Cultures

Publié le 01/05/2022

À Bischwiller, Olivier Vogt et Loïc Schwebel se sont spécialisés dans la production de légumes. La diversité de leur gamme et de leurs débouchés leur permet d’équilibrer les risques inhérents à cette production, qui demande des investissements conséquents vu les surfaces.

En 2021, quatre nouvelles serres sont venues compléter celles montées en 2008 et 2010 à l’EARL Vogt de Bischwiller, portant la surface sous serre à 5 500 m2. Un investissement de plus pour l’ancienne ferme de polyculture-élevage, qui s’est spécialisée dans le maraîchage sous l’impulsion d’Olivier Vogt à compter de 2005. Sorti du lycée agricole d’Obernai en 2001, Olivier a préféré développer les légumes plutôt que l’élevage laitier, définitivement arrêté à la retraite de son père, Jean-Jacques, en 2012. D’année en année, il a augmenté les surfaces maraîchères et diversifié sa gamme en ajoutant aux asperges et aux pommes de terre, cultivées traditionnellement sur la ferme, quantité d’autres légumes. Il cultive désormais l’équivalent d’une cinquantaine d’hectares en maraîchage avec Loïc Schwebel, le fils de son cousin, qui l’a rejoint comme salarié, puis associé de l’EARL en 2018. L’augmentation des surfaces les a conduits à mécaniser davantage certains travaux - plantation et récolte notamment - pour travailler plus efficacement et avec une moindre pénibilité. « Même si les légumes occupent moins de surface que les grandes cultures, c’est la production qui génère le plus de chiffre d’affaires et le plus de revenus sur l’exploitation », relève Olivier. C’est aussi celle qui réclame le plus de travail : hormis le dimanche, les deux associés sont occupés toute la semaine. Loïc se consacre aux cultures, avec une équipe de salariés permanents et de saisonniers. Jean-Jacques, bien que retraité, se charge des traitements et du suivi des cultures. Olivier se concentre sur l’organisation des commandes, la vente, la gestion des salariés et la comptabilité. Les deux associés achètent tous leurs plants auprès de deux fournisseurs selon des plannings définis à l’avance. « La plupart des plants viennent d’Allemagne ou de Bretagne. On sait ce qu’on reçoit chaque semaine et on ajuste en fonction de la météo et des demandes de la clientèle ». Les serres, non chauffées, sont occupées toute l’année : en hiver, par de la mâche, puis de la salade et des radis, auxquels succèdent les légumes d’été (tomates, poivrons, aubergines, concombres…). Économiser l’eau Les deux associés, dont la ferme est certifiée HVE 3 (haute valeur environnementale) depuis cette année, cherchent à limiter l’usage des produits phytosanitaires et à économiser l’eau. « Sous serre, nous utilisons des auxiliaires pour lutter contre les parasites, comme les thrips ou les pucerons. Nous posons des pièges adhésifs pour les repérer et nous n’intervenons qu’à partir d’un certain seuil de présence. » Le pilotage de l’irrigation se fait à partir des données de la station météo et les serres sont irriguées par goutte-à-goutte pour s’ajuster aux besoins des plantes. Le goutte-à-goutte sert aussi à apporter du calcium aux tomates, à raison d’un apport tous les 10 jours pendant la saison. Pour les légumes de plein champ, Olivier et Loïc utilisent les sols sableux (pour les asperges) et sablo-limoneux. « Les terres à plus de 50 % d’argile sont trop compliquées à travailler. Nous les réservons aux grandes cultures. » Sur les terres à légumes, qui sont irriguées soit par couverture intégrale soit par enrouleur, les deux associés intercalent un blé une année sur trois « pour couper le cycle des adventices ». Une partie des légumes sont cultivés en dérobé. Sitôt le blé récolté, ils implantent des légumes d’hiver qui peuvent rester en place jusqu’en avril de l’année suivante. Pour le désherbage, ils privilégient le binage, le désherbage chimique n’étant pratiqué qu’en rattrapage. « Tous les légumes sont binés une à deux fois minimum. Plus pour le poireau. Si on veut avoir un beau fût blanc, il faut le biner et le butter régulièrement », explique Loïc. Les deux associés disposent de deux bineuses d’écartements différents et d’un tracteur guidé par GPS, mais une année pluvieuse comme 2021, le binage peut être compliqué. Pour protéger les cultures contre les insectes et contre le gibier, ils utilisent des filets. Les traitements restent indispensables pour certains parasites, comme la mouche du poireau. « On n’y coupe pas ! » Pour la conduite des cultures, les deux associés sont bien encadrés grâce aux techniciens de Planète Légumes. « On bénéficie d’un vrai suivi. C’est très important en légumes où les maladies évoluent et les produits deviennent de plus en plus rares. » Au printemps et en été, les légumes sont récoltés au jour le jour. « À partir du 1er novembre, on récolte tout ce qui craint le gel et on stocke en chambre froide : les céleris, les choux, les pommes de terre, les carottes, les rutabagas… » En tout, Olivier et Loïc disposent de quatre chambres froides. La dernière a été aménagée en 2015. Cette année-là, la ferme Vogt a investi 800 000 € dans l’extension du bâtiment principal, construit à l’extérieur de Bischwiller par le père d’Olivier 15 ans plus tôt et dans l’acquisition d’une chaîne de lavage et de conditionnement très performante. Ils en ont profité pour transférer leur magasin de vente sur place. Des places de parking en nombre suffisant et la proximité des parcelles, gage de fraîcheur, contribuent à l’attractivité du point de vente, comme la présence d’un large choix de produits complémentaires de provenance locale.

