Vigne

Anne Simon, présidente de la cave de Pfaffenheim

Travailler pour le collectif

Publié le 25/03/2021

Première présidente d’une cave vinicole dans l’histoire des vins d’Alsace, Anne Simon a déjà une grande expérience du monde agricole et viticole. Donner aux autres ce qu'elle a reçu, tel est son credo.

Elle avait été élue dès 1998, au conseil d'administration de la cave de Pfaffenheim avant de faire une pause, pour des raisons familiales, de 2005 à 2014. « Quand je suis revenue en Alsace, mon prédécesseur, Jean-Luc Hanauer, m'a demandé de le rejoindre dans l'équipe dirigeante. J'ai accepté. J'ai d'abord été élue secrétaire en 2019 et donc présidente depuis le 18 février. C'est un engagement complémentaire. Il est dans la continuité de celui que j'ai pour la cave depuis toujours. Le mien et celui de ma famille », explique Anne Simon. Elle a en effet été élevée dans la « culture coopérative » avec un grand-père qui a été parmi les membres fondateurs de la cave de Pfaffenheim. « Mes grands-parents avaient un petit domaine familial. Pendant que mes parents travaillaient à l'extérieur, j'allais aider dans les vignes. Mon grand-père m'a beaucoup appris. Notamment à bien observer la vigne et à comprendre le métier », ajoute-t-elle. Logiquement, elle effectue des études agricoles. Le lycée de Rouffach lui permet de pousser sa réflexion professionnelle. Mais le véritable déclic arrive lors de son BTS viticulture œnologie et ses études supérieures à l'université de la vigne et du vin à Dijon. « Cela a été la découverte et la compréhension de cette culture du vin dans sa dimension agronomique et scientifique. Ce parcours me permet aujourd'hui d'être formatrice pour adulte au CFPPA depuis mon retour dans la région. Ce côté formateur est essentiel pour moi. Donner aujourd'hui ce que j'ai appris hier », précise celle qui s'est également investie dans le domaine familial. Elle le gère avec sa maman, de 2000 à 2014, année où cette dernière, qui avait repris déjà le domaine de ses parents, prend sa retraite. Son papa donnant un coup de main le soir. Puis sa vie familiale l'a conduite à faire la navette entre son Alsace et le sud-ouest du pays où elle a participé à des animations de vente de vin pour la coopérative du Tursan, forte de 135 adhérents sur 350 hectares de vignes. Elle y a également assuré des formations pour adulte (déjà). Aujourd'hui, Anne Simon co-gère l'exploitation avec son frère Dominique. Des 2,5 hectares du départ, la famille en gère désormais 9 de vignes situées de Buhl à Herrlisheim-près-Colmar. Comme il y a quelques années, elle s'occupe également d'une activité de prestation. « Cela me permet d'avoir une trésorerie complémentaire et de rester dans cette philosophie de formation. J'ai retrouvé des anciens élèves à qui j'ai mis le pied à l'étrier », se félicite-t-elle. Rebondir malgré la crise Après ces belles années, elle a donc fait son retour à la cave de Pfaffenheim. Une entreprise qu'elle connaît bien et qui reste familiale avec ses 160 adhérents pour un peu plus de 350 hectares cultivés sur les secteurs de Pfaffenheim, Gueberschwihr, Hattstatt, Voegtlinshoffen, Soultzmatt et Westhalten. Forcément, la crise sanitaire a actuellement un impact. « Avant l'arrivée du Covid-19, nous étions dans une phase de dynamique et de développement. Depuis nous constatons des méventes et une baisse de 17 % pour l'ensemble du groupe (avec Dopff et Irion) qui reste correcte par rapport à la situation observée dans toute l'Alsace. Le caveau est ouvert. Il l'a toujours été si l'on excepte le premier confinement. Nous sommes une cave qui donne une grande importance à la vente aux particuliers. Heureusement, nous pouvons également miser sur l'export. Il faut désormais nous imposer sur des marchés plus variés et de nouveaux créneaux de développement. Pour y parvenir, nous comptons proposer une communication plus poussée sur les réseaux sociaux. Il faut également proposer de nouvelles actions de marketing pour séduire la clientèle. Nous voulons davantage nous faire connaître dans les GMS même si nos produits et nos prix sont différents », insiste Anne Simon. Pour autant, la politique de la cave avec des produits de qualité et de petits lots doit se poursuivre. « Cette image, nous voulons la conserver, la préserver. Mais cela peut également passer par des produits plus innovants et des nouveautés comme des vins d'assemblage. La priorité reste quoi qu'il en soit de continuer à faire de la haute qualité. Il faut que les vins tiennent la route », prévient la présidente de la cave de Pfaffenheim. Militante un jour, militante toujours Elle suit les débats dans le vignoble alsacien. Elle est en phase avec l'état d'esprit de la coopération qui défend les producteurs. « Nous faisons vivre des familles. Le kilo de raisin produit, c'est le revenu. Or produire qualitativement représente un coût. C'est cette qualité qui permet d'accéder à des produits particuliers. L'appellation appartient à tout le monde. Nous sommes solidaires. Mais la solidarité doit aller dans tous les sens. Pour notre part, nous avons le sentiment de ne pas être entendus », estime Anne Simon. Comme dans ses jeunes années, elle demeure une « militante ». Elle se dit prête à apporter sa pierre à l'édifice à la fédération des caves coopératives. Elle reste attachée au monde agricole et viticole. « Je suis toujours l'activité syndicale. Celle des jeunes agriculteurs notamment. Leurs sujets de discussion sont pertinents. Il y a des jeunes qui ont des idées innovantes. C'est mon rôle d'ancienne présidente des JA de les soutenir s'il le faut. C'est dans cet état d'esprit que je continue à donner mes cours. La formation me permet d'avoir une certaine vision. J'ai aujourd'hui le sentiment que la viticulture est trop enfermée sur elle-même et ne regarde pas assez ce qui se passe dans les autres filières pour en tirer des enseignements », conclut-elle.

