Kiwi
On dirait le Sud…
Kiwi
Publié le 31/12/2021
Parce qu’elle ne nécessite quasiment aucun traitement, ici, la culture du kiwi est parfaite pour les parcelles proches des habitations. Les frères Damien et Jean-Luc Rott, arboriculteurs à Seebach, comptent parmi les quelques pionniers du kiwi en Alsace. Ils partagent leurs premières expériences.
« Nous cultivions des céréales, sur cette parcelle enclavée, montre Jean-Luc Rott, derrière la ferme familiale, au cœur de Seebach. C’était acrobatique. En tournant, on écrasait plus de plantes qu’autre chose. Y implanter des fruitiers, c’était hors de question : nous sommes trop près des maisons. » Jusqu’à ce qu’il entende parler du kiwi, par un confrère, qui avait étudié à Montauban. « À part du cuivre à l’automne, il n’y a pas de traitement à appliquer sur le kiwi chez nous », relève Jean-Luc. Et, encore, ce n’est pas systématique. Cela dépend de la présence ou non d’une bactérie. Par contre, gare au vent du Nord : le kiwi gèle. L’an passé, lorsque le mercure est descendu à -15 °C, en février, il a glacé, même à l’abri de la bise. « Seuls les pieds les plus près du village ont bien résisté. Quand le kiwi gèle, il meurt, petit à petit. Le pied se fend et éclate. C’est pour cela qu’on remonte des drageons… mais pas du porte-greffe », développe l’aîné des deux frères Rott. Sur 220 plants mis en terre, il y a trois ans, sur 30 ares, 10 % ont gelé à l’hiver 2021, calcule Jean-Luc. La liane est très fragile lorsqu’elle est jeune. Au fur et à mesure, du liège va se former autour du tronc. L’arboriculteur compare le kiwi au figuier. « Adulte, il ne gèle plus », sait-il. C’est grâce au changement climatique que le kiwi s’installe chez nous… timidement ! Peu de charge pour une première Seulement trois agriculteurs, du nord au sud de l’Alsace, expérimentent la culture du kiwi, d’après Lilian Boullard, conseiller à Planète Légumes. « En majeure partie, ça ne produit pas encore. On en est au lancement de la culture. Il y a des projets de création », confie-t-il. Le Verexal, à Obernai, teste aussi. Il a implanté les lianes début 2021. Elles mettent entre deux et trois ans à produire des fruits. Chez les Rott, à Seebach, la première cueillette a eu lieu le 8 novembre 2021. Damien et Jean-Luc ont récolté 130 kg de fruits. « On s’y attendait. Il n’y avait quasiment pas de charge. Beaucoup de fruits étaient trop petits. On n’a même pas éclairci. Mais ceux qui sont commercialisables sont gros… Par contre, ils ne sont pas tous commercialisables. Certains sont bons, d’autres non. C’est aléatoire. Il y en a des bruns et mous. On essaie de trouver d’où ça vient. On cherche les meilleures conditions de stockage et d’affinage. C’est un chantier d’étude supplémentaire pour avoir des kiwis locaux de bonne qualité à l’avenir », partage Jean-Luc. Mi-janvier 2022, les deux frères en sauront déjà un peu plus. Peut-être aussi ont-ils récolté certains fruits trop mûrs ? Aucune hypothèse n’est écartée. Le kiwi est récolté vert. Sa maturation est progressive et s’accélère, comme pour les poires, en présence d’éthylène… donc de pommes. Ça tombe bien ! Les frères Rott disposent d’une chambre froide pour leurs pommes, poires et, maintenant, kiwis. Tous les kiwis du Gaec Rott sont vendus en direct, à la ferme, en self-service, en cette année « test ». À l’avenir, la grande majorité, espèrent-ils, partira aux grossistes, comme 90 % des pommes et poires. Avant de planter du kiwi, les Rott se sont renseignés auprès de leurs acheteurs habituels. « Pour des kiwis locaux non traités, il y a de la demande », dit Jean-Luc. Leurs clients particuliers les interrogeaient déjà depuis octobre, quand les ovales pendaient encore aux lianes : quand goûter les fruits ? Pas avant fin novembre. Le kiwi alsacien est plus cher que celui du Sud, dégâts de gel ou non, puisqu’il n’a pas le même rendement, le soleil manquant. La qualité gustative peut aussi être impactée par le manque de soleil. En kiwi, c’est le sucre qui compte, qui fait sa qualité. « Nos épouses apprécient les kiwis. Mais mon frère et moi, nous n’en mangeons pas », admet Jean-Luc, qui s’en réfère donc aux goûteuses. La deuxième série de kiwis était « toute bonne ». Pompe à eau Les Rott se sont fournis en plants de kiwi chez un pépiniériste du Lot-et-Garonne, le berceau et le leader de la production nationale. Ils ont complété leurs achats chez Ledermann-Mutschler, pépiniériste à Krautergersheim. Il y a huit femelles pour un mâle. « On a planté trop serré… ça va se fermer, pense Jean-Luc, avec le recul. On aura du mal à passer le tracteur. » Quand il a mis en terre, en avril 2019, il n’avait pas encore le livre du Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL), qui vient d’être réédité, avec les dernières nouveautés sur le kiwi. Aujourd’hui, outre la documentation et l’expérience, il bénéficie des conseils de Lilian Boullard qui, par intérêt personnel, s’informe aussi. « Le kiwi est une pompe à eau, enchaîne Jean-Luc Rott. Cette année, il a été bien arrosé. Il a bien progressé. Le kiwi a besoin d’eau et d’éléments nutritifs. C’est pourquoi on l’a branché sur la fertigation des petits fruits, cet été, pour réguler, d’après la pousse. Mais on n’a pas amendé. Dans nos terres, nous avons presque le problème inverse : ça pousse trop ! Il y a trop de vigueur. » À la sortie de l’hiver, début 2022, les Rott amèneront tout de même un peu d’engrais au sol, aux kiwis, en même temps qu’aux pommiers. Au printemps et tout au long de l’année, ils procèdent au désherbage. En mai et juin, c’est la taille de formation : au même moment que pour une autre liane, la vigne. « Quand les charpentières seront formées, d’ici quelques années, il y aura aussi une taille en hiver », précise Jean-Luc. Les frères Rott attachent la liane au fur et à mesure qu’elle pousse.












