Vigne

Publié le 18/01/2021

Puisque le contexte actuel empêche de déguster les vins au caveau, certains vignerons se lancent dans les dégustations en ligne. À Wihr-au-Val, le domaine Schoenheitz tente l’expérience via des séances retransmises en direct sur Facebook.

17 h 30, en ce deuxième jeudi du mois de décembre, la cour du domaine Schoenheitz est plongée dans l’obscurité mais à l’intérieur du caveau, les préparatifs vont bon train. Martine Leray et sa fille Charlotte, du restaurant la Nouvelle auberge à Wihr-au-Val, dressent les assiettes derrière le comptoir. Quentin Gachon, webmaster à l’office de tourisme de la vallée de Munster, installe sa caméra sur un pied et procède aux derniers réglages. L’objectif est dirigé vers la table en bois rectangulaire où sont disposés verres, couverts et serviettes décorées. Une couronne de l’Avent faite de brindilles et de pommes de pin est posée au centre de la table. « On enlève la couronne pour le micro ? », demande Adrien Schoenheitz. Pour cette deuxième dégustation organisée au domaine et retransmise en direct sur Facebook, le vigneron a sélectionné quatre vins. « Si on en met plus, on dépasse la demi-heure », avec le risque de voir l’audience du live s’effriter en cours de route. Faire du chiffre n’est pourtant pas l’objectif premier de cette dégustation filmée : « Il est plutôt de faire du lien, de se faire plaisir et de remplacer les événements qu’on aurait dû avoir s’il n’y avait pas eu le confinement », précisent Adrien Schoenheitz et Aude Olive, chargée de communication du domaine. Tandis que Martine pose les mini-kougelhopfs sur la table, Clément, le compagnon de Charlotte, s’installe sur un banc à l’écart : il doit veiller au respect du temps, d’un geste de la main. Rendez-vous a été donné aux abonnés Facebook à 18 h. Charlotte, Adrien et Martine prennent place à table. « On a Jean Castex en face de nous ce soir », prévient Aude. Allusion au Premier ministre qui intervient au même moment à la télévision pour présenter l’évolution des mesures de confinement. « Restez orientés vers moi tout en discutant », rappelle Quentin. Chacun prend la parole à tour de rôle pour un test son et le tournage commence. « Bonsoir à tous nos abonnés Facebook. Nous sommes réunis avec Martine et Charlotte Leray, au domaine Schoenheitz, pour un apéritif étoilé autour des accords mets-vins, commence Aude. Avec des vins du domaine Schoenheitz et des mets gastronomiques de la Nouvelle auberge, pour une soirée 100 % Wihr-au-Val, dans la vallée de Munster. » Dans le prolongement du premier confinement, le domaine Schoenheitz avait déjà réalisé une série de vidéos postées sur sa page Facebook. Adrien, debout face à la caméra, y présentait quelques-unes des productions du domaine, un verre à la main. Décrire ses vins en 1 à 1 min 30 tout en sachant qu’on peut recommencer la prise ou couper au montage est une chose. Tenir 30 minutes en échangeant à quatre sur des accords mets-vins en est une autre. Il faut interagir avec ses compagnons de table en toute convivialité, « sans se louper » ni monopoliser la parole. Les images étant diffusées en direct sur le réseau social, il n’y a pas de rattrapage possible. Quelques arômes tertiaires et une jolie complexité Adrien présente le crémant millésime 2013 du domaine qui a été dégorgé deux semaines plus tôt. Élaboré à partir de pinot auxerrois, il a passé 6,5 ans sur lattes. « C’est un crémant brut avec zéro sucre », précise le vigneron qui débouche la bouteille en apportant des précisions sur le millésime 2013. Il est servi avec un petit kougelhopf salé aux noix et au lard de la vallée. Le crémant apporte « quelques arômes tertiaires et une jolie complexité qui lui permet de tenir face aux noix et au lard », commente Charlotte. Elle apprécie « son côté frais qui réveille les papilles en début de repas ». Martine trouve qu’il irait aussi très bien avec une entrée froide de poisson. « Et pour ceux qui n’aiment pas les bulles ? », relance Aude. Martine suggère un pinot blanc qui apporterait un peu plus de rondeur ; Charlotte, un pinot gris issu du lieu-dit Linsenberg, dont le côté fumé pourrait s’accorder avec le lard du kougelhopf. Passées les premières minutes de direct, tout le monde a oublié la caméra. À commencer par Adrien, qui ne s’est pas spécialement préparé pour cette dégustation : « Au domaine, je m’occupe des clients professionnels, des restaurateurs et des clients export. Il m’arrive d’accueillir des clients au caveau, j’ai l’habitude d’expliquer la partie technique. » Charlotte, qui a intégré la Nouvelle auberge en tant que sommelière au printemps dernier, a passé une matinée au domaine pour préparer la dégustation et discuter des accords mets-vins avec le vigneron. Martine a consciencieusement fait des fiches, qu’elles ont relues quelques heures auparavant. Elle apprécie les vins de la famille Schoenheitz, qui figurent sur la carte du restaurant depuis 25 ans, et n’a aucun mal à rebondir quand Aude lui demande une alternative au vin proposé ou une astuce de cuisine. Tandis que Quentin alterne plans larges et plans serrés pour dynamiser la présentation, les accords mets-vins s’enchaînent : la cuvée Audace 2017, un riesling provenant du Linsenberg, apporte sa vivacité au saumon fumé maison de la Nouvelle auberge, chantilly d’huîtres et pain au sarrasin. Un pinot noir Val Saint Grégoire 2018 se marie avec une mousse de betteraves tandis qu’un riesling 2013 élaboré à partir de raisins passerillés trouve à s’accorder avec le foie gras. Du rouge, du blanc, des bulles, résume Aude, qui clôt la dégustation en invitant à découvrir la « très belle vallée de Munster » et le village de Wihr-au-Val.    

