Cultures

Publié le 09/07/2022

David et Guillaume Kalms, à la tête de l’entreprise artisanale Chanvr’eel, à Benfeld, élargissent leur offre. Transformateurs de produits alimentaires et cosmétiques à base de graines de chanvre bio et locales, ils sont outillés pour presser à froid et même en qualité crue, à 42°C maximum. Ils se lancent donc dans la confection d’huile de tournesol, de colza et de cameline.

« Nous pressons déjà des graines de tournesol de l’année passée. Mais en colza, nous attendons la récolte 2022 qui démarrera sous peu, et les tests de qualité, pour produire les premières huiles de colza en septembre », cadre d’emblée Guillaume Kalms, le créateur de Chanvr’eel, la première entreprise alsacienne spécialisée dans la transformation alimentaire et cosmétique de graines de chanvre bio locales. Guillaume et son frère David ont lancé en mars 2022, la marque Carat’eel pour leur production d’huile de tournesol bio et locale ; un projet germé avant la guerre en Ukraine et les pénuries, mais qui a bénéficié de cette triste conjoncture. « Tout est parti avant le 15 juin (1 t d’huile, pressée à partir de 3 t de graines) », constate David Kalms, qui a dû attendre une réparation de la presse pour reprendre la fabrication, fin juin. S’ils sont les premiers à proposer de l’huile de tournesol bio et alsacienne (de qualité crue, en plus, car les graines sont pressées à 42°C maximum ; le rendement est inférieur mais la qualité est supérieure, les nutriments étant préservés), ils sont conscients que leur frais succès découle de la situation mondiale, autant que de la demande pressante de leurs clients de tester d’autres huiles. Pour éviter les ruptures de stock d’huile de tournesol, ils ont fini par limiter à 18 bouteilles les livraisons à la centaine de magasins spécialisés qui revendent leurs produits. « Le but est qu’il y en ait pour tout le monde. On presse dix jours par mois. Trois jours sont nécessaires à l’embouteillage », détaille Guillaume, qui souhaite embaucher dès que possible, en production, tant la partie commerciale est chronophage. Aussi, il souhaite rentabiliser la presse. En partie automatisée, elle peut tourner en continu. « Nous voulons mettre à profit notre savoir-faire et notre réseau de distribution », résume le créateur de Chanvr’eel. Un prix juste Quant à l’approvisionnement en graines, il augmentera. Pour la prochaine campagne, les frères Kalms souhaitent contractualiser de 30 à 40 ha de tournesol (doubler la surface, puisqu’elle était de 18 ha, en 2021). « Pour le colza, c’est difficile de se projeter, puisqu’on n’a même pas encore commencé », enchaîne Guillaume. Aujourd’hui, David et lui travaillent avec une douzaine d’agriculteurs à 30 km à la ronde de Benfeld, pour le chanvre. Quatre d’entre eux ont fourni le tournesol et vont apporter le colza. Mais les deux frères cherchent encore et toujours de nouveaux partenaires agricoles. D’autant plus que pour la cameline locale, ils n’ont pas encore de contact direct avec des producteurs : « Il nous en faudra peu ; 2 à 5 t de graines », précisent-ils. Le Comptoir agricole devrait ainsi assurer la première livraison. « Nous souhaitons un prix juste pour tous, aussi pour les agriculteurs, et déconnecté du marché mondial. Nous sommes contre la spéculation », ajoute Guillaume. Des cultures à bas niveau d’impact Chanvr’eel permet aux producteurs en bio de diversifier leur assolement et donc, le paysage agricole, et de préserver la ressource eau, car chanvre, tournesol, colza et cameline bio sont des cultures à bas niveau d’intrants, donc d’impact. Ludovic Boise, coordinateur mission de protection des eaux souterraines au Syndicat des eaux et de l’assainissement Alsace-Moselle (SDEA), rappelle que le SDEA s’est associé à Chanvr’eel pour déposer un dossier d’appel à manifestation d’intérêt (AMI) auprès de l’Agence de l’eau et de la Région Grand Est, pour la promotion, l’émergence et la structuration de la filière oléique locale, « une filière vertueuse ». « À l’heure actuelle, l’aide ne touche pas directement les agriculteurs, mais grâce à nos études et aux investissements de Chanvr’eel, on peut leur assurer qu’il y a un marché pour telle ou telle culture », explique Ludovic Boise. Au total, le projet est chiffré à 120 000 €. « Selon les lignes, les actions peuvent être aidées à hauteur de 40 à 80 % », dévoile le coordinateur. Des essais d’autres plantes oléiques sont en cours. « Ce peut être des micro-niches mais très rémunératrices », lâche Ludovic Boise. Affaire à suivre…    

