Cultures

Publié le 04/07/2023

Une fois moissonnées, les céréales d’hiver vont généralement laisser la place à des couverts végétaux. De plus en plus de solutions existent pour en tirer le meilleur parti possible. Thierry Kolb, technico-commercial en charge des intercultures et des cultures fourragères au Comptoir agricole a fait le point lors du Rendez-vous de juin organisé par la coopérative.

Les raisons d’implanter un couvert sont nombreuses : piéger des éléments minéraux, voire produire de l’azote avec des légumineuses, restructurer le sol grâce aux racines des plantes, limiter le salissement, produire de la matière organique, préserver la vie du sol en la protégeant des températures excessives… « Les objectifs sont propres à chacun. Mais, une chose est sûre, plus le couvert produit de biomasse, plus les services rendus sont importants », pointe Thierry Kolb. Or pour obtenir le plus de biomasse, le meilleur moyen consiste à laisser les plantes suffisamment longtemps en place. Aussi Thierry Kolb incite les agriculteurs à laisser les couverts en place le plus longtemps possible, jusqu’en décembre, voire en janvier : « Souvent, ils peuvent encore piéger des éléments minéraux. Et, surtout, s’ils sont détruits trop tôt, ils commencent à être minéralisés alors qu’il n’y a rien pour absorber les éléments minéraux libérés ». Espèces, choix variétal, date et méthode d’implantation jouent également. Différentes techniques d’implantation sont envisageables : semoirs à disques, à dents, chisel avec semoir à la volée… Pour Thierry Kolb, la méthode d’implantation la plus efficace est « le semis direct au cul de la moissonneuse-batteuse ». Cela permet de profiter de l’humidité résiduelle laissée dans le sol par la culture pour que le couvert commence à s’implanter. « Parfois on ne voit rien jusqu’en septembre et, à la première pluie, le couvert explose », rapporte le technicien. Autrement dit ce n’est pas parce qu’on ne voit rien qu’il ne se passe rien : les plantules émettent d’abord des racines, et les parties aériennes émergent dès que la quantité d’eau le permet. Si le semis direct donne d’aussi bons résultats, c’est aussi parce que « les graines sont placées dans l’humidité avec le moins de perturbations possible, ce qui limite les levées d’adventices, sachant que le couvert doit impérativement démarrer avant les adventices ». Autre atout de la technique : elle est sobre en carburant. Semis à la volée avant la moisson Les couverts peuvent aussi être semés à la volée avant la moisson. Une technique qui combine deux difficultés : le choix des espèces adaptées, et la technique d’apport des graines dans la parcelle. Pour lever ces difficultés, les semenciers proposent des mélanges spécifiques. Thierry Kolb cite le mélange Radisvolée MAS (pour Méthode Alpha Semences, développée par l’entreprise éponyme), composé de 10 % de phacélie, de 50 % de vesce velue et de 40 % de radis fourrager tardif anti-nématode, et dont les graines sont enrobées sur un support permettant leur semis à l’épandeur jusqu’à une distance de 36 m. Ou encore le mélange Bledor Sys Fly, contenant de la moutarde brune, de la vesce velue et de la vesce pourpre, la moutarde étant enrobée pour être alourdie. « Avec 80 % de légumineuses, il est conçu pour être semé entre deux céréales à paille », indique Thierry Kolb. Le semis à la volée avant moisson donne généralement de bons résultats, à condition de respecter certaines précautions. Il est par exemple conseillé de ne pas semer trop tôt avant la moisson, au risque de voir les plantules s’étioler à la recherche de lumière. Et, après la moisson, il est conseillé de broyer et répartir les pailles pour favoriser la germination du couvert. Dans le créneau des mélanges muti espèces, Thierry Kolb cite RGT Cover hivernal, un mélange complexe d’espèces à cycle long, à semer tôt, de préférence pas avant un tournesol puisqu’il en contient. « Le mélange contient du sorgho, qui peut servir de tuteur aux vesces et favorise la formation de mycorhizes », poursuit Thierry Kolb, qui précise : « C’est un mélange haut de gamme. Il faut compter une soixantaine d’euros par hectares, mais il donne de très bons résultats ». Le mélange RGT Sol Nitro, plus simple, n’en reste pas moins efficace. Il se compose de radis fourrager, de moutarde d’Abyssinie, de vesces et de phacélie. « De manière générale, le rapport C/N d’un couvert ne doit pas dépasser 20, pour éviter que sa dégradation ne crée une faim d’azote. C’est pourquoi, nous privilégions des mélanges qui comprennent des légumineuses et des espèces tardives, qui se lignifient tard », conclut Thierry Kolb.

