Cultures

Publié le 11/10/2018

Cinq ans après le lancement du programme européen Life Alister, l’heure est au bilan. Un colloque organisé le jeudi 3 octobre à Strasbourg a permis de présenter les enseignements qu’ont pu tirer agriculteurs, ingénieurs et chercheurs des expérimentations menées sur le terrain, mais aussi en laboratoire.

Conclusion de cinq années de suivi Life Alister : la monoculture, quelle qu’elle soit, n’est pas favorable au grand hamster. Une diversité à l’échelle de la parcelle et à l’échelle du paysage est nécessaire. Mais alors, peut-on continuer à cultiver du maïs en zone hamster ? Pour Laurent Fischer, président d’Agriculteurs et faune sauvage Alsace (Afsal), la réponse est oui. « Nous avons démontré que le maïs, s’il n’est pas en monoculture, est conciliable avec la survie du hamster. » C’était une des grandes revendications de départ, rappelle-t-il. « Notre objectif était de maintenir des productions comme la betterave à sucre, le chou à choucroute, la pomme de terre. La forte plus-value qu’apportent ces cultures est indispensable à la pérennité de nos exploitations qui font en moyenne 40 ha. Or elles exigent des rotations longues. Il faut donc du blé et du maïs dans la rotation. » Ce qui est remarquable, c’est que tout s’est fait sur la base du volontariat, souligne Laurent Fischer. « Il n’y a pas eu de taxation, pas d’interdiction. » Un tournant dans la gestion de la biodiversité. Pour lui, c’est extrêmement important pour les actions futures : « Plutôt que de stigmatiser les agriculteurs, il faut travailler avec eux ». Au début, pourtant, il a fallu vaincre les réticences. Jeune agriculteur à Krautergersheim, au pays du chou à choucroute, Vivien Ehrhart en a fait l’expérience. Dans son village, le climat était parfois tendu : « Nous sommes dans une zone où le hamster est bien ancré. Mais le refus de le voir se développer persiste chez une minorité d’agriculteurs. Les anciens étaient payés pour éliminer le hamster, aujourd’hui on nous paie pour le sauvegarder, ils trouvent cela un peu aberrant. Il faut avoir du cran pour supporter le regard des autres : je contribue au développement du hamster qui est une espèce nuisible… Heureusement, en tant que JA, nous sommes sensibilisés au maintien de la biodiversité… » Pas toujours évident ! Il n’est pas toujours facile de concilier production agricole et sauvegarde du hamster. Les essais menés sur le maïs en 2015 l’ont démontré. « Nous avons implanté un semis sous couvert avec de l’avoine, explique Viven Ehrhart. Elle a pris le dessus et le rendement du maïs a été catastrophique. Les railleries ont fusé ! » Mais, souligne-t-il, la majorité des agriculteurs est consciente de l’importance de la préservation de l’espèce et suit avec intérêt les pratiques qui donnent de bons résultats. Annabelle Revel-Mouroz, conseillère spécialisée en protection des milieux à la Chambre d'agriculture d’Alsace, en convient. « Durant les cinq années du programme, nous avons subi de plein fouet le changement climatique qui a mis à mal les conclusions de nos expérimentations d’une année sur l’autre. Il faut continuer à tester différentes techniques pour les ajuster en fonction des conditions météorologiques, étudier les ajustements à apporter en cas de sécheresse ou de trombes d’eau. » Vivien Ehrhart ajoute : « L’agriculteur ne peut pas lutter contre le changement climatique. J’ai semé des engrais verts le 15 juillet, mais la levée ne s’est produite que deux mois plus tard, laissant les sols nus durant l’été. Il n’y a pas vraiment de solution. » Pour Anne Gautier, cheffe du service Agriculture de la Direction départementale des territoires (DDT), le maillage de cultures et la diversité des pratiques vont dans le sens d’une meilleure résilience, face aux excès d’eau et de chaleur. « Il faut sortir de la philosophie de la monoculture de certains doubles actifs. » Le zonage hamster facilite la conversion Le changement de pratiques a eu un effet induit, souligne Francis Humann, agriculteur biologique. Selon lui, la présence de luzerne et la multiplicité des cultures dans l’assolement facilitent la conversion. « En agriculture biologique, il faut des rotations longues sur huit ans, explique-t-il. Nous n’avons pas attendu la MAE hamster pour nous préoccuper de la qualité des sols. Le semis de Cipan permet d’améliorer le taux de matière organique, nous en avons pleinement conscience, encore plus en agriculture biologique où nous ne pouvons pas apporter d’engrais de synthèse. » Dès mars 2019, les conclusions du programme Life Alister seront mises à la disposition des autres pays européens, dans la perspective de trouver des solutions permettant de concilier biodiversité et activités humaines, annonce Bernard Gerber, vice-président de la commission environnement de la Région Grand Est. « Cet animal emblématique ne doit pas rester un symbole local, mais au contraire illustrer tous les combats que nous avons à mener pour la biodiversité. » La Chambre d’agriculture d’Alsace est un partenaire incontournable, souligne Laurent Darley, directeur régional adjoint de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement. « Nous avons besoin du monde agricole pour mettre en place des itinéraires culturaux et poursuivre la sensibilisation à la sauvegarde de l’espèce. Alors que la fin du programme européen se profile, il faut continuer à faire vivre cette communauté de travail. L’espèce se stabilise, les résultats des comptages sont plutôt bons, mais il faut poursuivre les actions pour augmenter la population, notamment dans le cadre du Plan national d’action (PNA) qui sera validé dans les prochaines semaines. Pour la suite, il faudra se tourner vers nos voisins européens. » Un colloque Hamster Work Group, réunissant des chercheurs de toute l’Europe, était d’ailleurs organisé le soir même à l’initiative du CNRS. Le futur PNA aura une ambition renouvelée, ajoute Laurent Darley. « Il devra être prolongé par un programme financier ambitieux. Je formule le vœu qu’ensemble, avec un outil financier à bâtir, nous poursuivions la sauvegarde de cette espèce particulièrement attachante. »