Épisode de gel du 3 au 4 avril

Des dégâts significatifs mais pas catastrophiques

Publié le 06/04/2022

Il était annoncé, il s’est implacablement abattu sur la végétation naissante. Le gel a encore frappé, en Alsace comme sur une large partie du territoire français. Les dégâts sont significatifs, mais pas catastrophiques car, dans de nombreuses situations, les plantes devraient être capables de déployer des mécanismes de compensation.

Il y a un an, quasiment jour pour jour, notre article sur les dégâts de gel se concluait de manière tristement prémonitoire : « Faut-il s’attendre à l’avenir à voir régulièrement des périodes de douceur printanière s’achever dans la glace ? Rien ne permet de l’affirmer avec certitude, mais ce n’est pas impossible. Dès lors, la protection des productions agricoles contre ce risque mérite d’être envisagée. » Il n’aura pas fallu attendre un an pour que le scenario catastrophe se reproduise : des belles journées printanières qui invitent la végétation à se réveiller. Et le retour d’une descente d’air froid, qui expose la végétation naissante à la morsure du gel. Comme l’année dernière, ce n’est pas tant le froid, qui a été problématique en ce début avril, mais le beau temps qui a précédé. Et encore, l’Alsace a été épargnée par rapport à d’autres régions : « Nous affichions un net retard de floraison par rapport au reste de la France, car si nous avions des journées chaudes, les nuits restaient froides. Mais il a suffi de quelques jours de chaleur plus marquée pour que la végétation explose », décrit Philippe Jacques, conseiller arboricole à la Chambre d’agriculture Alsace, qui met aussi ces levées de dormance précoces et problématiques en lien avec des hivers et des automnes globalement moins rigoureux. La situation a commencé à se corser dans la nuit de vendredi à samedi, avec des chutes de neige un peu partout en Alsace. Mais ce sont les nuits de samedi à dimanche et encore plus de dimanche à lundi, qui ont été problématiques. Lundi 4 avril au matin, sur Twitter, Atmo-Risk, spécialiste en prévision et gestion des risques météorologiques en Alsace, rapportait des températures souvent comprises entre - 3 à - 5 °C, parfois moins, comme - 7 °C à Wimmenau et Obertsteinbach. ? Fort gel ce lundi matin sur toute l'Alsace avec souvent -3 à -5°C, parfois encore moins. On relève : -7°C à Wimmenau et Obersteinbach -5.4°C à Ste Croix aux Mines -5.2°C à Gougenheim -4.8°C à Colmar-Meyenheim Cartes : @infoclimat pic.twitter.com/6EHdVcVj7D — ATMO-RISK (@atmorisk) April 4, 2022 Serge Zaka, docteur en agrométéorologie chez ITK, écrivait : « Cette nuit a été dévastatrice. Les pertes potentielles (sans lutte) pour l’arboriculture sont faramineuses… Cette matinée est a priori la plus froide de la climatologie française d’avril, plus froide que le cauchemar du 8 avril 2021. »   [#GelAgricole] Cette nuit a été dévastatrice. Les pertes potentielles (sans lutte) pour l'arbo sont pharamineuses. -4.6°C à Châteauroux, record sur 121 années. Cette matinée est, à priori, la plus froide de la climatologie ??d'avril, plus froid que le cauchemar du 8 avril 2021. pic.twitter.com/ZQju5BwIcv — Dr. Serge Zaka (Dr. Zarge) (@SergeZaka) April 4, 2022 Pêchers et abricotiers les plus touchés De telles températures vont fatalement engendrer des dégâts en arboriculture, notamment en pêchers et abricotiers, qui atteignaient le stade petits fruits et, surtout, en l’absence de moyen de lutte poussé. En effet, « rares sont les producteurs qui ont réussi à réchauffer suffisamment l’atmosphère autour de leurs arbres », rapporte Philippe Jacques. En cerisiers et poiriers, qui étaient en pleine floraison, des dégâts sont aussi à craindre. Aussi parce que, après cet épisode de gel, d’importantes précipitations sont annoncées. « Nous faisons ce qu’il est possible en matière de nutrition foliaire et de protection fongicide pour soutenir les arbres, mais les quantités d’eau annoncées vont