Publié le 13/01/2021

À Marlenheim, Xavier Muller a réduit ses surfaces de 8 ha pour se recentrer sur les 11 ha restants. Un choix dicté par la conjoncture et par la volonté de développer la vente en bouteilles.

Au plus fort de son activité, Xavier Muller cultive 26 ha de vignes, dont il vend les raisins à une maison de négoce. « Quelque chose me manquait. Je sentais que je n’allais pas au bout de mon métier », explique le vigneron de Marlenheim. En 2002, il acquiert un ancien moulin sur l’île de la Thomanns Muehle, au bord de la Mossig. Tout en continuant à vendre une partie de sa production sous forme de vrac ou de raisins, il élabore et commercialise ses propres vins. En 2014, son fils aîné, Franck, s’installe à son compte : il lui cède 7 ha. En 2019, nouveau virage : Xavier se défait de 8 ha en location pour se recentrer sur les 11 ha restants. « C’était la dernière limite pour trouver des repreneurs. Aujourd’hui, il est difficile de louer quand on ne sait pas quoi faire du raisin. Ce que le vignoble vit aujourd’hui, on le sentait venir », indique le vigneron. En tant que vendeur de raisins, il connaît bien la stratégie des grands metteurs en marché, qui n’achètent que ce qu’ils peuvent vendre. S’il a réduit sa surface de 8 ha, ce n’est pas parce qu’il souhaite vivre mieux, assure-t-il, mais « pour mieux m’occuper de ce que j’ai et développer la vente en bouteilles. Je veux consacrer plus de temps à mes clients, sans avoir éternellement le nez dans le guidon », dit Xavier, aujourd’hui âgé de 56 ans. Il dirige le domaine avec l’aide de son fils cadet, Pierre, en charge de la partie commerciale, de son épouse, de sa nièce et d’un apprenti. S’il ne vend pour l’instant qu’aux particuliers, Xavier Muller ne veut se fermer aucune porte : d’où le choix de conduire ses 11 ha selon le référentiel HVE 3 (haute valeur environnementale), très prisé de la grande distribution. Pour autant, il n’opte pas pour le bio, préférant tester différentes techniques sur son domaine plutôt que d’adopter un modèle tête baissée. À la recherche d’une vigne « équilibrée », il utilise très peu d’engrais et depuis quatre ans, il sème du seigle un rang sur deux sur l’ensemble de ses surfaces pour conserver l’humidité du sol. « Nos vignes en coteaux sont très vite en manque d’eau », argumente-t-il. Il estime qu’une vigne qui n’a pas été stressée, ni conduite pour produire le maximum donne un raisin sain, apte à la vinification. Xavier s’efforce de travailler le sol « quand c’est utile » et n’utilise plus de désherbant qu’à faible dose. Il suit de près les essais de son fils aîné, qui a acheté l’an dernier une charrue pour travailler sous le rang. Suite à une formation à la méthode Simonit & Sirch, Franck l’a également sensibilisé aux avantages d’une taille vers l’extérieur du pied, telle qu’il l’avait vue pratiquer sur les arbres fruitiers. En évitant les plaies de taille et les entassements de végétation, Xavier peut se passer d’anti-botrytis depuis quelques années. En plus du soufre et du cuivre, il ne s’interdit pas d’autres produits en fonction de la situation sanitaire. 