Cultures

Publié le 02/04/2023

À Blaesheim, Olivier Baur a repris l’exploitation céréalière de ses parents et de son oncle à la veille de ses 50 ans. Attaché au développement des filières locales, il fait évoluer l’assolement vers des cultures plus résistantes à la sécheresse tout en cherchant, par ses pratiques, à limiter son impact sur l’environnement. Il développe également d’autres cultures destinées à la vente directe.

Il se définit comme « un jeune agriculteur de 51 ans », désireux de vivre de son métier et de contribuer à la valorisation de la filière agricole. Titulaire d’un bac pro CGEA (Conduite et gestion d’une exploitation agricole), Olivier Baur enchaîne sur un BTS technico-commercial au lycée de Rouffach. Pensant acquérir une première expérience à l’extérieur avant de s’installer, il postule chez un distributeur-grossiste en boissons, où il développe ses compétences commerciales. Il en acquiert d’autres en gestion et en management dans d’autres secteurs d’activité. Malgré « une évolution de carrière très intéressante », qui aurait pu l’éloigner définitivement de la ferme familiale, il reste associé à toutes les décisions stratégiques prises par son père et son oncle. En 2017, ceux-ci vendent leur choucrouterie à un confrère et se recentrent sur les grandes cultures. En 2020, poussé par le Covid et l’approche de la cinquantaine, Olivier décide de rompre avec sa vie de cadre dirigeant. C’est le moment, pour lui, de racheter les parts de son père et de son oncle et de commencer une nouvelle carrière, agricole cette fois. Le voici à la tête d’une exploitation de 117 ha, dont 90 % sont situés sur le ban de Blaesheim. L’assolement repose essentiellement sur du maïs, complété par des céréales d’hiver et du colza pour les besoins de la rotation. Par conviction personnelle, le néoagriculteur décide d’aller au-delà des standards de l’agriculture raisonnée : il obtient la certification HVE (haute valeur environnementale) en 2022 pour la partie grandes cultures et entame la conversion à l’agriculture biologique de 3,50 ha. Il dédie cet îlot bio à l’asperge et à la rhubarbe. « Ce sont des cultures typiques de la région, peu développées en agriculture biologique. Cela fait sens au regard de ma volonté de développer cette pratique », estime Olivier, qui ne se verrait pas produire des tomates ou des courgettes à Blaesheim. Premières bottes d’asperges Outre qu’elle permet de réduire les intrants, la culture biologique offre un autre avantage à ses yeux : celui de « mieux valoriser le travail de l’agriculteur et le produit auprès des consommateurs », présume-t-il. Il mettra son raisonnement à l’épreuve des faits dès ce printemps : d’ici quelques jours, il vendra ses premières bottes d’asperges dans un chalet en bois, ouvert trois demi-journées par semaine, qu’il montera près de son hangar. Il table sur un prix de l’ordre de 12 € la botte de 1 kg, censé couvrir les 20 % de charges supplémentaires liés au mode de production. Il proposera également des asperges épluchées. « J’ai investi dans une éplucheuse pour répondre à la demande, qui est de plus en plus importante. » Trois saisonniers se chargeront de la récolte et de la préparation des asperges (lavage et épluchage). Les 3,50 ha en conversion bio ne sont pas entièrement plantés pour l’instant. L’agriculteur n’exclut pas d’augmenter la surface à l’avenir, mais ce sera uniquement pour des cultures vendues en direct, plus rémunératrices. Côté grandes cultures, Olivier, dont 40 % des surfaces sont situées en zone hamster, fait le choix de diversifier son assolement en introduisant davantage de céréales d’hiver en remplacement du maïs. C’est ainsi qu’il implante du blé dur et de la moutarde blanche. « Je crois aux filières locales. Le blé dur est destiné aux pâtes Grand Mère (dont l’usine est située à Marlenheim), les graines de moutarde à Alélor », dernier fabricant de moutarde douce en Alsace. Il élargit encore l’éventail cultural en 2023 avec 6 ha de tournesol et autant de soja. Le choix de ces différentes cultures, toutes livrées au Comptoir agricole, répond à des considérations climatiques. « Je cherche des cultures plus résilientes à la sécheresse pour ne pas avoir à irriguer et ainsi réduire ma consommation de ressources naturelles. » Leur implantation est davantage guidée par le sol - le parcellaire en compte trois types différents - et par les contraintes du zonage hamster que par une rotation type. Derrière les céréales d’hiver, Olivier implante des engrais verts. « Je suis convaincu par leurs atouts agronomiques. Je réfléchis à en faire après maïs pour ne pas laisser le sol nu en hiver. »

