Vendanges 2020
« Une année facile pour débuter en bio »
Vendanges 2020
Publié le 06/09/2020
Le début des vendanges confirme les bonnes dispositions de ce nouveau millésime précoce qui pourrait profiter d’une pluviométrie tardive pour réduire les séquelles de la sécheresse estivale.
Raphaël Zerr, apporteur à la cave du Roi Dagobert. 21 ha à Dangolsheim. « Mes vignes n’ont pas souffert de sécheresse. Elles ont quand même été en stress hydrique, mais moins dans mes sols profonds et calcaires que chez des collègues de Balbronn ou Westhoffen qui ont en plus été victimes du gel printanier. Je vendangerai sans problème les 65 hl/ha. Pour respecter ce plafond, j’estime que je ne récolterai pas un hectare environ. Mais 2020 n’est pas une année excessive. J’ai dû rentrer tous les raisins à crémant présents pour arriver aux 70 hl/ha autorisés. J’ai réalisé un traitement soufre supplémentaire pour prévenir les attaques d’oïdium sur auxerrois en lisière de forêt en exposition nord. Le riesling a un peu millerandé. Le gewurztraminer montre de grosses baies. Je l’ai effeuillé côté est comme les pinots, noir et gris. Sur ces deux derniers cépages, j’ai également coupé une grappe sur cinq en vert. Les biches ont occasionné quelque 10 % de pertes sur 2 à 3 ha. Je m’attendais à trouver plus de guêpes. La pluie du dimanche 30 août devrait plus contribuer à de la dilution qu’à un éclatement. » Joseph Koehly du domaine Koehly, à Kintzheim. 24 ha répartis entre sept communes de Rodern à Bernardvillé. « Sur certaines parcelles fin août la défoliation monte déjà jusqu’au deuxième fil. Je n’ai jamais vu ça. Les vignes en sol plus lourd comme à Kintzheim ont bien résisté. Elles ont bloqué sur Châtenois-Scherwiller en produisant un raisin acide. C’est sur le gewurztraminer que c’est le plus visible. Les jeunes vignes au système racinaire peu développé ont aussi du mal. À Nothalten et Bernardvillé où il a plu 40 mm juste avant les vendanges, les raisins sont plus dorés. Pour l’effeuillage je me suis limité à un petit passage en pneumatique sur gewurztraminer durant la fleur. J’essaye de préserver de l’humidité en semant de l’engrais vert. Une fois roulé au rolofaca, il se crée des canaux qui conservent mieux les eaux de pluie. Le mildiou a été rare, au contraire de certains ravageurs. J’ai posé des clôtures électriques et quelques filets pour prévenir l’appétit des sangliers qui semblent avoir profité du confinement. Il y a eu quelques vers de la grappe et la table de tri ne sera pas de trop pour éliminer les pince-oreilles des raisins récoltés à la main. Mais j’ai surtout quelques parcelles où les guêpes se sont montrées très actives. Elles piquent les baies en changeant fréquemment de grappes et de pieds. Les dégâts sont sérieux avec un gros potentiel d’acétique. J’ai attendu le 1er septembre pour démarrer le crémant. Les raisins sont légers et je prévois un faible taux d’extraction. » « L’année est tranquille » Franck Baltenweck, domaine Jean-Pierre Baltenweck et fils. Vigneron indépendant sur 5,5 ha à Ribeauvillé. « L’oïdium a été léger et localisé. Sept traitements cuivre et soufre m’ont suffi pour passer la saison. J’ai même laissé quinze jours d’intervalle à deux reprises. Pour ma première année de conversion je suis satisfait. C’est une année facile pour débuter en bio. Dans mes sols argileux et argilo calcaires, pour moitié en coteaux, le stress hydrique a été modéré. La charge est un peu supérieure à 2019 mais moindre qu’en 2018. Le 26 août j’ai mesuré des pinots blancs entre 10 et 11°, un pinot gris à 12,6°, un gewurztraminer entre 11 et 12°. Le riesling était à 9,8°. Je démarre le crémant le 2 septembre. J’incite mes vendangeurs à trier quand il y a guêpes. Elles sont assez fréquentes dans les grappes les plus sucrées, comme le gewurztraminer où le gibier s’est aussi un peu servi. Le pinot noir me semble avoir bien réussi cette année. Il est moins chargé que les autres pinots. » Jacky Bollinger, apporteur de la cave de Wuenheim. 15 ha à Uffholtz. « La sécheresse a épargné le secteur. Deux pluies de 20 mm sont tombées, l’une en juillet, l’autre en août. Mes parcelles en coteaux, aux sols sableux en surface et lourds plus en profondeur, en ont bien profité. C’est la bonne surprise de l’année. La moins bonne est la période froide qui a occasionné de la coulure sur tous les pinots. J’ai dû me contenter de 60 hl/ha en pinot noir destiné au crémant. Je ne m’y attendais pas d’autant plus que je n’ai vu ni mildiou, ni oïdium. Mes raisins sont très mûrs, la maturité homogène. Fin août, tous les cépages titraient entre 11 et 12° sauf le riesling à 9,5°. Cette année comme depuis dix ans environ, les guêpes et les abeilles font des dégâts. Les oiseaux aussi. Sur un hectare de pinot gris proche d’une forêt, ils m’ont mangé l’équivalent d’une bottiche. J’ai constaté les premiers foyers de pourriture sur auxerrois dont les baies commencent à éclater. Je le prends comme un avertissement. » Propos recueillis entre le 28 et le 31 août par Christophe Reibel












