Cultures

Irrigation et physiologie du maïs

Ne pas boire sans soif

Publié le 24/02/2023

L’alimentation en eau du maïs fait partie des facteurs de réussite de la culture. Florence Binet, d’Arvalis-Institut du végétal, a rappelé les effets du manque d’eau sur les maïs, et détaillé quelques pistes qui devraient permettre, à l’avenir, d’irriguer moins, mais mieux.

Irriguer permet non seulement de pourvoir aux besoins en eau du maïs lorsque la pluviométrie fait défaut, mais aussi de réguler les stress thermiques. En effet, les stress hydriques et thermiques s’amplifient : « Des températures élevées augmentent celle du feuillage, ce qui induit davantage de transpiration et donc une hausse de la demande en eau du maïs. Et s’il manque d'eau, il ferme ses stomates, ce qui limite la transpiration, et donc alimente la hausse de la température du feuillage », décrit Florence Binet. Qu’il soit thermique ou hydrique, le stress influence la mise en place des composantes de rendement du maïs. Mais de manière différente. Le stress thermique affecte notamment la viabilité et la germination du pollen à partir de 30 °C. À partir de 36 °C, les grains de pollen meurent. « Le fait que la majorité du pollen soit émise le matin, et que la quantité de grains de pollen émise par les hybrides est énorme, limite le risque », pointe Florence Binet, qui ajoute qu’en 2022, le mercure est monté au-delà de 35 °C en amont de la floraison mâle, ce qui a permis d’échapper à des dégâts de stress thermique. Des températures excessives peuvent aussi avoir des effets négatifs après la fécondation, « avec moins de grains d’albumens dans les grains, ce qui impact le PMG ». Irriguer pour moins stresser Le stress hydrique, lui, a d’ores et déjà des effets en phase végétative : « La fermeture des stomates qu’il induit limite la photosynthèse, donc la croissance, et pénalise la phase de programmation des grains. » Mais ce n’est pas tout : les soies peuvent avoir du mal à sortir des spathes, ce qui peut entraîner un décalage avec l’émission du pollen, qui n’atteint donc pas, ou mal, les soies. « Les grains situés au bas de l’épi sont toujours fécondés en premier car ils correspondent aux premières soies qui sont émises. Ceci explique le phénomène de bouchon, les problèmes de fécondation arrivant sur les derniers grains à être fécondés », décrit Florence Binet. Le manque d’eau peut aussi gêner la migration du tube pollinique dans la soie. Les conséquences du stress hydrique se lisent dans les épis : « Si au bout des épis, il y a des grains verts et secs, c’est que l’ovule n’a pas été fécondé. Plus bas, il peut y avoir des grains qui ont été fécondés, qui ont commencé à se remplir mais qui avortent du fait du manque d’eau avant le stade limite d’avortement des grains (Slag). Plus bas encore, il peut y avoir des avortements par manque d’eau après le Slag. » En 2022, année chaude et sèche par excellence, il n’y a donc pas eu d’impact sur la pollinisation ni en post-fécondation. « L’émission des soies a pu être impactée. Mais c’est surtout le remplissage et la dessiccation, clairement, qui ont été affectés en situation non irriguée. » Piloter au réel : des économies d’eau pour des rendements équivalents Le manque d’eau réduisant la période de remplissage des grains, il convient d’encadrer les phases sensibles avec l’irrigation, si les précipitations font défaut. D’autant que l’irrigation permet de réduire l’intensité de tous ces stress. L’apport d’eau permet d’abaisser la température dans le couvert de 1 à 3 °C, donc de réduire l’intensité d’un stress thermique. Pour irriguer le plus efficacement possible, les agriculteurs disposent d’ores et déjà d’outils : les flashs irrigation des OAD. Mais ces outils ne prennent pas encore bien en compte qu’en cas de fortes chaleurs, la plante réagit : « En fermant ses stomates, elle limite son évapotranspiration et donc consomme très probablement moins d’eau que ce qu’on pense. Donc, toute l’eau apportée n’est pas forcément valorisée. » D’où l’intérêt d’estimer la consommation réelle, et de piloter l’irrigation à l’évapotranspiration réelle (ETR) plutôt qu’à l’évapotranspiration maximale (ETM). Des expérimentations ont été menées en utilisant un modèle qui simule l’activité des stomates, informe Florence Binet. Résultats : « Le pilotage au réel réduit le volume d’eau apporté au début du cycle et donne des rendements équivalents qu’un pilotage de l’irrigation à l’ETM. Donc, en étant plus en adéquation avec la demande des plantes, on améliore la productivité de l’eau. »