Chrysomèle des racines du maïs

La surveiller pour bien lutter

Publié le 27/03/2023

La chrysomèle des racines du maïs fait désormais partie de la liste des ravageurs du maïs en Alsace. Une lutte efficace contre l’insecte passe par un suivi attentif des populations, afin de mettre en place les mesures qui s’imposent. La plus efficace est la rotation à l’échelle territorialisée pour couper les vivres à l’insecte.

On ne présente plus la chrysomèle des racines du maïs. Rappelons tout de même que ce sont les larves de ce ravageur qui causent le plus de dommage au maïs, en consommant leurs racines, et que, de ces larves, émergent des adultes, généralement début juin, qui vont s’accoupler, et produire une nouvelle génération de larves, en pondant dans le sol. Rappelons aussi que, depuis que le ravageur a été détecté en Alsace, sa population n’a cessé de croître, malgré les différents dispositifs de lutte mis en place. L’année 2022 a été particulière. En effet, les adultes ont émergé particulièrement tôt, le 20 juin, et de manière très groupée. Le climat, chaud et sec, n’est sans doute pas étranger à cette accélération du rythme de l’insecte. En outre, la majorité de l’envol a eu lieu fin juin début juillet, puis « quasiment plus rien, alors que d’habitude, les envols sont réguliers de juillet à août », décrit Florence Binet, d’Arvalis - Institut du végétal, qui avance une hypothèse pour expliquer ce phénomène : les traitements effectués pour maîtriser les populations de pyrales ont pu avoir un effet sur la chrysomèle en réduisant le nombre d’adultes en juillet. Mais cette diminution du nombre d’adultes ayant aussi été observée dans des parcelles non traitées, ce n’est pas la seule explication.     Une chose est sûre, ce décalage du cycle de la chrysomèle a pénalisé son suivi : « Les pièges ont été installés trop tard, nous avons donc raté le début et les deux premières semaines de vol. Il nous manque une part significative des informations. Si bien que nous ne pouvons pas nous prononcer sur la dynamique de la population en 2022 », indique Florence Binet. Cette année, Arvalis va poser des cages d’émergence dans les parcelles de maïs bien en amont, pour anticiper un éventuel avancement des dates d’émergence et ne pas louper les premiers vols des adultes. Car c’est à ce moment-là que les agriculteurs doivent poser les pièges de détection qui doivent permettre de quantifier le nombre d’adultes par mètre carré dans les parcelles, critère qui détermine les moyens de lutte à mettre en œuvre (cf tableau). La rotation devant être appliquée « de préférence de manière territorialisée, en concertation avec les voisins, pour plus d’efficacité ». Cibler les larves, vérifier l’état des racines Côté lutte insecticide, pas de changement : « Il convient de privilégier la lutte contre les larves car ce sont elles qui pénalisent le rendement, avec des traitements au semis, sous forme de microgranulés », souligne Florence Binet. Lutter contre les adultes sera moins efficace, voire contreproductif. La campagne précédente a très bien illustré les effets secondaires délétères des insecticides sur les auxiliaires : « Les traitements effectués contre la pyrale ont eu des effets sur les populations d’auxiliaires qui, d’habitude, modèrent celles d’acariens. Résultats : les acariens ont proliféré dans les parcelles, ce qui n’a pas aidé des maïs déjà soumis au stress hydrique et thermique », décrit Florence Binet. Pour la campagne suivante, la spécialiste encourage les agriculteurs à équiper leurs parcelles des pièges qui vont leur permettre de prendre les bonnes décisions. Ainsi qu’à régulièrement aller constater les dégâts, en déterrant quelques pieds de maïs afin d’observer leurs racines, pour voir si elles sont consommées, nécrosées… En effet, Florence Binet l’a constaté : « En situation irriguée le maïs compense les attaques de chrysomèles en refaisant des racines. Du coup l’impact du ravageur est moins visible qu’en situation non irriguée. Mais il n’empêche que, même si le maïs arrive à compenser les nécroses racinaires grâce à l’irrigation, le potentiel de rendement est pénalisé. Car l’énergie que le maïs produit à refaire des racines, il ne la met pas dans les composantes du rendement. »

