Cultures

Plantes à parfum, aromatiques et médicinales

Bouillon de cultures dans les Vosges du Nord

Publié le 06/10/2021

Installée depuis mars 2020, à Wingen, Rachel Gardon a développé sa gamme d’aromates, de sirops, d’hydrolats, de tisanes, à partir de ses productions bio et de ses cueillettes de plantes sauvages. Élixirs et plantes, c’est du circuit court, de la graine au flacon.

Rachel Gardon a les sens et l’esprit en éveil. Sauge ananas, basilic cannelle, menthe pamplemousse, pour ne citer que ces trois-là : son jardin de plantes à parfum, aromatiques et médicinales recèle de merveilles. « Depuis que je suis petite, ces plantes m’intriguent. Je voulais être nez », se souvient-elle, entre une ligne de bleuet et de calendula. Rachel est en passe de transcender son rêve d’enfant. Aujourd’hui, elle est productrice, transformatrice et vendeuse de ses cultures et de ses collectes d’espèces sauvages. Le mois dernier, elle a tout juste réceptionné un alambic en cuivre de 60 litres, qui préserve les arômes des plantes à fleurs. Il tourne à plein tube en attendant celui en inox qui permettra de distiller les plantes à phénols, tel le thym, la sarriette et les résineux, qui entreraient en interaction avec le cuivre. Aujourd’hui, Rachel vend des hydrolats alimentaires, ces eaux florales riches en arômes naturels. Demain, elle espère élargir le spectre des possibles en proposant des eaux cosmétiques. La trentenaire a de la ressource. Ancienne de chez Colin, développeuse de produits pour les cantines, entre autres, Rachel est titulaire d’un bac de chimie, d’un DEUST Parfums, arômes et cosmétiques et elle enchaîne les formations depuis 2018. La première, c’était un BPREA Plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM), au CFPPA de Montmorot, dans le Jura. Tout récemment, elle s’est perfectionnée dans la réalisation de baumes et d’huiles de beauté, avec une laborantine, près d’Avignon. Le graphisme et la vente, elle les apprend sur le tas. Cet été, si Rachel a turbiné côté production, elle a tout de même transformé un peu pour commercialiser en direct, au marché bio de Steinseltz.     De la chimie naturelle Aromates, tisanes, condiments, huiles, sels et sucres parfumés, sirops, eaux florales : toutes les PPAM séchées, macérées, cuites ou distillées sont issues de sa production bio et de cueillettes alentour. C’est artisanal et naturel, garantit Rachel. Après 18 ans de bons et loyaux services dans l’industrie agroalimentaire, cette mère de deux enfants a renoué avec sa philosophie, ses valeurs : promouvoir des aliments locaux, bruts ou peu transformés. Adieu les molécules de synthèse. « Je veux manger sainement », résume-t-elle. Elle cultive trente espèces et 65 variétés de PPAM sur près de 31 ares, à Wingen, et en collecte une quinzaine dans la nature environnante, avec l’autorisation des municipalités. « Je teste six variétés de thym par exemple, dont une de Provence, achetée cet été chez mon pépiniériste, dans le Sud. J’en suis à l’étape de la sélection : quelles variétés me plaisent le plus, au goût, à l’œil, et lesquelles s’adaptent le mieux aux conditions pédoclimatiques d’ici. Je garde les graines pour obtenir des plantes qui s’acclimatent », précise Rachel Gardon. Cet été, les tropicales verveines et le géranium bourbon ont apprécié les précipitations quasi ininterrompues. « Elles étaient très productives », souligne Rachel. Trop ? L’agricultrice en convient : elle qui a toujours soigné son jardin de 100 m2 est rincée. « C’est plus difficile », lâche-t-elle. Dès que possible, elle embauchera ou s’associera. « Je n’ai pas arrêté cette saison, ni le soir, ni le week-end. J’ai dû travailler entre 60 et 80 heures par semaine. » Après l’intense période de récolte, vient celle des métamorphoses au labo, mais il est aussi temps de démarcher les boutiques bio et de finaliser le site internet, qui permettra de vendre ses produits ; et même en click & collect pour les randonneurs qui s’aventureraient à côté de la ferme, sur un sentier, ou ceux qui en profiteraient pour mirer le château du Fleckenstein, à quelques kilomètres de là. Bientôt, son dossier passera en commission pour la DJA. Elle réfléchit déjà à son système d’irrigation, pour la saison prochaine. Puisqu’elle ne peut être raccordée, achètera-t-elle une tonne à eau ?     Des projets sans beaucoup de foncier « Avec un marché par mois, aujourd’hui, je paie mes charges mais pas moi », confie Rachel Gardon. Elle touche l’allocation-chômage et espère décoller à Noël. Elle développe trois nouvelles tisanes, présentement. « C’est le côté fun du projet : la recherche et le développement », lance l’exploitante. Pour 2022, un magasin de vente devrait ouvrir à Wingen, à la ferme héritée de ses grands-parents (des éleveurs de vaches laitières). C’est ici que trône l’alambic et, sous le toit de la grange, sèchent les délicates feuilles et pétales colorées. « On aimerait aussi rénover la maison attenante pour créer deux gîtes », dit Rachel, qui inclut son conjoint dans cette aventure. Le développeur web fabrique le site internet d’Élixirs et plantes. « Il attend mes articles pour l’enrichir », avoue Rachel. Installée hors cadre familial, elle embrasse la profession agricole et porte ses multiples casquettes avec délice. « J’aime tout maîtriser », admet-elle. Mais elle déplore les difficultés d’accès au foncier. « La Safer ne me place pas prioritaire sur les dossiers », explique-t-elle. Rachel utilise donc une partie des prés qu’occupent ses chevaux (les zones de refus), s’arrange avec un voisin, reprend un bail à sa mère, dispose de quelques ares de la commune. « Je n’arrive pas à acheter », constate-t-elle, consciente que beaucoup d’autres jeunes sont dans le même cas. Sa SAU totalise 78 ares : une trentaine de PPAM, 40 de prairies et 7 ares de verger.