Publié le 08/07/2022

Le 16 juin, à Boofzheim, lors de la visite de la plateforme d’essais en blé d’Arvalis, Bruno Schmitt, conseiller agronomie, animateur de l’opération Agrimieux Souffel, à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), a présenté deux alternatives viables au blé : le colza et le tournesol.

Le tournesol est une bonne alternative au blé, comme le colza, pour diverses raisons. Économiquement, depuis cet hiver, il se vend 700 €/t et rivalise donc, ainsi, avec le colza. Réglementairement, par rapport à la nouvelle Pac 2023-2027, des points d’éco-régimes sont à chercher avec cette culture. Techniquement, il est possible de réduire les apports d’intrants et de désherber sans produits phytosanitaires contenant du S-métolachlore. Aussi, bien implanté, un tournesol résiste au stress hydrique. Pour une récolte la seconde quinzaine de septembre, le semis de tournesol aura lieu du 1er au 20 avril. « Plus on sème tôt, plus on profite de la fraîcheur du sol, pour une levée plus rapide, qui permet d’échapper à certains ravageurs », conseille Bruno Schmitt, du service agronomie et environnement de la CAA. Les variétés précoces ES Idillic, ES Epic, RGT Rivollia sont préconisées. « Semez à une densité plus élevée, c’est-à-dire 80 000 à 85 000 graines/ha, à 3 cm de profondeur », dit encore Bruno Schmitt, pour limiter les dégâts de corvidés et pour homogénéiser la récolte, qui sera plus avancée. Le tournesol est une plante peu « gourmande » en azote et qui, en plus, valorise très bien l’azote provenant du sol. La dose d’azote peut donc se limiter à maximum 40-50 u/ha en sol profond, partage le technicien. Une sur-fertilisation retarde d’ailleurs la maturité. Pour désherber cette culture, une base minimum en prélevée suffit : Mercantor Gold 1 l/ha + Challenge 600 2 l/ha ou Dakota P (interdit d’ici deux années, a priori) 2 l/ha + Inigo 1,5 l/ha, ou uniquement Challenge 600 2-2,5 l/ha, combiné à une gestion des graminées par des anti-graminées foliaires. Le principal ravageur à surveiller est le puceron vert du prunier, « sinon il y a peu de problèmes à signaler », relève Bruno Schmitt. La lutte contre les maladies fongiques passe par la résistance variétale au sclérotinia du capitule. Le conseiller de la CAA conclut sur le tournesol par un calcul (au minimum) de la marge brute : 1 912 €/ha, sans autre intervention que le désherbage, considérant que les travaux auraient été réalisés par une ETA et que le rendement avoisinerait les 35 q/ha. Des marges proches Le colza est une autre opportunité pour protéger le sol du soleil, de la chaleur, et saisir les opportunités de pluviométrie, à partir de la mi-août. Une levée rapide et une bonne dynamique de croissance sont ainsi favorisés. En système sans labour, un semis est possible dès le 15 août. La densité est de 25 à 30 grains/m2, en semoir monograine à 50 cm d’écartement, et de 30 à 40 grains/m2, en semoir classique. Mieux vaut semer à 2 ou 3 cm de profondeur, en conditions sèches, pour chercher de la fraîcheur. Face à la sécheresse, une solution de désherbage existe : en post-levée, plutôt qu’en prélevée, le Mozzar s’applique sur des adventices aux stades jeunes. En situation de pression vulpins/ray-grass importante, l’anti-graminées foliaire peut être remplacé par Kerb Flo, à la dose 1,2 l/ha. Le charançon du bourgeon terminal est à surveiller en automne. Le risque d’altises est faible, si la dynamique de croissance est élevée. Sinon, attention. « Le colza est en terre onze mois sur douze. Cette culture est donc sensible aux bioagresseurs du sol, telles les larves d’altises », pointe Bruno Schmitt. Au printemps, le traitement des méligèthes peut être évité si le début de floraison est rapide. Le risque charançon de la tige est présent, en raison des sommes de températures plus élevées à la reprise de végétation. Un seul passage de fongicide est à prévoir dans les secteurs avec des cultures hôtes du sclérotinia, en prévention. « Tous les quatre à six ans, il est techniquement bénéfique d’inclure du colza dans sa rotation », poursuit le technicien. La marge brute, calculée par Bruno Schmitt, en colza d’hiver, est de 1 757 €/ha pour un rendement de 38 q/ha, du désherbage, trois insecticides, un passage de fongicide et des travaux réalisés par une ETA. « Le prix des engrais y est pour quelque chose », constate le conseiller, comparant les marges du tournesol et du colza.