Grand hamster. Programme Life Alister

Un programme ancré sur le terrain

Publié le 11/10/2018

Pendant cinq ans, cinq partenaires ont phosphoré de concert pour préserver l’habitat du grand hamster en Alsace. Résultats : des réalisations concrètes qui, au-delà du grand hamster, favorisent l’ensemble de la biodiversité.

Deux principaux facteurs de diminution de populations de grand hamster ont été identifiés : l’évolution des pratiques agricoles et la fragmentation de l’habitat, liée à l’artificialisation des terres. Les pratiques agricoles défavorables au grand hamster sont celles qui laissent les sols trop longtemps nus, l’exposant à ses prédateurs et le privant de ressources nutritives. Et le manque de diversité culturale, qui tend à appauvrir son régime alimentaire. Pour identifier les pratiques les plus favorables au grand hamster, la Chambre d'agriculture a testé l’effet de l’implantation de différentes cultures intermédiaires, de la modification des techniques de travail du sol… C’est à cette fin que la Cuma de la Plaine a été créée, pour que les agriculteurs expérimentateurs puissent disposer du matériel nécessaire à la réalisation de ces pratiques. Le matériel, présenté sur l’exploitation de Jean-Luc Meppiel, agriculteur à Oberschaeffolsheim et membre de la Cuma, a été entièrement financé par le programme Life Alister et mis à disposition de la Cuma via la Chambre d'agriculture. Parmi ces outils, une houe rotative et une herse étrille (acquise dans un second temps par la Cuma), deux outils utilisés pour procéder à du désherbage mécanique, par exemple dans des céréales au printemps, ou à du sous-semis entre les rangs de blé, une des techniques mises en place durant ces années d’essais pour optimiser la couverture du sol « avec plus ou moins de succès », rapporte Annabelle Revel-Mouroz, conseillère spécialisée en protection des milieux à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Francis Humann, qui pratique l’agriculture biologique, témoigne : « Après avoir semé un blé à l’automne, je sème dedans un pois au semoir direct au printemps. Puis j’effectue un passage de houe pour alléger le sol et un passage de herse pour arracher les filaments d’adventices. » Dans le panel d’outils figure aussi un semoir à semis direct, qui permet d’implanter une culture dans les chaumes de la culture précédente sans procéder à aucun travail du sol au préalable, ce qui évite d’abîmer les terriers et les galeries du rongeur, et raccourcit la période de sol nu entre deux cultures. Fin 2017, le programme a financé un rolofaca, un rouleau équipé d’une lame qui permet d’écraser un couvert d’interculture et de le transformer en mulch : « La croissance du couvert est stoppée, mais on conserve un microclimat, des ressources nutritives favorables à la faune et, à terme, de la matière organique pour le sol », décrit Annabelle Revel-Mouroz. C’est aussi grâce au programme Life Alister que la Cuma de la Plaine a pu acquérir un strip-tiller, outil qui propose un compromis entre le non-labour et le travail du sol puisqu’il travaille seulement la future ligne de semis, soit environ un tiers de la parcelle. Découvrez le matériel de la Cuma de la Plaine en vidéo : Toutes ces techniques favorables au grand hamster s’accompagnent néanmoins de quelques contraintes techniques : « Il faut réussir à maîtriser la concurrence que le couvert exerce sur la culture car il s’agit d’atteindre un équilibre entre préservation du couvert et du rendement de la culture », illustre Annabelle Revel-Mouroz. Ce qui, en système conventionnel, passe par l’application de petites doses d’herbicide. Petites bêtes, grands effets Quelle que soit l’obédience des agriculteurs membres de la Cuma, participer au programme Life Alister a changé leur manière de travailler : « Il y a plus de réflexion et aussi plus de passages, avec de la satisfaction mais pas toujours », témoigne Marius Rhinn, agriculteur à Griesheim-près-Molsheim. Francis Humann