Cultures

Boulangerie Cézamie à Logelbach

Du grain au pain

Publié le 04/07/2023

La vie de quartier et la baguette à un prix accessible font de Cézamie une boulangerie comme les autres. Mais derrière l’enseigne se dévoile une démarche globale, portée par le bio et le local, jusqu’au moindre grain de blé, qui tient à cœur aux trois amis cofondateurs.

« Une fois qu’on nous connaît, on ne nous oublie pas. » C’est avec fierté que Hazaël Bohnert, cofondateur de la boulangerie Cézamie à Logelbach, présente l’établissement et la démarche qui l’accompagne. Par conviction, Cézamie propose des produits bios et venus d’Alsace (autant que possible), des pains aux salades en passant par les boissons. « Pour la santé, la durabilité, la préservation de l’eau… Il faut soutenir un système local pour faire vivre nos agriculteurs et préserver nos terres. Ce n’est plus un choix, c’est un effort nécessaire pour le long terme », affirme-t-il. En 2019, Hazaël Bohnert s’associe à son ancien salarié Richard Larobe, et à son copain d’escalade Steeve Raouch, pour créer une boulangerie à Logelbach, petite commune accolée à Colmar. Aujourd’hui, Hazaël, formé à la boulangerie après une carrière de musicien, opère à la gestion de l’entreprise. Richard, maître boulanger et pâtissier est à la fabrication. Steeve, fort d’un bagage de commercial, est responsable des ventes et de la restauration. Le trio d’hommes s’est retrouvé autour d’un trio d’arbres, le long du ruisseau du Logelbach. Sur un terrain vague, ils ont construit leur établissement en ossature bois, s’adossant à une petite maison de pierre préexistante. Pour chauffer les lieux, le four de boulanger suffit, grâce à un système de circulation d’air. Cézamie peut accueillir une cinquantaine de personnes dans sa grande salle, autant sur sa terrasse ombragée. La boulangerie est aussi un espace de coworking, d’animation et de vie pour les habitants du quartier. 20 ha, trois agriculteurs, deux moulins Au rayon de la farine, la boulangerie Cézamie écoule 50 t chaque année, ce qui représente une vingtaine d’hectares. Elle travaille en direct avec trois agriculteurs alsaciens, des liens tissés au sein du réseau des Amap. La ferme Krust à Berrwiller dispose d’un moulin Astrié avec des meules traditionnelles en granit. « L’avantage est que ces meules ne chauffent pas le grain et évacuent le son sans le germe », explique le boulanger. À Berrwiller, la ferme des dahlias utilise le même moulin pour produire des farines avec des variétés anciennes. « Nous avons créé un comité de pilotage pour élaborer ces mélanges avec la ferme Moyses à Feldkirch. Il faut d’ailleurs saluer leur travail précurseur pour cette filière depuis 15 ans ! » Enfin, Cézamie s’est associée à la ferme Zwickert à Holzwihr pour produire une variété de blé dur méconnue, le khorasan. Quand il y a deux ans, cette céréale a subi le trop-plein d’eau, le boulanger s’est approvisionné plus loin, en concertation avec l’agriculteur. « On doit s’adapter à la récolte. On ne peut pas simplement appliquer un protocole, car nous travaillons avec des produits vivants qui changent d’une saison à l’autre. » Deux moulins complètent l’approvisionnement : le moulin Herzog à Illhaeusern pour la farine T65 et le moulin Waldmuhle à Hoffen qui propose notamment une farine de petit épeautre cultivé en Alsace. Des variétés pour se distinguer « C’est très intéressant pour un agriculteur de se diversifier en produisant de la farine. C’est un petit marché certes, mais qui séduit de plus en plus. Les variétés anciennes peuvent aussi être utiles pour la rotation des cultures », estime Hazaël Bohnert qui ne cache pas son rêve d’être un jour paysan-boulanger lui-même. Ces différentes variétés de céréales et de farines qui en découlent permettent aussi à la boulangerie de se distinguer. La valeur nutritive, le goût, la couleur sont autant d’aspects qui plaisent aux consommateurs. « Mais il ne faut pas s’éparpiller, car les coûts et donc les prix augmenteraient », insiste Hazaël Bohnert. « Nous sommes plus que satisfaits de notre clientèle. Les grandes chaînes installées un peu plus loin sur des ronds-points ne nous concurrencent pas vraiment. En fait, notre baguette est au même prix. Nous faisons un vrai effort, car c’est un symbole très fort ! »  

