Cultures

Association Bleu Vert Vosges

Des bras, de l’eau, de l’assurance

Publié le 03/04/2023

Réunis en assemblée générale le 1er mars à Breitenbach, les membres de l’association Bleu Vert Vosges, qui regroupe une quarantaine de producteurs de plantes et de petits fruits dans le Massif des Vosges, ont évoqué les défis à relever pour assurer l’avenir de ces petites exploitations agricoles de montagne. Il convient notamment d’assurer le renouvellement des générations, ainsi que l’accès à l’eau et aux assurances pour faire face aux conséquences du changement climatique.

Ils sont une quarantaine, ont en moyenne 46 ans, cultivent chacun quelque 2,5 ha de SAU, dont ils tirent un chiffre d’affaires moyen de 76 300 € par exploitation. Ils contribuent à la dynamique et à l’attrait touristique du massif des Vosges : ce sont les producteurs de plantes et de petits fruits du massif. Réunis en assemblée générale, ils ont, en présence d’Olivier Braud, commissaire à l’aménagement du Massif des Vosges, de Frédéric Bierry, président de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) et d’Alice Morel, présidente de l’Association du massif vosgien (AMV), évoqué les problématiques qui pèsent sur la pérennité de leur activité. Renouvellement des générations : encourager les porteurs de projets La première problématique est celle du renouvellement des générations. Devant une assemblée constituée de nombreuses têtes grisonnantes, mais aussi de quelques jeunes, Jean Vogel, producteur de petits fruits à Saales, a souligné : « Il y a de plus en plus de jeunes, ou de personnes en reconversion professionnelle, qui veulent s’installer en production de petits fruits, souvent en diversification, sur moins de 10 ha, et ce sont souvent des néoruraux, donc avec des problématiques d’accès au foncier particulières. » Un constat que partage Marie Balthazar, coordinatrice de Terre de liens en Alsace : « Les porteurs de projets hors cadre familial sont devenus majoritaires. Mais, concrètement, ils représentent moins de 15 % des exploitations. » Un écart qui, selon elle, serait lié à « un système peu accueillant et encourageant ». Elle parle même de « plan social qui ne dit pas son nom », dont l’aboutissement sera « une agriculture sans paysans ». Pour aider les jeunes qui ont des difficultés d’accès au foncier à se lancer, Terre de liens soutient la création d’Associations foncières pastorales (AFP), qui peuvent aboutir à une installation. Elle évoque aussi la possibilité de créer des fermes relais agricoles, à l’image de celles qui fonctionnent dans la vallée de la Bruche (une collectivité achète tout ou partie des terres, des bâtiments et du logement qu’elle loue à un agriculteur volontaire pour s’installer sur le site), et qui peuvent servir de tremplin à une installation individuelle dans un second temps. Alice Morel précise que ces structures requièrent des financements importants. Autres pistes à creuser : les espaces délaissés, les friches forestières, les agis d’épicéas qui dépérissent et qui gagneraient à être remis en culture. Jean Vogel suggère encore : « Quand du foncier se libère, il n’y a pas forcément de projets en face à ce moment-là. Mais il pourrait y en avoir un plus tard. Dès lors, ne pourrait-on pas créer une réserve foncière ? » Une idée qui séduit Joseph Weissbart, directeur de Bio en Grand Est : « Quand 40 ha sont cédés, on pourrait identifier 4 ha pour un futur producteur de petits fruits. » Quant à Stéphane David, conseiller à la Chambre d'agriculture Alsace (CAA), il constate : « Le problème c’est qu’avec les aléas climatiques qui s’enchaînent et qui font baisser les rendements, les exploitations agricoles de montagne peinent à être autonomes en fourrage. Cela laisse peu de place aux petits projets. » Marie Balthazar enchaîne : « Aujourd’hui, le discours ambiant c’est de dire qu’il n’y a pas de foncier en Alsace. Certes, il est rare et cher. Mais ce discours décourage les porteurs de projets. Mieux vaudrait proposer des solutions pour limiter l’endettement, faciliter l’accès au portage… D’autant que les projets portant sur la production de plantes et de petits fruits sont souvent viables sur de petites surfaces. » Olivier Braud reconnaît que l’accès au foncier est un problème : « Il convient aussi de travailler sur les documents d’urbanisme, qui ont tendance à repousser les agriculteurs sur des terres moins fertiles. Le Plan paysage peut servir d’outil. » Assurer face au changement climatique Autre problématique : le changement climatique. En effet, les agriculteurs, et notamment les producteurs de cultures pérennes, en sont les premières victimes. D’autant plus dans les Vosges, territoire qui se caractérise par des sols sableux, sans grande capacité de rétention en eau. Résultats : « On ne peut plus planter comme il y a 40 ans, car le climat n’est plus si rude. Dans les parcelles qui ont été plantées plein sud, on ne récolte plus rien », constate Jean Vogel, qui suggère que les terres adaptées à la production de petits fruits soient fléchées en priorité vers les porteurs de projets dans cette production par la Safer. Pour faire face aux aléas climatiques, une solution est l’assurance récolte. Mais le système actuel « exclut les petits producteurs. Et, comme il n’y a plus de calamités agricoles, c’est la mort certaine. Car désormais, les aléas, c’est tous les ans, que ce soit la grêle, le gel ou la sécheresse », décrit Jean Vogel, pour qui « la mutualisation des risques agricoles doit aller au-delà du secteur agricole, sans quoi les petits producteurs n’auront pas les moyens de se prémunir ». Des demandes et de l’espoir Face à ces défis, et comme leur activité contribue aussi bien à la résilience alimentaire du territoire qu’à son attractivité touristique, les membres de l’association ont formulé plusieurs demandes : l’embauche d’un technicien, la sollicitation des élus locaux pour faire remonter la problématique assurantielle au niveau national, une réunion pilotée par la CEA entre la CAA, la Safer et Terres de lien pour avancer sur la problématique de l’accès au foncier. Enfin, aussi nombreux soient-ils, ces défis ne doivent pas occulter les lueurs d’espoir : des jeunes cherchent à s’installer et la demande pour ces produits reste soutenue. Les membres de l’association reçoivent parfois des demandes d’industriels pour des gros volumes. Si gros qu’ils ne sont pas toujours en capacité de les fournir. Mais la perspective d’avoir des débouchés est porteuse d’espoir.

