Maxime Ott, collectionneur
Du houblon plein la tête
Maxime Ott, collectionneur
Publié le 07/08/2021
Salarié de l’exploitation agricole du lycée d’Obernai, Maxime Ott nourrit une véritable passion pour le houblon. À 20 ans, il a accumulé une impressionnante collection de documents sur l’histoire de cette culture, et plus particulièrement sur l’introduction des cueilleuses, qui ont révolutionné sa culture. Il en fait des maquettes, aussi.
Maxime Ott est tombé dans le houblon quand il était petit. Son père, Philippe Ott, est salarié de l’exploitation du lycée agricole d’Obernai. Aussi, lorsqu’il était enfant, sa mère l’emmenait parfois sur le lieu de travail de son père : les houblonnières. De ce père, il tient son goût pour l’agriculture, qui le guide dans son cursus scolaire : un bac pro Conduite et gestion de l’entreprise agricole (CGEA), suivi d’un BTS Agronomie et productions végétales (APV). En parallèle, dès ses 16 ans, tous les étés, toutes les vacances, il travaille comme saisonnier dans la ferme du lycée. Une activité qu’il a poursuivie pendant le premier confinement et qui a débouché, en août 2020, sur une embauche à temps plein et en CDI. Depuis, Maxime Ott travaille avec son père dans les 30 ha de houblonnières bio du lycée, dont 5 ha sont consacrés aux expérimentations, notamment variétales. Sur les traces du houblon La passion de Maxime Ott pour le houblon ne s’arrête pas à son travail. Elle occupe également son temps libre. En effet, le jeune homme, âgé de 20 ans, nourrit une passion pour l’histoire du houblon, « particulièrement à partir de la fin des années 1950 », précise-t-il. Et plus particulièrement encore, pour les premières cueilleuses qui ont à cette époque remplacé la main de l’homme pour séparer les cônes des lianes. Cet intérêt est né lorsqu’un livre sur les cueilleuses, édité par le musée allemand du houblon de Wolnzach, est tombé entre ses mains. Le fait que le livre n’existe que dans la langue de Goethe ne l’a pas arrêté : « Je l’ai traduit à l’aide d’un traducteur en ligne. Puis je l’ai relu. Et j’ai commencé à faire des recherches », décrit-il en déployant deux énormes classeurs. Si l’histoire des cueilleuses est documentée en Allemagne, il ne trouve pas d’équivalent en Alsace. Il en discute avec son grand-père, fouille sur internet et, de fil en aiguille, il trouve un livre sur la commune de Mittelhausen qui mentionne l’arrivée de la première cueilleuse mécanique dans la commune. Il rencontre aussi d’autres passionnés du houblon, comme Jean-Marie Laugel qui collectionne les pulvérisateurs à houblon ; Hubert Gerber qui a œuvré à l’adaptation des échafaudages à la mécanisation du chargement des lianes, engendré par la démocratisation des cueilleuses ; ou encore Christian Kieffer, concessionnaire agricole à Hochfelden. Un travail de mémoire En faisant ses recherches, Maxime Ott effectue un véritable travail de mémoire sur l’histoire du houblon en Alsace. En effet, il n’existe aucun musée dédié à cet emblème alsacien. Alors, il a créé le sien. Au fil des pages de ses classeurs, il guide la visite : « L’inventeur de la première cueilleuse est Horst Emil Clemens, houblonnier à Sacramento, aux États-Unis qui, confronté à un manque de saisonniers, a construit un prototype en 1908. Il a été ensuite testé en Tasmanie, où la récolte du houblon s’effectue en mars, du fait de la saisonnalité de la culture qui est différente dans l’hémisphère sud, afin de pouvoir gagner du temps pour les éventuelles améliorations. Suite à la réussite des essais, 56 machines identiques ont été construites immédiatement pour récolter l’ensemble de ses houblonnières, en septembre », explique-t-il. « J’ai trouvé les brevets qu’il a déposés », précise-t-il en les sortant de leur pochette plastifiée. Depuis cette première machine, le principe n’a pas beaucoup évolué : elles sont constituées de différents éléments rotatifs équipés de griffes, qui séparent les cônes des lianes et des feuilles. La partie basse de la machine correspond à un système de triage qui fonctionne grâce à des grillages et des systèmes d’aspiration. Ainsi qu’à un convoyeur, qui dirige les cônes vers les séchoirs. En Alsace, les quatre premières cueilleuses sont arrivées en 1957, par train, en gare de Hochfelden. Trois d’entre elles étaient de marque belge (Allaeys) et la dernière de marque anglaise (Bruff), mais fabriquée en Allemagne sous licence par la société Scheibenbogen. D’une capacité de 220 lianes/heure (Allaeys Standard) à 500 (Bruff Typ B), elles étaient souvent achetées en commun par les agriculteurs au sein d’une Cuma, et un bâtiment spécial était construit à l’extérieur du village. « Entre les années 1960 et 1963, il y a eu une véritable explosion des marques. Les machines sont aussi devenues plus petites, ce qui a permis d’installer l’ensemble des équipements dans les bâtiments : la cueilleuse, la tour de séchage, les infrastructures de conditionnements. Cela s’est traduit par une modification de la conception des bâtiments, que l’on peut encore observer aujourd’hui. Selon la configuration des bâtiments, je peux dire quelle marque de cueilleuse il y avait dedans », sourit Maxime Ott. De plus en plus de houblonniers ont pu s’équiper de leur propre cueilleuse et, petit à petit, les marques ont disparu. Aujourd’hui, il reste l’entreprise allemande Wolf « qui a développé un modèle proche de l’Allaeys. Les deux constructeurs se sont d’ailleurs livrés une véritable guerre commerciale, dont les Allemands sont sortis vainqueurs, les houblonniers allemands ayant préféré acheter une marque allemande », raconte Maxime Ott. L’histoire continue L’histoire des cueilleuses ne s’arrête pas là. Aujourd’hui, des « néohoublonniers » se lancent dans la culture du houblon. « Ils ont besoin de cueilleuses, donc ils rachètent des vieilles machines et ils les retapent. L’un d’eux, Édouard Roussez, houblonnier dans le nord de la France, s’est même spécialisé dans la réparation des cueilleuses », rapporte Maxime Ott. Quant à lui, pour ne pas que l’histoire du houblon s’efface de la mémoire collective, il poursuit son œuvre « par plaisir, pour échanger avec les anciens, recueillir leur témoignage… Je collecte tout ce que je trouve, des plans, des prospectus, des articles, des photos… » Il invite donc les personnes en possession de documents relatifs à l’histoire du houblon à le contacter.