Jérémy Ditner, de l’EARL du Krebsbach, à Bernwiller

Sortir de sa zone de confort

Publié le 21/02/2023

En non labour depuis vingt ans, l’EARL du Krebsbach, à Bernwiller, est passée en bio, en 2017. La SAU de la ferme s’élève à 85 ha de grandes cultures et de légumes de plein champs (carottes, pommes de terre et céleri). Jérémy Ditner est le local de l’étape, à la journée Base : le Sundgauvien expose « son » agriculture de conservation (AC), aussi appelée « régénérative ».

Pour Jérémy Ditner, « l’agroécologie, c’est observer, orienter, intensifier et pérenniser les écosystèmes naturels favorables à la production ». Il cultive selon les trois principes de l’AC : réduction du travail du sol au minimum (pour ne pas perturber l’activité biologique du sol, favoriser la porosité verticale naturelle et augmenter la teneur en matière organique en surface), absence de sols nus grâce au maintien des résidus en surface et à l’implantation de couverts végétaux (pour protéger la surface du sol, structurer le sol, recycler les éléments minéraux, concurrencer les adventices, maintenir l’humidité, nourrir les micro-organismes), allongement et diversification de la rotation, et des espèces cultivées (pour maîtriser les adventices, diversifier la faune et la flore, limiter les agents pathogènes). « L’AC ou agriculture régénérative doit restaurer les fonctions vitales du sol », sait Jérémy. Et ces fonctions vitales dépendent de la présence d’une vie du sol bien développée, grâce au stockage de l’eau et au stockage des nutriments, pour faciliter le travail du sol, freiner la germination des adventices, rendre les cultures tolérantes aux pathogènes et peu appétissantes pour les ravageurs, augmenter la tolérance des cultures face au stress et pour une excellente qualité des récoltes, énumère l’agriculteur. Le jeune homme s’est retrouvé dans de nombreux points abordés par Lionel Alletto. « Depuis vingt ans qu’on cultive, selon les principes de l’AC, le sol a changé de couleur. La fertilité physique (texture, eau, etc.), chimique (éléments minéraux, pH) et biologique (activité des organismes et micro-organismes vivants) est au rendez-vous. Les plantes nourrissent le sol et le sol nourrit les plantes », résume-t-il. En fonction des équilibres, les structures de sol sont différentes. Toujours vert et diversifié Pour régénérer un sol, Jérémy Ditner distingue cinq étapes à passer : l’analyse du sol et l’équilibrage de ses éléments minéraux ; la fissuration du sous-sol en le stabilisant à l’aide de ferments et de racines vivantes ; la veille à la diversité et la bonne nutrition de la vie souterraine en gardant le sol toujours couvert par des engrais verts multi-espèces et des cultures avec des sous-semis diversifiés (la prairie sert de modèle aux cultures) ; le compostage de surface des couverts en utilisant des ferments lactiques à base de plantes pour diriger et contrôler le processus, et le traitement vitalisant des engrais de ferme ; l’optimisation de la performance photosynthétique et métabolique des cultures par des pulvérisations foliaires à base de thé de compost, de minéraux et de produits vitalisants. « La pierre angulaire de notre système, ce sont les semis directs de couverts », affirme Jérémy. Certaines cultures d’automne sont aussi semées directement, selon le précédent. « Les sols sont couverts et verts, le plus souvent, chez nous », ajoute-t-il. Il donne à l’assemblée quelques exemples de mélanges en interculture. En interculture courte, pour atteindre un objectif de biomasse rapide, Jérémy propose de semer : moha 5 kg/ tournesol 15 kg/ moutarde 1 kg/ radis 1 kg/ phacélie 2 kg/ vesce commune 15 kg/ lentille féverole 6 kg/ sarrasin 3 kg. En interculture longue : féverole 70 kg/ seigle 50 kg/ pois 20 kg/ vesce 15 kg. En sous semis, sous céréales : RGA tardif 10 kg/ trèfle violet 3 kg/ trèfle incarnat 5 kg/ trèfle blanc 1 kg/ caméline 500 g. « Puisque mon sol est de nature à être pauvre en matière organique, j’en amène de la fraîche », enchaîne Jérémy Ditner. Pour le compostage en surface, il achète une solution mère de microorganismes EM (Efficient microbiology) et la multiplie, grâce à des algues et des acides humiques, voire des plantes dicotylédones : en bref, du sucre, qui fermente en anaérobiose moins d’une semaine. Dans une luzerne sursemée d’un seigle, par exemple, il broie le végétal, puis incorpore les ferments. « Le phénomène d’agrégation qui suit est important et, il est important pour le stockage de l’eau et le développement des mycorhizes, note-t-il. Dans le sol, on lutte contre l’anaérobie. On mélange à la fraise, pour laisser le sol aéré et que le compost dégrade le couvert. Tout est réalisé en un passage, pour ce broyage de surface, avec ajout de ferments et fraisage. » L’odeur est bonne : surtout pas de putréfaction ! Les couverts permanents sont détruits au printemps. Jérémy passe éventuellement un coup, encore, à l’automne. « Le maïs tient mieux la sécheresse, avec ces techniques, observe le cultivateur. Elles retiennent l’eau. Par endroits, on ne fertilise quasiment plus ». Le blé, lui, ne se passe tout de même pas de fertilisation, admet-il.     Micro-organismes en sous-sol et à la surface Pour nourrir son sous-sol, Jérémy Dittner utilise la technique de fissuration. Après le passage d’un double rouleau à dents, il injecte des ferments (à base de végétaux), dans le sous-sol, grâce à des buses de pulvérisation. L’angle de travail est faible, l’écartement entre les dents d’au moins 35 cm, la profondeur de travail d’au moins 20 cm (il suffit de casser la semelle de labour), la largeur du soc est d’au moins 5 cm (plus large que la dent) et la longueur est d’au moins 12 cm. Il n’y a pas de galbe latéral. Les points clés du sous-solage : un sol pas trop humide, pas trop froid, un travail plutôt à l’automne, à combiner avec le semis, lentement (vitesse de 6 km/h maximum) pour que le sol se fissure le long des lignes de faille naturelle, en fermant la surface à la herse pour garder l’air dans le sol. Le sous-solage est idéalement réalisé, après le compostage de surface. Jérémy, échangeant avec la salle, admet qu’il a pris des gamelles en semis direct, lorsque son sol n’était pas prêt. Mais il retient surtout ses succès, avec des maïs poussant sans engrais (avec un peu de patience), des carottes et pommes de terre, sans « cides », sauf sur doryphores.    

Publié le 21/02/2023

« On veut sauver la terre », dit sans fard Jürgen Degraeve, le directeur d’EM Agriton, fournisseur de produits à base de micro-organismes efficaces (EM) et de matières premières naturelles (argiles, fragments de coquillages, etc.), basé en Belgique. Pour Base Alsace, il a expliqué ce que sont les EM et la technique des compostages Bokashi, l’après-midi du 9 février.

