Cultures

Association générale des planteurs de houblon de France (AGPH)

« Au niveau commercial, nous souffrons de la pandémie »

Publié le 16/05/2021

540 ha de houblon étaient en production en France en 2020, dont 470 ha en Alsace. Ailleurs, de nouveaux producteurs s’installent, alors que la commercialisation est ralentie par la crise sanitaire.

L’assemblée générale de l’Association générale des planteurs de houblon de France (AGPH) a eu lieu, lundi 12 avril, par visioconférence. Après un hommage à Étienne Lux, président d’honneur disparu depuis la précédente assemblée générale, Bernard Ingwiller, président de l’AGPH, a dressé le bilan de l’année 2020. Celle-ci a été marquée par un renforcement des surfaces en production au niveau national et l’arrivée de nouveaux groupements de producteurs, qui sont venus consolider les rangs de l’association. Les rendements ont été légèrement inférieurs à la moyenne et les teneurs en alpha ont été variables selon les régions. « Au niveau commercial, nous souffrons de la pandémie », a souligné Bernard Ingwiller, précisant que tous les houblons n’avaient pas été enlevés mais que les prix étaient « globalement stabilisés ». La pandémie a également eu des incidences sur l’organisation des travaux, puisque la main-d’œuvre saisonnière étrangère n’a pas pu circuler librement en 2020 et qu’il a fallu faire appel à la solidarité locale pour trouver des saisonniers aux périodes de pointe. Le président de l’AGPH a remercié tous les partenaires de la filière, en particulier les brasseurs, qui ont contribué à résoudre ce problème. La filière houblonnière est aujourd’hui confrontée à plusieurs défis. La protection phytosanitaire du houblon en est un. Le nombre de molécules homologuées pour cette culture est restreint, ce qui oblige à coopérer au plan international pour trouver des solutions communes. La recherche variétale, l’adaptation au changement climatique, la modernisation des équipements de cueillette et de séchage sont d’autres défis à relever. Bernard Ingwiller insiste pour que la modernisation aille de pair avec l’aspect économique, « afin de donner une vision d’avenir » aux planteurs de houblon. L’évolution des structures d’exploitation, quant à elle, mérite d’être étudiée de plus près afin de détecter quelles exploitations sont en manque de relève. Secrétaire général de l’AGPH, Antoine Wuchner a donné les principaux chiffres de la production française. 540 ha étaient en production en 2020, dont 470 ha situés en Alsace, 35 ha dans le Nord, le reste des surfaces étant disséminé dans le reste du territoire. La production s’est élevée à 800 t. Antoine Wuchner constate un engouement fort pour la production locale et une augmentation des surfaces en bio, y compris dans les régions historiques. L’offre reste toutefois inférieure à la demande. L’épidémie de Covid-19 a entraîné un recul de 8 à 9 % du marché de la bière. Les brasseries ont plus ou moins souffert de la situation selon leur mode de commercialisation. La fermeture des cafés, hôtels-restaurants a particulièrement pénalisé certaines d’entre elles. Les microbrasseries ont souffert aussi, même si celles qui vendent en GMS ont réussi à tirer leur épingle du jeu. Énormément de porteurs de projet Le marché du houblon est mondial, a rappelé Antoine Wuchner. La France ne représente même pas 1 % de ce marché. 122 000 t de houblon ont été récoltées en 2020 dans le monde, un chiffre en baisse de presque 6 %. Les prix aussi étaient en baisse par rapport à ceux de 2019, mais la plupart des houblons ont été contractés. Au niveau mondial, la recommandation est à la baisse des surfaces dans certaines variétés. « Les houblonniers alsaciens ont su reconvertir un certain nombre de variétés pour être plus efficaces sur les marchés », se réjouit le secrétaire général de l’AGPH. Toutefois, il faut rester prudent car tout dépendra de la reprise. Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, estime pour sa part que la crise sanitaire aura inévitablement un impact sur les stocks, et donc sur les prix, en particulier pour les gros contrats. Il attire l’attention sur la nécessité d’accompagner les exploitations qui se convertissent à l’agriculture biologique. Du rapport d’activité des régions, on retiendra une grande variabilité dans les quantités produites et les prix payés aux producteurs selon les débouchés. Yvon Pruvost, au nom de la Coophounord, insiste sur la tendance au « consommer local » et sur l’augmentation des surfaces en bio, qui vont atteindre 10 % des surfaces dans le Nord. Dans d’autres groupements, la plupart des producteurs qui se lancent dans la culture du houblon le font en bio. C’est le cas chez Hopen et chez Houblons de France, où « un bon tiers des adhérents sont paysans-brasseurs ». En Normandie, où les surfaces sont encore confidentielles, il existe « énormément de porteurs de projets », selon Benoît Lamy, dont là aussi beaucoup de paysans-brasseurs potentiels. Bernadette Laugel a rendu compte des activités techniques, en particulier des travaux menés pour la maîtrise des bioagresseurs. Matthieu Luthier a rappelé les grands axes du projet Houblon France 2022, visant à doter l’AGPH de deux têtes, une technique et une syndicale. Un projet de filière a été rédigé, une interprofession du houblon - a été créée et trois commissions ont été mises en place pour réfléchir à différentes thématiques telles que la compétitivité, la communication ou l’animation de la filière houblon.

