Cultures

Chrysomèle des racines du maïs

La surveiller pour bien lutter

Publié le 27/03/2023

La chrysomèle des racines du maïs fait désormais partie de la liste des ravageurs du maïs en Alsace. Une lutte efficace contre l’insecte passe par un suivi attentif des populations, afin de mettre en place les mesures qui s’imposent. La plus efficace est la rotation à l’échelle territorialisée pour couper les vivres à l’insecte.

On ne présente plus la chrysomèle des racines du maïs. Rappelons tout de même que ce sont les larves de ce ravageur qui causent le plus de dommage au maïs, en consommant leurs racines, et que, de ces larves, émergent des adultes, généralement début juin, qui vont s’accoupler, et produire une nouvelle génération de larves, en pondant dans le sol. Rappelons aussi que, depuis que le ravageur a été détecté en Alsace, sa population n’a cessé de croître, malgré les différents dispositifs de lutte mis en place. L’année 2022 a été particulière. En effet, les adultes ont émergé particulièrement tôt, le 20 juin, et de manière très groupée. Le climat, chaud et sec, n’est sans doute pas étranger à cette accélération du rythme de l’insecte. En outre, la majorité de l’envol a eu lieu fin juin début juillet, puis « quasiment plus rien, alors que d’habitude, les envols sont réguliers de juillet à août », décrit Florence Binet, d’Arvalis - Institut du végétal, qui avance une hypothèse pour expliquer ce phénomène : les traitements effectués pour maîtriser les populations de pyrales ont pu avoir un effet sur la chrysomèle en réduisant le nombre d’adultes en juillet. Mais cette diminution du nombre d’adultes ayant aussi été observée dans des parcelles non traitées, ce n’est pas la seule explication.     Une chose est sûre, ce décalage du cycle de la chrysomèle a pénalisé son suivi : « Les pièges ont été installés trop tard, nous avons donc raté le début et les deux premières semaines de vol. Il nous manque une part significative des informations. Si bien que nous ne pouvons pas nous prononcer sur la dynamique de la population en 2022 », indique Florence Binet. Cette année, Arvalis va poser des cages d’émergence dans les parcelles de maïs bien en amont, pour anticiper un éventuel avancement des dates d’émergence et ne pas louper les premiers vols des adultes. Car c’est à ce moment-là que les agriculteurs doivent poser les pièges de détection qui doivent permettre de quantifier le nombre d’adultes par mètre carré dans les parcelles, critère qui détermine les moyens de lutte à mettre en œuvre (cf tableau). La rotation devant être appliquée « de préférence de manière territorialisée, en concertation avec les voisins, pour plus d’efficacité ». Cibler les larves, vérifier l’état des racines Côté lutte insecticide, pas de changement : « Il convient de privilégier la lutte contre les larves car ce sont elles qui pénalisent le rendement, avec des traitements au semis, sous forme de microgranulés », souligne Florence Binet. Lutter contre les adultes sera moins efficace, voire contreproductif. La campagne précédente a très bien illustré les effets secondaires délétères des insecticides sur les auxiliaires : « Les traitements effectués contre la pyrale ont eu des effets sur les populations d’auxiliaires qui, d’habitude, modèrent celles d’acariens. Résultats : les acariens ont proliféré dans les parcelles, ce qui n’a pas aidé des maïs déjà soumis au stress hydrique et thermique », décrit Florence Binet. Pour la campagne suivante, la spécialiste encourage les agriculteurs à équiper leurs parcelles des pièges qui vont leur permettre de prendre les bonnes décisions. Ainsi qu’à régulièrement aller constater les dégâts, en déterrant quelques pieds de maïs afin d’observer leurs racines, pour voir si elles sont consommées, nécrosées… En effet, Florence Binet l’a constaté : « En situation irriguée le maïs compense les attaques de chrysomèles en refaisant des racines. Du coup l’impact du ravageur est moins visible qu’en situation non irriguée. Mais il n’empêche que, même si le maïs arrive à compenser les nécroses racinaires grâce à l’irrigation, le potentiel de rendement est pénalisé. Car l’énergie que le maïs produit à refaire des racines, il ne la met pas dans les composantes du rendement. »

Publié le 18/03/2023

PLANETE Légumes teste, avec deux autres stations d’expérimentation françaises, le comportement de variétés de tomates gustativement et agronomiquement intéressantes, face à la cladosporiose, un champignon aérien. Il avait pu être géré, grâce à des variétés résistantes, mais certaines montrent, aujourd’hui, des signes de la maladie. Le projet Resistom vise à savoir comment éviter l’arrivée du champignon.

