Cristal Union, section d’Erstein
Des raisons d’y croire
Cristal Union, section d’Erstein
Publié le 04/02/2021
Il manque toujours 1 000 ha de betteraves pour assurer la pérennité de la sucrerie d’Erstein. Mais la campagne qui vient de s’écouler, avec un prix moyen en hausse et des bons rendements sauf dans les secteurs impactés par la jaunisse et la sécheresse, démontre que cette culture conserve un gros potentiel en Alsace, notamment dans le Haut-Rhin, grâce à ses bonnes performances en zones irriguées, et en tant que diversification dans le cadre de la future Pac.
Cela fait 35 ans qu’il entend le même refrain : Erstein ? C’est fini. « Pourtant, on est toujours là. Et il ne tient qu’à nous de faire en sorte que non, Erstein est loin d’être fini. Notre usine a un réel avenir devant elle, et notre filière betteravière de magnifiques atouts à faire valoir », explique le président de la section d’Erstein de Cristal Union, Gérard Lorber. Sur ces 35 années passées, il en a fait que deux qui n’étaient pas « extraordinaires ». « Et des belles années, j’en ai fait, comme vous tous », glisse-t-il aux producteurs présents face à lui lors de la réunion « Perspectives » de Cristal Union qui s’est déroulée le 29 janvier à Sainte-Croix-en-Plaine. Et dans 35 ans ? Combien y’aura-t-il eu de « bonnes années » ? S’agira-t-il d’ailleurs d’une question qu’on pourra encore se poser ? Gérard Lorber prévient : « Si on ne fait rien, si on ne se mobilise pas, c’est fort possible que les prochaines générations se demandent plutôt pourquoi il n’y a plus de betteraves en Alsace, pourquoi la sucrerie a fermé. » Des marges brutes à la hausse en 2020 Il ne manque pourtant pas grand-chose pour que l’avenir de l’usine d’Erstein soit consolidé : 1 000 ha de surfaces en plus. « On dépasserait les 7 000 ha, ce qui garantirait la rentabilité du site. Et 1 000 hectares, en Alsace, ce n’est rien par rapport aux 180 000 ha de surfaces céréalières que nous avons. Je suis sûr que nous pouvons y arriver. » Un discours de plus en plus audible dans la mesure où la filière betteravière est en train de retrouver une certaine dynamique économique. Pour la campagne 2020-2021, le prix payé par Erstein est compris entre 24 et 25 euros la tonne, en incluant les diverses primes. « On commence tout doucement à se rapprocher d’un prix intéressant. Et ce n’est pas fini », souligne Gérard Lorber. Pour 2021, la sucrerie annonce pour ses coopérateurs un prix indicatif de 26,50 €, primes incluses. « Ce n’est pas rien, les marchés sont encourageants », poursuit-il. Les perspectives économiques pour les agriculteurs sont en effet séduisantes. Avec les prix payés en 2020, et malgré les rendements impactés par la jaunisse ou la sécheresse, la betterave alsacienne affiche une marge brute qui n’a rien à envier au maïs ou au blé. En zones irriguées, les producteurs les plus performants ont atteint une marge brute de 1 108 euros à l’hectare, soit juste derrière le maïs irrigué le plus performant et ses 1 180 euros à l’hectare. La marge brute moyenne en irrigué sur les quatre dernières années est du même acabit avec 801 euros à l’hectare pour la betterave, 959 euros pour le maïs et 727 euros pour le blé. Dans les zones non irriguées, le bilan est presque tout aussi flatteur avec une marge brute de 863 euros à l’hectare pour les plus performants, contre 920 euros à l’hectare pour le maïs, et 860 euros pour le blé. De même, la marge brute moyenne sur les quatre dernières années est dans la moyenne des autres cultures, malgré des prix qui étaient en retrait. Le Haut-Rhin, un département au fort potentiel Dans sa quête de nouvelles surfaces, Gérard Lorber tourne son regard vers les secteurs les plus performants d’Alsace en matière de production betteravière en 2020 : Mulhouse et sa moyenne de 90 tonnes à l’hectare, et surtout Colmar qui affiche un rendement moyen record de 99 tonnes à l’hectare. « C’est simple : le Haut-Rhin est le meilleur département français