Vigne

Publié le 03/11/2020

Le changement climatique interroge sur les choix de conduite de la vigne et de vinification des raisins. L’analyse d’Éric Meistermann, directeur de l’Institut français de la vigne et du vin à Colmar.

Quelle est aujourd’hui la situation du vignoble alsacien face au changement climatique ? Éric Meistermann : « Entre 1977 et 2018, la température annuelle moyenne enregistrée à Colmar a augmenté de 2,3 °C. Sur ces 41 ans, la date de véraison a été avancée de 35 jours. Autrement dit, le processus de maturation qui avait d’habitude lieu en septembre se produit désormais en août, comme lors des trois derniers millésimes. Les raisins mûrissent à la fois plus tôt et alors qu’il fait plus chaud. Entre la véraison et la récolte, les températures moyennes sont en hausse de 6,1 °C. Les millésimes comme 2003 et 2018 ont même dépassé ce niveau. Les quinze premiers jours des vendanges se déroulent désormais par des journées où la température est supérieure de 6,5 °C à la référence des années 1970. Les raisins arrivant au pressoir sont mesurés à 25 degrés au lieu de 12-13 degrés il y a quarante ans. Nous ne sommes sans doute pas prêts de revoir une année comme 1984 où l’on ne s’est pas privé dans les caves de désacidifier au double sel, tartrique et malique. On peut aussi noter que depuis 2015, la pluviométrie en phase de maturation est en baisse. Le cumul de tous ces phénomènes conduit à de sacrées différences ! » Avec quelles conséquences ? « Sur 40 ans, le degré d’alcool potentiel moyen est monté de 3,3 degrés sur gewurztraminer et de 2,2 degrés sur riesling. C’est gênant si l’on veut produire des vins secs… Sans compter qu’un raisin qui mûrit en période de chaleur peut subir de profondes modifications de son profil aromatique. 2003 a bien montré le risque pour le gewurztraminer qui affichait un goût de clou de girofle. Mais la conséquence majeure reste l’acidité qui chute et le pH qui augmente. Un pH élevé crée un milieu favorable aux bactéries. Le viticulteur qui choisit la récolte mécanique a particulièrement toutes les raisons de s’en méfier d’autant que leur développement est souvent sournois. Cette population vit dissimulée pendant que la fermentation se passe bien. Mais elle peut se développer quand la fermentation ralentit. Gare alors à la piqûre acétique ! La qualité des raisins peut engendrer des soucis de fermentation. Il n’est pas évident pour le vinificateur de faire ce lien. Le pH élevé diminue aussi l’efficacité du sulfitage. Un pH qui passe de 3,4 à 3,7 demande à ce que la dose de SO2 libre soit doublée pour maintenir la protection antiseptique et éviter la refermentation en bouteille. Vinifier un gewurztraminer moelleux à pH 4 suppose une dose de 70 à 80 mg de SO2 libre à un moment où la demande du marché porte sur des vins dans lesquels la dose de soufre a été réduite. C’est le grand écart ! Le pH influence enfin le cycle des protéines. Quand il est bas, les plus fragiles disparaissent complètement pendant la fermentation. Mais au-dessus de 3,5 certaines familles comme les invertases et les chitinases résistent et font grimper le risque de casse. La réponse qui consiste à augmenter la dose de bentonite à 80-100 g/hl accroît le risque de dépouiller le vin de ses arômes. S’il faut traiter, mieux vaut intervenir après débourbage à 40-50 g/hl et éliminer l’argile au soutirage avec les lies. » Des cépages sont-ils plus menacés que d’autres ? « Le stress hydrique pousse le riesling à bloquer sa maturité. Autoriser son irrigation poserait la question de l’accès à la ressource sans compter que la vigne n’est pas jugée prioritaire pour l’usage de l’eau. Le gewurztraminer commence à atteindre ses limites. C’est lui qui a le plus à craindre en termes de perte d’arômes. Il a davantage d’avenir en coteau que dans la Harth de Colmar. Le muscat ottonel ne mûrit plus au contraire du muscat d’Alsace. Le pinot gris monte moins en pH. Si le changement climatique poursuit à ce rythme et si la profession décide de continuer à conserver son style de vins, l’acidification a beaucoup de chances de devenir une règle de vinification. Un apport d’acide tartrique est plus efficace sur moût. Mais il faudra demander (et obtenir) une évolution de la réglementation européenne qui classe l’Alsace en zone B où cette pratique n’est pour l’instant accordée que sur dérogation. » De quels leviers d’action dispose la profession pour réagir ? « Le projet Laccave rendu par l’Inra en 2016 détaille quatre scénarios. Entre ne rien faire, innover techniquement, déplacer les bassins de production et combiner tout cela, les viticulteurs se prononcent clairement pour une réponse technique. Ils peuvent jouer sur des leviers en culture en privilégiant des clones plus tardifs, en jouant sur la haie foliaire, en misant sur l’apport de créations variétales. Mais la portée de ces choix est limitée et le marché n’y répond pas forcément. Le vignoble allemand qui s’est lancé dans les cépages résistants a toutes les peines du monde à vendre ces « nouveautés », tout simplement parce que le consommateur ne les connaît pas et que communiquer sur leur besoin de ne pas être traités ne déclenche pas de folie acheteuse. En cave, les solutions entrevues sont toutes de nature à revenir dans un schéma de vinification classique. Cette année, un essai a été effectué avec des levures acidifiantes non saccharomyces. Elles utilisent le sucre du vin pour fabriquer de l’acide lactique. La phase actuelle vise à définir le bon protocole, trouver la bonne souche et la dose adéquate. Le désucrage par technique membranaire est pour sa part une technique qui peut s’envisager dans une entreprise qui traite de grands volumes. Pour les protéines, une cave vient de tester le chauffage des moûts à 65 °C. Cette technique permet d’améliorer la stabilité protéique, de favoriser l’expression aromatique et, sur vendange altérée de dénaturer la géosmine, responsable des goûts moisi-terreux. »    

