Cultures

Publié le 29/11/2021

Dans ses vergers, situés près de Sarre-Union, Francis Meyer produit des pommes à jus. Il presse les fruits et vend le jus dans ses deux points de vente où il écoule également ses légumes cultivés sous serre ou en plein champ.

Une agréable odeur de pommes pressées flotte dans le local où Francis Meyer, 32 ans, a installé sa chaîne de pressurage et d’embouteillage, au lieu-dit Buscherhof, à quelques centaines de mètres de l’entrée de Sarre-Union, en Alsace Bossue. Les vergers alentour, frappés par le gel ce printemps, ont perdu leurs feuilles. Le peu de fruits récoltés cette année a déjà été pressé, mais le jeune agriculteur fait aussi de la prestation pour des particuliers, grâce au pressoir acquis en 2019. Jusqu’en 2018, Francis, titulaire d’un BTS en génie des équipements agricoles, travaille comme salarié dans une exploitation laitière bio d’Alsace Bossue. Il attend l’opportunité qui lui permettra de « s’installer sur une petite surface pour faire de la bonne nourriture », idéalement des fruits ou des légumes. Celle-ci se présente sous la forme d’une annonce de la Safer (société d’aménagement foncier et d’établissement rural) : 36 ha sont à vendre au Buscherhof, dont 32 ha de vergers plantés par la coopérative Jucoop dans les années 1990 pour alimenter l’usine Réa toute proche. Les candidats sont nombreux. En un temps record, il monte un dossier et convainc une banque de le suivre dans son projet : maintenir l’activité arboricole sur le site et la compléter par du maraîchage. Sa candidature est retenue. Les pommiers, en fin de vie, ne sont plus entretenus depuis quelques années. Les branches ont poussé, l’herbe est haute et la saison déjà bien avancée. Sur les conseils du conseiller arboricole de la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), il fait venir une troupe de 300 moutons pour bien raser la végétation. Cette année-là, la récolte est bonne, conséquence d’une alternance particulièrement marquée. Francis livre ses 300 t de pommes à jus à la coopérative. « Économiquement parlant, elles ont été très mal valorisées », regrette-t-il, faisant état d’un prix de 8 ct/kg. Ce constat l’amène à envisager l’achat d’un pressoir pour transformer lui-même ses pommes en jus. Parallèlement, le jeune installé développe le maraîchage en montant une première serre à Adamswiller, où il réside, et en créant un point de vente sur place. L’année suivante, l’acquisition du bâtiment où la Jucoop entreposait son matériel de culture, et d’1,5 ha supplémentaire lui permet d’ériger sept nouvelles serres et d’ouvrir un second point de vente au Buscherhof. « Ce rachat m’a permis de développer la production de légumes plus vite que prévu ». Y contribue également l’embauche d’un ami, qui prend en charge l’activité maraîchage avec l’appoint de saisonniers, tandis que Francis se consacre plutôt à la culture des pommes à jus. « Une tache, ce n’est pas aussi grave » Dès le départ, Francis fait le choix de conduire ses vergers en agriculture biologique. Il utilise un engrais organique à base de fientes de volailles, qu’il épand en partie à l’automne après la récolte, en partie au printemps, sous forme de granulés. L’entretien des vergers est assuré par des moutons, qui font du pâturage tournant. « Je les sors au printemps. Ils font une seule fois le tour du verger, pas plus à cause du parasitisme. Après leur passage, je laisse pousser l’herbe et je passe un coup de broyeur plus tard dans la saison. L’herbe broyée sert d’engrais vert. » La protection des arbres contre les maladies et ravageurs est une affaire plus compliquée. Francis utilise des oligo-éléments en préventif et fabrique lui-même son purin d’orties pour lutter contre l’oïdium et la tavelure. S’il mise aussi sur les moutons pour se débarrasser de certains nuisibles (insectes, souris) grâce au piétinement qu’ils exercent sur le sol, il ne peut pas se passer entièrement de traitement. « Mon objectif est d’en faire le moins possible. Les produits utilisables en bio sont très coûteux et pas forcément très efficaces. Et je préfère éviter le cuivre qui est néfaste pour les moutons ». Si une pomme a une tache, ce n’est pas aussi grave qu’en pomme de table, relativise le jeune agriculteur, qui part du principe qu’en transformant ses fruits lui-même, la perte de rendement induite par sa stratégie est compensée par une meilleure valorisation. « De toute façon, si je récoltais 300 t comme la première année, je n’aurais pas le temps de tout presser ». Hors accident climatique, il table sur un rendement de 8 à 10 t/ha. Désormais, Francis se fixe pour objectif de stabiliser son activité. Le temps passé à la taille des arbres et à leur entretien ne lui permet pas d’envisager des plantations supplémentaires, hormis les renouvellements. Depuis deux ans, il a commencé à replanter des fruitiers en remplaçant une partie des pommiers à jus par des variétés de table. « Pour les pommes de table, je plante plus serré, 1 000 à 1 500 arbres par ha, contre 650 arbres pour les pommes à jus. Mes sols sont plus pauvres qu’en plaine », justifie Francis. Les pommes de table compléteront l’assortiment proposé dans ses deux points de vente, comme l’ont fait les mélanges de jus vendus depuis l’an dernier (pommes-fraises, pommes-carottes-citron, pommes-betteraves-citron…). Le jeune agriculteur a également embauché une commerciale pour prospecter les supermarchés et les magasins bios, afin d’élargir ses débouchés.

