Cultures

Châtaigniers d’Alsace

Des bardeaux pour débouché

Publié le 12/10/2018

En Alsace, des châtaigneraies s’étendent sur quasiment toute la bordure du Piémont vosgien. Mais ces forêts sont insuffisamment valorisées au regard des propriétés du bois de châtaignier. Un atelier de fabrication de bardeaux de châtaignier vient d’entrer en fonctionnement à Saverne, procurant un nouveau débouché à cette essence locale.

Dans le châtaignier, c’est un peu comme dans le cochon : tout est bon ! Les châtaignes, bien sûr, mais aussi le miel, et son bois. Des jeunes tiges utilisées pour le plessage aux plus nobles grumes, employées en charpente, en menuiserie, en ébénisterie, où l’essence est réputée tant pour ses propriétés répulsives envers les insectes que pour son imputrescibilité. Une autre utilisation traditionnelle du châtaignier est la fabrication de bardeaux, sortes de tuiles fabriquées en bois fendu, ce qui assure un écoulement optimal de l’eau à leur surface. Ces bardeaux ou tavaillons (les premiers étant plus grands et savoyards, les seconds plus petits et jurassiens) sont utilisés aussi bien pour couvrir un mur qu’une toiture. Historiquement, ils sont fabriqués en épicéa ou en mélèze dans les zones montagneuses. L’usage de bardeaux n’est pas à proprement parler une tradition alsacienne. Par contre, le châtaignier était utilisé pour fabriquer les « Schendel », cette languette de bois qui assure l’étanchéité du joint entre deux tuiles lors de la pose de « Biberschwanz » (tuile alsacienne en queue de castor) en couverture simple. Un projet social et solidaire « Le châtaignier est historiquement peu utilisé en charpente en Alsace », constate Bernard Zapf, président d’Entraide Emploi, qui a créé un atelier de fabrication de bardeaux pour mieux valoriser les châtaigneraies alsaciennes. Entraide Emploi est une association d’entreprises et d’associations d’insertion qui, en 2017, employait 34 permanents et quelque 340 personnes en situation d’insertion sur le territoire de Saverne, dans des activités aussi variées que l’entretien d’espaces verts, la fabrication d’emballages industriels, le bûcheronnage… « Nous affichons un taux d’insertion de 64 % pour 2017 », souligne Bernard Zapf, qui précise que l’association accompagne 698 personnes dans le cadre d’un suivi social (demande de RSA, allocations). « En 2017, nous avons réalisé un chiffre d’affaires de 3,9 millions d’euros. » C’est le directeur d’Entraide Emploi, Raymond Kern, qui a eu l’idée de créer cet atelier avec Jean Braud, ingénieur sylvicole retraité, membre du conseil d’administration d’Entraide Emploi et ancien président d’Alternative Bois, l’une des associations fondatrices d’Entraide Emploi. Entre l’idée et la confection des premiers bardeaux au début du mois de septembre, deux ans se sont écoulés. Les porteurs du projet ont notamment effectué un voyage d’étude en Touraine, pour s’imprégner de la technique de fabrication. Le projet a bénéficié de subventions du Pays de Saverne Plaine et Plateau dans le cadre du programme Territoires à énergie positive, « puisqu’il va dans le sens de la construction BBC, du retour à l’emploi, des circuits courts », note Jean Braud. Et le Parc naturel régional des Vosges du Nord a apporté son soutien au montage du dossier. Pour l’instant, l’atelier est hébergé à la Maison des entrepreneurs de Saverne, dans un local mis gratuitement à disposition par la Communauté de communes pour deux ans. Cette activité emploie deux personnes, dont Christian Durrenbach, chef d’atelier, menuisier charpentier de métier, et un salarié en insertion. L’atelier s’approvisionne en bois issu des châtaigneraies locales, via la coopérative sylvicole Cosylval, « qui mobilise d’ores et déjà quelque 500 m3 de châtaigniers par an », précise Claude Hoh, conseiller forestier à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Il estime qu’il est possible de prélever 1 000 m3 de châtaigniers par an sans compromettre la régénération de ces forêts. Production locale pour usage local En Alsace, quelques réalisations ont déjà utilisé des barbeaux : la pyramide qui abrite le local de vente d’Entraide Emploi au siège de Monswiller a été rénovée il y a un an avec des bardeaux de red cedar (Sequoia sempervirens). À quelques encablures de là, la salle des fêtes de Gottenhouse est couverte de tavaillons de châtaigniers, et l’Ehpad de Thal-Marmoutier, dirigé par Bernard Zapf, de tavaillons de mélèze. Le nouvel atelier a déjà honoré ses premières commandes : 24 m2 de tavaillons pour habiller les joues de chiens-assis situés sur la toiture du château de La Petite Pierre en cours de rénovation, et 150 m2 de tavaillons pour l’Écomusée d’Ungersheim. Découvrez ce nouvel atelier en vidéo :  

Betteraves sucrières - cercosporiose

Résister grâce à la résistance

Publié le 11/10/2018

Après la rhizomanie, le rhizoctone… la filière betteravière doit faire face à l’intensification et la propagation des épidémies de cercosporiose. La maladie était au cœur d’une réunion technique organisée par Cristal Union.

