Moutarde douce d’Alsace
Des rendements exceptionnels, là où il y avait de l’eau
Moutarde douce d’Alsace
Publié le 27/07/2022
La récolte de moutarde blanche, en Alsace, vient de s’achever, avec presque trois semaines d’avance. Là où la culture a été arrosée, par les pluies ou l’irrigation, les rendements s’annoncent exceptionnels, tant elle a profité du soleil.
« Cette année est marquée par de bonnes conditions de semis et une levée régulière, commente Fabien Metz, de l’EARL du Relais, à La Wantzenau, qui cultive 14 ha de moutarde. La campagne a été trop sèche pour qu’on soit inquiété par les insectes, notamment les méligèthes. Mais selon les types de sol et la pluviométrie, ou l’irrigation, en termes de rendement, on passe du simple au double car, juste après la floraison, en mai, une période chaude a stressé la moutarde. » La moutarde aime la chaleur et le soleil mais il lui faut un minimum d’eau, jusqu’à la fin de la floraison, pour se développer. Fabien Metz pense ainsi avoir récolté 20 q/ha, sur ses terres irriguées, quand il estime avoir ramassé seulement 10 q/ha, là où il n’y avait pas d’eau. Le rendement moyen se situe entre 12 et 15 q/ha. Cette campagne 2022 a été particulièrement chaude et sèche. Les graines qui sont d’habitude récoltées à 9 % d’humidité ont d’ailleurs été récoltées à 6 % d’humidité, un bon point, et avec presque trois semaines d’avance, mi-juillet, ajoute l’agriculteur. « Ça devrait être une bonne année » Le conseiller Pierre Geist, qui suit la culture de moutarde, à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), détaille : « La moutarde blanche, qui permet la fabrication de la moutarde douce, est semée fin mars, entre la betterave et le maïs, si les conditions le permettent. Cette année, il a plu de temps en temps, juste ce qu’il faut pour que le désherbage soit efficace, et les températures ont permis une croissance rapide. Les parcelles étaient donc propres. La renouée a été maîtrisée, début mai. Il y avait par ailleurs, très peu d’altises, peu de pression des ravageurs. Les méligèthes ont été traitées là où le stade d’intervention a été atteint, mais un seul traitement a suffi. » Au 10 mai, avec huit jours d’avance, les premières moutardes sont arrivées au stade bouton floral caché. Mi-mai, elles ont fleuri. Fin mai, sur 20 à 30 % des parcelles, les tenthrèdes de la rave qui n’avaient pas été détectées plus tôt, ont été traitées. « Ça devrait être une bonne année, constate Pierre Geist, ni trop sèche, ni trop humide. Les premières récoltes ont eu lieu le 16 juillet. On attend les retours du Comptoir agricole, qui collecte. » La coopérative stocke, trie, nettoie et vend les graines de moutarde à Alélor. Le conseiller de la CAA souligne qu’il n’y a pas eu de verse en 2022, les tiges étant de 10 à 20 cm plus courtes que d’habitude ; il n’y a donc pas eu de pertes de grains. Une marge brute équivalente à celle du maïs En Alsace, la filière moutarde a été créée en 2008 par Alélor. Elle regroupe, aujourd’hui, une vingtaine d’agriculteurs, qui cultivent, cette campagne, deux fois 40 ha, au total. Puisque les conditions climatiques étaient favorables, fin juin, un second semis de moutarde a été opéré, après l’orge ou le blé, pour récolte en octobre. Cette culture secondaire, en dérobé, qui n’engage que peu de frais, pourra être un complément pour l’exploitation. De 60 à 70 % des besoins d’Alélor sont couverts, grâce à la graine locale, ce qui lui a permis de faire fonctionner l’usine sans arrêt, contrairement à d’autres en 2022. En effet, le Canada et l’Ukraine, les deux plus gros producteurs mondiaux, n’ont pas pu répondre à la demande cette année ; respectivement à cause d’un dôme de chaleur ayant détruit la moitié de la production et de la guerre. Alain Trautmann, le directeur d’Alélor, avait anticipé ce scénario. « On a voulu cette filière locale, 100 % Alsace, pour moins subir les pressions extérieures, moins dépendre des producteurs monopolistiques et éviter les variations de prix. Nous avons aujourd’hui une culture stable, qui ne demande pas de logistique profonde ; une culture française, alsacienne, qui est rémunératrice », énumère Alain Trautmann. Pierre Geist précise : « S’il y a un bon rendement, en moutarde, la marge brute est équivalente aux autres productions : blé, maïs. » « Ça fluctue un peu », admet Fabien Metz. La moutarde n’est donc pas encore l’or jaune, malgré les pénuries mondiales de graines. Casser le cycle de la fusariose du blé Mais elle a des atouts indéniables, techniques et agronomiques. « Depuis treize ans, l’itinéraire technique est rôdé », conclut Pierre Geist. « La moutarde revient tous les cinq ans dans ma rotation, enchaîne Fabien Metz, entre le soja et le blé, et deux ans de maïs. En 2009, je cherchais une troisième culture pour allonger ma rotation. J’en suis satisfait. Le blé est mieux protégé de la fusariose. J’ai réduit de moitié les fongicides sur la céréale. Aussi, je travaille moins le sol avant le blé. » L’appui de la CAA et l’organisation locale de la filière le motivent aussi. Six cultivateurs de moutarde d’Alsace sont en bio. Elle ne bénéficie pas d’IGP. Alélor produit 1 000 à 1 200 t de ce condiment, à l’année, soit 1 % du marché français. En 2022, 60 t sont allées à l’entreprise agroalimentaire Daunat.