Le Bunker comestible à Strasbourg

Emploi et handicap : ils appuient sur le champignon

Publié le 14/11/2021

Dans le cadre de son projet Licht, la fédération des aveugles Alsace Lorraine Grand Est a repris la ferme urbaine souterraine le Bunker comestible, à Strasbourg. Trois travailleurs handicapés, déficients visuels, y cultivent des champignons : pleurotes et shiitakés.

Grâce à la fédération des aveugles Alsace Lorraine Grand Est, le Bunker comestible, rue du rempart à Strasbourg, est à nouveau sur les rails. Et sa notoriété grandit… comme un champignon. Dans ce lieu insolite, une ancienne poudrière de 1876, face au technicentre SNCF, poussent des pleurotes et des shiitakés. Trois travailleurs handicapés, déficients visuels, sont à la manœuvre. Ils sont encore formés par Jean-Noël Gertz, cofondateur de Cycloponics et du Bunker comestible, qui a cédé le bail du fortin à la fédération, en avril, car il est parti pour de nouveaux horizons. La fédération des aveugles Alsace Lorraine Grand Est, connue pour son entreprise adaptée de cannage de chaises, avait d’abord pensé à aménager sa propre cave, rue de la première armée. Mais pourquoi la culture de champignons ? « Nous sommes toujours volontaires pour la nouveauté », cadre Fabien Simon, chef d’atelier à la champignonnière et vice-président de la fédération. « Je suis arrivé à la fédération il y a deux ans et demi, raconte Hakim Koraich, son actuel directeur. Depuis, on brainstorme avec l’ensemble des équipes, pour emmener la fédération, l’entreprise adaptée, plus loin et surtout, garder les salariés. C’est l’un d’entre eux qui a eu l’idée d’une champignonnière. Elle n’a pas pris tout de suite. Mais à force d’en parler… Les champignons n’ont pas besoin de lumière pour pousser et, pourtant, ils sortent au grand jour. Nous aussi, qui sommes peu visibles, peu connus, nous voulons sortir à la lumière. Nous voulons qu’on pense à nous, que la ville devienne inclusive. » « Il faut qu’on se diversifie et qu’on se fasse connaître », ajoute Fabien. « Trouver de nouveaux débouchés et changer l’image de la fédération, qu’elle ait une image dynamique, tels sont nos challenges », résume Anne-Gaëlle Bartos, la directrice adjointe. « C’est très simple » Sur la page Facebook du Bunker comestible, chaque récolte est annoncée pour permettre aux particuliers et aux restaurateurs strasbourgeois de commander pleurotes (15 €/kg) et shiitakés (17 €/kg). La première récolte a été distribuée à quarante restaurants strasbourgeois, à raison de 500 g par établissement. Une cinquantaine de consommateurs et deux restaurants, celui du Sofitel et La Cruche, rue des tonneliers, sont déjà clients. Mais il faut souvent attendre. La production avait été abandonnée en ce lieu. Elle commence tout juste à repartir. Pour que les blocs de paille mycorhizés produisent des champignons, il faut compter deux à trois semaines. « C’est très simple, souligne Jean-Noël Gertz. On maintient les blocs, achetés à des professionnels de Bretagne ou de la région lyonnaise, à une température comprise entre 10 et 20 degrés, et une hygrométrie supérieure ou égale à 80 % pour les shiitakés, par exemple. » Ces différents paramètres, comme la lumière, sont gérés automatiquement. La ventilation est naturelle au bunker. La surveillance est de mise. Les insectes sont proscrits. On enlève les champignons pourris. Il faut récolter dans de bonnes conditions d’hygiène et le tour est joué. Les champignons pèsent plus ou moins 300 grammes quand ils sont cueillis, à la main.     Jusqu’à 150 blocs de paille mycorhizés de 10 kg peuvent être entreposés dans le Bunker comestible. L’objectif est de mettre en place un roulement pour des ventes régulières. « On a quasiment tout cueilli lors du Tour des fermes, fin septembre, et on n’a pas été livrés en blocs. Ils arrivent demain », précise Benoît Laugel, le responsable de la production champignonnière, mi-octobre. Trois cueillettes ont déjà été réalisées, depuis avril. C’est la première fois que la fédération des aveugles Alsace Lorraine Grand Est travaille avec du vivant : sa première expérience agricole. 25 travailleurs handicapés et une vingtaine d’usagers du service d’aide par le travail (ESAT) sont potentiellement amenés à être formés à la culture des champignons, à tour de rôle. À long terme, l’association vise leur insertion en milieu ordinaire, dans d’autres structures maraîchères. Les déficients visuels mais aussi auditifs ou moteurs, car la fédération accueille d’autres handicapés, sont privilégiés pour ce job. « On pourrait intégrer un aveugle mais il faut éviter de toucher le champignon », explique Fabien Simon.    

