Publié le 29/01/2021
À Beinheim, Arthur Rieffel vient d’entamer la conversion en bio d’une partie de ses surfaces consacrées aux grandes cultures, celles à moindre potentiel. Il espère ramener davantage de valeur ajoutée sur sa ferme sans avoir besoin de se diversifier dans des productions exigeant de la main-d’œuvre.
Originaire de Bischoffsheim, près d’Obernai, Arthur Rieffel reprend l’exploitation céréalière de son oncle et de sa tante, Jean-Jacques et Michelle Herrmann début 2013. L’EARL du Moulin est située à Beinheim, dans le nord-est du Bas-Rhin. Il s’installe seul après un BTS Acse (Analyse, conduite et stratégie de l’entreprise agricole) passé en Normandie. Eux prennent leur retraite « tout en continuant à donner un coup de main pendant deux ans. » Le jeune agriculteur se retrouve à la tête d’une exploitation « purement céréalière » de 140 ha avec un parcellaire regroupé dans un rayon de 1,5 km autour du village. Un système maïs-blé partiellement irrigué qui a l’avantage d’être « très simple » à conduire, mais qu’il fait progressivement évoluer en y introduisant de nouvelles cultures : du colza et des betteraves (jusqu’en 2019 pour ces dernières). Parallèlement, il construit 400 mètres de cribs, en deux tranches de travaux en 2015 et 2017. De quoi stocker et sécher lui-même ses 1 000 t de maïs sans investir dans un séchoir, qui le rendrait tributaire des fluctuations du prix de l’énergie. « J’ai un collègue qui fait du cribs à Roppenheim. On a décidé de mutualiser les chantiers, le matériel, c’est ce qui m’a permis de me lancer. L’objectif était de réduire les frais de séchage, car c’est le premier poste de charges sur la ferme, et de maintenir la rentabilité du maïs. » Objectif rempli puisqu’il conduit, selon ses calculs, à un gain de marge brute de 200 €/ha. Dans le même temps, Arthur développe l’irrigation : il s’agit de sécuriser le rendement du maïs, qui occupe alors 75 % de ses surfaces et représente sa première source de chiffre d’affaires. Il dispose aujourd’hui de trois enrouleurs et d’un pivot qui lui permettent d’irriguer efficacement la quasi-totalité de ses surfaces en maïs. Le jeune agriculteur ne se contente pas de revoir l’assolement et de mettre à niveau les moyens techniques : ses stages de lycée et de BTS l’ont conduit dans des exploitations pratiquant le non-labour. Intéressé par cette technique, il décide de l’appliquer chez lui, espérant au passage limiter son temps de travail. « J’ai arrêté de labourer toutes mes surfaces pendant quatre ans. Mais dans un système à dominante de monoculture de maïs irrigué, le non-labour pose des problèmes de structure du sol et surtout de salissement des parcelles », constate Arthur. Ne parvenant pas à maîtriser la prolifération des graminées, il choisit de « repartir sur des bases saines » en labourant à nouveau ses terres à l’automne 2020, bien décidé à retenter l’expérience en mettant, cette fois, toutes les chances de son côté. « La manière dont je m’y suis pris n’était pas la bonne », analyse-t-il. À l’avenir, il envisage d’intercaler des couverts entre deux maïs. La récolte du maïs cribs étant précoce, il a bon espoir d’arriver à les semer dans de bonnes conditions pour permettre une installation satisfaisante à l’automne. « Je vais faire un essai, voir quelles sont les conséquences sur la réserve en eau et sur l’implantation du maïs au printemps ». Un scénario parmi les trois Ayant déployé tous les moyens pour maintenir la rentabilité du maïs irrigué, Arthur se penche sur le sort des 43 ha restants, des terres séchantes et non irrigables. « Il fallait trouver le moyen de faire de la marge sur ces terres au potentiel très variable, limité par la réserve en eau. Quand on fait 60 q en blé ou 60-70 q en maïs, il ne reste rien », justifie le jeune céréalier, qui imagine convertir ces surfaces en bio pour mieux valoriser les cultures qui y sont implantées. Une possibilité qu’il étudie avec l’aide de la Chambre d’agriculture Alsace. Chiffres à l’appui, Benoît Gassmann, conseiller grandes cultures, compare ce scénario avec le maintien de l’ensemble des surfaces en agriculture conventionnelle et la conversion totale à l’agriculture biologique. « Parmi ces trois scénarios, j’ai choisi la solution mixte, c’est-à-dire le passage en bio des 43 ha à faible potentiel, car dans mon cas, avec un maïs à bonne valeur ajoutée, c’est la solution qui offre la meilleure marge », décrit Arthur. La baisse de rendement attendue sur le blé - il table sur 35 q à l’issue de la conversion contre une soixantaine de quintaux jusqu’ici - devrait être largement compensée par des prix en moyenne trois fois plus élevés qu’en conventionnel, de l’ordre de 400 à 450 € la tonne. Le temps de travail et l’éventuelle coïncidence des périodes de pointe, qui sont souvent vues comme des freins à la conversion, ont également été étudiés. « Il devrait y avoir plus de travail en été, au moment de l’irrigation du maïs et de la récolte des céréales, prévoit le jeune céréalier. Mais au printemps et à l’automne, cela ne devrait pas fondamentalement changer. » Sur les surfaces désormais dédiées au bio, Arthur a semé cet automne du blé, du triticale et du seigle, ainsi que du colza. Il implantera aussi du soja ce printemps.