poursuit : « Partager les expériences des uns et des autres nous a permis de progresser. Cela minimise l’effet des échecs et maximise le nombre d’expérimentations que nous pouvons mener. Il y a aussi eu des passages à l’acte qui n’auraient peut-être pas eu lieu sans la Cuma. » Les agriculteurs ont par exemple acquis du matériel qui leur était utile, sans financement du Life Alister, comme une rotohétrilleuse. La Chambre d'agriculture a mené des essais afin d’évaluer l’impact de ces pratiques sur la biodiversité au sens large. En 2017 et  2018, des parcelles ont été équipées de pièges à insectes qui ont été relevés toutes les semaines de mai à septembre, que ce soit dans du maïs ou du blé, avec ou sans couvert. « Cette étude a mis en évidence un plus grand nombre d’insectes dans les parcelles avec couvert, ce qui suggère que ces derniers procurent un microclimat favorable à la biodiversité, notamment après la moisson des céréales à paille », analyse Annabelle Revel-Mouroz. En outre, les essais révèlent que les parcelles étudiées se caractérisent par une assez grande diversité d’espèces par rapport à d’autres régions françaises, et par la présence d’espèces dont la population est stabilisée en Alsace alors qu’elle est en baisse ailleurs. « C’est un résultat très encourageant, car il signifie qu’en cas de perturbation de l’environnement certaines des espèces présentes seront en capacité de résister », commente Annabelle Revel-Mouroz. Cela reflète donc une bonne capacité de résilience du système. Sans oublier que les grands hamsters sont des consommateurs de ces insectes, et que certains, comme les carabes, constituent des alliés pour les agriculteurs puisqu’ils prélèvent des ravageurs des cultures, comme les limaces. La Chambre d'agriculture a également procédé au Tea bag index (TBI) dans plusieurs parcelles d’expérimentation. Pour l’instant, les résultats ne font pas apparaître de différences significatives entre les parcelles conduites avec des pratiques favorables au grand hamster et les autres. Pour Annabelle Revel-Mouroz, l’expérimentation mérite d’être conduite à long terme car l’effet des changements de pratique sur l’activité biologique des sols n’est pas instantané. Des tubes et des films Pour contrer la fragmentation de l’habitat du grand hamster, des chercheurs du CNRS ont élaboré des tubes anti-prédation (TAP), permettant aux rongeurs de franchir des infrastructures routières, mais aussi d’échapper à la prédation (lire ci-contre). « L’idée, c’est de créer des connexions, pour encourager les populations de hamster à se disperser », explique Julie Fleitz, ingénieure au CNRS. L’efficacité de ces TAP a été testée en laboratoire et validée en milieu semi-naturel. Ils devraient maintenant venir enrichir les ouvrages existants et futurs. Dernière réalisation présentée lors de cette journée : trois vidéos visibles sur la chaîne YouTube du projet Life Alister : une présentation du projet, un tuto blé et un tuto maïs. Pour conclure ces échanges, Bernard Gerber, conseiller régional, a salué « le travail d’équipe mené autour de cette petite bête ». Parmi les participants à cette journée de restitution et d’échange figurait un groupe de Hollandais, également confrontés à la problématique de préservation des populations de grand hamster. Preuve que l’un des objectifs du programme Life Alister est d’ores et déjà atteint puisque les solutions qui en sont issues doivent servir de modèle aux autres pays européens. Découvrez la vidéo de présentation du volet agricole du projet Life Alister :  

Publié le 04/10/2018

La campagne céréalière 2018 a confirmé le double défi auquel sont confrontés les agriculteurs : d’un côté un panel d’outils chimiques qui se résorbe, de l’autre des aléas climatiques qui augmentent. Des solutions alternatives existent, passant par le choix des variétés, de la date de semis… Mais, lorsque le climat devient trop extrême, les résultats escomptés ne sont pas toujours obtenus.