Publié le 13/10/2021

Au jardin de Candy, comme chez tous les agris, on sème, on cultive, on produit. Il y a des courges et des radis. Et pour amener les clients vers les cimes, être en bio, c’est très utile. Des variétés anciennes, des plants au printemps : c’est la stratégie de Candy !

Un chemin de terre sableuse mène aux parcelles et au point de vente de Candy Pfeiffer, à son domicile, en lisière de forêt. Sur les pentes enherbées, à la sortie de Windstein, vers le sentier de grande randonnée qui serpente de Wissembourg au col du Donon, la quadra soigne une cinquantaine d’espèces de fruits et légumes différents, sous abri et en plein champ, et encore bien plus de plants. Rien qu’en tomates, elle propose les pousses d’une vingtaine de variétés ! Il faut de sérieux arguments pour entraîner les clients jusqu’ici. Candy Pfeiffer, cotisante solidaire à la MSA de 2017 à son installation fin 2019, est en bio, depuis le tout début de son aventure maraîchère. Elle a acheté en 2010, avec sa maison, et en 2019 d’anciennes prairies naturelles qui étaient à l’état de friches, d’où la certification quasi immédiate. Candy mise donc sur ses plants bios, au cœur des Vosges du Nord, où beaucoup ont un jardin, et sur les variétés anciennes ou… surprenantes, qui égaient ses paniers hebdomadaires. « Mais je ne vous avais pas demandé de bananes », imite l’espiègle Candy. Certains de ses clients n’avaient jamais vu de courgettes jaunes avant ! Et l’épi de maïs doux, qu’elle a offert récemment : « c’est pour les bêtes », lui ont rétorqué d’autres… avant de goûter et de se raviser. Court (-) circuit Une trentaine de pèlerins gravissent la pente, chaque vendredi après-midi, pour acheter en direct les productions de Candy Pfeiffer… qui se croyait originale avec ses topinambours, alors que la vivace était déjà cultivée ici même, quarante ans auparavant ! Ces inconditionnels de la bio, qui affluent depuis un rayon d’une quinzaine de kilomètres alentour, connaissent la ferme grâce à sa page Facebook (1 600 abonnés) ou aux supermarchés Match et Intermarché de Reichshoffen, et Match de Niederbronn. Fin 2018, c’est Frédéric Strub, le directeur du Match de Reichshoffen, qui a le premier sollicité Candy Pfeiffer. La mode des producteurs locaux, dans les Match, aurait d’ailleurs été lancée par Candy et lui. Mais, aujourd’hui, la maraîchère croit plus en ses paniers et commandes des particuliers qu’à la vente aux GMS, même si elle négocie en direct. Car les agriculteurs sont de plus en plus nombreux à se partager les étals de la grande distribution. Candy souhaite doubler sa clientèle en 2022, qui contrairement à celle des GMS, accepte les légumes non calibrés. Ce sur quoi elle fonde le plus d’espoir est la vente de plants. En 2021, elle a vendu sur deux week-ends, début mai, près de 4 500 pousses, pour un montant de 9 000 euros ; soit presque trois fois plus qu’en 2018. « Et encore, on a été desservi par la météo, cette année », observe Candy. Si la plupart des acheteurs de plants viennent des environs (Haguenau, Wissembourg), certains ont fait la route depuis Duppigheim et Marlenheim ! Son objectif est d’atteindre les 10 000 plants produits et de faire 16 000 à 18 000 euros de vente, « pour le confort ».     