Publié le 23/09/2021

Jean-Marc Wild débute la production de pommes de terre en 2001, avec une coopérative aujourd’hui disparue. Vingt ans plus tard, il en produit 300 tonnes et continue à développer son offre.

Jean-Marc Wild s’installe en 1997. L’assolement de l’exploitation évolue au gré du contexte économique, des années et des envies parfois. Jusqu’en 2007, il cultive 30 ha de betteraves. Il arrête avec la fin de la politique européenne d’incitation. En 2001, il débute la pomme de terre sous l’impulsion de la Parmentière. La coopérative s’éteint en 2011 alors que Jean-Marc arrive à 200 tonnes livrées en vrac et 10 tonnes par an commercialisées en direct. Il intègre le tournesol semence en 2014. Il a aussi cultivé du soja durant quatre ans. En 2019, il plante 6 ha de luzerne pour répondre au manque de fourrage d’une ferme auberge. Un bon moyen de lutter contre la monotonie mais aussi une manière de se remettre toujours en question. Cette année, il ajoute le colza à son panel de cultures. Jean-Marc possède trois tracteurs et trois enrouleurs, il partage le reste du matériel en Cuma ou en copropriété. La collaboration entre agriculteurs est essentielle pour lui. Il est président d’un réseau d’irrigation de 13 km créé en 2010, qui dessert 11 agriculteurs, soit 250 ha. Six puits alimentent le pivot et deux secteurs d’irrigation pour un investissement de 1,1 million d’euros. La majorité des terres est semée en céréales. Celles-ci sont livrées à la CAC. Mais Jean-Marc consacre la plupart de son temps aux jolis tubercules. Ils se développent au nord de Merxheim sur un sol limoneux-argileux où Jean-Marc pratique la rotation des cultures en échangeant des parcelles avec des collègues agriculteurs. « La rotation est nécessaire tous les cinq à sept ans. Je cherche donc des parcelles irrigables, sans trop de sable ou de cailloux. Ces échanges se font à l’amiable et en bonne intelligence ». Après pommes de terre, Jean-Marc sème habituellement du maïs durant deux ans, avant pommes de terre, il privilégie le blé pour avoir une meilleure structure du sol. « Après un passage de fraise, on plante début avril, on butte et on désherbe. On irrigue entre deux et quatre fois sauf cette année où je n’ai sorti l’enrouleur que pour humidifier le sol avant arrachage début septembre ». Il est bien sûr attentif aux attaques de doryphores. « J’ai trouvé une solution labellisée bio qui fonctionne très bien malgré un très faible dosage (8 cl/ha). Contre le mildiou, j’applique trois fongicides par an. Cette année, il a fallu traiter six fois ». Il est membre du réseau de fermes Dephy. La maldive pour la vente directe Après arrachage, les pommes de terre sont basculées sur la chaîne de conditionnement grâce à un retourne-palox, elles passent par la brosseuse puis sont acheminées par un élévateur jusqu’à la table de tri manuel et enfin jusqu’à la peseuse, qui se règle sur 5, 10 ou 25 kg (4,50 €, 8 € et 16 €). Les plus grands sacs sont noués, les plus petits sont fermés par banc couseur. Ils sont stockés dans deux chambres froides réglées à 5 degrés. La première a une capacité de 90 tonnes. Le stockage a été agrandi il y a deux ans avec la construction d’une deuxième chambre froide de 140 tonnes. Les tubercules sont traités en végétation avec un anti-germinatif (Fazor ou Itcan). Il n’y a pas de traitement après récolte. Jean-Marc produit 300 tonnes de pommes de terre par an qu’il livre dans des restaurants, fermes-auberges, deux Super U (Guebwiller et Munster) et 11 Trèfle Vert, ainsi qu’à des magasins à la ferme. Jusqu’en 2020, il proposait trois variétés : « La gourmandine est une pomme de terre à chair ferme qui répond à la demande de livraison continue des fermes-auberges pour leurs roïgabrageldis ». La sirco, pomme de terre précoce, est utile pour les purées, soupes mais surtout pour les frites. Livrée en filet de 25 kg, elle est très demandée par les restaurateurs. La variété peut être vendue jusqu’à décembre voire janvier. Il passe à l’excellency, variété plus tardive, pour la fin de saison. « Depuis cette année, je produis également la maldive en très petite quantité (2 tonnes cette année). Cette petite patate type ratte me permet d’étoffer ma gamme en vente directe. Elle est vendue 5 € les 3 kg ». Jean-Marc hésite encore à proposer de la pomme de terre rouge, recherchée des consommateurs. Depuis deux ans, Jean-Marc propose des frites surgelées aux particuliers et sur commande pour de petites manifestations. « J’ai un laboratoire déjà équipé pour les escargots. Il ne manquait que les friteuses ». Il en a vendu une tonne l’an dernier à 2,50 €/kg. Il souhaite atteindre les deux tonnes. Son objectif : se diversifier pour ajouter de la plus-value à ses productions, sans mettre toutes ses pommes de terre dans le même filet. « Je dois rester performant dans les céréales, il ne faut pas qu’un nouvel atelier engendre plus de travail que de revenu ».