Les mois de décembre et janvier ont été chauds, mais le mois de février a été marqué par le gel : « Le froid s’est installé de manière progressive, sans impacter les céréales qui ont eu le temps de s’endurcir progressivement », note Pierre Geist, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace. « D’ailleurs, précise-t-il, du début à la fin du tallage, le blé résiste bien au gel. C’est moins vrai après, donc le risque augmente si le blé est plus avancé et confronté à une gelée tardive, quelle que soit la variété. » En avril et en juillet, les températures sont reparties à la hausse, et même bien au-dessus des normales saisonnières. Les précipitations ont été importantes d’octobre à décembre, sans toutefois pénaliser les semis de blé. « Ils ont été réalisés du 8 au 25 octobre, soit la même plage que les années précédentes et dans de bonnes conditions, avec une levée rapide. » Après un mois de janvier très pluvieux, « qui a pu provoquer de mauvais enracinements », février et mars ont été plutôt secs. En sortie d’hiver, les reliquats azotés se sont avérés plutôt faibles, mais le tallage a été correct et le stade épi 1 cm a été atteint normalement, début avril. Le conseiller signale quelques cas de carences en soufre lorsqu’il n’y a pas eu d’apport car l’élément a été lessivé par les précipitations importantes. « Il existe des seuils de précipitation par type de sol qui doivent déclencher un apport de soufre, à réaliser lors du premier apport d’azote », précise Pierre Geist. Lorsque les températures se sont emballées au mois d’avril, la croissance du blé a suivi : « La montaison a été très rapide et la valorisation du second apport a été compliquée, d’où une production de biomasse limitée, entraînant un nombre d’épis dans la fourchette basse dans certaines parcelles et une réduction du nombre de fleurs formées. » Au stade épiaison, les blés avaient huit jours d’avance par rapport aux deux années précédentes. La septoriose a été quasiment absente cette année puisque les premières taches ont été observées sur la F3 début mai. Par contre, la fusariose a pu être favorisée par les épisodes orageux en fonction des secteurs. À noter aussi que la variété nemo, censée être tolérante à la rouille jaune a développé la maladie, ce qui fait penser à un contournement de facteur de résistance par l’agent pathogène. « C’est à surveiller car il s’agit d’une maladie qui se propage très vite », interpelle Pierre Geist. Au final, le blé a été de bonne qualité sous tous critères, mais le rendement a été moyen, à 72 q/ha en Alsace : « Les composantes de rendement qui pêchent le plus sont le nombre de grains par épis et le poids de mille grains », conclut Pierre Geist. Septoriose : critère de choix variétal n° 1 Comme chaque année, les collecteurs, Arvalis et la Chambre d'agriculture ont mené des essais variétaux, répartis sur l’ensemble du territoire. Filon est la variété la plus performante en termes de rendement : elle sort à 106 % de la moyenne des essais, mais avec une variabilité de rendement importante selon les sites. Ses points négatifs sont sa sensibilité à la verse et à la fusariose. Par contre, c’est une variété qui peut se mettre en terres superficielles. Elle est suivie par chevignon, qui fait 104 % de la moyenne des essais, et qui est plus régulière. Sacramento, à 103,6 %, « n’a pas vraiment de tare, hormis celle d’exprimer les mycotoxines, ce qui suggère d’éviter de l’implanter après un maïs grain ». Fructidor arrive à égalité et se comporte bien quels que soient les sites. Tenor, à 102,8 %, affiche un bon PS, un bon taux de protéines, « c’est une variété précoce, peu sensible aux mycotoxines », note Pierre Geist. Suit un peloton formé des variétés nemo, diamento et absalon. « Nous n’avons pas testé les variétés solindo et advisor, mais elles l’ont été par Arvalis et semblent aussi intéressantes », précise Pierre Geist. Au final, les variétés préconisées par la Chambre d'agriculture pour la prochaine campagne sont advisor, chevignon, diamento, filon, fructidor, absalon, nemo, cesario, sacramento… Pour les conseillers agricoles, les critères de choix variétaux doivent être, et dans cet ordre : la tolérance à la septoriose car il s’agit de la maladie la plus nuisible en Alsace, la tolérance à la fusariose, la tolérance aux rouilles brunes et jaunes, qui risquent d’être de plus en plus prégnantes avec la hausse des températures estivales, et la tolérance à la verse. Maladies