Cultures

Publié le 12/01/2023

Les terres dorées d'Alsace, la SAS créée par Gilles Jaeg de Bindernheim, reprend l'outil de transformation en navets salés de la choucrouterie Speisser, à Geispolsheim. Cathy et Constant Speisser partent à la retraite, soulagés et heureux. La filière, appuyée par Fruits et légumes d'Alsace, partage ces sentiments, puiqu'ils sont toujours trois transformateurs et sept producteurs de navets salés, en Alsace, dont la famille Jaeg, chez qui a eu lieu la conférence de presse de saison.

Toute la presse locale était là... ou presque ! Mardi 10 janvier, la première action de communication des Fruits et légumes d'Alsace a permis de faire la promotion du navet salé, un produit régional de saison, encore trop négligé par les consommateurs et les restaurateurs. Il est pourtant riche en vertues nutritives (fibres, vitamines), hypocalorique, rapide à préparer (d'autant plus qu'il est aussi vendu précuit) et facile à digérer. Un peu plus cher que la choucroute car son rendement est moins important (environ 25 t/ha contre 80 t/ha pour le chou) et qu'il faut 3 kg de navets pour obtenir 1 kg de navets salés, contre 2 kg de chou pour 1 kg de choucroute, le seau d'1 kg et quelques de navets salés est affiché à 5 €, en général, en grandes et moyennes surface. Ce légume hyper local reste donc à la portée de toutes les bourses. A l'EARL Roland Jaeg, à Bindernheim, on en produit 450 t par an, sur les 850 récoltés chaque campagne par les sept producteurs alsaciens. 300 t partent aux Terres dorées d'Alsace, la SAS de Gilles, le fils Jaeg, qui a repris l'activité de transformation des Speisser, à Geispolsheim, en août 2022. « On en parlait depuis quelques années, de cette transmission, puisque nous livrions Cathy et Constant. Mais j'ai d'abord terminé mes études : un BTS Acse, au lycée d'Obernai, obtenu en 2020. Puis, j'ai été salarié de l'EARL, j'y ai pris une part. J'ai aussi travaillé une semaine, l'an passé, avec les Speisser pour voir si le métier me plaisait. Et oui : ce que je fais à Geispolsheim, c'est dans la continuité de ce que nous créons, ici, à Bindernheim », raconte le jeune homme de 23 ans. L'EARL Jaeg, ce sont 115 ha, dont 38 de navets, cultivés en dérobé (8 à 10 ha pour le navet salé et le reste en légumes, commercialisés via la Coopérative des maraîchers de Sélestat), 75 ha de maïs, 30 ha de blé, 5 ha d'oignons blancs, 2 ha de jachères et prairies, et 80 ares de rhubarbe. Gilles aide ses parents, depuis l'enfance. Les deux autres transformateurs (Adès et Claude) accueillent avec joie cette nouvelle recrue. Pierre Lammert, le président de l'IFLA, l'interprofession, rappelle que des spots publicitaires seront diffusés à la radio, dès ce week-end, pour que vive la tradition du « sueri ruewe ».    

Sapins Loew à Bourg-Bruche

Les bûcherons de Noël

Publié le 19/12/2022

Producteur de sapins à Bourg-Bruche depuis plus de 30 ans, Christian Loew a vu l’activité changer au gré des évolutions de la société. Aujourd’hui, au-delà de l’acte d’achat du sapin de Noël, il propose une expérience originale en forme de retour aux sources : aller choisir son propre sapin dans la plantation, et le couper soi-même.