Concours des Crémants d’Alsace

« Le concours conserve son aura »

Publié le 27/10/2020

Le Covid-19 n’a pas atteint la dynamique du concours national des crémants avec plus de 600 échantillons au plan national. Ce concours se déroulait de manière décentralisée cette année, pour d’évidentes raisons sanitaires. Côté économie, les dégâts causés par les injonctions sanitaires sont limités.

En attendant mai 2021 qui rassemblera en Bourgogne (peut-on l’espérer) à nouveau les producteurs de crémants de France et du Luxembourg, le syndicat des producteurs et élaborateurs de crémants d’Alsace organisait son concours mercredi 13 octobre à Kientzheim, dans les locaux de la Confrérie Saint-Étienne. À l’instar d’ailleurs de toutes les autres régions productrices de crémants. 160 crémants d’Alsace étaient en lice pour cette édition 2020. Des crémants soumis à l’appréciation de jurés, selon un dispositif sanitaire particulier, répartis en neuf tables de six dégustateurs bien distanciés. Olivier Sohler, directeur du syndicat des producteurs de crémant d’Alsace et de la fédération nationale, a expliqué le déroulement du concours, où un tiers des échantillons peut prétendre à la médaille. Ils sont répartis selon cinq catégories : blancs bruts, blancs bruts millésimés, blancs de noir, soit du rosé, soit les cuvées spéciales vieillies 36 mois sur lattes minimum, extra bruts et élevés en fûts de chêne. En espérant renouer rapidement avec le record fin 2019 « On devrait se situer aux alentours de 260 000 hl », avec un rendement de 70 hl/ha, indique Olivier Sohler, directeur de la fédération nationale des producteurs et élaborateurs de crémant. « Finalement, le rendement agronomique se situe probablement à des niveaux très proches du rendement autorisé. Ce qui a permis de mieux l’accepter. » À la fin 2019, on était au niveau record de ventes de 35 MCols (millions de cols) en crémants d’Alsace et 100 Mcols, tout crémants confondus, à l’échelle nationale, et « on a produit 110 Mcols ». Les premiers mois de 2020 enregistraient encore des hausses de ventes. Avec le Covid-19, « nous étions à fin juin à -15 % de ventes ». Les mois de juillet et d’août « excellents » ont partiellement comblé le retard, pour ne plus accuser que 8 % de méventes. « Les mois festifs à venir seront déterminants. » À l’export, la fédération nationale des crémants est en train de déployer un plan de communication (papier, presse, prescripteurs, formations, dégustations) au Royaume-Uni, sur un marché jugé très porteur, premier importateur mondial de champagne, et où le crémant n’est qu’en dixième position des effervescents importés. « Notre programme se monte à 800 000 € sur trois ans. Nous espérons que notre action rejaillira également sur les pays du Commonwealth. » Pour l’heure, quatre agences de communication sont en lice pour mener à bien la campagne publicitaire.