300 camping-cars à l’année Les raisins récoltés manuellement sont légèrement macérés et pressurés entiers par cycles de 4 à 8 heures, en fonction de leur état sanitaire. En cave, le vigneron limite le recours aux intrants. Il vinifie toutes ses cuvées à l’identique, sous le contrôle de l’œnologue Paul Borja, qui le conseille depuis qu’il s’est lancé dans la bouteille. Il utilise des levures sélectionnées pour assurer un départ en fermentation sous 48 h. Compte tenu du volume vinifié, de 200 à 250 hl en moyenne, il n’a pas la possibilité de faire des cuvées différentes d’un même cépage, ce qui n’incite pas à prendre des risques. « Si je loupe ma cuvée de riesling ou de gewurztraminer, tout est loupé », dit-il. Pour la même raison, il sulfite ses moûts. Il élève ensuite ses vins sur lies fines. Pour écouler ses 30 000 bouteilles, Xavier mise notamment sur la vente au caveau. D’avril à octobre, hormis en 2020 à cause du Covid, il reçoit 300 camping-cars sur son domaine. Il accueille aussi des bus, propose des dégustations, des visites du vignoble au printemps et en été, et reçoit des « vendangeurs d’un jour » au moment de la récolte. « C’est le touriste qui nous fait vivre », dit-il. Cette politique d’accueil et de fidélisation de la clientèle lui a permis de sauver la fin de l’année 2020, avec des ventes sur novembre-décembre comparables à celles de l’année précédente. Les vins du domaine sont également vendus via la Ruche qui dit oui de Marlenheim - le domaine accueille les distributions chaque mercredi -, à la cave des Hospices de Strasbourg, où le vigneron élève deux cuvées, et au magasin de producteurs la Nouvelle Douane à Strasbourg, où Xavier assure une permanence par roulement avec quatre autres viticulteurs. La situation du domaine, au cœur de 8 ha de prairies mais pas très éloigné de la ville, laisse entrevoir d’autres possibilités, comme l’aménagement de gîtes, de chambres d’hôtes ou d’une salle de réception à l’étage. Des projets qu’il appartiendra à son fils Pierre, de développer, seul ou avec un investisseur.   Notre domaine s'est lancé dans une nouvelle aventure... Le BIB ! Retrouvez dès maintenant, au caveau, les bibs Pinot Noir et Rosé en format 5L pour votre plus grand plaisir gustatif???? Publiée par Domaine Xavier Muller - Marlenheim sur Mercredi 26 août 2020  

Fonctionnement électrique du sol

Piloter le potentiel rédox de ses vignes

Publié le 29/12/2020

La compréhension du potentiel rédox permet de piloter sa viticulture, et de prendre conscience des effets réducteurs ou oxydants de ses pratiques. Cela concerne autant la gestion des couverts et plus largement des sols, que le choix des molécules phytosanitaires.