Situé sur les hauteurs de Bourg-Bruche, le domaine de Christian Loew, sobrement baptisé Sapins Loew, a des airs de pays du Père Noël. Sur 7 ha s’étendent des sapins, pour la plupart bien alignés mais de toutes tailles : des petits, des grands, des moyens, des petits parmi les grands… Au milieu de tous ces sujets, entre deux clients, Christian Loew court partout : il emballe, il coupe, il mesure, il dirige, il discute, et il encaisse, aussi. Car le producteur de sapins vit exclusivement de la vente de ses arbres de Noël. Une activité lancée par son père, et que Christian a reprise à 21 ans, suite au décès de son père, mais aussi « par choix », précise-t-il. La famille Loew est originaire de Dorlisheim, où ils étaient maraîchers. « La production de sapins constituait un complément de revenu en hiver », explique-t-il. Les Loew ont donc acheté une maison située sur les hauteurs de Bourg-Bruche. Petit à petit, ils ont retapé la maison, et acheté les terres qui l’entourent. Christian Loew a donc passé tous les week-ends de son enfance « là-haut ». Jusqu’à ce qu’en 1991, il en fasse sa résidence principale. Une tradition vivante Aujourd’hui âgé de 53 ans, Christian Loew a donc 30 ans de production de sapins derrière lui. Il a vu l’activité évoluer. Au début, il vendait sa production au marché de Noël de Strasbourg. « C’est là qu’il fallait aller pour trouver un beau sapin », rappelle-t-il. Aujourd’hui, il ne met quasiment plus les pieds à Strasbourg. Il vend ses sapins à des grossistes, des collectivités locales, des hôtels, des décorateurs et, depuis 2006, en direct aux particuliers qui viennent chercher leur sapin chez lui. Les pics d’activité aussi se sont déplacés. « Autrefois, la saison commençait le 6 décembre et s’arrêtait le 24. Aujourd’hui, elle commence plus tôt, mais s’achève aussi plus tôt ». À partir du 18 décembre, les ventes décélèrent drastiquement. Les deux plus gros pics de ventes se situent les deux week-ends précédant Noël. Autre signe du temps qui passe : les espèces vendues. Il y a 30 ans, Christian Loew produisait surtout des épicéas communs (Picea bies), aussi connus sous le nom de sapins noirs, à la bonne odeur de résine, mais qui perdent rapidement leurs aiguilles et des épicéas bleus (Picea pungens), ou sapin bleu, « qui sentent aussi très bon, mais dont les épines sont très piquantes ». Aujourd’hui, ces deux espèces ont quasiment disparu des étals des marchands, remplacées par le Nordmann (Abies nordmanniana), ou sapin du nord, et le sapin noble (Abies nobilis). « Ce sont les deux espèces qui résistent le mieux à la chaleur des habitations, et qui perdent le moins vite leurs aiguilles. » Une qualité appréciée, même si au passage, ces arbres de Noël des temps modernes ont perdu un peu de leur bonne odeur de forêt. Enfin, Christian Loew constate un rapport différent au sapin de Noël entre citadins et ruraux. Les premiers « se débarrassent très vite de leur arbre après les fêtes, sans doute gavés de décors de Noël », présume le producteur. Les seconds les gardent plus longtemps, sans doute car ils disposent de davantage d’espace pour apprécier pleinement le charme « d’avoir de la verdure dans la maison en plein hiver ». Vente directe et sur-mesure Christian Loew a lui-même changé sa manière de produire (lire en encadré) et de vendre sa production. Il essaie d’être suffisamment agile pour pouvoir répondre à toutes sortes de demandes et faire du sur-mesure. Dans ses rayons, les sapins vont 50 cm à 20 m, certains sont en pots, d’autres fournissent des branchages destinés aux décors de Noël… « Cette année, j’ai vendu un arbre de 4 m de haut, livré avec ses racines, à un décorateur », illustre-t-il. Et puis en 2006, Christian Loew a commencé à proposer la vente directe au domaine. Un créneau qui, depuis, n’a cessé de prendre de l’ampleur, surtout avec les confinements liés au Covid. Pour le plus grand plaisir de Christian Loew, qui apprécie de pouvoir rencontrer ses clients, discuter avec eux, leur présenter son métier… Il s’emploie donc à attirer les clients et à leur proposer une expérience unique qui dépasse l’acte d’achat du sapin : choisir le sien parmi tant d’autres, le couper et le transporter soi-même… Ainsi, un vaste parking reçoit les visiteurs, les parcelles sont fléchées par tailles de sapins depuis l’accueil, un stock de scies est prévu à l’entrée de chaque parcelle. Plus loin, quelques billes de bois de différentes tailles, savamment disposées, font office d’aire de jeux pour les enfants. Un brasero diffuse une chaleur réconfortante à quelques pas d’un abri en dur, qui propose des animations pour les bûcherons d’un jour dans une ambiance festive et chaleureuse : chants de Noël, vin chaud… de quoi réchauffer les cœurs et les corps ! Enfin, avant que ses sapins n’abritent des cadeaux sous leurs branches, Christian Loew joue les pères Noël en offrant quelques présents à ses clients : calendrier, CD… Une famille, venue de Mollkirch dans une fourgonnette blanche, un membre par génération, redescend de la montagne avec sa récolte. On sent les connaisseurs à leur équipement : chaussures de marche, doudounes chaudes, gants, bonnets vissés sur la tête. « Nous venons ici depuis plusieurs années », précisent-ils en installant le petit dernier, qui a glissé dans une flaque, devant le brasero, le temps de régler leurs trois sapins de Noël, un par génération. Puis, ils chargent le tout dans leur fourgonnette traîneau. Il ne reste plus qu’à parer les arbres de Christian Loew de leurs plus beaux atours !

Truffes d’Alsace

Un défi pour Jean-Luc Halter

Publié le 16/11/2022

Homme d’audace et entrepreneur, Jean-Luc Halter a planté dès 2015, plusieurs hectares d’arbres truffiers à Wasselonne, où il produit déjà du lait de prairie, des asperges, des fraises et de la rhubarbe. L’EARL Domaine des racines est née en 2017, mais les premières truffes ne seront vendues que cette année !

