Cultures

Publié le 01/03/2022

Avec le retrait du Phosmet, les producteurs alsaciens de moutarde se voient privés d’un moyen de lutte contre les méligèthes. Les producteurs de colza ne sont pas impactés, pour l’instant.

La décision est tombée en décembre : le Phosmet, substance active utilisée en colza contre les coléoptères d’automne n’a pas été réapprouvé. Publié fin janvier, le règlement d’exécution qui officialise cette décision fixe au 1er mai au plus tard le retrait de l’Autorisation de mise sur le marché (AMM). Pour pouvoir commercialiser et utiliser les stocks restants, un délai est accordé jusqu’au 1er novembre 2022. Cette décision, bien qu’attendue depuis plusieurs mois, a fait réagir Terres Inovia, l’institut des huiles et des protéines végétales. « Dans le contexte récent d’implantations irrégulières ou tardives (sécheresse) auxquelles se rajoute une forte pression de coléoptères d’automne (grosse altise et charançon du bourgeon terminal) pouvant présenter un fort niveau de résistance aux pyréthrinoïdes, le Phosmet est devenu une substance pivot. Si dans une grande partie du territoire, les pyréthrinoïdes constituent encore un moyen de protection, la situation est beaucoup plus délicate dans les zones à forte résistance », indique Terres Inovia dans un communiqué. Qu’en est-il en Alsace, où le colza est une culture plutôt récente et assez peu développée ? « D’après les analyses de Terres Inovia, nous n’avons pas ou pas encore de résistance. C’est une chance », indique Fabienne Boizet-Noël, conseillère grandes cultures à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA). De ce fait, le Phosmet n’est pas utilisé dans cette culture. En cas de besoin, précise la conseillère, les producteurs de colza ont recours aux pyréthrinoïdes. Ils devraient donc pouvoir continuer à le faire tant qu’aucune résistance ne se manifeste. En revanche, c’est dans la culture de moutarde que ce retrait pose problème. Le Phosmet y est utilisé pour lutter contre les méligèthes avant la floraison, indique Pierre Geist, conseiller spécialisé à la CAA. « Il est utilisé en cas de grosse pression de méligèthes, mais pas exclusivement. Les producteurs disposent d’autres produits mais certains arrivent aussi dans leur dernière année d’utilisation. On pensait se rabattre sur le Phosmet. Ce retrait va donc engendrer des difficultés », prévoit Pierre Geist. Les seuls insecticides restants sont Decis ou Karaté Zéon. Or, Karaté Zéon est déjà utilisé sur les moutardes semées au printemps contre la tenthrède de la rave, un insecte ravageur qui fait des dégâts dans la moutarde. L’utiliser aussi contre méligèthe risque de favoriser des résistances. Quant aux solutions alternatives, « on les cherche encore », assure le conseiller. En collaboration avec Planète Légumes, un essai a bien été tenté avec des produits utilisables contre l’altise sur choux, mais « il n’en est pas ressorti grand-chose ». « On n’a pas la solution », reconnaît Pierre Geist. Un risque d’abandon Les stratégies d’évitement pour lutter contre les méligèthes en colza ne seraient pas applicables en moutarde. « Ces stratégies, sur lesquelles travaille Terre Inovia, consistent à semer 5 % de variétés très précoces parmi des variétés classiques. Ces 5 % fleurissent plus tôt et attirent les méligèthes si bien qu’une fois que les autres variétés arrivent à floraison, il n’y a plus de risque pour la culture. En colza, cela marche relativement bien quand la pression est moyenne à faible. Mais en moutarde, l’écart entre niveaux de précocité est de trois jours, ce qui n’est pas suffisant pour ce type de stratégie », indique le conseiller. Vu le peu de solutions restantes, Pierre Geist craint d’ « arriver à une situation où on ne contrôlera plus rien car on ne change pas de mode d’action ». Ce qui pourrait faire renoncer certains producteurs de moutarde à cette culture, pourtant recherchée par la société Alélor. En plus de la moutarde blanche, implantée au printemps, quelques producteurs se sont lancés dans la moutarde brune, qui donne un condiment plus piquant que la moutarde douce d’Alsace commercialisée par le fabricant. La moutarde brune est semée fin septembre, un peu plus tard que le colza. Depuis l’an dernier, un agriculteur la cultive en bio. Les attaques d’altise et de charançon auxquelles il est confronté montrent à quel point il est difficile de se passer d’insecticide. « Les plantes étaient tellement affaiblies qu’elles ont eu beaucoup de mal à fleurir », rapporte Pierre Geist.

Soigner les arbres par les plantes

Une école de l’observation et de la tolérance

Publié le 28/02/2022

Dans le cadre du Mois de la bio, Corinne Diemunsch, exploitante agricole et viticultrice, à Balbronn, a ouvert les portes de son séchoir à plantes aromatiques et de son verger, mi-novembre 2021. Elle a expliqué pourquoi et comment elle soigne ses arbres fruitiers avec des plantes sauvages ou qu’elle cultive.