Mondial des vins blancs à Strasbourg

Un rayonnement international qui se pérennise

Publié le 24/10/2020

Le mondial des vins blancs, organisé les 18 et 19 octobre au palais des congrès à Strasbourg, a connu un véritable succès. Malgré les conditions sanitaires actuelles, un jury international a dégusté 750 échantillons issus de 17 pays différents.

« En organisant cette manifestation, nous avons réalisé un véritable tour de force. On s’est retrouvé freiné dans notre élan. Mais cela fait partie des aléas de l’événementiel. Nous nous sommes remis en question pour évoluer. Finalement, les vignerons et les membres du jury nous ont fait confiance. Pour nous, c’est une récompense suprême », explique, enthousiaste, Christine Collins qui organise la manifestation pour Strasbourg Événements. Initialement prévu en juin dernier, l’édition 2020 de la compétition s’est élargie à douze catégories de vins blancs (chardonnay, chenin, gewurztraminer, muscat, pinot blanc, pinot gris, riesling, sauvignon, sylvaner, viognier, autres cépages blancs et assemblages blancs). 17 pays étaient représentés dans les 750 échantillons proposés aux membres du jury regroupés par six sur neuf tables distinctes et bien séparés compte tenu du contexte sanitaire. « Les membres du jury qui sont présents, c’est la « crème de la crème ». Il y a des Français évidemment comme Serge Dubs, mais également des sommeliers, des œnologues ou encore des agronomes de nombreux pays étrangers parmi lesquels la République Tchèque, l’Italie, l’Argentine, le Canada ou encore l’Espagne. Ils ont respecté toutes les règles sanitaires pour répondre à notre invitation. Ils sont venus avec leurs connaissance, mais surtout leur humilité et leur soif de découverte », se félicite Christine Collins.   Publication officielle des résultats le 26 octobre à 18h.? Save the date @credit photo : Daniele Raspini #mondialvinsblancs Publiée par Mondial des Vins Blancs Strasbourg sur Mardi 20 octobre 2020   Avec une tablette électronique Cette année, le respect du protocole sanitaire était évidemment la première règle à respecter. Les jurés devaient déguster, mais aussi décrire et commenter les échantillons proposés selon des critères très précis comme l’aspect visuel des vins, leur aspect olfactif, leur impression au palais et leur impression d’ensemble. Tous ces critères étaient ensuite repris et enregistrés par un procédé numérique à l’aide d’une tablette électronique. Les neuf tables de dégustation étaient composées de cinq à sept personnes. Une majorité de dégustateurś étrangers devaient présents à chaque table. Trois sessions de dégustation ont eu lieu chacune des deux matinées. Un maximum de 30 % des vins pourront être médaillés avec un minimum de 88 points sur 100 pour obtenir une médaille d’or. Les résultats officiels doivent être connus ce lundi 26 octobre 2020. Parmi les dégustateurs présents, Christophe Soudant, sommelier indépendant, blogueur, responsable de bar à vin à Strasbourg, professeur en sommellerie et professeur d’anglais appliqué au vin. « J’ai été contacté par Christine Collins. J’ai accepté car déguster à l’aveugle me plaît. Cela permet d’être objectif et de découvrir de nouveaux vins. L’événement est intéressant et bien organisé. Dans la première série, j’ai pu goûter des vins blancs d’assemblage. Il y avait des vins avec 30 et 70 grammes de sucre. J’ai fini avec des vins secs. Même si tout n’était pas pertinent, il y avait de belles surprises. J’ai donné un 99/100 à un vin qui est finalement un Sylvaner de Mittelbergheim avec 70 grammes de sucre », souligne Christophe Soudant. À une autre table, Jean-Paul Goulby, ancien directeur de l’association des viticulteurs d’Alsace et toujours très actif dans le monde viticole et notamment à la confrérie Saint-Étienne, était à une table qui a débuté par des pinots blancs. « Nous avons pu découvrir des choses étonnantes. Des vins qui avaient du gaz carbonique et qui étaient très vivants. On se demandait si le vinificateur l’avait fait exprès ou si c’était un accident ». À chaque table, ces échanges nourrissaient le concours et sa dégustation. « C’est précisément l’état d’esprit de cette manifestation. Nous avons une palette de vins blancs du monde entier. Cela permet de faire de superbes rencontres », conclut Christine Collins.   Le Concours Professionnel : Le Mondial des Vins Blancs Strasbourg est terminé. Les résultats seront publiés le 26... Publiée par Mondial des Vins Blancs Strasbourg sur Lundi 19 octobre 2020  

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