Publié le 02/04/2023

À Blaesheim, Olivier Baur a repris l’exploitation céréalière de ses parents et de son oncle à la veille de ses 50 ans. Attaché au développement des filières locales, il fait évoluer l’assolement vers des cultures plus résistantes à la sécheresse tout en cherchant, par ses pratiques, à limiter son impact sur l’environnement. Il développe également d’autres cultures destinées à la vente directe.

Il se définit comme « un jeune agriculteur de 51 ans », désireux de vivre de son métier et de contribuer à la valorisation de la filière agricole. Titulaire d’un bac pro CGEA (Conduite et gestion d’une exploitation agricole), Olivier Baur enchaîne sur un BTS technico-commercial au lycée de Rouffach. Pensant acquérir une première expérience à l’extérieur avant de s’installer, il postule chez un distributeur-grossiste en boissons, où il développe ses compétences commerciales. Il en acquiert d’autres en gestion et en management dans d’autres secteurs d’activité. Malgré « une évolution de carrière très intéressante », qui aurait pu l’éloigner définitivement de la ferme familiale, il reste associé à toutes les décisions stratégiques prises par son père et son oncle. En 2017, ceux-ci vendent leur choucrouterie à un confrère et se recentrent sur les grandes cultures. En 2020, poussé par le Covid et l’approche de la cinquantaine, Olivier décide de rompre avec sa vie de cadre dirigeant. C’est le moment, pour lui, de racheter les parts de son père et de son oncle et de commencer une nouvelle carrière, agricole cette fois. Le voici à la tête d’une exploitation de 117 ha, dont 90 % sont situés sur le ban de Blaesheim. L’assolement repose essentiellement sur du maïs, complété par des céréales d’hiver et du colza pour les besoins de la rotation. Par conviction personnelle, le néoagriculteur décide d’aller au-delà des standards de l’agriculture raisonnée : il obtient la certification HVE (haute valeur environnementale) en 2022 pour la partie grandes cultures et entame la conversion à l’agriculture biologique de 3,50 ha. Il dédie cet îlot bio à l’asperge et à la rhubarbe. « Ce sont des cultures typiques de la région, peu développées en agriculture biologique. Cela fait sens au regard de ma volonté de développer cette pratique », estime Olivier, qui ne se verrait pas produire des tomates ou des courgettes à Blaesheim. Premières bottes d’asperges Outre qu’elle permet de réduire les intrants, la culture biologique offre un autre avantage à ses yeux : celui de « mieux valoriser le travail de l’agriculteur et le produit auprès des consommateurs », présume-t-il. Il mettra son raisonnement à l’épreuve des faits dès ce printemps : d’ici quelques jours, il vendra ses premières bottes d’asperges dans un chalet en bois, ouvert trois demi-journées par semaine, qu’il montera près de son hangar. Il table sur un prix de l’ordre de 12 € la botte de 1 kg, censé couvrir les 20 % de charges supplémentaires liés au mode de production. Il proposera également des asperges épluchées. « J’ai investi dans une éplucheuse pour répondre à la demande, qui est de plus en plus importante. » Trois saisonniers se chargeront de la récolte et de la préparation des asperges (lavage et épluchage). Les 3,50 ha en conversion bio ne sont pas entièrement plantés pour l’instant. L’agriculteur n’exclut pas d’augmenter la surface à l’avenir, mais ce sera uniquement pour des cultures vendues en direct, plus rémunératrices. Côté grandes cultures, Olivier, dont 40 % des surfaces sont situées en zone hamster, fait le choix de diversifier son assolement en introduisant davantage de céréales d’hiver en remplacement du maïs. C’est ainsi qu’il implante du blé dur et de la moutarde blanche. « Je crois aux filières locales. Le blé dur est destiné aux pâtes Grand Mère (dont l’usine est située à Marlenheim), les graines de moutarde à Alélor », dernier fabricant de moutarde douce en Alsace. Il élargit encore l’éventail cultural en 2023 avec 6 ha de tournesol et autant de soja. Le choix de ces différentes cultures, toutes livrées au Comptoir agricole, répond à des considérations climatiques. « Je cherche des cultures plus résilientes à la sécheresse pour ne pas avoir à irriguer et ainsi réduire ma consommation de ressources naturelles. » Leur implantation est davantage guidée par le sol - le parcellaire en compte trois types différents - et par les contraintes du zonage hamster que par une rotation type. Derrière les céréales d’hiver, Olivier implante des engrais verts. « Je suis convaincu par leurs atouts agronomiques. Je réfléchis à en faire après maïs pour ne pas laisser le sol nu en hiver. »

