Cultures

Publié le 16/03/2023

Planète Légumes est porteur du projet Altiz, qui évalue de nouveaux leviers de lutte intégrée pour la gestion de l’altise, sur les cultures du chou et de l’aubergine, depuis 2021. Grâce à son travail et à celui de quatre autres stations d’expérimentation françaises, les premières alternatives aux produits de synthèse émergent : le paillage et les répulsifs, tels que des poudres minérales ou des produits à base d’extraits de plantes.

L’altise est un des principaux ravageurs du chou et est un ravageur émergent de l’aubergine. Il est, de plus, le premier ravageur à atteindre les parcelles de choux en mai. Si l’infestation est grande, l’attaque va impacter le développement du chou. Il est donc primordial de réussir sa prévention contre l’altise. En 2022, en Alsace, plus de 500 ha de choux ont été plantés au total, dont près de 450 ha de choux à choucroute, une culture spéciale à valeur ajoutée. L’enjeu est important car beaucoup de producteurs se lassent d’une culture comme le chou qui demande beaucoup d’attention, d’interventions, vis-à-vis de l’altise, notamment. En plus, la réglementation se durcit année après année pour les produits conventionnels. Certains produits de synthèse utilisés dans la lutte contre l’altise ont été retirés du marché, d’autres ne sont plus homologués pour cet usage. Ils disparaissent du paysage, avant même qu’une alternative fiable soit trouvée. Des dérogations sont acceptées mais « c’est de plus en plus compliqué », lâche Robin Sesmat, conseiller spécialisé et chargé d’expérimentation de Planète Légumes, animateur du réseau Dephy Légumes Alsace, expert en choux. Les pyréthrinoïdes de synthèse, produits de contact, sont certes encore autorisés, mais il faudrait traiter chaque semaine : trop coûteux pour les agriculteurs, économiquement et sociétalement parlant. Conscients, ils ont sollicité leurs stations d’expérimentation. Le piège se referme « Les essais s’inscrivent dans ce contexte. Porteur, Planète Légumes a répondu à un appel à projets de FranceAgriMer, avec quatre autres stations : une en Normandie, l’autre dans le Nord et deux en Provence (lire l’encadré). Le projet Altiz a débuté en 2021 et s’achèvera fin 2023. Il vise à évaluer de nouveaux leviers de lutte intégrée pour la gestion de l’altise, sur les cultures du chou et de l’aubergine », présente Robin Sesmat. Quatre leviers sont testés sur trois ans, aux quatre coins de la France : le piégeage massif des altises, le paillage des parcelles ou mulching, les produits alternatifs, dont le biocontrôle, et les plantes-pièges ou répulsives. Cette dernière année d’essais, 2023, l’enjeu est de trouver les meilleures combinaisons de leviers, puisque séparément leurs efficacités n’atteignent jamais 100 %. En Alsace, Planète Légumes a testé deux ans durant, le piégeage de masse, le paillage et les produits alternatifs. « Nous n’avons pas eu le temps d’essayer les plantes-pièges, mais nous avons des retours d’autres stations, d’où l’intérêt d’être à plusieurs », pointe Robin Sesmat. Le piégeage de masse consiste à piéger les altises, qui sont un coléoptère sauteur, sur une bande engluée placée à l’avant ou à l’arrière du tracteur, au moment du binage mécanique. Les altises, dérangées, sautent et se collent à la bande. L’idée est