sans doute empêcher d’être efficace », regrette le conseiller arboricole. En mirabelle, bien que jusqu’à 60 à 80 % du potentiel floral puisse être perdu suite au gel, « nous ne sommes qu’à demi-inquiet pour ce fruit, qui affiche une bonne capacité de résistance aux précipitations. Donc, si les températures sont douces à la nouaison, la récolte pourra être bonne, avec de beaux calibres ». Pour les quetschiers, qui étaient en tout début de floraison, le gel n’aura d’incidence que si le temps qui suit est vraiment mauvais, avec un risque de coulure. Pour les pommiers, dont la floraison n’avait pas commencé « on voit vraiment de tout, et partout, sans qu’on sache trop expliquer ces différences de réactions, bizarres et hétérogènes, qui font qu’il peut y avoir de 0 à 100 % de dégâts sur des branches situés dans les mêmes vergers », indique Philippe Jacques. La variété boskoop était très proche de la floraison, mais elle semble relativement épargnée par le gel, bien qu’elle y soit sensible. Les variétés golden ou gala, moins précoces, présentent parfois des bourgeons complètement gelés. « Donc pour l’instant on ne sait pas du tout où on va. La pleine floraison devrait être atteinte durant le week-end de Pâques. À ce moment-là, les fleurs gelées vont tomber et ce qui va s’ouvrir correspondra à ce qui a été épargné. » En attendant, les producteurs de pommes restent optimistes car, lorsqu’il y a des fleurs gelées et d’autres pas dans un même bouquet floral, la mort des unes signe le renforcement de la nutrition des autres. Une chose est sûre : « Dans ces conditions, l’éclaircissage va être difficile à gérer », présage Philippe Jacques. Une lutte qui a un coût Pauline Steinmetz, arboricultrice à Kriegsheim, raconte ces deux nuits de lutte contre le gel : « La nuit de samedi à dimanche a été calme. Nous avons enregistré des températures de - 1 °C. Nous sommes donc quand même sortis, pour préparer notre matériel de lutte contre le gel, mais nous ne nous en sommes pas servis. Nous n’avons pas d’outils spécifiques de lutte contre le gel. Nous procédons un peu à l’ancienne, en allumant des feux dans des fûts. La nuit suivante, à 23 h, nous avons allumé les feux pour protéger les pêchers et les abricotiers, qui étaient les plus avancés, sur une vingtaine d’ares. Puis, jusqu’à 6 h du matin, les feux ont été alimentés toutes les heures. A priori, à quatre personnes, nous avons réussi à maintenir la température dans le verger autour de - 1 °C, contre - 5 °C alentour », espère la jeune femme. Le #gel2022 est bien là.. sans système de lutte antigel dans nos vergers, on essaie de sauver nos pêches comme on peut.. ? @chloe_steinmetz pic.twitter.com/RTU05tkmBZ — Pauline ??? (@popoSTEINMETZ) April 3, 2022 Julien Denormandie, ministre de l'Agriculture, a réagi dès lundi matin, assurant que le gouvernement français sera « aux côtés » des agriculteurs touchés. Nos agriculteurs sont une nouvelle fois touchés par un épisode de gel exceptionnel qui frappe actuellement notre territoire. Face aux dégâts qui pourraient être très importants, le @gouvernementFR sera à leurs côtés. ⤵️ pic.twitter.com/V140BMBi5d — Julien Denormandie (@J_Denormandie) April 4, 2022 Même réaction pour Jean Rottner, président de la Région Grand Est. Une nuit de plus sans sommeil... Tout mon soutien aux agriculteurs, maraîchers, arboriculteurs de la @regiongrandest qui depuis 48h luttent contre le #gel2022 pour sauver les récoltes de demain. Nous sommes attentifs et serons à vos côtés. pic.twitter.com/mVW5Mv36o5 — Jean ROTTNER (@JeanROTTNER) April 4, 2022 « Les services de l’État sont alertés », indique Philippe Jacques. Il est donc probable que cet épisode donne lieu à des indemnisations dans le cadre du système malheureusement rodé des calamités agricoles. « La protection contre le gel a un coût. Protéger une nuit, ça va, mais au-delà, le bénéfice de la protection est mangé par son coût », rappelle le conseiller arboricole.