Chrysomèle des racines du maïs

La surveiller pour bien lutter

Publié le 27/03/2023

La chrysomèle des racines du maïs fait désormais partie de la liste des ravageurs du maïs en Alsace. Une lutte efficace contre l’insecte passe par un suivi attentif des populations, afin de mettre en place les mesures qui s’imposent. La plus efficace est la rotation à l’échelle territorialisée pour couper les vivres à l’insecte.

On ne présente plus la chrysomèle des racines du maïs. Rappelons tout de même que ce sont les larves de ce ravageur qui causent le plus de dommage au maïs, en consommant leurs racines, et que, de ces larves, émergent des adultes, généralement début juin, qui vont s’accoupler, et produire une nouvelle génération de larves, en pondant dans le sol. Rappelons aussi que, depuis que le ravageur a été détecté en Alsace, sa population n’a cessé de croître, malgré les différents dispositifs de lutte mis en place. L’année 2022 a été particulière. En effet, les adultes ont émergé particulièrement tôt, le 20 juin, et de manière très groupée. Le climat, chaud et sec, n’est sans doute pas étranger à cette accélération du rythme de l’insecte. En outre, la majorité de l’envol a eu lieu fin juin début juillet, puis « quasiment plus rien, alors que d’habitude, les envols sont réguliers de juillet à août », décrit Florence Binet, d’Arvalis - Institut du végétal, qui avance une hypothèse pour expliquer ce phénomène : les traitements effectués pour maîtriser les populations de pyrales ont pu avoir un effet sur la chrysomèle en réduisant le nombre d’adultes en juillet. Mais cette diminution du nombre d’adultes ayant aussi été observée dans des parcelles non traitées, ce n’est pas la seule explication.     Une chose est sûre, ce décalage du cycle de la chrysomèle a pénalisé son suivi : « Les pièges ont été installés trop tard, nous avons donc raté le début et les deux premières semaines de vol. Il nous manque une part significative des informations. Si bien que nous ne pouvons pas nous prononcer sur la dynamique de la population en 2022 », indique Florence Binet. Cette année, Arvalis va poser des cages d’émergence dans les parcelles de maïs bien en amont, pour anticiper un éventuel avancement des dates d’émergence et ne pas louper les premiers vols des adultes. Car c’est à ce moment-là que les agriculteurs doivent poser les pièges de détection qui doivent permettre de quantifier le nombre d’adultes par mètre carré dans les parcelles, critère qui détermine les moyens de lutte à mettre en œuvre (cf tableau). La rotation devant être appliquée « de préférence de manière territorialisée, en concertation avec les voisins, pour plus d’efficacité ». Cibler les larves, vérifier l’état des racines Côté lutte insecticide, pas de changement : « Il convient de privilégier la lutte contre les larves car ce sont elles qui pénalisent le rendement, avec des traitements au semis, sous forme de microgranulés », souligne Florence Binet. Lutter contre les adultes sera moins efficace, voire contreproductif. La campagne précédente a très bien illustré les effets secondaires délétères des insecticides sur les auxiliaires : « Les traitements effectués contre la pyrale ont eu des effets sur les populations d’auxiliaires qui, d’habitude, modèrent celles d’acariens. Résultats : les acariens ont proliféré dans les parcelles, ce qui n’a pas aidé des maïs déjà soumis au stress hydrique et thermique », décrit Florence Binet. Pour la campagne suivante, la spécialiste encourage les agriculteurs à équiper leurs parcelles des pièges qui vont leur permettre de prendre les bonnes décisions. Ainsi qu’à régulièrement aller constater les dégâts, en déterrant quelques pieds de maïs afin d’observer leurs racines, pour voir si elles sont consommées, nécrosées… En effet, Florence Binet l’a constaté : « En situation irriguée le maïs compense les attaques de chrysomèles en refaisant des racines. Du coup l’impact du ravageur est moins visible qu’en situation non irriguée. Mais il n’empêche que, même si le maïs arrive à compenser les nécroses racinaires grâce à l’irrigation, le potentiel de rendement est pénalisé. Car l’énergie que le maïs produit à refaire des racines, il ne la met pas dans les composantes du rendement. »

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