Publié le 04/07/2023

Une fois moissonnées, les céréales d’hiver vont généralement laisser la place à des couverts végétaux. De plus en plus de solutions existent pour en tirer le meilleur parti possible. Thierry Kolb, technico-commercial en charge des intercultures et des cultures fourragères au Comptoir agricole a fait le point lors du Rendez-vous de juin organisé par la coopérative.

Les raisons d’implanter un couvert sont nombreuses : piéger des éléments minéraux, voire produire de l’azote avec des légumineuses, restructurer le sol grâce aux racines des plantes, limiter le salissement, produire de la matière organique, préserver la vie du sol en la protégeant des températures excessives… « Les objectifs sont propres à chacun. Mais, une chose est sûre, plus le couvert produit de biomasse, plus les services rendus sont importants », pointe Thierry Kolb. Or pour obtenir le plus de biomasse, le meilleur moyen consiste à laisser les plantes suffisamment longtemps en place. Aussi Thierry Kolb incite les agriculteurs à laisser les couverts en place le plus longtemps possible, jusqu’en décembre, voire en janvier : « Souvent, ils peuvent encore piéger des éléments minéraux. Et, surtout, s’ils sont détruits trop tôt, ils commencent à être minéralisés alors qu’il n’y a rien pour absorber les éléments minéraux libérés ». Espèces, choix variétal, date et méthode d’implantation jouent également. Différentes techniques d’implantation sont envisageables : semoirs à disques, à dents, chisel avec semoir à la volée… Pour Thierry Kolb, la méthode d’implantation la plus efficace est « le semis direct au cul de la moissonneuse-batteuse ». Cela permet de profiter de l’humidité résiduelle laissée dans le sol par la culture pour que le couvert commence à s’implanter. « Parfois on ne voit rien jusqu’en septembre et, à la première pluie, le couvert explose », rapporte le technicien. Autrement dit ce n’est pas parce qu’on ne voit rien qu’il ne se passe rien : les plantules émettent d’abord des racines, et les parties aériennes émergent dès que la quantité d’eau le permet. Si le semis direct donne d’aussi bons résultats, c’est aussi parce que « les graines sont placées dans l’humidité avec le moins de perturbations possible, ce qui limite les levées d’adventices, sachant que le couvert doit impérativement démarrer avant les adventices ». Autre atout de la technique : elle est sobre en carburant. Semis à la volée avant la moisson Les couverts peuvent aussi être semés à la volée avant la moisson. Une technique qui combine deux difficultés : le choix des espèces adaptées, et la technique d’apport des graines dans la parcelle. Pour lever ces difficultés, les semenciers proposent des mélanges spécifiques. Thierry Kolb cite le mélange Radisvolée MAS (pour Méthode Alpha Semences, développée par l’entreprise éponyme), composé de 10 % de phacélie, de 50 % de vesce velue et de 40 % de radis fourrager tardif anti-nématode, et dont les graines sont enrobées sur un support permettant leur semis à l’épandeur jusqu’à une distance de 36 m. Ou encore le mélange Bledor Sys Fly, contenant de la moutarde brune, de la vesce velue et de la vesce pourpre, la moutarde étant enrobée pour être alourdie. « Avec 80 % de légumineuses, il est conçu pour être semé entre deux céréales à paille », indique Thierry Kolb. Le semis à la volée avant moisson donne généralement de bons résultats, à condition de respecter certaines précautions. Il est par exemple conseillé de ne pas semer trop tôt avant la moisson, au risque de voir les plantules s’étioler à la recherche de lumière. Et, après la moisson, il est conseillé de broyer et répartir les pailles pour favoriser la germination du couvert. Dans le créneau des mélanges muti espèces, Thierry Kolb cite RGT Cover hivernal, un mélange complexe d’espèces à cycle long, à semer tôt, de préférence pas avant un tournesol puisqu’il en contient. « Le mélange contient du sorgho, qui peut servir de tuteur aux vesces et favorise la formation de mycorhizes », poursuit Thierry Kolb, qui précise : « C’est un mélange haut de gamme. Il faut compter une soixantaine d’euros par hectares, mais il donne de très bons résultats ». Le mélange RGT Sol Nitro, plus simple, n’en reste pas moins efficace. Il se compose de radis fourrager, de moutarde d’Abyssinie, de vesces et de phacélie. « De manière générale, le rapport C/N d’un couvert ne doit pas dépasser 20, pour éviter que sa dégradation ne crée une faim d’azote. C’est pourquoi, nous privilégions des mélanges qui comprennent des légumineuses et des espèces tardives, qui se lignifient tard », conclut Thierry Kolb.

