Soigner les arbres par les plantes
Une école de l’observation et de la tolérance
Soigner les arbres par les plantes
Publié le 28/02/2022
Dans le cadre du Mois de la bio, Corinne Diemunsch, exploitante agricole et viticultrice, à Balbronn, a ouvert les portes de son séchoir à plantes aromatiques et de son verger, mi-novembre 2021. Elle a expliqué pourquoi et comment elle soigne ses arbres fruitiers avec des plantes sauvages ou qu’elle cultive.
Sur 20 ha de SAU, à Balbronn, Corinne Diemunsch cultive environ 12 ha de céréales, 5 ha de vignes (pour la cave du Roi Dagobert, dont des raisins de table), 3 ha de verger et 20 à 30 ares de plantes aromatiques. Ces dernières lui servent à soigner ou plus exactement à « stimuler les défenses naturelles » de ses cultures, bio depuis 2011. Elle vend le surplus, sec, à une poignée d’agriculteurs et d’amateurs. 90 % des traitements qu’elle applique à ses productions sont à base de plantes. Les 10 % restants sont constitués de cuivre et de soufre. Habituée des rendez-vous du Mois de la bio, en 2021, Corinne Diemunsch a orienté sa présentation sur le soin apporté aux arbres fruitiers. Chez elle, on trouve essentiellement des mirabelliers, des pommiers (pommes à jus), des poiriers et des quetsches, dans des sols argilo-calcaires. Il y a aussi des noyers, des figuiers, des néfliers, des lauriers, un olivier, des baies de Goji et même… des poivriers. Cet hiver, s’établissent noisetiers, amandiers et châtaigniers. Passionnée de plantes aromatiques, depuis l’enfance, Corinne Diemunsch s’est installée sur la ferme familiale, en 2001. Elle insiste : si elle a passé le cap du soin par les plantes, pour les plantes, dans les années 2010, cela demande : « beaucoup d’observation au départ, du temps, de l’organisation et, plus on essaie de comprendre et d’avancer, plus c’est complexe. » « Il faut être organisé… Au minimum, la veille du traitement. La clé, c’est l’observation, sur le terrain. Car il faut guider la plante, qui compartimente ; élimine souvent d’elle-même ses parties fragiles, malades. Et il ne faut pas attendre un résultat parfait », résume l’arboricultrice. Elle compte aussi sur ses variétés résistantes, rustiques, et la préservation de la biodiversité, pour protéger ses cultures. Des nichoirs et des hôtels à insectes parsèment son verger. Entre deux rangées d’arbres fruitiers productifs, seront semés des légumineuses et crucifères, qui fixeront l’azote dans le sol, pour limiter les apports d’engrais et décompacter les sols. Ses formateurs ou inspirateurs sont le permaculteur Stéfan Sobkowiak, l’arboriculteur Eric Petiot, l’agronome Claude Bourguignon et le biodynamiste Pierre Masson. Corinne recommande les ouvrages des éditions Artémis, Terran et Terre vivante. Sauvages et cultivées Grâce à ses connaissances, l’agricultrice s’est lancée dans la culture (sur paillage de chanvre ou toile de jute), le séchage et la préparation d’absinthe, d’achillée millefeuille, de lavande, de mélisse, d’origan, de rue officinale, de santoline petit-cyprès, de saponaire et de sauge, principalement. Elle cueille, avec l’autorisation des communes ou des particuliers, les plantes sauvages : consoudes, tanaisies, orties (qu’elle fauche surtout chez elle), prêles et reines des prés (de plus en plus difficiles à trouver et à remplacer, et, auxquelles elle substitue des feuilles et bois de saule, en attendant de trouver la bonne stratégie). « Je veux connaître l’emplacement des plantes, en partie parce que je bénéficie du label Ecocert sur l’ensemble de ma production », précise Corinne Diemunsch. La cueillette se fait au ciseau. Elle laisse toujours, au champ, quelques fleurs, pour le réensemencement naturel des plantes cultivées et surtout des plantes sauvages, mais aussi pour assurer la survie des insectes. Pour lutter contre les maladies, rien de tel que l’achillée millefeuille, l’origan, l’ortie, la prêle ou le saule, la reine des prés, la tanaisie. A priori, le bouleau serait efficace contre la tavelure mais Corinne ne l’a pas encore expérimenté. Le jus de consoude, macéré à froid, est idéal pour cicatriser les plaies de taille. Les plantes à effet répulsif, « insectifuges », sont l’ail (que Corinne utilise peu, tant une macération d’ail à base d’huile peut brûler la peau et la plante, surtout par journée ensoleillée), l’absinthe, la camomille romaine, la fougère aigle, le raifort, la rue et la tanaisie. « J’utilise ces plantes en alternance, selon l’objectif que je souhaite atteindre », dit Corinne, sans trop s’étendre. Il ne s’agit pas de tuer les insectes mais de les disperser et de les éloigner. L’application des préparations répulsives à la tombée du jour est donc souhaitable, « pour que les animaux cherchent refuge ailleurs », souligne l’agricultrice. Extraits, décoctions et tisanes Corinne Diemunsch utilise diverses préparations, qu’elle garde parfois d’une année sur l’autre, comme celles à l’ortie, puisqu’elle en a besoin, dès le début du printemps, quand la plante est encore trop jeune pour être riche en oligo-éléments et autres nutriments. Corinne crée des extraits de plantes (macérations à froid, entre trois et huit jours), des décoctions (macérations à froid, 24 heures, puis portées à ébullition) et des infusions (les plantes sont plongées dans de l’eau chaude de 60 à 80°C, en maintenant la température entre vingt et trente minutes). Il est important de couvrir les récipients pour que les parties volatiles des principes actifs retombent dans l’eau. « Même l'extrait d’orties est couvert, jusqu’à la fin de la préparation », conseille Corinne Diemunsch. Pour les préparations, elle se sert surtout des plantes séchées (dans sa grange), très rarement du frais. « Les plantes fraîches, par temps humide, sont contre-indiquées », partage-t-elle. Les plantes séchées se gardent deux à trois ans, maximum. Corinne les stocke dans de grandes caisses en bois, aérées. Les végétaux, une fois séchés, sont broyés grossièrement, afin de faciliter le stockage l’utilisation et l’efficacité, avant utilisation. Pour préparer 1 kg de plantes fraîches, il faudra 10 l d’eau, puis diluer plus ou moins, avant pulvérisation. Le PH d’une plante étant de 6, les tisanes et toutes autres préparations sont mieux assimilées si le PH est identique. Après les transformations et avant le stockage des liquides, il faut bien sûr, bien filtrer. Corinne a recours à des pulvérisateurs classiques pour administrer ses préparations. Petit à petit, elle se diversifie. Un laboratoire et une pharmacie la sollicitent pour s’approvisionner en plantes aromatiques. Régulièrement, elle accueille les élèves du lycée de Rouffach ou un petit groupe de seniors, pour partager ses connaissances.