Les éléments minéraux et les molécules organiques peuvent gagner ou perdre des électrons. Chaque molécule qui gagne des électrons subit une réduction. Inversement, la perte d’électrons est une oxydation. Un milieu vivant soumis à l’influence de facteurs oxydants ou réducteurs voit l’ensemble de son système évoluer vers l’oxydation ou la réduction. C’est-à-dire que chacune de ses molécules ou des éléments minéraux évolue vers un état plus oxydé ou plus réduit que son état de départ. Une mesure permet d’appréhender cette évolution : c’est ce qu’on appelle le potentiel rédox. L’agriculture est souvent question de chimie. Le potentiel rédox trouve ainsi son utilité quand, en considérant cet état d’oxydation ou de réduction mesuré, il est possible de prédire quels microorganismes vont préférentiellement se développer sur ce milieu. Et prédire l’état de solubilité, de disponibilité des éléments minéraux ou leur toxicité. Dix ans de mesures Olivier Husson et ses équipes du Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) se sont attelés depuis une dizaine d’années à mesurer le potentiel rédox des sols agricoles. Si non seulement les virus, les bactéries, les algues, les champignons, les levures ont des potentiel rédox de prédilection pour se développer, les plantes également se développent préférentiellement sur tel ou tel type de sol et de potentiel rédox. Avec la bioélectronique, les connaissances se sont affinées. Et en réalité, on tient compte de deux grandeurs rédox, d’une part celle liée aux électrons (comme décrit précédemment) et d’autre part le pH qui correspond à la concentration en protons du milieu. Dans le monde vivant, l’oxydation correspond à une perte d’électron, à une perte d’énergie. C’est l’oxygène qui consomme les électrons pour donner des composés « superoxydes » particulièrement toxiques pour les cellules vivantes à plusieurs niveaux : ces composés s’attaquent à l’intégrité des parois cellulaires, ils attaquent la chaîne d’ADN et ce sont des superoxydants grands consommateurs de substances de défenses naturelles. Inversement, le gain d’électrons est porteur d’énergie. Dans un état réducteur, les molécules peuvent exercer leur rôle de défenses naturelles et neutraliser justement les produits des réactions vitales de respiration qui ont besoin de l’oxygène. Un équilibre Tout milieu est le résultat d’un équilibre entre forces opposées, d’un côté les facteurs oxydants, de l’autre les facteurs réducteurs. Les facteurs oxydants, c’est-à-dire nocifs à la vie, quels sont-ils ? Citons pêle-mêle les UV du soleil, les produits phytosanitaires, les fertilisants oxydés (tous ceux qui se terminent en « ate », nitrates, sulfates, phosphates), mais également la chaux, etc. Citons également les ondes électromagnétiques, les endroits de déséquilibre géobiologique… Et les facteurs réducteurs, et donc pourvoyeurs d’électrons, qu’en est-il ? La photosynthèse, dont le bilan consiste à transformer des photons en électrons, tout ce qui protège les sols des UV oxydant, les litières, tout ce qui protège et favorise la biologie des sols, et de nombreuses substances réductrices, de compositions fermentaires… Comment cela se passe ? La plante se situe dans un état rédox initial (Eh) globalement compris entre 350 mVolts et 450 mVolts, et un pH oscillant entre 5 et 8. Par rapport à cet état d’équilibre, des facteurs oxydants font augmenter le Eh et des facteurs réducteurs le font baisser. L’objectif de la conduite viticole consiste donc à interférer au minimum sur cet équilibre rédox et à économiser, tant que possible, tout au long du cycle végétatif, les stress oxydatifs et réducteurs. Quels sont les stress réducteurs infligés à la vigne ? Le tassement des sols, l’hydromorphie, des substances hyperréductrices telles que l’urée ou l’ammoniaque. Et les stress oxydatifs ? Les molécules fongicides, dont l’action est d’agir par hyperoxydation, le labour et la mise à nu des sols. Parallèlement, certains facteurs stabilisent le potentiel rédox : limiter la taille d’hiver et les tailles en vert qui agissent indirectement en consommant des substances phénoliques de défenses naturelles, la matière organique des sols qui joue le rôle de réserve. Pilotage rédox Le pilotage rédox en viticulture consiste à apprécier l’impact rédox de ses pratiques. Quelles interventions provoquent une oxydation du système SPM (sol-plante-microorganisme) ? Et lesquelles induisent une réduction ? Exemple : le tassement du sol réduit la capacité tampon du sol en diminuant la capacité de celui-ci à stocker les électrons issus de la photosynthèse des couverts. Conséquence, faute de tampon rédox, un traitement au cuivre va provoquer une montée brutale du potentiel rédox de la plante. Immédiatement le mildiou est neutralisé, mais à moyen terme, la plante oxydée sera fragilisée si un autre oxydant se surajoute, telle une canicule, avec l’ozone et les UV. À plus long terme, les cumuls oxydatifs accélèrent les mécanismes de sénescences, c’est-à-dire de dépérissement. La base de la bonne gestion du potentiel rédox repose sur l’augmentation du taux de matière organique, des couverts qui injectent des électrons dans le système SPM ; minimiser les stress oxydatifs par le choix de solutions peu agressives du vivant, de la taille douce ; et rééquilibrer par des substances réductrices quand la plante subit des oxydations.

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