La cabane du jardin à Geispolsheim

Un distributeur de légumes et ça repart !

Publié le 05/09/2021

Fini de pédaler dans la choucroute ! Le bonheur est dans le maraîchage. Laurent Heitz, ex-producteur de choux à Geispolsheim, a revendu tout son matériel l’an passé pour se lancer dans la production de légumes de plein champ et la vente directe. Depuis fin avril, ses végétaux et d’autres produits paysans frais, locaux et de saison sont accessibles en libre-service dans des casiers réfrigérés nouvelle génération, 24/24 h, 7/7 j.

Au bout de la rue des Muguets, à Geispolsheim, un havre de paix… La cabane du jardin de Laurent Heitz permet une halte ombragée, à l’écart des grands axes. Un bouquet de tournesols accueille le chaland. Il peut se servir, c’est cadeau. Une gamelle d’eau fraîche pour les toutous, et un range-vélos à côté du parking, complètent le tableau. Mais ce qui intéresse surtout les deux cyclistes du village qui reviennent de balade, en cette chaude journée d’août, ce sont les jus de fruits glacés de la ferme Goos à Blaesheim, disséminés dans quelques-uns des 72 casiers réfrigérés que Laurent a inauguré ce printemps. Des merguez à 3 h du mat’ L’agriculteur a démarré il y a deux ans la culture de légumes en plein champ, dans ses bonnes terres, avec son ami Geoffrey Andna de L’îlot de la Meinau. Pour valoriser la production tout en étant dans l’air du temps, Laurent, quinquagénaire, a décidé de vendre en direct. « J’ai surfé sur le net et j’ai trouvé ces casiers Providif, des distributeurs automatiques réfrigérés nouvelle génération, car intégrés dans des chambres froides. Même à 40 °C, je peux y placer de la viande », raconte Laurent Heitz. Il est le premier à avoir investi dans ce genre de casiers, dans le Bas-Rhin. Le maraîcher a bien cerné les consommateurs. « Je leur propose de quoi faire un repas entier, de l’apéro au dessert », dit-il. Pour cela, il a sélectionné les produits d’une quinzaine de paysans voisins et amis, et de quelques artisans, qu’il accompagne chaque semaine de nouveautés. Dans son distributeur, les jeunes du village trouvent des merguez, à 3 h du mat’, ou des kits pour tartes flambées. Cinq heures après, les ménagères cherchent leur panier de légumes du jour et s’arrêtent pour papoter. Entre 17 h et 19 h, les couples pressés trouvent un « menu rapide ». Et, à 22 h, mère et fille s’achètent un yaourt au lait cru de la ferme Michel, à Lapoutroie. Tout est frais, local, de saison. Tranquillité d’esprit « Chaque matin, je me lève en me disant que j’ai bien fait. Je suis épanoui et ça marche. Je suis à trois fois le chiffre d’affaires prévisionnel », confie Laurent Heitz. L’ex-président du syndicat des producteurs de choux à choucroute d’Alsace a lâché ses 30 ha dédiés à la crucifère et sa fonction, du jour au lendemain, en 2020. Après trente ans dans les choux et 25 années d’actions, Laurent a rompu avec la tradition familiale, puisqu’il avait succédé à son père à la tête du syndicat et aux champs. « J’avais besoin de changement. Le contact avec la clientèle me manquait. Avant, j’étais quatre mois seul dans mon tracteur, à la récolte des choux. J’en avais marre. J’ai une âme de commerçant. Je cuisine beaucoup. Je sais ce que les gens aiment. Aujourd’hui, je m’éclate. » Il ne regrette ni les négociations