinzaine de kilomètres alentour, connaissent la ferme grâce à sa page Facebook (1 600 abonnés) ou aux supermarchés Match et Intermarché de Reichshoffen, et Match de Niederbronn. Fin 2018, c’est Frédéric Strub, le directeur du Match de Reichshoffen, qui a le premier sollicité Candy Pfeiffer. La mode des producteurs locaux, dans les Match, aurait d’ailleurs été lancée par Candy et lui. Mais, aujourd’hui, la maraîchère croit plus en ses paniers et commandes des particuliers qu’à la vente aux GMS, même si elle négocie en direct. Car les agriculteurs sont de plus en plus nombreux à se partager les étals de la grande distribution. Candy souhaite doubler sa clientèle en 2022, qui contrairement à celle des GMS, accepte les légumes non calibrés. Ce sur quoi elle fonde le plus d’espoir est la vente de plants. En 2021, elle a vendu sur deux week-ends, début mai, près de 4 500 pousses, pour un montant de 9 000 euros ; soit presque trois fois plus qu’en 2018. « Et encore, on a été desservi par la météo, cette année », observe Candy. Si la plupart des acheteurs de plants viennent des environs (Haguenau, Wissembourg), certains ont fait la route depuis Duppigheim et Marlenheim ! Son objectif est d’atteindre les 10 000 plants produits et de faire 16 000 à 18 000 euros de vente, « pour le confort ».     Porte-bonheur Romuald, le mari de Candy, maréchal-ferrant itinérant, pense la rejoindre sur l’exploitation d’ici deux à trois ans. Jusqu’en 2016, c’était l’inverse : Candy assistait Romuald dans son métier. La cavalière enlevait les fers, parait les sabots. Les époux ont même écrit un livre sur le parage et le ferrage, paru en 2013. Candy n’avait pas envisagé de devenir agricultrice. Mais, après l’achat de leur maison bordée d’1 ha de terrain (pas totalement cultivable) à Windstein, Candy démarre un jardin. Elle avait pour habitude de « piocher » dans celui de son grand-père, à Rothbach. L’envie de légumes frais, à ses pieds, la motive. Elle distribue des cagettes à sa famille de passage, améliore ses plates-bandes. Bientôt, jardiner devient sa plus grande passion. En 2013, elle entend parler de Jean Becker, à Ingwiller, chez qui elle effectuera plus tard un stage. De janvier 2016 à 2017, elle passe son bac professionnel productions horticoles, à distance, avec l’École supérieure d’agriculture (ESA) d’Angers. « J’aime élever les plantes du début à la fin, choisir les variétés, échanger avec les jardiniers qui partagent mon ardeur même s’ils ne produisent pas à la même échelle. J’aime travailler ici dans la nature, au calme, malgré les frustrations liées au climat, la casse à cause des ravageurs, des maladies », énumère Candy. Entre l’oïdium, le mildiou, les doryphores et les mulots, 2021 a été un peu décevante et éreintante, puisque Candy désherbe essentiellement à la main. « J’ai eu envie d’exercer cette activité et je ne regrette pas. Je suis cheffe d’exploitation et j’arrive à en vivre », déclare la dynamique femme que le Crédit Agricole « a adoptée ». Pour l’instant, elle réinvestit tout sur la ferme. Elle pense se sortir un salaire en 2022. Apports réguliers Son premier grand tunnel (9,30/36 m) a été installé en 2018, après un important terrassement. Un motoculteur et 2 500 euros de matériel d’irrigation sont du même cru. Les travaux sur le terrain acquis fin 2019 démarrent en mars 2020, notamment pour le raccordement à l’eau et la construction de deux autres grands tunnels. En 2021, elle investit dans un microtracteur Kubota. Sur une pente de 15 %, ensoleillée neuf heures en été et cinq heures en hiver, Candy enchaîne les apports réguliers d’engrais bio en granulés et d’eau. « C’est encore trop tôt pour amender avec du fumier, du compost végétal. Il y a trop d’adventices », pointe Candy Pfeiffer, qui a hâte aussi d’ajouter des copeaux de bois. Aujourd’hui, sur ses terres, il n’y a pas d’humus. Un petit tunnel de trois mètres sur huit, doté de câbles chauffants, lui permet de produire des plants toute l’année. Elle comptabilise une soixante d’heures travaillées par semaine. « Je commence juste à lever un peu le pied », confie-t-elle.