cryptogamiques : adapter la stratégie au contexte Pour 2019, la gamme de solutions chimiques pour lutter contre les maladies cryprogamiques du blé risque encore de s’amoindrir. D’ores et déjà, Laurent Fritzinger annonce qu’une seule application de tébuconazole (matière active contenue dans les produits Horizon, Prosaro) est autorisée par an. Et que les produits contenant de l’epoxiconazole ne seront plus mélangeables. « Ce qui revient à limiter fortement l’utilisation des produits à base d’epoxiconazole en solo, puisque pour éviter l’apparition de résistance on cherche à associer différentes matières actives », note le conseiller. Il rappelle que la lutte chimique contre la fusariose s’apparente à un jeu de roulette russe : « Il n’y a que deux jours pour intervenir au bon moment, c’est-à-dire quand les premières étamines sont visibles, car c’est à ce moment que l’épillet est ouvert et réceptif au produit. S’il pleut et qu’il faut retarder l’intervention après les contaminations, l’efficacité du traitement sera moins bonne, donc mieux vaut jouer sur la tolérance variétale. » En matière de lutte chimique, la famille des triazoles affiche la meilleure efficacité pour un coût d’environ 40 €/ha. Il existe aussi des produits de moyenne gamme qui suffisent lorsque la pression n’est pas trop élevée. Sinon « il faut les compléter avec d’autres matières actives sur les épis et alterner les familles chimiques. » Désherbage : à la carte « L’entrée de la gestion du désherbage, c’est le risque de concurrence à l’automne », rappelle Pierre Geist. Si ce dernier est important, « alors il faut miser sur un traitement d’automne. S’il est faible on peut opter pour un traitement de printemps. » Parfois même on peut ne pas désherber du tout, même si cette opportunité reste « exceptionnelle » en système conventionnel. Le choix des matières actives est ensuite à réfléchir en fonction de la flore présente qui est le plus souvent composée d’un mélange de graminées et de dicotylédones. Pour les traitements de prélevée, il ne reste plus beaucoup de familles de produits. Pierre Geist cite la spécialité Trooper (flufénacet et pendiméthaline), dont l’action est « à renforcer », par exemple avec Defi (prosulfocarbe). L’isoproturon, désormais interdit, « peut être remplacé par du chlortoluron, sauf sur les sols drainés ou saturés en eau. » Parmi les antidicotylédones, les produits type Allié (carfentrazone-éthyle et metsulfuron-méthyle) sont à positionner tôt, sur des adventices d’une à trois feuilles. « Sur les plus développées, de trois à quatre feuilles, il faut privilégier la famille des sulfonylurées. Les produits à base d’hormones peuvent être utilisés encore plus tard, mais mieux vaut éliminer les adventices le plus tôt possible », préconise Pierre Geist. Régulateurs de croissance : impasse possible En matière de régulateur de croissance, aucune nouveauté à se mettre sous la dent. Par contre, certaines spécialités ont été interdites. « L’application d’un régulateur de croissance est une intervention dont on peut se passer deux ans sur trois », rappelle Laurent Fritzinger. La première entrée pour en faire l’économie est la sensibilité variétale car avec une variété sensible, « il faut quasiment traiter à coup sûr ». Le deuxième critère, c’est la densité de pied en sortie d’hiver, elle-même conditionnée par la densité de semis, qui ne doit pas être trop importante. « C’est en avril et début mai, durant la montaison, que se joue le risque de verse. Car c’est lorsque la plante cherche le soleil que sa tige s’allonge et qu’elle devient plus sensible à la verse », poursuit Laurent Fritzinger. Le dernier critère d’évitement de la verse, c’est la gestion de la fertilisation azotée, qui doit être raisonnée, en particulier au premier apport. L’application d’un régulateur de croissance doit se faire par un temps poussant, pour que le produit migre dans la plante, « avec une bonne hygrométrie, une température moyenne de 10 °C et une amplitude thermique inférieure à 15 °C ». La Chambre d'agriculture a élaboré une grille d’évaluation du risque de verse. S’il est faible, il est possible de faire l’impasse sur les régulateurs de croissance. Sinon « une application de Cycocel bien placée à épi 1 cm suffit souvent ». Enfin, Laurent Fritzinger attire l’attention sur un point réglementaire : « Le mélange de produits qui portent la phrase de risque H301 est interdit ».

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