La dernière réunion technique de Cristal Union avait lieu dans un contexte marqué par deux problématiques majeures, « mais pas sans solutions », souligne René Schotter, président de la section d’Erstein de Cristal Union. La première, c’est la cercosporiose. Justement, une bonne partie de cette réunion lui était consacrée, avec la présentation des améliorations en termes de déclenchement des traitements, d’élaboration des programmes fongicides… La propagation de la maladie est telle que désormais l’Alsace n’est plus la seule région betteravière française concernée, ce qui pourrait faire bouger les lignes en matière de nouvelles homologations, espère René Schotter. L’autre volet de la lutte est génétique, avec là aussi un écueil à surmonter : certaines variétés, qui apportent un plus en matière de tolérance à la cercosporiose, ne sont pas inscrites parce qu’elles n’apportent pas de gain de rendement. Une règle d’inscription des variétés que betteraviers et sélectionneurs souhaitent donc voir évoluer. « Il est plus facile de casser que de construire » La seconde problématique, c’est le prix. « Le contexte mondial est difficile », concède René Schotter. L’Inde, la Thaïlande et le Brésil ont produit beaucoup de sucre en 2018, mais ce dernier annonce une baisse de sa production pour 2019. L’Inde, par contre, continue de soutenir la production de sucre de canne afin d’endiguer l’exode rural. Et, avec la fin des quotas betteraviers, les Européens ont cumulé une hausse des surfaces avec de bons rendements. Résultat : « Il y a eu du sucre bradé sur le marché », indique René Schotter, qui précise que Cristal Union n’a pas adopté cette stratégie. Malgré cela, le constat est là : « - 150 €/t de sucre en un an », résume René Schotter. Le prix pour la campagne 2018 sera annoncé dans quelques mois. Dans ce contexte morose, René Schotter affirme que la coopérative fera son maximum pour assurer la meilleure rémunération de la betterave à ses adhérents et milite pour le maintien de la filière en Alsace : « Il est plus facile de casser que de construire », prévient-il. Désherbage mécanique William Huet, responsable du département agronomie de Cristal Union, se veut également optimiste : « Nous avons déjà réussi à trouver des parades à d’autres maladies, nous continuons à travailler et nous enregistrons des progrès pour circonscrire la cercosporiose. ». Néanmoins, il constate que ce qui a changé c’est que « nous sommes à un tournant en matière de lutte chimique car il y a de moins en moins de spécialités mises sur le marché. » Mais la betterave présente l’avantage d’être une culture sarclée, donc adaptée aux interventions de désherbage mécanique. Une thématique que Cristal Union travaille depuis plusieurs années, dans la perspective du retrait de certaines molécules herbicides du marché. « En conventionnel, il est possible d’économiser deux passages d’herbicide en intégrant du désherbage mécanique », estime William Huet. C’est dans cette optique que la société Stecomat était invitée à présenter deux outils de désherbage mécanique. D’une part, une herse étrille Treffler, conçue pour effectuer un travail en plein quelques jours après le semis, avant la levée des betteraves. « En système bio cela ne pose pas de problème, car en raison des faux semis, les semis sont plus tardifs et sont donc effectués dans des sols réchauffés qui assurent une émergence plus rapide », commente William Huet. « À raison de deux trois passages avant l’émergence des betteraves, on arrive à extraire de nombreux filaments et à obtenir un décalage entre la culture et la flore adventice », poursuit-il. « Pour obtenir une efficacité optimale, il est possible de régler la pression des dents au sol en continu grâce à des capteurs qui tendent ou détendent des câbles reliés aux dents en fonction des caractéristiques du sol », explique Dirk Den