Plantes à parfum, aromatiques et médicinales

Bouillon de cultures dans les Vosges du Nord

Publié le 06/10/2021

Installée depuis mars 2020, à Wingen, Rachel Gardon a développé sa gamme d’aromates, de sirops, d’hydrolats, de tisanes, à partir de ses productions bio et de ses cueillettes de plantes sauvages. Élixirs et plantes, c’est du circuit court, de la graine au flacon.

Rachel Gardon a les sens et l’esprit en éveil. Sauge ananas, basilic cannelle, menthe pamplemousse, pour ne citer que ces trois-là : son jardin de plantes à parfum, aromatiques et médicinales recèle de merveilles. « Depuis que je suis petite, ces plantes m’intriguent. Je voulais être nez », se souvient-elle, entre une ligne de bleuet et de calendula. Rachel est en passe de transcender son rêve d’enfant. Aujourd’hui, elle est productrice, transformatrice et vendeuse de ses cultures et de ses collectes d’espèces sauvages. Le mois dernier, elle a tout juste réceptionné un alambic en cuivre de 60 litres, qui préserve les arômes des plantes à fleurs. Il tourne à plein tube en attendant celui en inox qui permettra de distiller les plantes à phénols, tel le thym, la sarriette et les résineux, qui entreraient en interaction avec le cuivre. Aujourd’hui, Rachel vend des hydrolats alimentaires, ces eaux florales riches en arômes naturels. Demain, elle espère élargir le spectre des possibles en proposant des eaux cosmétiques. La trentenaire a de la ressource. Ancienne de chez Colin, développeuse de produits pour les cantines, entre autres, Rachel est titulaire d’un bac de chimie, d’un DEUST Parfums, arômes et cosmétiques et elle enchaîne les formations depuis 2018. La première, c’était un BPREA Plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM), au CFPPA de Montmorot, dans le Jura. Tout récemment, elle s’est perfectionnée dans la réalisation de baumes et d’huiles de beauté, avec une laborantine, près d’Avignon. Le graphisme et la vente, elle les apprend sur le tas. Cet été, si Rachel a turbiné côté production, elle a tout de même transformé un peu pour commercialiser en direct, au marché bio de Steinseltz.     De la chimie naturelle Aromates, tisanes, condiments, huiles, sels et sucres parfumés, sirops, eaux florales : toutes les PPAM séchées, macérées, cuites ou distillées sont issues de sa production bio et de cueillettes alentour. C’est artisanal et naturel, garantit Rachel. Après 18 ans de bons et loyaux services dans l’industrie agroalimentaire, cette mère de deux enfants a renoué avec sa philosophie, ses valeurs : promouvoir des aliments locaux, bruts ou peu transformés. Adieu les molécules de synthèse. « Je veux manger sainement », résume-t-elle. Elle cultive trente espèces et 65 variétés de PPAM sur près de 31 ares, à Wingen, et en collecte une quinzaine dans la nature environnante, avec l’autorisation des municipalités. « Je teste six variétés de thym par exemple, dont une