Agriculture de montagne
Ces prairies tant convoitées
Agriculture de montagne
Publié le 02/11/2018
Source de protéines pour les sangliers, source de fourrage pour les agriculteurs, source de plaisir sensoriel pour les promeneurs-consommateurs, source d’habitat et ressource trophique pour de nombreuses espèces, les prairies constituent le socle de l’agriculture de montagne. Il est actuellement menacé par la sécheresse et les besoins alimentaires d’une population de sangliers croissante. État des lieux de l’agriculture de montagne.
La remise des prix de l’édition 2018-2019 du Concours général agricole (CGA) des pratiques agroécologiques prairies et parcours (voir les lauréats en encadré) a été l’occasion de présenter un état des lieux de l’agriculture de montagne. Il a été réalisé par l’Association des producteurs fermiers de montagne (APFM), dans le cadre d’une convention signée entre les communautés de commune de la vallée de Villé et de la vallée de Bruche avec la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). Convention visant à soutenir et promouvoir l’agriculture de montagne. « Cette convention existe depuis 2002. Elle a été renouvelée en janvier suite à une réunion avec les élus qui s’est conclue sur la nécessité de dresser un état des lieux de l’existant, pour mieux appréhender l’activité des agriculteurs et comment ils interagissent avec les autres acteurs du territoire », indique Prescillia Remy, conseillère spécialisée en agriculture de montagne à la CAA. « L’objectif de cette enquête est de mieux définir les besoins des agriculteurs, pour cibler l’offre de formation, le travail des techniciens », précise Julie Humbert, présidente de l’APFM. Pour prendre cette photographie, 81 exploitations ont été sollicitées et 77 % d’entre elles ont répondu à un questionnaire. Celui-ci révèle une agriculture assez dynamique, avec 11 installations en 5 ans (9 reprises et 2 créations), même si la majorité des agriculteurs ont entre 50 et 60 ans, ce qui suggère qu’un certain nombre d’exploitations vont changer de mains dans les années à venir. Mais ces fermes ne sont pas moribondes pour autant ! Seules 14 % sont en phase de cessation progressive, contre 39 % en rythme de croisière et 47 % en phase de développement, c’est-à-dire en quête de surfaces supplémentaires, ayant un projet de construction de locaux, de développement d’un nouveau produit, d’élaboration d’une activité agrotouristique… Un besoin en prés de fauche 47 % des agriculteurs ayant répondu au questionnaire sont à la recherche de surfaces supplémentaires, notamment de prés de fauche. Une vingtaine d’exploitations n’atteint pas l’autonomie fourragère. Pour expliquer ce déficit, les agriculteurs concernés avancent, dans l’ordre de priorité : les dégâts de sangliers, les excès climatiques, le manque de productivité des terrains, le manque de surface et de connaissance techniques. L’agriculture du territoire se caractérise par une forte prévalence de l’activité d’élevage (80 % des exploitations) et de transformation : 55 % des exploitations du secteur transforment leurs produits, 93 % d’entre elles le font directement à la ferme et 7 % avec un atelier collectif. 68 % des agriculteurs pratiquent la vente directe. Les avantages des circuits courts sont, pour eux, la meilleure plus-value, la meilleure valorisation des produits et le contact direct avec le client. Par contre, ils pointent une surcharge de temps de travail, un excès de normes ainsi que des difficultés à gérer la main-d’œuvre et les invendus. L’élevage apparaît au cœur des préoccupations des consommateurs. Car, d’après les producteurs, sept questions sur dix qui leur sont adressées par les consommateurs concernent les conditions d’élevage. D’où l’importance de communiquer sur les pratiques des agriculteurs de montagne. L’usage d’internet se répand dans les fermes, mais 34 % des agriculteurs déclarent avoir besoin d’approfondissement pour mieux maîtriser les outils informatiques, internet, les réseaux sociaux… Ce questionnaire a été l’occasion de produire un baromètre de l’agriculture de montagne. Les agriculteurs se disent épanouis dans leur travail, apprécient le contact avec leurs clients, se sentent valorisés et appréciés et ont le sentiment de bien valoriser leurs produits. Par contre, ils se sentent débordés de travail, d’effectuer des tâches pénibles. Ils ressentent à la fois une hausse de la concurrence et un climat d’entraide qui perdure. Ils estiment ne pas manquer de formation et n’ont pas trop peur de l’avenir. À noter que les questionnaires ont été remplis au printemps dernier, avant la sécheresse donc, et que leurs réponses ne seraient peut-être pas tout à fait les mêmes aujourd’hui… Améliorer les techniques fourragères Quoi qu’il en soit, cette enquête va constituer une bonne base de travail pour la suite. Elle va être complétée par un second questionnaire, destiné aux collectivités et aux Associations foncières pastorales (AFP). L’APFM a élaboré quelques pistes d’action pour la période 2019-2024. Ses membres suggèrent la création d’un organe local qui regrouperait agriculteurs, AFP et élus locaux pour travailler sur les besoins en foncier. « Les MAE, qui représentent en moyenne 9 % du chiffre d’affaires des exploitations de montagne, doivent être reconduites. Nous devons aussi travailler sur les techniques fourragères, la vente de viande en direct, et accompagner les agriculteurs les plus dépendants de la Pac », détaille Julie Humbert. Autre action évoquée : l’élaboration de cartes rassemblant les producteurs pratiquant la vente directe, la mutualisation des déplacements vers les points de vente, la réalisation d’enquêtes auprès des consommateurs. Lutter contre le dérèglement climatique Enfin, face à la sécheresse qui sévit encore actuellement, et qui pourrait devenir un phénomène récurrent, Jean-Marc Riebel, président de la Communauté de communes de la vallée de Villé, encourage les agriculteurs à inscrire l’adaptation au dérèglement climatique dans les objectifs de la nouvelle convention. Antoine Herth évoque quant à lui la possibilité de créer des systèmes de contractualisation avec des agriculteurs de plaine qui pourraient produire des fourrages type luzerne dans le cadre de la diversification de leur assolement.