Les premiers résultats tomberont, au plus tard, début 2024. Resistom est un projet financé par FranceAgriMer, sur trois années (2021-2023). PLANETE Légumes y travaille avec deux autres stations d’expérimentation, l’APREL en Provence, qui est le porteur de ce projet, et Terre d’essais, en Bretagne. Elles ont sélectionné des variétés gustativement et agronomiquement intéressantes, pour une production de pleine terre. Et elles surveillent leur comportement par rapport à la cladosporiose, ce champignon aérien qui a pu être géré par des variétés résistances mais pour lequel on suppose, aujourd’hui, qu’il y a de nouvelles espèces car, parfois, des variétés résistantes tombent quand même malade et cela peut devenir ingérable. En Alsace et en Provence, les stations suivent le microclimat sous abri, sur différents sites, pour voir à quel moment le champignon arrive : quelle est l’hygrométrie, quelle est la température, quelle est l’humectation sur feuille, à l’arrivée du champignon ? Les données recueillies permettront d’établir un seuil d’alerte. « Comme les traitements actuels avec des produits de biocontrôle ne sont pas curatifs, il faut réagir avant qu’on ne voie l’attaque », explique Johanna Bodendörfer, conseillère et chargée d’expérimentation en techniques alternatives et biologiques, à PLANETE Légumes. En Bretagne, la station teste des produits utilisables en agriculture biologique (AB), comme un champignon antagoniste. Il existe peu de produits efficaces contre la cladosporiose, encore moins en bio. Heureusement, les souches de ce champignon capables de contourner les résistances variétales sont localisées. « C’est comme un rhume », pointe Johanna Bodendörfer de PLANETE Légumes. Mais, si les produits de biocontrôle, sont appliqués au bon moment, avant l’apparition du champignon, ils fonctionnent. Voilà pourquoi les stations s’échinent à déterminer le seuil d’alerte. Elles savent bien que, pour une raison de coût, en pleine période de production (à partir du mois de mai), les maraîchers ne peuvent mobiliser une personne, plusieurs fois, pour traiter. Anticiper Pour éviter la cladosporiose, aujourd’hui, le meilleur conseil reste de se tourner vers des variétés résistantes, même si « lorsqu’une maladie contourne une résistance, on sait que ça va continuer », pointe Johanna Bodendörfer. Ensuite, il faut aérer les serres, même lorsqu’il fait froid, lorsqu’elles ne sont pas chauffées, car l’humidité sur le feuillage est problématique. « Les maraîchers sont réticents à ouvrir les serres, quand il fait froid, parce qu’ils ont peur que les pieds de tomates ne poussent pas. Or s’il n’y a pas de soleil, autant aérer, puisque sans soleil, même au chaud, ils ne pousseront pas », rappelle la conseillère de PLANETE Légumes.

Publié le 16/03/2023

Planète Légumes est porteur du projet Altiz, qui évalue de nouveaux leviers de lutte intégrée pour la gestion de l’altise, sur les cultures du chou et de l’aubergine, depuis 2021. Grâce à son travail et à celui de quatre autres stations d’expérimentation françaises, les premières alternatives aux produits de synthèse émergent : le paillage et les répulsifs, tels que des poudres minérales ou des produits à base d’extraits de plantes.