de Provence, achetée cet été chez mon pépiniériste, dans le Sud. J’en suis à l’étape de la sélection : quelles variétés me plaisent le plus, au goût, à l’œil, et lesquelles s’adaptent le mieux aux conditions pédoclimatiques d’ici. Je garde les graines pour obtenir des plantes qui s’acclimatent », précise Rachel Gardon. Cet été, les tropicales verveines et le géranium bourbon ont apprécié les précipitations quasi ininterrompues. « Elles étaient très productives », souligne Rachel. Trop ? L’agricultrice en convient : elle qui a toujours soigné son jardin de 100 m2 est rincée. « C’est plus difficile », lâche-t-elle. Dès que possible, elle embauchera ou s’associera. « Je n’ai pas arrêté cette saison, ni le soir, ni le week-end. J’ai dû travailler entre 60 et 80 heures par semaine. » Après l’intense période de récolte, vient celle des métamorphoses au labo, mais il est aussi temps de démarcher les boutiques bio et de finaliser le site internet, qui permettra de vendre ses produits ; et même en click & collect pour les randonneurs qui s’aventureraient à côté de la ferme, sur un sentier, ou ceux qui en profiteraient pour mirer le château du Fleckenstein, à quelques kilomètres de là. Bientôt, son dossier passera en commission pour la DJA. Elle réfléchit déjà à son système d’irrigation, pour la saison prochaine. Puisqu’elle ne peut être raccordée, achètera-t-elle une tonne à eau ?     Des projets sans beaucoup de foncier « Avec un marché par mois, aujourd’hui, je paie mes charges mais pas moi », confie Rachel Gardon. Elle touche l’allocation-chômage et espère décoller à Noël. Elle développe trois nouvelles tisanes, présentement. « C’est le côté fun du projet : la recherche et le développement », lance l’exploitante. Pour 2022, un magasin de vente devrait ouvrir à Wingen, à la ferme héritée de ses grands-parents (des éleveurs de vaches laitières). C’est ici que trône l’alambic et, sous le toit de la grange, sèchent les délicates feuilles et pétales colorées. « On aimerait aussi rénover la maison attenante pour créer deux gîtes », dit Rachel, qui inclut son conjoint dans cette aventure. Le développeur web fabrique le site internet d’Élixirs et plantes. « Il attend mes articles pour l’enrichir », avoue Rachel. Installée hors cadre familial, elle embrasse la profession agricole et porte ses multiples casquettes avec délice. « J’aime tout maîtriser », admet-elle. Mais elle déplore les difficultés d’accès au foncier. « La Safer ne me place pas prioritaire sur les dossiers », explique-t-elle. Rachel utilise donc une partie des prés qu’occupent ses chevaux (les zones de refus), s’arrange avec un voisin, reprend un bail à sa mère, dispose de quelques ares de la commune. « Je n’arrive pas à acheter », constate-t-elle, consciente que beaucoup d’autres jeunes sont dans le même cas. Sa SAU totalise 78 ares : une trentaine de PPAM, 40 de prairies et 7 ares de verger.