Bakker, commercial Stecomat, devant une parcelle de betteraves atteignant le stade 4-6 feuilles. La herse y a été passée trois fois sans abîmer le feuillage des betteraves et permet d’obtenir un enherbement très limité. Le second outil présenté, une bineuse autoguidée à caméra numérique Steketee Ic Light, vient en relais de la herse étrille, pour travailler l’interrang lorsque la culture est installée. Les caméras servent d’assistance au guidage par GPS. L’objectif est d’effectuer un travail en surface, pour assainir la couche superficielle du sol en coupant les adventices, sans faire remonter en surface d’autres graines. Pour éviter d’endommager la culture, il est possible d’écarter les lames, de régler la profondeur des socs et d’adapter la vitesse d’avancement. Différents accessoires sont disponibles : « Des moulinets en caoutchouc permettent de travailler sur le rang jusqu’à un certain stade », précise Dirk Den Bakker. La variété comme premier levier de lutte Devant l’essai consacré aux fongicides, Michel Butscha, adjoint responsable betteravier à la sucrerie d’Erstein, fixe : « Le premier levier de lutte, c’est la variété, car en matière de fongicides, les produits actuellement homologués ont une efficacité limitée dans le temps ». Les dates d’intervention sont déterminantes dans la réussite de la protection. Parallèlement aux nombreuses expérimentations dans le réseau d’essais de Cristal Union, les techniciens recueillent aussi les données auprès des agriculteurs : date de semis, de traitement, note de satisfaction : « Cela nous permet de mieux comprendre la dynamique de la maladie ». Depuis cet été, un Outil d’aide à la décision « VigilanceCerco » est disponible en ligne sur le site extranet des adhérents cristalcoop.fr. « Cet outil est le fruit de six années d’observation et d’expérimentation. En fonction du risque d’infection journalier, il permet d’indiquer à nos planteurs la date propice du premier traitement et la fréquence de traitement à respecter », indique Michel Butscha. Généralement le premier traitement doit être positionné quelque 830 à 850 degrés jour base zéro après le semis. Cette année, il était important de bien suivre les avis de traitement du début de cycle. Après une fin mai humide et un mois de juin très chaud, le risque d’infection journalier était soutenu tout le mois de juin, demandant ainsi deux interventions espacées de seulement 18 jours. Du coup, dans la parcelle d’essais, cinq traitements ont été appliqués. « On aurait pu en éviter un avec une bonne variété et en affinant notre stratégie fongicide. Notre objectif est de revenir rapidement à trois traitements maximum grâce à l’amélioration variétale » précise Michel Butscha. Plusieurs programmes fongicides ont été testés et présentent une bonne efficacité en fonction de leur composition et de leur positionnement. L’association de produits à action systémique et de contact (cuivre) reste indispensable pour une meilleure efficacité. Le meilleur programme expérimental est celui qui intègre la molécule Methyl Thiophanate. L’utilisation de cuivre associé au soufre, employé en agriculture biologique, présente également un grand intérêt par son efficacité et offre la possibilité de réduire les quantités de cuivre dans les traitements. La plateforme variétale visitée, à Schœnau, présentait l’avantage de se situer au cœur du Ried, à quelques encablures du Rhin, donc dans un secteur irrigué et avec des rosées plus importantes, entraînant une forte pression cercosporiose. Aline Barbière, responsable relation culture à la sucrerie d’Erstein, constate : « Nous avons pu voir la maladie progresser depuis les bordures de forêt, en lien avec l’humidité procurée par les arbres, et depuis les zones plus arrosées par couverture intégrale ainsi que les zones d’arrivée des enrouleurs. » Découvrez cette journée en images :    