Publié le 18/03/2023

PLANETE Légumes teste, avec deux autres stations d’expérimentation françaises, le comportement de variétés de tomates gustativement et agronomiquement intéressantes, face à la cladosporiose, un champignon aérien. Il avait pu être géré, grâce à des variétés résistantes, mais certaines montrent, aujourd’hui, des signes de la maladie. Le projet Resistom vise à savoir comment éviter l’arrivée du champignon.

Les premiers résultats tomberont, au plus tard, début 2024. Resistom est un projet financé par FranceAgriMer, sur trois années (2021-2023). PLANETE Légumes y travaille avec deux autres stations d’expérimentation, l’APREL en Provence, qui est le porteur de ce projet, et Terre d’essais, en Bretagne. Elles ont sélectionné des variétés gustativement et agronomiquement intéressantes, pour une production de pleine terre. Et elles surveillent leur comportement par rapport à la cladosporiose, ce champignon aérien qui a pu être géré par des variétés résistances mais pour lequel on suppose, aujourd’hui, qu’il y a de nouvelles espèces car, parfois, des variétés résistantes tombent quand même malade et cela peut devenir ingérable. En Alsace et en Provence, les stations suivent le microclimat sous abri, sur différents sites, pour voir à quel moment le champignon arrive : quelle est l’hygrométrie, quelle est la température, quelle est l’humectation sur feuille, à l’arrivée du champignon ? Les données recueillies permettront d’établir un seuil d’alerte. « Comme les traitements actuels avec des produits de biocontrôle ne sont pas curatifs, il faut réagir avant qu’on ne voie l’attaque », explique Johanna Bodendörfer, conseillère et chargée d’expérimentation en techniques alternatives et biologiques, à PLANETE Légumes. En Bretagne, la station teste des produits utilisables en agriculture biologique (AB), comme un champignon antagoniste. Il existe peu de produits efficaces contre la cladosporiose, encore moins en bio. Heureusement, les souches de ce champignon capables de contourner les résistances variétales sont localisées. « C’est comme un rhume », pointe Johanna Bodendörfer de PLANETE Légumes. Mais, si les produits de biocontrôle, sont appliqués au bon moment, avant l’apparition du champignon, ils fonctionnent. Voilà pourquoi les stations s’échinent à déterminer le seuil d’alerte. Elles savent bien que, pour une raison de coût, en pleine période de production (à partir du mois de mai), les maraîchers ne peuvent mobiliser une personne, plusieurs fois, pour traiter. Anticiper Pour éviter la cladosporiose, aujourd’hui, le meilleur conseil reste de se tourner vers des variétés résistantes, même si « lorsqu’une maladie contourne une résistance, on sait que ça va continuer », pointe Johanna Bodendörfer. Ensuite, il faut aérer les serres, même lorsqu’il fait froid, lorsqu’elles ne sont pas chauffées, car l’humidité sur le feuillage est problématique. « Les maraîchers sont réticents à ouvrir les serres, quand il fait froid, parce qu’ils ont peur que les pieds de tomates ne poussent pas. Or s’il n’y a pas de soleil, autant aérer, puisque sans soleil, même au chaud, ils ne pousseront pas », rappelle la conseillère de PLANETE Légumes.

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