Publié le 23/09/2021

Jean-Marc Wild débute la production de pommes de terre en 2001, avec une coopérative aujourd’hui disparue. Vingt ans plus tard, il en produit 300 tonnes et continue à développer son offre.

Jean-Marc Wild s’installe en 1997. L’assolement de l’exploitation évolue au gré du contexte économique, des années et des envies parfois. Jusqu’en 2007, il cultive 30 ha de betteraves. Il arrête avec la fin de la politique européenne d’incitation. En 2001, il débute la pomme de terre sous l’impulsion de la Parmentière. La coopérative s’éteint en 2011 alors que Jean-Marc arrive à 200 tonnes livrées en vrac et 10 tonnes par an commercialisées en direct. Il intègre le tournesol semence en 2014. Il a aussi cultivé du soja durant quatre ans. En 2019, il plante 6 ha de luzerne pour répondre au manque de fourrage d’une ferme auberge. Un bon moyen de lutter contre la monotonie mais aussi une manière de se remettre toujours en question. Cette année, il ajoute le colza à son panel de cultures. Jean-Marc possède trois tracteurs et trois enrouleurs, il partage le reste du matériel en Cuma ou en copropriété. La collaboration entre agriculteurs est essentielle pour lui. Il est président d’un réseau d’irrigation de 13 km créé en 2010, qui dessert 11 agriculteurs, soit 250 ha. Six puits alimentent le pivot et deux secteurs d’irrigation pour un investissement de 1,1 million d’euros. La majorité des terres est semée en céréales. Celles-ci sont livrées à la CAC. Mais Jean-Marc consacre la plupart de son temps aux jolis tubercules. Ils se développent au nord de Merxheim sur un sol limoneux-argileux où Jean-Marc pratique la rotation des cultures en échangeant des parcelles avec des collègues agriculteurs. « La rotation est nécessaire tous les cinq à sept ans. Je cherche donc des parcelles irrigables, sans trop de sable ou de cailloux. Ces échanges se font à l’amiable et en bonne intelligence ». Après pommes de terre, Jean-Marc sème habituellement du maïs durant deux ans, avant pommes de terre, il privilégie le blé pour avoir une meilleure structure du sol. « Après un passage de fraise, on plante début avril, on butte et on désherbe. On irrigue entre deux et quatre fois sauf cette année où je n’ai sorti l’enrouleur que pour humidifier le sol avant arrachage début septembre ». Il est bien sûr attentif aux attaques de doryphores. « J’ai trouvé une solution labellisée bio qui fonctionne très bien malgré un très faible dosage (8 cl/ha). Contre le mildiou, j’applique trois fongicides par an. Cette année, il a fallu traiter six fois ». Il est membre du réseau de fermes Dephy. La maldive pour la vente directe Après arrachage, les pommes de terre sont basculées sur la chaîne de conditionnement grâce à un retourne-palox, elles passent par la brosseuse puis sont acheminées par un élévateur jusqu’à la table de tri manuel et enfin jusqu’à la peseuse, qui se règle sur 5, 10 ou 25 kg (4,50 €, 8 € et 16 €). Les plus grands sacs sont noués, les plus petits sont fermés par banc couseur. Ils sont stockés dans deux chambres froides réglées à 5 degrés. La première a une capacité de 90 tonnes. Le stockage a été agrandi il y a deux ans avec la construction d’une deuxième chambre froide de 140 tonnes. Les tubercules sont traités en végétation avec un anti-germinatif (Fazor ou Itcan). Il n’y a pas de traitement après récolte. Jean-Marc produit 300 tonnes de pommes de terre par an qu’il livre dans des restaurants, fermes-auberges, deux Super U (Guebwiller et Munster) et 11 Trèfle Vert, ainsi qu’à des magasins à la ferme. Jusqu’en 2020, il proposait trois variétés : « La gourmandine est une pomme de terre à chair ferme qui répond à la demande de livraison continue des fermes-auberges pour leurs roïgabrageldis ». La sirco, pomme de terre précoce, est utile pour les purées, soupes mais surtout pour les frites. Livrée en filet de 25 kg, elle est très demandée par les restaurateurs. La variété peut être vendue jusqu’à décembre voire janvier. Il passe à l’excellency, variété plus tardive, pour la fin de saison. « Depuis cette année, je produis également la maldive en très petite quantité (2 tonnes cette année). Cette petite patate type ratte me permet d’étoffer ma gamme en vente directe. Elle est vendue 5 € les 3 kg ». Jean-Marc hésite encore à proposer de la pomme de terre rouge, recherchée des consommateurs. Depuis deux ans, Jean-Marc propose des frites surgelées aux particuliers et sur commande pour de petites manifestations. « J’ai un laboratoire déjà équipé pour les escargots. Il ne manquait que les friteuses ». Il en a vendu une tonne l’an dernier à 2,50 €/kg. Il souhaite atteindre les deux tonnes. Son objectif : se diversifier pour ajouter de la plus-value à ses productions, sans mettre toutes ses pommes de terre dans le même filet. « Je dois rester performant dans les céréales, il ne faut pas qu’un nouvel atelier engendre plus de travail que de revenu ».

Pages

Les vidéos