Publié le 11/10/2018

Cinq ans après le lancement du programme européen Life Alister, l’heure est au bilan. Un colloque organisé le jeudi 3 octobre à Strasbourg a permis de présenter les enseignements qu’ont pu tirer agriculteurs, ingénieurs et chercheurs des expérimentations menées sur le terrain, mais aussi en laboratoire.

Conclusion de cinq années de suivi Life Alister : la monoculture, quelle qu’elle soit, n’est pas favorable au grand hamster. Une diversité à l’échelle de la parcelle et à l’échelle du paysage est nécessaire. Mais alors, peut-on continuer à cultiver du maïs en zone hamster ? Pour Laurent Fischer, président d’Agriculteurs et faune sauvage Alsace (Afsal), la réponse est oui. « Nous avons démontré que le maïs, s’il n’est pas en monoculture, est conciliable avec la survie du hamster. » C’était une des grandes revendications de départ, rappelle-t-il. « Notre objectif était de maintenir des productions comme la betterave à sucre, le chou à choucroute, la pomme de terre. La forte plus-value qu’apportent ces cultures est indispensable à la pérennité de nos exploitations qui font en moyenne 40 ha. Or elles exigent des rotations longues. Il faut donc du blé et du maïs dans la rotation. » Ce qui est remarquable, c’est que tout s’est fait sur la base du volontariat, souligne Laurent Fischer. « Il n’y a pas eu de taxation, pas d’interdiction. » Un tournant dans la gestion de la biodiversité. Pour lui, c’est extrêmement important pour les actions futures : « Plutôt que de stigmatiser les agriculteurs, il faut travailler avec eux ». Au début, pourtant, il a fallu vaincre les réticences. Jeune agriculteur à Krautergersheim, au pays du chou à choucroute, Vivien Ehrhart en a fait l’expérience. Dans son village, le climat était parfois tendu : « Nous sommes dans une zone où le hamster est bien ancré. Mais le refus de le voir se développer persiste chez une minorité d’agriculteurs. Les anciens étaient payés pour éliminer le hamster, aujourd’hui on nous paie pour le sauvegarder, ils trouvent cela un peu aberrant. Il faut avoir du cran pour supporter le regard des autres : je contribue au développement du hamster qui est une espèce nuisible… Heureusement, en tant que JA, nous sommes sensibilisés au maintien de la biodiversité… » Pas toujours évident ! Il n’est pas toujours facile de concilier production agricole et sauvegarde du hamster. Les essais menés sur le maïs en 2015 l’ont démontré. « Nous avons implanté un semis sous couvert avec de l’avoine, explique Viven Ehrhart. Elle a pris le dessus et le rendement du maïs a été catastrophique. Les railleries ont fusé ! » Mais, souligne-t-il, la majorité des agriculteurs est consciente de l’importance de la préservation de l’espèce et suit avec intérêt les pratiques qui donnent de bons résultats. Annabelle Revel-Mouroz, conseillère spécialisée en protection des milieux à la Chambre d'agriculture d’Alsace, en convient. « Durant les cinq années du programme, nous avons subi de plein fouet le changement climatique qui a mis à mal les conclusions de nos expérimentations d’une année sur l’autre. Il faut continuer à tester différentes techniques pour les ajuster en fonction des conditions météorologiques, étudier les ajustements à apporter en cas de sécheresse ou de trombes d’eau. » Vivien Ehrhart ajoute : « L’agriculteur ne peut pas lutter contre le changement climatique. J’ai semé des engrais verts le 15 juillet, mais la levée ne s’est produite que deux mois plus tard, laissant les sols nus durant l’été. Il n’y a pas vraiment de solution. » Pour Anne Gautier, cheffe du service Agriculture de la Direction départementale des territoires (DDT), le maillage de cultures et la diversité des pratiques vont dans le sens d’une meilleure résilience, face aux excès d’eau et de chaleur. « Il faut sortir de la philosophie de la monoculture de certains doubles actifs. » Le zonage hamster facilite la conversion Le changement de pratiques a eu un effet induit, souligne Francis Humann, agriculteur biologique. Selon lui, la présence de luzerne et la multiplicité des cultures dans l’assolement facilitent la conversion. « En agriculture biologique, il faut des rotations longues sur huit ans, explique-t-il. Nous n’avons pas attendu la MAE hamster pour nous préoccuper de la qualité des sols. Le semis de Cipan permet d’améliorer le taux de matière organique, nous en avons pleinement conscience, encore plus en agriculture biologique où nous ne pouvons pas apporter d’engrais de synthèse. » Dès mars 2019, les conclusions du programme Life Alister seront mises à la disposition des autres pays européens, dans la perspective de trouver des solutions permettant de concilier biodiversité et activités humaines, annonce Bernard Gerber, vice-président de la commission environnement de la Région Grand Est. « Cet animal emblématique ne doit pas rester un symbole local, mais au contraire illustrer tous les combats que nous avons à mener pour la biodiversité. » La Chambre d’agriculture d’Alsace est un partenaire incontournable, souligne Laurent Darley, directeur régional adjoint de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement. « Nous avons besoin du monde agricole pour mettre en place des itinéraires culturaux et poursuivre la sensibilisation à la sauvegarde de l’espèce. Alors que la fin du programme européen se profile, il faut continuer à faire vivre cette communauté de travail. L’espèce se stabilise, les résultats des comptages sont plutôt bons, mais il faut poursuivre les actions pour augmenter la population, notamment dans le cadre du Plan national d’action (PNA) qui sera validé dans les prochaines semaines. Pour la suite, il faudra se tourner vers nos voisins européens. » Un colloque Hamster Work Group, réunissant des chercheurs de toute l’Europe, était d’ailleurs organisé le soir même à l’initiative du CNRS. Le futur PNA aura une ambition renouvelée, ajoute Laurent Darley. « Il devra être prolongé par un programme financier ambitieux. Je formule le vœu qu’ensemble, avec un outil financier à bâtir, nous poursuivions la sauvegarde de cette espèce particulièrement attachante. »

Pages

Les vidéos