attrayante mais le taux de réussite stagne entre 5 et 10 %, quand un taux d’efficacité satisfaisant se situe autour de 90 %, le même qu’avec les solutions chimiques. Aussi, le dispositif est compliqué à mettre en place et la méthode n’est pas sélective : d’autres insectes s’y collent. Barrer la route Le mulch (un couvert détruit et desséché) a quant à lui, donné des résultats intéressants. Il retarde l’arrivée des altises sur la culture et limite les infestations. En plus, il conserve l’humidité du sol, étouffe les adventices et nourrit la terre. Mais le défi est technique : sur de grandes surfaces, la quantité de mulch est forcément très importante et si on plante le chou dans un couvert, comment mécaniser la technique ? « Dans nos essais, sur de petites surfaces, nous plantons le chou, puis nous amenons le mulch. Si nous devions planter le chou dans un couvert vert, ancré dans la rotation, avant d’en faire un mulch, nous serions embêtés », admet Robin Sesmat. En effet, le sol serait plus compact d’une part, et donc moins propice à la plantation, et sans gelées d’hiver, les remontées d’adventices seraient problématiques, d’autre part, ensuite. Il faudrait presque désherber à la main… Hors de question. Enfin, la couverture permanente n’est pas encore dans les mœurs en Alsace, d’après le conseiller. « Nous allons tester la plantation dans des couverts végétaux à Planète Légumes, pour voir comment relever ces défis », dit-il. Il existe quatre types de produits alternatifs aux produits de synthèse, contre les altises : les répulsifs, les barrières physiques, les biostimulants et les produits de biocontrôle. Pour gêner la reconnaissance de la culture et le piquage, la poudre minérale est efficace à 90 % à 100 %, dans le Bas-Rhin, « selon la nature du minéral et la formulation », nuance Robin Sesmat. Plusieurs produits à action répulsive à base d’extraits végétaux, ont été testés, avec des résultats allant de 60 % d’efficacité à une efficacité nulle, selon leur nature. « Il faudra encore confirmer l’efficacité des meilleures solutions rencontrées dans des conditions de forte pression », ajoute le conseiller de Planète Légumes, les altises n’ayant pas été oppressantes ces deux dernières années. Combinaisons gagnantes ? Le quatrième et dernier levier contre les altises, mis à l’épreuve dans le Vaucluse, est celui des plantes-pièges, selon le principe « push-pull », « on attire et on repousse », traduit Robin Sesmat. « Ils ont semé une bande de crucifères, en bordure des parcelles, pour attirer les altises en dehors de la culture », explique le conseiller de Planète Légumes. Les résultats sont à considérer avec de la moutarde, puisqu’on limite alors, l’infestation dans le chou, mais la bande-piège est potentiellement un réservoir à d’autres ravageurs, qui pourraient venir dans la culture, ensuite. Aucune stratégie nouvelle n’a mis en évidence une efficacité concurrençant celle des produits de synthèse. En 2023, les stations du Nord et du Sud vont donc tenter une combinaison des leviers suivants : les plantes-pièges et les produits alternatifs. Le Bas-Rhin et la Normandie vont eux, combiner le mulch aux produits alternatifs. « Tout ce qui a le mieux fonctionné, on va l’utiliser. L’objectif est d’arriver à des conclusions fin 2023 », confie Robin Sesmat.