« J’ai investi pour ma retraite », plaisante à peine Jean-Luc Halter, exploitant à Wasselonne sur 110 ha, diversifié en lait de prairie, asperges, fraises, rhubarbe et depuis peu, en truffes ! Il en faut de la patience sur ce dernier coup, ainsi qu’une bonne dose de courage, voire de témérité. En effet, une fois les arbres mycorhizés plantés, plusieurs années sont nécessaires à leur pousse et au développement de leurs racines, sur lesquelles naissent les truffes… lorsque le climat le permet ! Les sécheresses d’été peuvent être fatales. Jean-Luc Halter a pris le pari (un peu fou) de produire des truffes d’automne en Alsace, il y a plus de sept ans maintenant. Des veines calcaires propices « Historiquement, trois secteurs sont propices à la truffe en Alsace, dont le mien. Ici, nous sommes sur une veine calcaire qui peut produire », déclare Jean-Luc, au milieu de ses lignes d’arbres truffiers, en hauteur de Wasselonne. Fin gourmet, amateur de truffes et déjà fournisseur de restaurants en asperges, fraises et rhubarbe, le quadragénaire a planté des noisetiers, des charmes, des pins noirs d’Autriche, des bouleaux, des tilleuls, des chênes verts et des cèdres, mycorhizés, dans ses prairies et terres labourables, en 2015. Les trois premières années de vie de ces arbres truffiers, Jean-Luc a biné manuellement autour des pieds. Le but de la manœuvre ? Maintenir propre autour de l’arbre, pour éviter la concurrence des autres champignons. Cinq ou six ans après la plantation, il a effectué une taille, pour restimuler la pousse mais aussi pour que sa petite chienne d’un an et demi, Mira, ne se pique pas le museau. Si elle est dressée à la détection de truffes - à « caver », comme on dit dans le milieu -, elle se préserve des aiguilles de pin. « Je tente, je teste, j’essaie. C’est expérimental. Aujourd’hui, nous ne savons rien de la production de truffes en Alsace, car je suis le seul à m’être lancé professionnellement. Les grosses plantations sont dans l’Aube et la Marne, en Champagne. Mais même là-bas, il y a très peu de techniciens et encore moins de littérature scientifique. Un hectare de mes truffières est d’ailleurs dédié à la recherche (lire l’encadré sur les aides régionales). L’Inra de Nancy me suit sur celui-ci. De moi-même, j’ai planté et soigné différemment les parcelles : enherbées, désherbées, etc. Je ne saurais dire, pour l’instant, ce qui fonctionne le mieux. J’ai travaillé six ans sans aucun résultat. On n’est entré en production que maintenant, à l’automne 2022 ! », s’exclame-t-il. Produit de niche mais pas de luxe De septembre à aujourd’hui, Jean-Luc Halter a cueilli des truffes de Bourgogne à nervure brune ; à partir de novembre, il a enchaîné avec les truffes mésentériques, les seules qu’on peut chauffer sans qu’elles perdent leurs arômes, et à partir de décembre, il récoltera la truffe noire melanosporum, la même que dans le sud de la France, la plus connue. « Une bonne truffe est mûre à 100 %. Elle se déguste avec un vin blanc fruité mais pas sucré, surtout pas acide non plus, ou avec des bulles », précise Jean-Luc, qui est vice-président de l’association des trufficulteurs du Grand Est (ATGE), chapeautant toutes les associations locales. Si des investisseurs sont prêts à financer des truffières en Champagne, ce n’est pas encore le cas en Alsace. Se lancer seul est forcément risqué, au regard du coût, de l’attente et de l’incertitude. Mais Jean-Luc est convaincu par son projet. « La truffe est un produit de niche mais pas de luxe. Avec une patate de 100 g, à 70 €, on peut préparer un bon repas pour six personnes », dit-il. Il a eu la chance d’en découvrir une de 360 g chez lui déjà… mais c’est rare ! Local et sans pesticide Aussi, Jean-Luc Halter a d’autres idées pour valoriser son nouveau produit et ce qu’il a déjà mis en place. Propriétaire du gîte de Brechlingerthal, non loin de l’étable des vaches laitières, l’agriculteur souhaite proposer des week-ends de découverte et de dégustation de truffes… d’Alsace ! Si les plus gros négociants européens sont les Italiens, les plus gros producteurs sont les Espagnols ; ils répondent à la majeure partie de la demande française. Jean-Luc Halter mise donc sur l’argument local. « Et le champignon peut se targuer de se passer de tout produit phytosanitaire », remarque-t-il. Le chef d’entreprise travaille avec l’équivalent de deux salariés à temps plein et une trentaine, voire une quarantaine de saisonniers, toutes productions confondues ; les deux désherbages annuels des truffières sont prenants, par exemple. Mais même si la truffe est friande en ressources humaines, elle semble promise à un bel avenir tant les arguments marketing correspondent aux goûts du moment… « Le plus gros enjeu, c’est le changement climatique. La météo fera qu’on va produire ou pas », conclut le trufficulteur.    

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