Publié le 01/07/2023

Si Blés d’avenir aura sa bière, la matière première viendra de chez lui. Depuis trois ans, Materne Onimus, le cousin de Christophe Moyses, installé à Bantzenheim en bio, cultive de l’orge ancienne Étoile du berger, pour qu’elle soit maltée. Les premiers essais de bière étaient concluants.

« J’aimerais fabriquer ma bière, du champ à la chope, comme Lili et Christophe Moyses font leur pain, de l’épi à la miche. Mon cousin m’a mis le pied à l’étrier, quand je suis passé en bio, en 2019. Il m’a confié le bébé des orges, en plus de la production d’autres céréales anciennes – une douzaine - pour les farines à boulanger. Depuis, je produis de l’orge ancienne Étoile du berger qui est maltée chez Maltala, la malterie bio alsacienne de Bergheim », dévoile Materne Onimus, membre de l’association Blés d’avenir. Seul sur sa ferme de 95 ha, brasser de la bière est trop ambitieux, pour l’instant. Il a donc fait profiter plusieurs micro-brasseries alsaciennes de son orge ancienne maltée, dont G’sundgo, à Eschentzwiller. Les premiers tests, notamment pour la foire Ecobio de Colmar, ont été concluants. « Le but du jeu est de créer une bière simple, pour faire ressortir le goût des céréales… d’ici au mois de septembre, déjà ? », tease-t-il. Un itinéraire simple Historiquement, toutes les orges sont susceptibles d’être brassicoles. Il suffit qu’elles ne soient pas trop riches en protéines. Mais l’Étoile du berger a ceci de particulier que l’épi, vu du dessus, est en forme d’étoile. Serait-elle donc prédestinée à être brassée ? Le symbole de l’étoile protège les brasseurs. Et le paysan a l’air de démarrer sa production sous les meilleurs auspices. « L’itinéraire technique de cette orge ancienne est ultra simple. Après un déchaumage, je sème, la seconde quinzaine d’octobre, avec une densité de 140 à 160 kg/ha. J’effectue un roulage. À la sortie de l’hiver, après la mi-mars, je réalise un étrillage et, si nécessaire, un second, trois semaines plus tard. Et c’est tout. Il y a zéro intrant. Je stocke et trie à la ferme. 5 % des grains font moins de 2,5 mm et sont, donc, écartés », développe Materne Onimus. Le rendement s’élève à 20, voire 25 q/ha. Depuis trois ans, Materne assure que l’orge n’a subi aucune maladie, ni verse, ni échaudage. « L’Étoile du berger, qui peut atteindre 1,20 à 1,30 m, est résiliente, dans des sols pauvres », pointe-t-il, soucieux du rapport terroir et millésime, pour les céréales anciennes, comme on peut l’être dans le monde du vin. Si le marché de la bio a pris un coup, son envie de se développer est intacte. Les autres membres de Blés d’avenir ont, tout autant que lui, hâte.    

Association Blés d’avenir

Le futur des céréales anciennes

Publié le 30/06/2023

Depuis fin mars 2023, les céréales anciennes ont leur association de promotion, dans le Sud Alsace : Blés d’avenir. Six membres, dont quatre fermes et deux boulangeries, animent cette petite filière locale, en bio, qui distribue farines, pains au levain et orge maltée. Deux portes ouvertes, en juin, chez le président de l’association, Christophe Moyses, à Feldkirch, ont permis aux consommateurs et aux professionnels de découvrir le travail de conservation de ces céréales… Délicieux !