avec les choucroutiers, ni les canicules désastreuses pour les choux. « Je rencontre beaucoup de monde en prospectant. Je découvre de nouvelles saveurs. C’est sympa. Quand ce sont des produits de qualité, les gens sont prêts à mettre le prix. Quant à mes légumes, mes marges sont meilleures que si je traitais avec des GMS et les retours aussi ! Ici, ce n’est que du positif », assure Laurent Heitz. Être tout de même présent Victime de son succès, l’agriculture doit toujours être là, de 8 h 30 à 9 h 30 et les soirées car, « à la sortie du boulot, c’est la folie. » Laurent réapprovisionne continuellement ses casiers vitrés, sur ces créneaux. Avant d’aller dormir, chaque nuit, il passe encore une dernière fois alimenter le distributeur. C’est possible, parce qu’il habite à quelques mètres. Sinon, il ne pourrait pas faire les allers-retours. Aussi, il a privilégié le paiement par CB, sans contact. Les clients sont limités à 50 € d’achat mais, selon ses premières analyses, rares sont ceux qui dépassent ce montant… ou ils paient en deux ou trois fois ! Laurent a laissé son numéro de téléphone, au cas où une carte ne passerait pas. Il a peu été dérangé. Il estime qu’entre trente et quarante clients défilent devant le distributeur, sur 24 heures. Il ne lésine pas sur la communication, via Facebook et Instagram. Un post avec les produits immortalisés dans son petit studio photo et les clients rappliquent. Ils sont près de 650 à être abonnés à sa page Facebook. Derniers arrivés, les chips Hopla, aux pommes de terre de Chavanne-sur-L’Etang (68). « C’est ce qui vient de plus loin », précise le commerçant. Projets d’avenir D’ici fin septembre, Laurent espère réceptionner 25 casiers supplémentaires. « J’ai trop de références et pas assez de compartiments », constate-t-il, d’autant plus que, sur son site Internet, il lancera le click & collect. « Les clients feront leurs courses sur le site. Ils recevront un code. Ils auront 24 heures pour récupérer leur panier réfrigéré ici », résume Laurent Heitz. Le dynamique cultivateur est en quête de volailles bio et de poissons alsaciens pour achalander encore son appareil. Casiers et cabane lui ont coûté près de 60 000 euros. « C’est plus facile de remplir le distributeur. J’étais longtemps esclave de mon travail. Aujourd’hui, je lève un peu le pied. Mes filles ont 17 et 19 ans. Si elles ne reprennent pas l’exploitation, ça ne va pas me stresser. Voudront-elles du commerce ? L’une d’elles m’a déjà remplacé pendant les vacances : ça lui a fait son job d’été. Elle était ravie », rapporte Laurent. Le père de famille aime transmettre, former la jeunesse. Ainsi, il profite des conseils techniques de Geoffrey, ex-conseiller Planète Légumes, et le trentenaire bénéficie de l’expérience de terrain de Laurent. Ensemble, ils visent le zéro herbicide, sur les poireaux notamment. 3 ha de légumes sur 6 passeront en bio d'ici 2022, dont les 70 ares d’asperges. Cette fin d’été, Laurent Heitz accueillera des élèves des écoles élémentaires de Geispolsheim, sur ses parcelles. Grâce à un partenariat avec le traiteur Philippe Rome, ils ont goûté, tous les jeudis, les légumes de Laurent à la cantine. L’agriculteur est déjà allé dans les classes sensibiliser ces gastronomes en culottes courtes. L’idée devrait essaimer.

Pages

Les vidéos