Jérémy Ditner, de l’EARL du Krebsbach, à Bernwiller
Sortir de sa zone de confort
Jérémy Ditner, de l’EARL du Krebsbach, à Bernwiller
Publié le 21/02/2023
En non labour depuis vingt ans, l’EARL du Krebsbach, à Bernwiller, est passée en bio, en 2017. La SAU de la ferme s’élève à 85 ha de grandes cultures et de légumes de plein champs (carottes, pommes de terre et céleri). Jérémy Ditner est le local de l’étape, à la journée Base : le Sundgauvien expose « son » agriculture de conservation (AC), aussi appelée « régénérative ».
Pour Jérémy Ditner, « l’agroécologie, c’est observer, orienter, intensifier et pérenniser les écosystèmes naturels favorables à la production ». Il cultive selon les trois principes de l’AC : réduction du travail du sol au minimum (pour ne pas perturber l’activité biologique du sol, favoriser la porosité verticale naturelle et augmenter la teneur en matière organique en surface), absence de sols nus grâce au maintien des résidus en surface et à l’implantation de couverts végétaux (pour protéger la surface du sol, structurer le sol, recycler les éléments minéraux, concurrencer les adventices, maintenir l’humidité, nourrir les micro-organismes), allongement et diversification de la rotation, et des espèces cultivées (pour maîtriser les adventices, diversifier la faune et la flore, limiter les agents pathogènes). « L’AC ou agriculture régénérative doit restaurer les fonctions vitales du sol », sait Jérémy. Et ces fonctions vitales dépendent de la présence d’une vie du sol bien développée, grâce au stockage de l’eau et au stockage des nutriments, pour faciliter le travail du sol, freiner la germination des adventices, rendre les cultures tolérantes aux pathogènes et peu appétissantes pour les ravageurs, augmenter la tolérance des cultures face au stress et pour une excellente qualité des récoltes, énumère l’agriculteur. Le jeune homme s’est retrouvé dans de nombreux points abordés par Lionel Alletto. « Depuis vingt ans qu’on cultive, selon les principes de l’AC, le sol a changé de couleur. La fertilité physique (texture, eau, etc.), chimique (éléments minéraux, pH) et biologique (activité des organismes et micro-organismes vivants) est au rendez-vous. Les plantes nourrissent le sol et le sol nourrit les plantes », résume-t-il. En fonction des équilibres, les structures de sol sont différentes. Toujours vert et diversifié Pour régénérer un sol, Jérémy Ditner distingue cinq étapes à passer : l’analyse du sol et l’équilibrage de ses éléments minéraux ; la fissuration du sous-sol en le stabilisant à l’aide de ferments et de racines vivantes ; la veille à la diversité et la bonne nutrition de la vie souterraine en gardant le sol toujours couvert par des engrais verts multi-espèces et des cultures avec des sous-semis diversifiés (la prairie sert de modèle aux cultures) ; le compostage de surface des couverts en utilisant des ferments lactiques à base de plantes pour diriger et contrôler le processus, et le traitement vitalisant des engrais de ferme ; l’optimisation de la performance photosynthétique et métabolique des cultures par des pulvérisations foliaires à base de thé de compost, de minéraux et de produits vitalisants. « La pierre angulaire de notre système, ce sont les semis directs de couverts », affirme Jérémy. Certaines cultures d’automne sont aussi semées directement, selon le précédent. « Les sols sont couverts et verts, le plus souvent, chez nous », ajoute-t-il. Il donne à l’assemblée quelques exemples de mélanges en interculture. En interculture courte, pour atteindre un objectif de biomasse rapide, Jérémy propose de semer : moha 5 kg/ tournesol 15 kg/ moutarde 1 kg/ radis 1 kg/ phacélie 2 kg/ vesce commune 15 kg/ lentille féverole 6 kg/ sarrasin 3 kg. En interculture longue : féverole 70 kg/ seigle 50 kg/ pois 20 kg/ vesce 15 kg. En sous semis, sous céréales : RGA tardif 10 kg/ trèfle violet 3 kg/ trèfle incarnat 5 kg/ trèfle blanc 1 kg/ caméline 500 g. « Puisque mon sol est de nature à être pauvre en matière organique, j’en amène de la fraîche », enchaîne Jérémy Ditner. Pour le compostage en surface, il achète une solution mère de microorganismes EM (Efficient microbiology) et la multiplie, grâce à des algues et des acides humiques, voire des plantes dicotylédones : en bref, du sucre, qui fermente en anaérobiose moins d’une semaine. Dans une luzerne sursemée d’un seigle, par exemple, il broie le végétal, puis incorpore les ferments. « Le phénomène d’agrégation qui suit est important et, il est important pour le stockage de l’eau et le développement des mycorhizes, note-t-il. Dans le sol, on lutte contre l’anaérobie. On mélange à la fraise, pour laisser le sol aéré et que le compost dégrade le couvert. Tout est réalisé en un passage, pour ce broyage de surface, avec ajout de ferments et fraisage. » L’odeur est bonne : surtout pas de putréfaction ! Les couverts permanents sont détruits au printemps. Jérémy passe éventuellement un coup, encore, à l’automne. « Le maïs tient mieux la sécheresse, avec ces techniques, observe le cultivateur. Elles retiennent l’eau. Par endroits, on ne fertilise quasiment plus ». Le blé, lui, ne se passe tout de même pas de fertilisation, admet-il. Micro-organismes en sous-sol et à la surface Pour nourrir son sous-sol, Jérémy Dittner utilise la technique de fissuration. Après le passage d’un double rouleau à dents, il injecte des ferments (à base de végétaux), dans le sous-sol, grâce à des buses de pulvérisation. L’angle de travail est faible, l’écartement entre les dents d’au moins 35 cm, la profondeur de travail d’au moins 20 cm (il suffit de casser la semelle de labour), la largeur du soc est d’au moins 5 cm (plus large que la dent) et la longueur est d’au moins 12 cm. Il n’y a pas de galbe latéral. Les points clés du sous-solage : un sol pas trop humide, pas trop froid, un travail plutôt à l’automne, à combiner avec le semis, lentement (vitesse de 6 km/h maximum) pour que le sol se fissure le long des lignes de faille naturelle, en fermant la surface à la herse pour garder l’air dans le sol. Le sous-solage est idéalement réalisé, après le compostage de surface. Jérémy, échangeant avec la salle, admet qu’il a pris des gamelles en semis direct, lorsque son sol n’était pas prêt. Mais il retient surtout ses succès, avec des maïs poussant sans engrais (avec un peu de patience), des carottes et pommes de terre, sans « cides », sauf sur doryphores.