Sur 20 ha de SAU, à Balbronn, Corinne Diemunsch cultive environ 12 ha de céréales, 5 ha de vignes (pour la cave du Roi Dagobert, dont des raisins de table), 3 ha de verger et 20 à 30 ares de plantes aromatiques. Ces dernières lui servent à soigner ou plus exactement à « stimuler les défenses naturelles » de ses cultures, bio depuis 2011. Elle vend le surplus, sec, à une poignée d’agriculteurs et d’amateurs. 90 % des traitements qu’elle applique à ses productions sont à base de plantes. Les 10 % restants sont constitués de cuivre et de soufre. Habituée des rendez-vous du Mois de la bio, en 2021, Corinne Diemunsch a orienté sa présentation sur le soin apporté aux arbres fruitiers. Chez elle, on trouve essentiellement des mirabelliers, des pommiers (pommes à jus), des poiriers et des quetsches, dans des sols argilo-calcaires. Il y a aussi des  noyers, des figuiers, des néfliers, des lauriers, un olivier, des baies de Goji et même… des poivriers. Cet hiver, s’établissent noisetiers, amandiers et châtaigniers. Passionnée de plantes aromatiques, depuis l’enfance, Corinne Diemunsch s’est installée sur la ferme familiale, en 2001. Elle insiste : si elle a passé le cap du soin par les plantes, pour les plantes, dans les années 2010, cela demande : « beaucoup d’observation au départ, du temps, de l’organisation et, plus on essaie de comprendre et d’avancer, plus c’est complexe. » « Il faut être organisé… Au minimum, la veille du traitement. La clé, c’est l’observation, sur le terrain. Car il faut guider la plante, qui compartimente ; élimine souvent d’elle-même ses parties fragiles, malades. Et il ne faut pas attendre un résultat parfait », résume l’arboricultrice. Elle compte aussi sur ses variétés résistantes, rustiques, et la préservation de la biodiversité, pour protéger ses cultures. Des nichoirs et des hôtels à insectes parsèment son verger. Entre deux rangées d’arbres fruitiers productifs, seront semés des légumineuses et crucifères, qui fixeront l’azote dans le sol, pour limiter les apports d’engrais et décompacter les sols. Ses formateurs ou inspirateurs sont le permaculteur Stéfan Sobkowiak, l’arboriculteur Eric Petiot, l’agronome Claude Bourguignon et le biodynamiste Pierre Masson. Corinne recommande les ouvrages des éditions Artémis, Terran et Terre vivante. Sauvages et cultivées Grâce à ses connaissances, l’agricultrice s’est lancée dans la culture (sur paillage de chanvre ou toile de jute), le séchage et la préparation d’absinthe, d’achillée millefeuille, de lavande, de mélisse, d’origan, de rue officinale, de santoline petit-cyprès, de saponaire et de sauge, principalement. Elle cueille, avec l’autorisation des communes ou des particuliers, les plantes sauvages : consoudes, tanaisies, orties (qu’elle fauche surtout chez elle), prêles et reines des prés (de plus en plus difficiles à trouver et à remplacer, et, auxquelles elle substitue des feuilles et bois de saule, en attendant de trouver la bonne stratégie). « Je veux connaître l’emplacement des plantes, en partie parce que je bénéficie du label Ecocert sur l’ensemble de ma production », précise Corinne Diemunsch. La cueillette se fait au ciseau. Elle laisse toujours, au champ, quelques fleurs, pour le réensemencement naturel des plantes cultivées et surtout des plantes sauvages, mais aussi pour assurer la survie des insectes. Pour lutter contre les maladies, rien de tel que l’achillée millefeuille, l’origan, l’ortie, la prêle ou le saule, la reine des prés, la tanaisie. A priori, le bouleau serait efficace contre la tavelure mais Corinne ne l’a pas encore expérimenté. Le jus de consoude, macéré à froid, est idéal pour cicatriser les plaies de taille. Les plantes à effet répulsif, « insectifuges », sont l’ail (que Corinne utilise peu, tant une macération d’ail à base d’huile peut brûler la peau et la plante, surtout par journée ensoleillée), l’absinthe, la camomille romaine, la fougère aigle, le raifort, la rue et la tanaisie. « J’utilise ces plantes en alternance, selon l’objectif que je souhaite atteindre », dit Corinne, sans trop s’étendre. Il ne s’agit pas de tuer les insectes mais de les disperser et de les éloigner. L’application des préparations répulsives à la tombée du jour est donc souhaitable, « pour que les animaux cherchent refuge ailleurs », souligne l’agricultrice. Extraits, décoctions et tisanes Corinne Diemunsch utilise diverses préparations, qu’elle garde parfois d’une année sur l’autre, comme celles à l’ortie, puisqu’elle en a besoin, dès le début du printemps, quand la plante est encore trop jeune pour être riche en oligo-éléments et autres nutriments. Corinne crée des extraits de plantes (macérations à froid, entre trois et huit jours), des décoctions (macérations à froid, 24 heures, puis portées à ébullition) et des infusions (les plantes sont plongées dans de l’eau chaude de 60 à 80°C, en maintenant la température entre vingt et trente minutes). Il est important de couvrir les récipients pour que les parties volatiles des principes actifs retombent dans l’eau. « Même l'extrait d’orties est couvert, jusqu’à la fin de la préparation », conseille Corinne Diemunsch. Pour les préparations, elle se sert surtout des plantes séchées (dans sa grange), très rarement du frais. « Les plantes fraîches, par temps humide, sont contre-indiquées », partage-t-elle. Les plantes séchées se gardent deux à trois ans, maximum. Corinne les stocke dans de grandes caisses en bois, aérées. Les végétaux, une fois séchés, sont broyés grossièrement, afin de faciliter le stockage l’utilisation et l’efficacité, avant utilisation. Pour préparer 1 kg de plantes fraîches, il faudra 10 l d’eau, puis diluer plus ou moins, avant pulvérisation. Le PH d’une plante étant de 6, les tisanes et toutes autres préparations sont mieux assimilées si le PH est identique. Après les transformations et avant le stockage des liquides, il faut bien sûr, bien filtrer. Corinne a recours à des pulvérisateurs classiques pour administrer ses préparations. Petit à petit, elle se diversifie. Un laboratoire et une pharmacie la sollicitent pour s’approvisionner en plantes aromatiques. Régulièrement, elle accueille les élèves du lycée de Rouffach ou un petit groupe de seniors, pour partager ses connaissances.

