Chanvre graine
La petite graine qui monte
Chanvre graine
Publié le 06/01/2022
Testée en 2019, la culture du chanvre graine se développe en Alsace. En 2021, elle se déployait sur 55 ha. La valorisation de la paille permettrait d’en améliorer la rentabilité.
David Kalms et son frère Guillaume sont à la tête d’une entreprise artisanale baptisée Chanvr’eel, nouvellement installée à Benfeld. Convaincus par les vertus écologiques de la culture de chanvre et par les bienfaits de sa graine, qu’ils considèrent comme « un super-aliment », ils se sont spécialisés dans les produits alimentaires et cosmétiques à base de chanvre. Les deux frères ont préféré exploiter la graine « facilement utilisable et moins onéreuse » que la fibre, qui avait fait l’objet d’une tentative de relance en Alsace au début des années 2010. À partir de la graine de chanvre, les deux frères proposent toute une palette de produits : graine entière, graine décortiquée, farine ou protéine pure, pâtes alimentaires, huile, savons, baumes. Les 23 protéines contenues dans sa graine font du chanvre un aliment plus protéique que la volaille, selon David Kalms. Incorporée dans les produits cosmétiques (à petite dose car elle rancit rapidement), elle apporte du confort à la peau. Une filière et des partenaires La graine de chanvre est un oléoprotéagineux, complète Olivier Hartz, le fondateur de Hartz’Riedland SAS. Elle contient environ 26 % de protéines hautement digestibles, 29 % d’huile avec un rapport oméga 6/oméga 3 « idéal pour l’homme », et des fibres très intéressantes pour le transit intestinal. Grâce à cet équilibre, elle peut être considérée comme l’ « une des trois meilleures sources de protéines végétales existantes ». Olivier Hartz, qui a longtemps travaillé pour un groupe d’ingrédients alimentaires japonais, s’est décidé à en développer la culture à son retour en Alsace en 2018. Il a convaincu son oncle d’en semer après avoir proposé aux responsables de l’usine Tereos de leur fournir des graines, en substitution des graines décortiquées que l’entreprise faisait venir d’Autriche pour incorporer dans une de ses recettes. L’ancien ingénieur en agriculture s’est attaché à trouver de la semence et des partenaires susceptibles de l’aider à monter une filière : Planète Chanvre, un groupement de Seine-et-Marne, pour le soutien agronomique et une unité allemande proche de Karlsruhe pour le décorticage. Contrairement à David et Guillaume Kalms, qui se positionnent sur le créneau de l’artisanat, lui cherche à développer un modèle industriel d’exploitation de la graine de chanvre. « On a avancé ensemble, en parallèle ». Olivier Hartz a aussi bénéficié du soutien du Service des eaux et de l’assainissement d’Alsace-Moselle (SDEA), qui cherche à promouvoir les cultures bas impact pour protéger les ressources en eau. Une petite subvention de l’Agence de l’eau et de la Région Grand Est lui a permis de développer son modèle sans faire des pertes. La Chambre d’agriculture Alsace (CAA) et l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba) l’ont également aidé. Il se charge désormais de démarcher les industriels, à qui il propose des graines de chanvre, décortiquées ou pas, de l’huile et des protéines de chanvre. Ses clients sont la biscuiterie, la boulangerie, les secteurs des boissons, de la nutrition spécialisée et de la nutrition santé. Sur la centaine de tonnes de graines commercialisées, la moitié sont mises en culture en Alsace. Il travaille à la fois avec des graines bio et des graines conventionnelles (dans une moindre proportion). Trouver des débouchés pour la paille Après un test en conventionnel en 2019, ce sont 26 ha de chanvre graine, dont 20 ha en bio, qui ont été implantés en Alsace en 2020 pour accompagner la demande de Chanvr’eel. En 2021, 55 ha ont été contractualisés dont les deux-tiers en bio. En 2022-2023, Olivier Hartz envisage d’investir dans un petit outil de transformation pour s’affranchir des façonniers allemands pour le décortiquage. Quel que soit le mode de culture, conventionnel ou bio, la culture ne demande ni insecticide, ni fongicide, ce qui est un véritable atout. Le fondateur d’Hartz’Riedland ne tarit pas d’éloges sur les bénéfices agronomiques du chanvre, qui résiste aux coups de chaud, allonge les rotations et nécessite un temps de travail réduit puisqu’une fois levé, il n’y a plus besoin d’intervenir sur la parcelle, selon François Beiner, l’un des producteurs impliqués dans la filière. Une fois récoltée, la graine de chanvre doit être séchée. Depuis la campagne 2020, le Comptoir agricole propose cette prestation de séchage et de tri. Pour Olivier Hartz, qui fait état d’une marge brute moyenne de 1 100 €/ha, la rentabilité de la culture reste toutefois à améliorer. Au départ du projet, il pensait valoriser la feuille de chanvre pour en faire du CBD (cannabidiol) mais le prix du CBD a baissé. Reste la possibilité de valoriser la paille. Hélène Clerc, chargée de mission à Bio en Grand Est, et Coralie Welsch, du SDEA, font état d’une valorisation possible dans le bâtiment. Cette possibilité reste à étudier. Pour l’heure, Olivier Hartz reste prudent : il n’augmentera les surfaces contractualisées qu’en fonction des possibilités du marché. En 2022, il donnera la priorité aux agriculteurs qui se sont déjà engagés les deux dernières années, sans exclure d’intégrer de nouveaux agriculteurs s’il trouve des débouchés supplémentaires.