Ils sont trente salariés à la production et quinze au développement, à Messines, en Belgique, non loin de la frontière française, chez EM Agriton. Mais rien qu’en une poignée de mains, nous échangeons 50 millions de bactéries… c’est dire s’ils en brassent, des micro-organismes ! Le verbe est bien choisi, puisque pour produire des micro-organismes efficaces, la technique utilisée est la même que celle pour fabriquer une bière… « mais c’est une autre recette », plaisante Jürgen Degraeve, le directeur d’EM Agriton. L’entreprise, fournisseur de produits à base de micro-organismes efficaces (EM) et de matières premières naturelles (argiles, fragments de coquillages, etc.), est la seule autorisée par EMRO pour la Belgique, la France et le Luxembourg. EMRO (EM® Research Organization Inc.) est l’organisation mondiale fondée par le Pr. Teruo Higa, en charge de la commercialisation et de la promotion des EM® authentiques. Son principal objectif est de promouvoir une agriculture durable, qui fournit une quantité suffisante d’aliments sains pour la population mondiale, peut-on lire sur le site d’EM Agriton. Les EM sont des pré- et/ou probiotiques utilisés mondialement, dans les domaines, du bien-être, de l’agriculture, des animaux qui améliorent l’ensemble des processus naturels. Jürgen Degraeve raconte : « Dans le monde des micro-organismes, il existe plusieurs groupes. Il y a un petit groupe de dominants bénéfiques (régénérateurs), un petit groupe (équivalent au premier) de dominants néfastes (destructeurs), et enfin un grand groupe d’opportunistes (90 %). Une lutte pour le pouvoir est continue entre les bénéfiques et les pathogènes. Les opportunistes suivent et imitent le dominant majoritaire. Lorsque les micro-organismes efficaces prédominent, ils exercent une influence positive et peuvent inhiber le développement d’agents pathogènes aussi bien dans le sol, que dans l’air ou dans l’eau. Ce processus profite ainsi aux plantes, et à la santé des hommes et des animaux. « Contrairement aux antibiotiques, les EM ne causent pas la mort, ils stimulent la vie en accroissant la population des micro-organismes favorables. » Moins de dépenses Jürgen Degraeve estime que les rendements des récoltes ne s’en trouvent pas forcément augmentés mais que les coûts sont réduits, puisque ces EM font office d’engrais et fortifient les plantes, appliqués pendant ou après le broyage des couverts, ou au printemps, sur un sol humide, ou, pendant ou après la récolte, sur des résidus de culture. C’est le principe de fermentation qui nourrit le sol et les plantes : les micro-organismes rendent l’énergie plus assimilable. Il prend la forêt pour exemple : elle est autofertile. Le but est de tendre à cela, en agriculture. En Alsace, le revendeur d’EM Agriton, un double actif aussi utilisateur depuis 4 ans, Mathieu Rothenflue, vante le prix modéré et ls résultats. «J’utilise le mélange de micro-organismes actifs Microferm pour décomposer la paille de maïs, valoriser au maximum l’azote, le phosphate. Je n’utilise plus de fertilisation PK (trop onéreuse), depuis vingt ans, déjà.» Selon lui, Microferm améliore la photosynthèse, la teneur en protéines des grains et la résistance au stress hydriqueet aux attaques virales. Ainsi que l'assimilation des nutriments. «Les EM agissent sur le sol comme sur les humains », ajoute cet agriculteur  dans le Haut-Rhin, qui cultive 3 ha de grandes cultures, en semis direct. Il calcule que pour 40 euros investis dans les EM, il enlève 100 unités d’azote et réalise, ainsi, une marge supérieure nette entre 500 et 700 euros. Autre gain : il n’y a pas de nettoyage de benne à réaliser, après utilisation des EM. « En matière organique, je suis monté de quatre points, en sept ans. J’irrigue un tiers en moins qu’avant. Mon sol est une éponge. Et au stade 8 feuilles, la dernière feuille de mon maïs mesure deux tiers de plus, sur une parcelle traitée. Il faut recopier la forêt : elle est la plus productive. Je me suis pris des gamelles avec des engrais phosphatés qui ne fonctionnaient pas. Aujourd’hui, avec les EM, je suis satisfait », conclut Mathieu Rothenflue, qui compte une vingtaine d'acheteurs alsaciens des produits EM Agriton. Deux d’entre eux sont viticulteurs. « Il y a un gros potentiel, en vigne, notamment en bio. Quand, ailleurs, c’est cramé, chez les utilisateurs d’EM, c’est vert. Mais le sol doit être prêt pour cela, sinon il faut ajouter un correcteur, ensuite, quand même », nuance Mathieu Rothenflue.

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