Et si on commençait par la fin ? À la porte ouverte consacrée aux professionnels, qui a réuni agriculteurs, boulangers, journalistes et techniciens de l’agence de l’eau Rhin-Meuse, le 19 juin, à la ferme Moyses de Feldkirch, on s’est régalé. Neuf pains à base de céréales anciennes pures étaient prêts à déguster. Il y en avait pour tous les goûts : au blé tendre, dur, au kamut, à l’épeautre, petit épeautre, au seigle… très peu salés, voire pas du tout, pour révéler les arômes des grains moulus. Les pains les plus goûteux, les stars du repas, à déguster avec une noisette de beurre sont, sans surprise, ceux au petit épeautre et au kamut d’Iran. Ceux au blé tendre seront choisis pour saucer les plats. Et il y en eut à saucer, puisque la visite de la ferme et la dégustation organoleptique du pain (comme pour le vin) ont fini par un buffet gourmand succulent : de quoi convaincre les plus sceptiques, des qualités des céréales anciennes. Gustativement, on est au top. La texture des pains et brioches est aussi formidable que les saveurs : bien alvéolée. Le magasin de la boulangerie à la ferme a été dévalisé. Tout le monde est reparti avec son pain, sous le bras : à 5 € pièce, en moyenne. Et oui ! L’avenir des céréales anciennes, c’est ça : la transformation et la vente directe. D’où la création de l’association Blés d’avenir, ce printemps 2023. Pétris d’idées Quatre fermes et deux boulangeries sont, aujourd’hui, membres de la structure associative nouvellement créée pour soutenir la filière, avec Bio en Grand Est, puisque les producteurs sont tous en agriculture biologique (AB). Outre le président Christophe Moyses, sont fondateurs de l’association, Lili Moyses, son épouse, boulangère ; Joris Polman, un de ses salariés ; Materne Onimus, son cousin, agriculteur à Bantzenheim ; Joël Pfauwadel, paysan à Berrwiller ; Jérémy Ditner, cultivateur à Bernwiller, et Mélanie Polman, auto-entrepreneuse, créatrice de La Fournil’Hier, une boulangerie et un fournil mobile destiné aux écoliers, puisque cette ancienne enseignante souhaite faire œuvre de pédagogie auprès des jeunes générations. Blés d’avenir lie donc quatre producteurs de 17 variétés de neuf céréales anciennes, en AB, mais aussi deux moulins à la ferme (meule en granit Astrié), actionnés par deux agriculteurs transformateurs et un salarié, et trois fournils, avec la ferme Moyses, Mélanie et un prestataire, pour la confection de pains et kougelhofs. On peut acheter les productions des membres de l’association dans 19 points de vente du Sud Alsace, dont quatre associations, un marché local et, en direct, au magasin de la ferme Moyses. Les ateliers de fabrication de pain à destination du grand public, Les Mains dans la pâte, animés par Mélanie, sont une des activités estampillées Blés d’avenir. Portes ouvertes, salons, marchés, fêtes de village, foires : les céréales anciennes sont règulièrement à l’honneur dans la vie locale. L’association formalise ces partenariats déjà en cours. Des pâtes, de la bière, des croissants et un livre de cuisine pour s’emparer des farines aux céréales anciennes sont en cours de développement. « Blés d’avenir permet de diffuser les savoirs, de continuer la recherche et de promouvoir ces cultures à bas niveau d’impact sur l’eau. Une reconnaissance en Groupement d’intérêt économique et environnemental (GIEE) est en cours », a résumé Émilie Poquet, animatrice pour le développement des filières céréales ancestrales, en Alsace, de Bio en Grand Est. Travailler moins « Mes récoltes sont qualitatives, quantitatives, et sans fumier, ni compost, avance Christophe Moyses, le président de Blés d’avenir. Les céréales anciennes sont adaptées à cela car elles datent de l’Antiquité, et même d’avant. Elles s’enracinent bien, supportent la sécheresse, concurrencent les adventices. Sur une aire d’alimentation de captage d’eau, elles protègent la ressource. Mes seules dépenses d’intrants, c’est la location de la terre et le gasoil. Mais je dépense trois fois moins de carburant, grâce aux céréales anciennes, puisqu’elles demandent moins de travail que celles issues de croisements récents. Elles m’apportent une qualité de vie, à moi, agriculteur, et plus de souplesse. Je peux produire dans des sols moins fertiles, peu ou pas irrigués. » Christophe Moyses cultive et conserve les céréales anciennes, depuis plus de quinze ans, sur sa ferme