La cabane du jardin à Geispolsheim
Un distributeur de légumes et ça repart !
La cabane du jardin à Geispolsheim
Publié le 05/09/2021
Fini de pédaler dans la choucroute ! Le bonheur est dans le maraîchage. Laurent Heitz, ex-producteur de choux à Geispolsheim, a revendu tout son matériel l’an passé pour se lancer dans la production de légumes de plein champ et la vente directe. Depuis fin avril, ses végétaux et d’autres produits paysans frais, locaux et de saison sont accessibles en libre-service dans des casiers réfrigérés nouvelle génération, 24/24 h, 7/7 j.
Au bout de la rue des Muguets, à Geispolsheim, un havre de paix… La cabane du jardin de Laurent Heitz permet une halte ombragée, à l’écart des grands axes. Un bouquet de tournesols accueille le chaland. Il peut se servir, c’est cadeau. Une gamelle d’eau fraîche pour les toutous, et un range-vélos à côté du parking, complètent le tableau. Mais ce qui intéresse surtout les deux cyclistes du village qui reviennent de balade, en cette chaude journée d’août, ce sont les jus de fruits glacés de la ferme Goos à Blaesheim, disséminés dans quelques-uns des 72 casiers réfrigérés que Laurent a inauguré ce printemps. Des merguez à 3 h du mat’ L’agriculteur a démarré il y a deux ans la culture de légumes en plein champ, dans ses bonnes terres, avec son ami Geoffrey Andna de L’îlot de la Meinau. Pour valoriser la production tout en étant dans l’air du temps, Laurent, quinquagénaire, a décidé de vendre en direct. « J’ai surfé sur le net et j’ai trouvé ces casiers Providif, des distributeurs automatiques réfrigérés nouvelle génération, car intégrés dans des chambres froides. Même à 40 °C, je peux y placer de la viande », raconte Laurent Heitz. Il est le premier à avoir investi dans ce genre de casiers, dans le Bas-Rhin. Le maraîcher a bien cerné les consommateurs. « Je leur propose de quoi faire un repas entier, de l’apéro au dessert », dit-il. Pour cela, il a sélectionné les produits d’une quinzaine de paysans voisins et amis, et de quelques artisans, qu’il accompagne chaque semaine de nouveautés. Dans son distributeur, les jeunes du village trouvent des merguez, à 3 h du mat’, ou des kits pour tartes flambées. Cinq heures après, les ménagères cherchent leur panier de légumes du jour et s’arrêtent pour papoter. Entre 17 h et 19 h, les couples pressés trouvent un « menu rapide ». Et, à 22 h, mère et fille s’achètent un yaourt au lait cru de la ferme Michel, à Lapoutroie. Tout est frais, local, de saison. Tranquillité d’esprit « Chaque matin, je me lève en me disant que j’ai bien fait. Je suis épanoui et ça marche. Je suis à trois fois le chiffre d’affaires prévisionnel », confie Laurent Heitz. L’ex-président du syndicat des producteurs de choux à choucroute d’Alsace a lâché ses 30 ha dédiés à la crucifère et sa fonction, du jour au lendemain, en 2020. Après trente ans dans les choux et 25 années d’actions, Laurent a rompu avec la tradition familiale, puisqu’il avait succédé à son père à la tête du syndicat et aux champs. « J’avais besoin de changement. Le contact avec la clientèle me manquait. Avant, j’étais quatre mois seul dans mon tracteur, à la récolte des choux. J’en avais marre. J’ai une âme de commerçant. Je cuisine beaucoup. Je sais ce que les gens aiment. Aujourd’hui, je m’éclate. » Il ne regrette ni les négociations avec les choucroutiers, ni les canicules désastreuses pour les choux. « Je rencontre beaucoup de monde en prospectant. Je découvre de nouvelles saveurs. C’est sympa. Quand ce sont des produits de qualité, les gens sont prêts à mettre le prix. Quant à mes légumes, mes marges sont meilleures que si je traitais avec des GMS et les retours aussi ! Ici, ce n’est que du positif », assure Laurent Heitz. Être tout de même présent Victime de son succès, l’agriculture doit toujours être là, de 8 h 30 à 9 h 30 et les soirées car, « à la sortie du boulot, c’est la folie. » Laurent réapprovisionne continuellement ses casiers vitrés, sur ces créneaux. Avant d’aller dormir, chaque nuit, il passe encore une dernière fois alimenter le distributeur. C’est possible, parce qu’il habite à quelques mètres. Sinon, il ne pourrait pas faire les allers-retours. Aussi, il a privilégié le paiement par CB, sans contact. Les clients sont limités à 50 € d’achat mais, selon ses premières analyses, rares sont ceux qui dépassent ce montant… ou ils paient en deux ou trois fois ! Laurent a laissé son numéro de téléphone, au cas où une carte ne passerait pas. Il a peu été dérangé. Il estime qu’entre trente et quarante clients défilent devant le distributeur, sur 24 heures. Il ne lésine pas sur la communication, via Facebook et Instagram. Un post avec les produits immortalisés dans son petit studio photo et les clients rappliquent. Ils sont près de 650 à être abonnés à sa page Facebook. Derniers arrivés, les chips Hopla, aux pommes de terre de Chavanne-sur-L’Etang (68). « C’est ce qui vient de plus loin », précise le commerçant. Projets d’avenir D’ici fin septembre, Laurent espère réceptionner 25 casiers supplémentaires. « J’ai trop de références et pas assez de compartiments », constate-t-il, d’autant plus que, sur son site Internet, il lancera le click & collect. « Les clients feront leurs courses sur le site. Ils recevront un code. Ils auront 24 heures pour récupérer leur panier réfrigéré ici », résume Laurent Heitz. Le dynamique cultivateur est en quête de volailles bio et de poissons alsaciens pour achalander encore son appareil. Casiers et cabane lui ont coûté près de 60 000 euros. « C’est plus facile de remplir le distributeur. J’étais longtemps esclave de mon travail. Aujourd’hui, je lève un peu le pied. Mes filles ont 17 et 19 ans. Si elles ne reprennent pas l’exploitation, ça ne va pas me stresser. Voudront-elles du commerce ? L’une d’elles m’a déjà remplacé pendant les vacances : ça lui a fait son job d’été. Elle était ravie », rapporte Laurent. Le père de famille aime transmettre, former la jeunesse. Ainsi, il profite des conseils techniques de Geoffrey, ex-conseiller Planète Légumes, et le trentenaire bénéficie de l’expérience de terrain de Laurent. Ensemble, ils visent le zéro herbicide, sur les poireaux notamment. 3 ha de légumes sur 6 passeront en bio d'ici 2022, dont les 70 ares d’asperges. Cette fin d’été, Laurent Heitz accueillera des élèves des écoles élémentaires de Geispolsheim, sur ses parcelles. Grâce à un partenariat avec le traiteur Philippe Rome, ils ont goûté, tous les jeudis, les légumes de Laurent à la cantine. L’agriculteur est déjà allé dans les classes sensibiliser ces gastronomes en culottes courtes. L’idée devrait essaimer.