Irrigation et physiologie du maïs

Ne pas boire sans soif

Publié le 24/02/2023

L’alimentation en eau du maïs fait partie des facteurs de réussite de la culture. Florence Binet, d’Arvalis-Institut du végétal, a rappelé les effets du manque d’eau sur les maïs, et détaillé quelques pistes qui devraient permettre, à l’avenir, d’irriguer moins, mais mieux.

Irriguer permet non seulement de pourvoir aux besoins en eau du maïs lorsque la pluviométrie fait défaut, mais aussi de réguler les stress thermiques. En effet, les stress hydriques et thermiques s’amplifient : « Des températures élevées augmentent celle du feuillage, ce qui induit davantage de transpiration et donc une hausse de la demande en eau du maïs. Et s’il manque d'eau, il ferme ses stomates, ce qui limite la transpiration, et donc alimente la hausse de la température du feuillage », décrit Florence Binet. Qu’il soit thermique ou hydrique, le stress influence la mise en place des composantes de rendement du maïs. Mais de manière différente. Le stress thermique affecte notamment la viabilité et la germination du pollen à partir de 30 °C. À partir de 36 °C, les grains de pollen meurent. « Le fait que la majorité du pollen soit émise le matin, et que la quantité de grains de pollen émise par les hybrides est énorme, limite le risque », pointe Florence Binet, qui ajoute qu’en 2022, le mercure est monté au-delà de 35 °C en amont de la floraison mâle, ce qui a permis d’échapper à des dégâts de stress thermique. Des températures excessives peuvent aussi avoir des effets négatifs après la fécondation, « avec moins de grains d’albumens dans les grains, ce qui impact le PMG ». Irriguer pour moins stresser Le stress hydrique, lui, a d’ores et déjà des effets en phase végétative : « La fermeture des stomates qu’il induit limite la photosynthèse, donc la croissance, et pénalise la phase de programmation des grains. » Mais ce n’est pas tout : les soies peuvent avoir du mal à sortir des spathes, ce qui peut entraîner un décalage avec l’émission du pollen, qui n’atteint donc pas, ou mal, les soies. « Les grains situés au bas de l’épi sont toujours fécondés en premier car ils correspondent aux premières soies qui sont émises. Ceci explique le phénomène de bouchon, les problèmes de fécondation arrivant sur les derniers grains à être fécondés », décrit Florence Binet. Le manque d’eau peut aussi gêner la migration du tube pollinique dans la soie. Les conséquences du stress hydrique se lisent dans les épis : « Si au bout des épis, il y a des grains verts et secs, c’est que l’ovule n’a pas été fécondé. Plus bas, il peut y avoir des grains qui ont été fécondés, qui ont commencé à se remplir mais qui avortent du fait du manque d’eau avant le stade limite d’avortement des grains (Slag). Plus bas encore, il peut y avoir des avortements par manque d’eau après le Slag. » En 2022, année chaude et sèche par excellence, il n’y a donc pas eu d’impact sur la pollinisation ni en post-fécondation. « L’émission des soies a pu être impactée. Mais c’est surtout le remplissage et la dessiccation, clairement, qui ont été affectés en situation non irriguée. » Piloter au réel : des économies d’eau pour des rendements équivalents Le manque d’eau réduisant la période de remplissage des grains, il convient d’encadrer les phases sensibles avec l’irrigation, si les précipitations font défaut. D’autant que l’irrigation permet de réduire l’intensité de tous ces stress. L’apport d’eau permet d’abaisser la température dans le couvert de 1 à 3 °C, donc de réduire l’intensité d’un stress thermique. Pour irriguer le plus efficacement possible, les agriculteurs disposent d’ores et déjà d’outils : les flashs irrigation des OAD. Mais ces outils ne prennent pas encore bien en compte qu’en cas de fortes chaleurs, la plante réagit : « En fermant ses stomates, elle limite son évapotranspiration et donc consomme très probablement moins d’eau que ce qu’on pense. Donc, toute l’eau apportée n’est pas forcément valorisée. » D’où l’intérêt d’estimer la consommation réelle, et de piloter l’irrigation à l’évapotranspiration réelle (ETR) plutôt qu’à l’évapotranspiration maximale (ETM). Des expérimentations ont été menées en utilisant un modèle qui simule l’activité des stomates, informe Florence Binet. Résultats : « Le pilotage au réel réduit le volume d’eau apporté au début du cycle et donne des rendements équivalents qu’un pilotage de l’irrigation à l’ETM. Donc, en étant plus en adéquation avec la demande des plantes, on améliore la productivité de l’eau. »

Jérémy Ditner, de l’EARL du Krebsbach, à Bernwiller

Sortir de sa zone de confort

Publié le 21/02/2023

En non labour depuis vingt ans, l’EARL du Krebsbach, à Bernwiller, est passée en bio, en 2017. La SAU de la ferme s’élève à 85 ha de grandes cultures et de légumes de plein champs (carottes, pommes de terre et céleri). Jérémy Ditner est le local de l’étape, à la journée Base : le Sundgauvien expose « son » agriculture de conservation (AC), aussi appelée « régénérative ».