à Feldkirch, en bio et grâce aux techniques culturales simplifiées (TCS), limitant le travail du sol. Sur 50 ha, les céréales anciennes que Lili, son épouse, aidée d’un salarié, transforme en pains, s’épanouissent : elles sont à la base de 95 % des ressources de la ferme. Le sarrasin, le trèfle, la luzerne, le sorgho fourrager permettent des rotations. Entre quatre et six équivalents temps plein vivent de l’exploitation agricole. Pour chercher plus « Le conservatoire des céréales anciennes est en plein champ, pour diluer l’intérêt des oiseaux. Les essais sont en bande et espacés, ce qui aide encore à les épargner, puisque les passereaux granivores aiment être discrets, cachés », explique Christophe Moyses aux visiteurs. Des parcelles de « mélanges à bouquets » devancent les essais et permettent aux curieux de toucher, cueillir, partir avec un souvenir. Puisque le blé (qui est une plante à fleur) s’autoféconde, les bandes d’essai de blés interféconds, en ligne, sont séparées par une bande de blé non interfécond, pour que les variétés restent pures. « Il y a deux grandes étapes, dans la conservation. D’abord, on récupère des échantillons de voyages ou de banques de semences, puis, pendant cinq ans, on cultive juste un seul rang de la céréale ancienne, pour voir si elle pousse en Alsace, quelles que soient les conditions météorologiques. Concernant les graines des banques, on les défossilise car celles-ci ne sont replantées que tous les sept ans, donc on les sort de leur faiblesse végétative. Ensuite, on s’assure que la céréale est panifiable. En France, les consommateurs veulent des miches dodues. Pour 20 m2 plantés on récupère 7 à 8 kg de grains, aux premières récoltes, après plusieurs années. Il faut atteindre 10 à 12 kg de graines pour faire un pain. On finit par y arriver », explique Christophe. Un kilo de pain, c’est 25 000 graines, ajoute-t-il. Depuis 2012, l’agriculteur a testé 350 variétés de céréales anciennes sur sa ferme. En 2022, un peu moins d’une centaine a été conservée. « Ce travail – environ un quart de nos investissements, qui occupe un équivalent temps plein - est uniquement financé par nos clients qui achètent notre pain », précise Christophe. Un tiers de la clientèle est composé d’allergiques. Les pains de Lili sont au levain naturel, « glutés », en fermentation longue et donc, plus digestes. Tour du monde Par passion, Christophe a retrouvé des variétés anciennes, ancêtres des premiers blés cultivés, sauvages. « Aucun intérêt pour le pain ! », prévient-il. L’agriculteur enchaîne : les premiers blés cultivés sont un croisement entre un blé indien et un blé arabe. Une « cousine » de ceux-ci s’épanouit encore de nos jours, en Italie, sur les bords des routes. Un peu de culture générale est toujours bienvenue. Christophe Moyses se serait ennuyé avec une monoculture, il le sait. Aujourd’hui, fort de son conservatoire de céréales anciennes de printemps (car certains blés ne supportent pas l’hiver alsacien), situé à quelques centaines de mètres de celui d’hiver, il participe à des essais de variétés anciennes au Togo, dans un climat chaud et humide, le pire pour les céréales ! « Trois espèces s’en tirent à peu près », constate-t-il. Il devrait poursuivre les essais en Algérie, aussi. En Afrique, il échange. L’inventivité des paysans, qui cultivent surtout manuellement, l’inspire. Lui-même a commencé en manuel : rien de tel pour connaître les céréales. Comme les plantes anciennes ont arrêté d’être cultivées, avant la mécanisation, et qu’il a besoin de semer et récolter en pur, ses machines sont aujourd’hui modifiées, détournées, sur mesure. Il utilise un semoir maraîcher pour multiplier. L’Inrae a offert une batteuse d’essai : en tournant à vide, au bout d’une minute, elle est purgée. Un nettoyeur de semence assure la post-production. « On stocke les multiplications, pendant plus d’un an, grâce à une chambre froide de 160 m3, à moins de 12 °C et dans une atmosphère asséchée. Les silos pour les céréales à consommer sont refroidis, avant le stockage. Les grains étant battus à 35°C, il faut que la température redescende à 20°C », développe Christophe Moyses, avant de montrer une courte vidéo de semi de blé, en direct, sous un sorgho fourrager, pour favoriser l’autofertilité des sols. L’avenir s’écrit à chaque campagne.    

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