Publié le 12/05/2021

Les Pépinières Wadel Wininger à Ueberstrass et leur société de reboisement Wadel SARL font partie des lauréats de l’appel à projets « investissements productifs dans la filière graine et plants » du plan France Relance lancé en décembre 2020 par le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation pour faire face aux défis climatiques en forêt. Ce sont les seules entreprises alsaciennes lauréates.

Grâce à cette aide financière du plan « France relance », la plus grande pépinière forestière du nord-est de la France va pouvoir investir dès cette année dans la culture d’essences adaptées au réchauffement climatique. Ces dernières sont en effet appelées dans les années à venir à remplacer en partie les parcelles d’épicéas scolytés qui font l’objet de coupes sanitaires massives depuis plusieurs mois. « Le cœur de notre projet d’investissement est une grande serre à double paroi de 2 000 m² », précise Isabelle Wininger, ex-responsable de l’entreprise familiale Wadel-Wininger (aujourd’hui cogérée par ses enfants). À elle seule, la serre, qui abritera des tables de culture en godets, coûtera 350 000 €. Soit la moitié de l’investissement nécessaire à la pépinière et à Wadel Reboisement pour acquérir le matériel nécessaire (machines pour rempoter, semoirs, tables de cultures, installations d’irrigations). « Nous allons aussi installer des chambres froides pour conserver les jeunes plants dans de bonnes conditions et prolonger la période de mise en terre, aménager des réserves d’eau supplémentaire et renforcer les dispositifs de protection contre le gel. Côté reboisement, nous préparons l’achat d’une mini-pelle supplémentaire, ainsi que de l’outillage adapté à la préparation des sols », ajoute Isabelle Wininger. L’aide de 40 % de l’État est plafonnée à 200 000 € pour chacune des deux entreprises. La construction de la serre pourrait démarrer dès cet été pour une ouverture envisagée au printemps 2022. « Notre objectif est d’arriver à faire 400 000 plants pour démarrer. On a les terrains qui se situent juste à côté du hangar. Il faut maintenant faire les aménagements nécessaires. Il faut également de l’eau pour l’irrigation. Six mois de travaux sont à prévoir. Nous voulions démarrer à l’automne, mais ce sera certainement trop juste. Cette période aurait été idéale car les mises en culture se font au printemps ou à l’automne. Cela va nous laisser le temps de former l’ensemble du personnel », précise Isabelle Wininger. Une nouvelle étape La cogérance de l’entreprise est désormais entre les mains de ses trois enfants, Delphine, Sébastien et Emmanuelle. « Mais, les pépinières sont mon quatrième enfant. Alors, je suis toujours là pour aider. Mais, je vais avoir 75 ans. Je vais lever le pied, mais je ne voulais pas le faire dans le contexte sanitaire actuel. La construction de ces serres, c’est une nouvelle étape dans la vie de l’entreprise. La nouvelle génération va s’en occuper », concède Isabelle Wininger. Ce sont ses parents qui ont fondé les pépinières après la Seconde Guerre mondiale. Elle a connu une belle croissance. Elle est aujourd’hui forte de 25 salariés. « Comme partout, il y a eu des hauts et des bas. Nous avons toujours cherché à nous diversifier pour ne pas vivre sur un seul créneau. Nous avons des chantiers jusqu’en Bretagne », se félicite Isabelle Wininger. L’entreprise a par exemple développé les travaux d’entretien des rivières. Elle s’occupe de la gestion ripisylve. Les travaux sont effectués sur la taille, l’abattage sélectif et la plantation. L’entreprise a là des chantiers qui vont jusqu’en Vendée. De la graine jusqu’à la jeune pousse Mais, à Ueberstrass, on poursuit un travail qui ne peut pas être délocalisé. À savoir la mise en culture de nombreux végétaux. « Nous élevons nos plants de la graine jusqu’à la jeune pousse. Ceux-ci peuvent être des plants de reboisement, de feuillus comme de résineux, et nous faisons également la pousse comme la vente de haies et de brise-vent. Des plantations diverses, non destinées à des fins strictement forestières, constituent notre large choix de végétaux qui conviennent aux bordures de parcelles boisées, à la conception de haies bocagères ou brise-vent, aux aménagements de bordures de routes, autoroutes, ou autres voies ferrées. Quand on sème la graine, quand on désherbe, quand on entretient, le travail de l’homme et de la machine se marient remarquablement bien. Nous ne sommes pas nombreux sur ce secteur des travaux forestiers. Il y a de moins en moins de matériel et peu de fabricants français. Il est donc de plus en plus difficile à trouver », observe Isabelle Wininger. Pour la deuxième année consécutive, les salariés utilisent une bineuse qui permet de réaliser un travail très précis. L’achat de matériel via les subventions du plan de relance va permettre à l’entreprise de se diversifier encore davantage. « Mais, nous avant tout de même 60 % du coût des travaux à payer par autofinancement ou grâce à des prêts. Nous investissons pour du long terme et pour pérenniser la structure », conclut Isabelle Wininger.