Porte-bonheur Romuald, le mari de Candy, maréchal-ferrant itinérant, pense la rejoindre sur l’exploitation d’ici deux à trois ans. Jusqu’en 2016, c’était l’inverse : Candy assistait Romuald dans son métier. La cavalière enlevait les fers, parait les sabots. Les époux ont même écrit un livre sur le parage et le ferrage, paru en 2013. Candy n’avait pas envisagé de devenir agricultrice. Mais, après l’achat de leur maison bordée d’1 ha de terrain (pas totalement cultivable) à Windstein, Candy démarre un jardin. Elle avait pour habitude de « piocher » dans celui de son grand-père, à Rothbach. L’envie de légumes frais, à ses pieds, la motive. Elle distribue des cagettes à sa famille de passage, améliore ses plates-bandes. Bientôt, jardiner devient sa plus grande passion. En 2013, elle entend parler de Jean Becker, à Ingwiller, chez qui elle effectuera plus tard un stage. De janvier 2016 à 2017, elle passe son bac professionnel productions horticoles, à distance, avec l’École supérieure d’agriculture (ESA) d’Angers. « J’aime élever les plantes du début à la fin, choisir les variétés, échanger avec les jardiniers qui partagent mon ardeur même s’ils ne produisent pas à la même échelle. J’aime travailler ici dans la nature, au calme, malgré les frustrations liées au climat, la casse à cause des ravageurs, des maladies », énumère Candy. Entre l’oïdium, le mildiou, les doryphores et les mulots, 2021 a été un peu décevante et éreintante, puisque Candy désherbe essentiellement à la main. « J’ai eu envie d’exercer cette activité et je ne regrette pas. Je suis cheffe d’exploitation et j’arrive à en vivre », déclare la dynamique femme que le Crédit Agricole « a adoptée ». Pour l’instant, elle réinvestit tout sur la ferme. Elle pense se sortir un salaire en 2022. Apports réguliers Son premier grand tunnel (9,30/36 m) a été installé en 2018, après un important terrassement. Un motoculteur et 2 500 euros de matériel d’irrigation sont du même cru. Les travaux sur le terrain acquis fin 2019 démarrent en mars 2020, notamment pour le raccordement à l’eau et la construction de deux autres grands tunnels. En 2021, elle investit dans un microtracteur Kubota. Sur une pente de 15 %, ensoleillée neuf heures en été et cinq heures en hiver, Candy enchaîne les apports réguliers d’engrais bio en granulés et d’eau. « C’est encore trop tôt pour amender avec du fumier, du compost végétal. Il y a trop d’adventices », pointe Candy Pfeiffer, qui a hâte aussi d’ajouter des copeaux de bois. Aujourd’hui, sur ses terres, il n’y a pas d’humus. Un petit tunnel de trois mètres sur huit, doté de câbles chauffants, lui permet de produire des plants toute l’année. Elle comptabilise une soixante d’heures travaillées par semaine. « Je commence juste à lever un peu le pied », confie-t-elle.

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