Publié le 25/02/2022

Dernière nouveauté, chez Armbruster : une solution composée d’une bactérie symbiotique de la plante, Methylobacterium symbioticum, brevetée par Symborg, permet de réduire les apports d’engrais azoté au sol. Pulvérisée sur les feuilles, le soluté BlueN, qui s’appellera bientôt UtrishaN, aide la plante à capter l’azote de l’air pour se développer. Elle séduit les producteurs de maïs et de céréales à paille alsaciens, qui en ont déjà acheté pour 1 800 ha, cette année.

Le Raid, pour Recherche, agronomie, innovation et développement, est le service technique d’Armbruster. Il teste, depuis trois ans, le BlueN, qui s’appellera bientôt UtrishaN : une solution à base d’une bactérie se fixant sur les cuticules des feuilles des plantes pour attraper l’azote atmosphérique et le restituer à la plante. Ce soluté permet au maïs et aux céréales à paille de fonctionner comme une légumineuse. L’intérêt est de réduire la fertilisation du sol tout en obtenant le même rendement et la même qualité de production. « On est allé jusqu’à moins 90 unités d’azote, dans nos tests. Mais, actuellement, pour plus de sûreté, puisque chaque sol et climat sont différents, les agriculteurs qui choisissent la solution BlueN enlèvent de 30 à 70 unités d’azote apportées au sol », révèle Aymé Dumas, le responsable du service technique d’Armbruster. En maïs et en céréales à paille, le procédé est validé. En soja, les tests n’ont pas encore abouti car le soja capte déjà naturellement l’azote de l’air. Le Raid cherche à savoir si le BlueN ou UtrishaN boosterait le soja, avant qu’Armbruster ne le commercialise pour cette plante. Économique et écologique « La solution permet de réduire les apports d’azote et donc les coûts… puisqu’il y a moins d’achat d’engrais, de logistique, de main-d’œuvre, pour le même rendement et la même qualité », résume Aymé Dumas. Le BlueN ou UtrishaN est aussi écologique, puisque l’azote est fixé dans la plante. « Sur des zones de captages prioritaires, c’est une aberration de s’en passer », pense le responsable du Raid. En 2021, 1 500 ha de cultures alsaciennes avaient été arrosés avec le soluté à base de Methylobacterium symbioticum. Les premiers clients semblent satisfaits, puisqu’en 2022, du BlueN a déjà été vendu pour 1 800 ha. Xavier Gebhard, de l’EARL des Krautlander, à Artzenheim, témoigne : « en 2020, j’avais testé le BlueN, avec Armbruster, en réduisant la dose d’azote de 70 unités. Le rendement était équivalent à ce que je faisais sans la solution, avec la dose d’azote habituelle. On avait essayé sur du maïs grain. » En 2022, il a décidé d’acheter le BlueN pour ses 44 ha de maïs grain. « Quand on voit le prix de l’urée », s’exclame-t-il. Le BlueN coûte actuellement 33 €/ha, soit 17 € de moins que l’an passé. En pleine croissance Les meilleures conditions pour appliquer le produit sont à un stade poussant, avec une bonne hydrométrie et une température de l’air comprise entre 10 et 23 °C. Pour le maïs, le stade idéal est plus ou moins six feuilles. Pour le blé, il vaut mieux attendre que le climat soit tempéré. S’il pleut trois heures après l’application du produit, il sera efficace. Par contre, toutes les solutions à base de cuivre ou de chlore sont à proscrire, ainsi que tous les antifongiques : ils nuisent à la stabilité de la bactérie, voire la détruisent. Un kilo de solution est nécessaire pour pulvériser trois hectares de culture.

Pages

Les vidéos