Publié le 06/05/2021

La Chambre d’agriculture Alsace (CAA) expérimente, cette année, le sous-semis de couverts végétaux, simultanément au semis de maïs. Une technique novatrice, déjà expérimentée avec succès en Belgique, qui offre de nouvelles perspectives pour les parcelles situées dans les zones à enjeux eau et les zones à actions renforcées dans le cadre de la directive Nitrates.

D’un côté le maïs, de l’autre le trèfle blanc et la fétuque rouge… en un seul passage. Cette année, la Chambre d’agriculture Alsace (CAA) a souhaité tester l’implantation simultanée de la culture principale et du couvert végétal. « Traditionnellement, on met les cultures intercalaires au moment du binage, soit vers le stade sept/huit feuilles comme on l’avait testé par le passé dans le Haut-Rhin », commente David Kraemmer, conseiller agro-environnement à la CAA. C’est lui qui pilote l’essai qui s’étend sur trente hectares dans une dizaine de communes du Kochersberg, la Chambre d’agriculture prenant à sa charge les semences des couverts végétaux dans le cadre de l’opération Agri-Mieux. Le premier avantage de cette technique est qu’il est possible d’intervenir dans des secteurs sensibles à l’érosion où le binage n’est pas recommandé à cause des coulées de boues potentielles. Le second est qu’il permet de s’affranchir de certaines contraintes dans les zones à enjeux eau et les zones à actions renforcées dans le cadre de la directive Nitrates. « Dans ces zones, il n’est possible de faire que deux maïs pendant une période de cinq ans. En implantant directement le couvert au moment du semis, on s’affranchit de cette limite et on peut faire un maïs tous les ans si on le souhaite », explique David Kraemer. Au niveau agronomique, cela permet d’avoir la couverture de sol la plus permanente possible, ce qui permet de piéger le maximum d’azote résiduel dans le sol pour le restituer au fur et à mesure du cycle végétatif du maïs. Cette couverture prolongée est également très intéressante au moment de la récolte en diminuant le tassement du sol quand celui-ci est humide. Des pertes de rendements « limitées » En se lançant dans cet essai, la Chambre d’agriculture Alsace ne part pas non plus dans l’inconnu. Les collègues belges du CIPF (Centre indépendant de promotion fourragère) ont déjà expérimenté cette technique avec succès. De tous les couverts testés, il s’est ainsi avéré que c’est le trèfle blanc nain et la fétuque rouge qui offraient les meilleurs résultats, avec un impact minime sur les rendements de maïs. « Il faut que cela soit le plus transparent possible pour la culture », note le conseiller de la CAA. Les essais menés en Belgique ont ainsi démontré qu’il ne fallait pas dépasser les six kilos par hectare de fétuque rouge et les deux kilos par hectare de trèfle blanc nain pour éviter tout problème de concurrence avec le maïs, sur l’eau comme sur l’azote. D’un point de vue technique, cumuler semis et sous-semis en un passage ne nécessite pas de matériel particulier. Pour ces essais menés dans le Kochersberg, la CAA a utilisé un semoir combiné Aerosem PCS de Pöttinger comportant quatre éléments semeurs. « Mais dans l’absolu, on peut utiliser tout type de semoir monograine utilisé couramment. Il faut juste y ajouter un kit semoir à petites graines pour les engrais verts qu’on a l’habitude de monter sur des déchaumeurs. La seule différence est que là, on l’intègre entre les éléments semeurs du maïs avec des peignes et des descentes », détaille David Kraemer. Les premiers effets observables de ces essais seront visibles au début de l’été. Mais grâce au recul apporté par les essais belges, le conseiller de la CAA est confiant. « On sait que c’est une technique qui fonctionne. On ne l’avait pas encore essayé en Alsace car on n’avait pas le matériel à disposition. Maintenant, on veut montrer à nos agriculteurs que semer des couverts avec du maïs a un réel potentiel chez nous avec le risque minime de pénaliser les rendements. » Une limite existe cependant : l’impossibilité d’utiliser le désherbage mécanique dans une telle situation. Ce qui nécessite, au préalable, d’avoir un raisonnement global sur le choix de ses matières actives et ses techniques de désherbage.

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