Publié le 01/07/2023

Si Blés d’avenir aura sa bière, la matière première viendra de chez lui. Depuis trois ans, Materne Onimus, le cousin de Christophe Moyses, installé à Bantzenheim en bio, cultive de l’orge ancienne Étoile du berger, pour qu’elle soit maltée. Les premiers essais de bière étaient concluants.

« J’aimerais fabriquer ma bière, du champ à la chope, comme Lili et Christophe Moyses font leur pain, de l’épi à la miche. Mon cousin m’a mis le pied à l’étrier, quand je suis passé en bio, en 2019. Il m’a confié le bébé des orges, en plus de la production d’autres céréales anciennes – une douzaine - pour les farines à boulanger. Depuis, je produis de l’orge ancienne Étoile du berger qui est maltée chez Maltala, la malterie bio alsacienne de Bergheim », dévoile Materne Onimus, membre de l’association Blés d’avenir. Seul sur sa ferme de 95 ha, brasser de la bière est trop ambitieux, pour l’instant. Il a donc fait profiter plusieurs micro-brasseries alsaciennes de son orge ancienne maltée, dont G’sundgo, à Eschentzwiller. Les premiers tests, notamment pour la foire Ecobio de Colmar, ont été concluants. « Le but du jeu est de créer une bière simple, pour faire ressortir le goût des céréales… d’ici au mois de septembre, déjà ? », tease-t-il. Un itinéraire simple Historiquement, toutes les orges sont susceptibles d’être brassicoles. Il suffit qu’elles ne soient pas trop riches en protéines. Mais l’Étoile du berger a ceci de particulier que l’épi, vu du dessus, est en forme d’étoile. Serait-elle donc prédestinée à être brassée ? Le symbole de l’étoile protège les brasseurs. Et le paysan a l’air de démarrer sa production sous les meilleurs auspices. « L’itinéraire technique de cette orge ancienne est ultra simple. Après un déchaumage, je sème, la seconde quinzaine d’octobre, avec une densité de 140 à 160 kg/ha. J’effectue un roulage. À la sortie de l’hiver, après la mi-mars, je réalise un étrillage et, si nécessaire, un second, trois semaines plus tard. Et c’est tout. Il y a zéro intrant. Je stocke et trie à la ferme. 5 % des grains font moins de 2,5 mm et sont, donc, écartés », développe Materne Onimus. Le rendement s’élève à 20, voire 25 q/ha. Depuis trois ans, Materne assure que l’orge n’a subi aucune maladie, ni verse, ni échaudage. « L’Étoile du berger, qui peut atteindre 1,20 à 1,30 m, est résiliente, dans des sols pauvres », pointe-t-il, soucieux du rapport terroir et millésime, pour les céréales anciennes, comme on peut l’être dans le monde du vin. Si le marché de la bio a pris un coup, son envie de se développer est intacte. Les autres membres de Blés d’avenir ont, tout autant que lui, hâte.    

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