Pour Jérémy Ditner, « l’agroécologie, c’est observer, orienter, intensifier et pérenniser les écosystèmes naturels favorables à la production ». Il cultive selon les trois principes de l’AC : réduction du travail du sol au minimum (pour ne pas perturber l’activité biologique du sol, favoriser la porosité verticale naturelle et augmenter la teneur en matière organique en surface), absence de sols nus grâce au maintien des résidus en surface et à l’implantation de couverts végétaux (pour protéger la surface du sol, structurer le sol, recycler les éléments minéraux, concurrencer les adventices, maintenir l’humidité, nourrir les micro-organismes), allongement et diversification de la rotation, et des espèces cultivées (pour maîtriser les adventices, diversifier la faune et la flore, limiter les agents pathogènes). « L’AC ou agriculture régénérative doit restaurer les fonctions vitales du sol », sait Jérémy. Et ces fonctions vitales dépendent de la présence d’une vie du sol bien développée, grâce au stockage de l’eau et au stockage des nutriments, pour faciliter le travail du sol, freiner la germination des adventices, rendre les cultures tolérantes aux pathogènes et peu appétissantes pour les ravageurs, augmenter la tolérance des cultures face au stress et pour une excellente qualité des récoltes, énumère l’agriculteur. Le jeune homme s’est retrouvé dans de nombreux points abordés par Lionel Alletto. « Depuis vingt ans qu’on cultive, selon les principes de l’AC, le sol a changé de couleur. La fertilité physique (texture, eau, etc.), chimique (éléments minéraux, pH) et biologique (activité des organismes et micro-organismes vivants) est au rendez-vous. Les plantes nourrissent le sol et le sol nourrit les plantes », résume-t-il. En fonction des équilibres, les structures de sol sont différentes. Toujours vert et diversifié Pour régénérer un sol, Jérémy Ditner distingue cinq étapes à passer : l’analyse du sol et l’équilibrage de ses éléments minéraux ; la fissuration du sous-sol en le stabilisant à l’aide de ferments et de racines vivantes ; la veille à la diversité et la bonne nutrition de la vie souterraine en gardant le sol toujours couvert par des engrais verts multi-espèces et des cultures avec des sous-semis diversifiés (la prairie sert de modèle aux cultures) ; le compostage de surface des couverts en utilisant des ferments lactiques à base de plantes pour diriger et contrôler le processus, et le traitement vitalisant des engrais de ferme ; l’optimisation de la performance photosynthétique et métabolique des cultures par des pulvérisations foliaires à base de thé de compost, de minéraux et de produits vitalisants. « La pierre angulaire de notre système, ce sont les semis directs de couverts », affirme Jérémy. Certaines cultures d’automne sont aussi semées directement, selon le précédent. « Les sols sont couverts et verts, le plus souvent, chez nous », ajoute-t-il. Il donne à l’assemblée quelques exemples de mélanges en interculture. En interculture courte, pour atteindre un objectif de biomasse rapide, Jérémy propose de semer : moha 5 kg/ tournesol 15 kg/ moutarde 1 kg/ radis 1 kg/ phacélie 2 kg/ vesce commune 15 kg/ lentille féverole 6 kg/ sarrasin 3 kg. En interculture longue : féverole 70 kg/ seigle 50 kg/ pois 20 kg/ vesce 15 kg. En sous semis, sous céréales : RGA tardif 10 kg/ trèfle violet 3 kg/ trèfle incarnat 5 kg/ trèfle blanc 1 kg/ caméline 500 g. « Puisque mon sol est de nature à être pauvre en matière organique, j’en amène de la fraîche », enchaîne Jérémy Ditner. Pour le compostage en surface, il achète une solution mère de microorganismes EM (Efficient microbiology) et la multiplie, grâce à des algues et des acides humiques, voire des plantes dicotylédones : en bref, du sucre, qui fermente en anaérobiose moins d’une semaine. Dans une luzerne sursemée d’un seigle, par exemple, il broie le végétal, puis incorpore les ferments. « Le phénomène d’agrégation qui suit est important et, il est important pour le stockage de l’eau et le développement des mycorhizes, note-t-il. Dans le sol, on lutte contre l’anaérobie. On mélange à la fraise, pour laisser le sol aéré et que le compost dégrade le couvert. Tout est réalisé en un passage, pour ce broyage de surface, avec ajout de ferments et fraisage. » L’odeur est bonne : surtout pas de putréfaction ! Les couverts permanents sont détruits au printemps. Jérémy passe éventuellement un coup, encore, à l’automne. « Le maïs tient mieux la sécheresse, avec ces techniques, observe le cultivateur. Elles retiennent l’eau. Par endroits, on ne fertilise quasiment plus ». Le blé, lui, ne se passe tout de même pas de fertilisation, admet-il.     Micro-organismes en sous-sol et à la surface Pour nourrir son sous-sol, Jérémy Dittner utilise la technique de fissuration. Après le passage d’un double rouleau à dents, il injecte des ferments (à base de végétaux), dans le sous-sol, grâce à des buses de pulvérisation. L’angle de travail est faible, l’écartement entre les dents d’au moins 35 cm, la profondeur de travail d’au moins 20 cm (il suffit de casser la semelle de labour), la largeur du soc est d’au moins 5 cm (plus large que la dent) et la longueur est d’au moins 12 cm. Il n’y a pas de galbe latéral. Les points clés du sous-solage : un sol pas trop humide, pas trop froid, un travail plutôt à l’automne, à combiner avec le semis, lentement (vitesse de 6 km/h maximum) pour que le sol se fissure le long des lignes de faille naturelle, en fermant la surface à la herse pour garder l’air dans le sol. Le sous-solage est idéalement réalisé, après le compostage de surface. Jérémy, échangeant avec la salle, admet qu’il a pris des gamelles en semis direct, lorsque son sol n’était pas prêt. Mais il retient surtout ses succès, avec des maïs poussant sans engrais (avec un peu de patience), des carottes et pommes de terre, sans « cides », sauf sur doryphores.    

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