Prébilan de campagne

Le nombre de grains qu’il faut !

Publié le 07/07/2022

Rencontre sur la plateforme d’essai de blé d’Arvalis, le 16 juin, à Boofzheim. Jean-Louis Galais, conseiller grandes cultures, et Patrice Denis, conseiller irrigation, à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), ont réalisé un prébilan de la campagne de blé 2021-2022, à partir de leurs observations de terrain. Hormis les parcelles touchées par la grêle de fin juin, la récolte s’annonce bonne.

« Le semis du blé, ici, a eu lieu le 26 septembre 2021, après le maïs, dans une terre motteuse, d’où la densité élevée choisie : 350 grains/m2. La météo du mois d’octobre a été favorable. Les levées ont été rapides et homogènes. Au relevé, 310 plants/m2 ont été comptés », commence Jean-Louis Galais. Les mois de janvier et mars 2022 ont été plus secs que d’habitude (qu’en moyenne, sur les dix dernières années). « Même si, en Alsace, c’est moins marqué qu’ailleurs en France, dit le technicien, l’hiver était sec et doux. » Ces conditions météorologiques ont protégé les plantes des excès d’eau et de gel. Peu de pertes de plantes sont à déplorer, à la sortie de l’hiver 2022. Les premiers apports d’azote ont été difficiles à valoriser, entre février et début avril, car la pluviométrie cumulée était très moyenne. Mais le deuxième apport (fin mars) l’a mieux été que le premier (février). L’apport principal - le troisième - de la montaison à l’épiaison, a lui été bien valorisé : début mai. Il est arrivé juste avant un épisode pluvieux. À la mi-mai, la floraison a été rapide, à la faveur d’un épisode de températures plus élevées que la normale. « Certaines fleurs ont avorté mais, puisqu’il y avait un excédent en nombre de grains, aujourd’hui il y a ce qu’il faut », relève le conseiller de la CAA. Irriguer après la mi-juin Du 23 mai au 16 juin, le coup de chaud a accéléré le remplissage, mais le manque de pluie (seulement 30 à 60 mm) a provoqué la sénescence précoce de certains plants. Les feuilles ont jauni. « Si on atteint la somme de 500 °C, après épiaison, les parcelles grillent et le rendement peut être de moins 30 %, rappelle Jean-Louis Galais, là où il y a de l’irrigation, comme dans le Ried alsacien, ça passe. Mais là où il n’y en a pas, cette chaleur a un gros impact sur le PMG (poids de mille grains). » Patrice Denis a enchaîné sur l’irrigation du blé. « Aux alentours de Boofzheim, en centre-Alsace, personne n’a irrigué avant mi-juin le long du Rhin », avance-t-il. Il ne compte pas, dans les tours d’eau, les quatre passages de 15 à 20 mm pour solubiliser l’apport d’azote. Le conseiller rappelle que l’irrigation n’est pas rentable avant le stade deux nœuds. Sur des sols superficiels, entre l’épiaison et le stade grain laiteux, entre mi-mai et mi-juin, l’irrigation peut éviter l’échaudage. Mais « c’est compliqué », admet Patrice Denis. Les sondes capacitives que la CAA a installées dans tous les types de sol alsaciens alertent les techniciens : si la zone rouge est passée, après la mi-juin, il faut lancer l’irrigation pour resaturer le sol en eau. Les flashs irrigation donnent l’information. « Cette année, il a plus plu dans le Bas-Rhin que dans le Haut-Rhin », observe Patrice Denis. Les sols devraient donc être plus assoiffés dans le sud de la collectivité européenne.

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