cette année », glisse-t-il avec fierté. Des résultats pas si surprenants que ça quand on connaît les records régulièrement atteints en maïs dans ces zones irriguées. Mais les maïsiculteurs haut-rhinois seraient-ils prêts à convertir une partie de leurs parcelles à la production betteravière ? Le président de l’Association des producteurs de céréales et oléagineux (Apco), Thomas Obrecht, se montre ouvert à cette possibilité. « Avec la nouvelle Pac et la rotation à la parcelle qu’on nous annonce, nous serons obligés de maintenir d’autres productions aux côtés de la culture principale. Il nous faudra des cultures ayant de bons rendements et une bonne marge brute. La betterave, avec ce qui est présenté aujourd’hui, rentre dans ce cadre. » L’augmentation de la SAU betteraves dans le Haut-Rhin serait bénéfique à la filière maïs soutient Gérard Lorber. « Si on veut défendre l’irrigation, cela sera plus simple si on met plus en avant la betterave qui a, quoi qu’on fasse ou qu’on dise, une meilleure image que le maïs aux yeux du grand public. Je ne suis pas du tout anti-maïs, bien au contraire. J’en cultive moi-même. Mais force est de reconnaître qu’il y a une meilleure acceptation sociétale de la betterave. » Dernier argument, à ses yeux, en faveur d’une filière sucrière « forte » en Alsace : un intérêt croissant des acheteurs pour des produits plus locaux, estampillés HVE (Haute valeur environnementale) ou autre. « Il y a des clients qui sont prêts à payer plus cher pour ce type de plus-values. Peut-être que demain, il sera possible de valoriser des choses bien spécifiques », s’enthousiasme-t-il. Le bio pourrait en faire partie. Il est en tout cas dans les petits papiers de Cristal Union qui aimerait lancer une filière en Alsace. « On n’en fera pas en 2021 à Erstein. Il nous faut toujours 250 hectares. Par contre, nous allons continuer les essais dans nos deux départements. Nous gardons l’espoir de réussir dans cette voie. » Atténuer les « risques » pour garder le maïs en N + 1 En admettant que la SAU betteravière alsacienne atteigne les 7 000 ha tant espérés par Gérard Lorber, il reste un autre (gros) défi à relever : celui de la lutte contre la jaunisse. La filière a trois ans pour trouver une solution alternative aux néonicotinoïdes (NNI), réautorisées provisoirement depuis la loi votée fin 2020. « Je suis convaincu qu’on trouvera une solution efficace, économique et pérenne. De gros moyens sont mis dans la recherche. Et quand on met les moyens, on trouve. On a bien trouvé un vaccin contre la Covid en six mois », note Gérard Lorber. Le retour des NNI a évidemment été salué par l’ensemble de la profession, avant de susciter quelques inquiétudes concernant ses conditions d’application. Le projet d’arrêté a, en effet, repris l’ensemble des préconisations de l’Anses qui avait été sollicitée pour évaluer le risque du retour des NNI pour les pollinisateurs. Parmi elles, l’impossibilité de semer du maïs l’année suivant une betterave. Un coup dur pour l’Alsace. Présent lors de cette réunion, le président de la Confédération générale des betteraviers (CGB), Franck Sander, s’est tout même montré rassurant : « Nous sommes en lien permanent avec le cabinet du ministère pour faire évoluer ce dossier. Pour conserver le maïs en année N + 1, nous avons proposé la mise en œuvre de mesures d’atténuation des risques avec l’implantation de bandes compensatoires mellifères sur 2 % de la surface. Le comité technique du ministère semble favorable à cette option. Reste à voir si cela sera repris dans l’arrêté d’application de cette loi. » Ces mélanges mellifères seraient composés d’un bol alimentaire adapté aux abeilles. « C’est aux apiculteurs de nous dire ce dont ils ont besoin », poursuit Franck Sander. De son côté, Cristal Union s’engage à accompagner ses adhérents en leur fournissant gratuitement les semences de plantes mellifères dont ils auront besoin, jusqu’à 10 % de leur surface betteravière.