L’altise est un des principaux ravageurs du chou et est un ravageur émergent de l’aubergine. Il est, de plus, le premier ravageur à atteindre les parcelles de choux en mai. Si l’infestation est grande, l’attaque va impacter le développement du chou. Il est donc primordial de réussir sa prévention contre l’altise. En 2022, en Alsace, plus de 500 ha de choux ont été plantés au total, dont près de 450 ha de choux à choucroute, une culture spéciale à valeur ajoutée. L’enjeu est important car beaucoup de producteurs se lassent d’une culture comme le chou qui demande beaucoup d’attention, d’interventions, vis-à-vis de l’altise, notamment. En plus, la réglementation se durcit année après année pour les produits conventionnels. Certains produits de synthèse utilisés dans la lutte contre l’altise ont été retirés du marché, d’autres ne sont plus homologués pour cet usage. Ils disparaissent du paysage, avant même qu’une alternative fiable soit trouvée. Des dérogations sont acceptées mais « c’est de plus en plus compliqué », lâche Robin Sesmat, conseiller spécialisé et chargé d’expérimentation de Planète Légumes, animateur du réseau Dephy Légumes Alsace, expert en choux. Les pyréthrinoïdes de synthèse, produits de contact, sont certes encore autorisés, mais il faudrait traiter chaque semaine : trop coûteux pour les agriculteurs, économiquement et sociétalement parlant. Conscients, ils ont sollicité leurs stations d’expérimentation. Le piège se referme « Les essais s’inscrivent dans ce contexte. Porteur, Planète Légumes a répondu à un appel à projets de FranceAgriMer, avec quatre autres stations : une en Normandie, l’autre dans le Nord et deux en Provence (lire l’encadré). Le projet Altiz a débuté en 2021 et s’achèvera fin 2023. Il vise à évaluer de nouveaux leviers de lutte intégrée pour la gestion de l’altise, sur les cultures du chou et de l’aubergine », présente Robin Sesmat. Quatre leviers sont testés sur trois ans, aux quatre coins de la France : le piégeage massif des altises, le paillage des parcelles ou mulching, les produits alternatifs, dont le biocontrôle, et les plantes-pièges ou répulsives. Cette dernière année d’essais, 2023, l’enjeu est de trouver les meilleures combinaisons de leviers, puisque séparément leurs efficacités n’atteignent jamais 100 %. En Alsace, Planète Légumes a testé deux ans durant, le piégeage de masse, le paillage et les produits alternatifs. « Nous n’avons pas eu le temps d’essayer les plantes-pièges, mais nous avons des retours d’autres stations, d’où l’intérêt d’être à plusieurs », pointe Robin Sesmat. Le piégeage de masse consiste à piéger les altises, qui sont un coléoptère sauteur, sur une bande engluée placée à l’avant ou à l’arrière du tracteur, au moment du binage mécanique. Les altises, dérangées, sautent et se collent à la bande. L’idée est attrayante mais le taux de réussite stagne entre 5 et 10 %, quand un taux d’efficacité satisfaisant se situe autour de 90 %, le même qu’avec les solutions chimiques. Aussi, le dispositif est compliqué à mettre en place et la méthode n’est pas sélective : d’autres insectes s’y collent. Barrer la route Le mulch (un couvert détruit et desséché) a quant à lui, donné des résultats intéressants. Il retarde l’arrivée des altises sur la culture et limite les infestations. En plus, il conserve l’humidité du sol, étouffe les adventices et nourrit la terre. Mais le défi est technique : sur de grandes surfaces, la quantité de mulch est forcément très importante et si on plante le chou dans un couvert, comment mécaniser la technique ? « Dans nos essais, sur de petites surfaces, nous plantons le chou, puis nous amenons le mulch. Si nous devions planter le chou dans un couvert vert, ancré dans la rotation, avant d’en faire un mulch, nous serions embêtés », admet Robin Sesmat. En effet, le sol serait plus compact d’une part, et donc moins propice à la plantation, et sans gelées d’hiver, les remontées d’adventices seraient problématiques, d’autre part, ensuite. Il faudrait presque désherber à la main… Hors de question. Enfin, la couverture permanente n’est pas encore dans les mœurs en Alsace, d’après le conseiller. « Nous allons tester la plantation dans des couverts végétaux à Planète Légumes, pour voir comment relever ces défis », dit-il. Il existe quatre types de produits alternatifs aux produits de synthèse, contre les altises : les répulsifs, les barrières physiques, les biostimulants et les produits de biocontrôle. Pour gêner la reconnaissance de la culture et le piquage, la poudre minérale est efficace à 90 % à 100 %, dans le Bas-Rhin, « selon la nature du minéral et la formulation », nuance Robin Sesmat. Plusieurs produits à action répulsive à base d’extraits végétaux, ont été testés, avec des résultats allant de 60 % d’efficacité à une efficacité nulle, selon leur nature. « Il faudra encore confirmer l’efficacité des meilleures solutions rencontrées dans des conditions de forte pression », ajoute le conseiller de Planète Légumes, les altises n’ayant pas été oppressantes ces deux dernières années. Combinaisons gagnantes ? Le quatrième et dernier levier contre les altises, mis à l’épreuve dans le Vaucluse, est celui des plantes-pièges, selon le principe « push-pull », « on attire et on repousse », traduit Robin Sesmat. « Ils ont semé une bande de crucifères, en bordure des parcelles, pour attirer les altises en dehors de la culture », explique le conseiller de Planète Légumes. Les résultats sont à considérer avec de la moutarde, puisqu’on limite alors, l’infestation dans le chou, mais la bande-piège est potentiellement un réservoir à d’autres ravageurs, qui pourraient venir dans la culture, ensuite. Aucune stratégie nouvelle n’a mis en évidence une efficacité concurrençant celle des produits de synthèse. En 2023, les stations du Nord et du Sud vont donc tenter une combinaison des leviers suivants : les plantes-pièges et les produits alternatifs. Le Bas-Rhin et la Normandie vont eux, combiner le mulch aux produits alternatifs. « Tout ce qui a le mieux fonctionné, on va l’utiliser. L’objectif est d’arriver à des conclusions fin 2023 », confie Robin Sesmat.

Pages

Les vidéos