Semis de printemps

Suspendus au coup de froid

Publié le 30/03/2022

Les semis de betteraves se terminent. Le défi a été de garder l’humidité du sol pour favoriser les levées. Les semis de maïs attendront de préférence la fin de l’épisode de descente d’air froid annoncé pour ce week-end.

Interrogé mardi 29 mars, Michel Butscha, technicien à la sucrerie d’Erstein, estimait que 90 % des 5 300 ha de betteraves destinées à alimenter cette année la sucrerie d’Erstein étaient déjà semés. « Les semis ont démarré le 18 mars et ont été très rapides », rapporte-t-il. À la faveur de la douceur des températures et de l’ensoleillement, les betteraves des semis les plus précoces ont même déjà levé, ce qui suscite quelques inquiétudes au regard de la chute des températures annoncée. Personne n’a oublié le scenario de l’an dernier, lorsque le gel avait eu raison de 200 ha de betteraves. Heureusement, la chute des températures devrait être moins vertigineuse cette année, et la betterave résiste à des températures jusqu’à - 4 °C.   ? Le #gel agricole revient dès le 01/04. Aujourd'hui, 2 scénarios se dessinent avec des pertes conséquentes (dans tous les cas) : - L'optimiste : basé sur ECMWF ?? avec un froid plus maritime. - Le pessimiste : basé sur GFS ?? avec un froid polaire plus sec.#FrAgTw #neige pic.twitter.com/WNOnxHVjK4 — Dr. Serge Zaka (Dr. Zarge) (@SergeZaka) March 28, 2022   Le principal défi des semis 2022 a été de garder ce qu’il y avait d’humidité dans le sol pour favoriser la levée. « L’hiver n’a pas été froid, ce qui n’a pas permis de restructurer les sols en profondeur. Il n’y a pas eu beaucoup de précipitation non plus, ni cet hiver, ni ce printemps », explique Michel Butscha. Les sols étaient donc déjà particulièrement ressuyés lorsque les semoirs sont entrés en action. « Mais une bonne proportion de planteurs a réussi à relever le défi, en étant très techniques dans les préparations et les semis. Il ne fallait pas trop ouvrir le sol, bien rappuyer les lignes de semis avec un roulage, afin de maintenir l’humidité dans le sol », détaille le technicien. Résultat, si une minorité de parcelles vont être pénalisées par ce démarrage dans le sec, la plupart des semis se sont déroulés dans de « bonnes conditions », estime Michel Butscha. Maïs : il est urgent d’attendre Quant au maïs, Clément Weinsando, technicien au Comptoir agricole, également interrogé le mardi 29 mars, prévient : « Les conditions peuvent sembler bonnes actuellement, avec des sols bien ressuyés, des températures douces, mais nous déconseillons d’engager les semis de maïs. En effet, un refroidissement très net des températures, accompagné du retour de la pluie, est annoncé, donc tout ce qui serait semé avant cet épisode serait bloqué dans le sol. » Le maïs a besoin d’une température de 8-10 °C pour évoluer, et ce n’est pas ce qui est annoncé. Des semis avant cette période se traduiraient par des levées longues, avec une exposition prolongée aux ravageurs, notamment les taupins, et à la clé, un risque non négligeable de pertes de pieds. Les seuls semis que Clément Weinsando, outre ceux de betterave, estime envisageables pour l’instant, sont ceux de tournesol. Et encore, seulement dans les sols argileux, qui risquent de ressuyer et se réchauffer moins vite après cet épisode de descente d’air froid. « Dans ce contexte, on peut attendre. On ne prend pas de risque en décalant les semis de quelques jours, on ne sera pas en retard. » Cela laisse quelques jours pour peaufiner les ultimes réglages des semoirs !   Les conditions de plus en plus hivernales se confirment même si dans les détails, des incertitudes subsistent. Les risques de neige avec tenue au sol sont importants vendredi/samedi à basse altitude, couche au sol très probable en montagne, pas totalement exclue en plaine. pic.twitter.com/cfeF0mUUKe — ATMO-RISK (@atmorisk) March 29, 2022  

Pages

Les vidéos