Publié le 16/03/2021

Depuis un an, l’annulation de la plupart des salons prive de nombreux vignerons d’un débouché essentiel à l’équilibre de leur exploitation. Et si les salons virtuels représentaient une alternative crédible ?

En novembre et décembre derniers, les Vignerons indépendants de France (Vif) ont remplacé leurs salons de Lyon, Reims, Lille et Paris par des éditions virtuelles. L’opération « Le salon dans mon salon », destinée au grand public, n’a pas eu le succès escompté, reconnaît Florence Corre, directrice de la communication des Vif. Sans possibilité de faire déguster leurs vins, les professionnels n’ont pas réussi à attirer de nouveaux clients, comme ils auraient pu le faire sur un « vrai » salon. Si les habitués ont tout de même passé commande pour les fêtes de fin d’année, ils l’ont plutôt fait directement auprès des vignerons sans passer par le site dédié à l’opération. Quant aux drive prévus pour récupérer les commandes dans les villes concernées, trois d’entre eux n’ont pu ouvrir faute d’autorisation préfectorale. Compte tenu de ce maigre bilan, l’organisation n’a qu’une hâte : pouvoir à nouveau accueillir le grand public, comme elle le fait depuis 40 ans dans les plus grandes villes françaises.  Après une première édition test en mai 2020, le salon virtuel Hopwine, organisé par la start-up bourguignonne du même nom à destination des professionnels, a pris son véritable départ en janvier 2021. Avec une différence de taille par rapport au salon en ligne des Vignerons indépendants : le contact entre viticulteurs et acheteurs potentiels s’y fait certes à distance, sur un stand virtuel hébergé par la plateforme Hopwine, mais la dégustation des vins est bien réelle. L’exposant envoie ses bouteilles avant le salon à la start-up. Celle-ci reconditionne leur contenu en « vinottes », des échantillons de 2 cl, et les expédie après le salon aux visiteurs intéressés, explique Anaïs Laborde, directrice commerciale d’Hopwine. Le reconditionnement se fait sous atmosphère inerte pour préserver la qualité des vins, selon un procédé breveté par Vinovae. Toute la logistique est prise en charge par Hopwine : du reconditionnement à l’expédition des coffrets d’échantillons à travers le monde.    Nous sommes ravis de vous annoncer l'ouverture de la troisième édition de Hopwine ! Venez découvrir nos 100 exposants... Publiée par Hopwine sur Lundi 15 mars 2021   Comme pour tout salon, virtuel ou pas, une bonne partie de la réussite repose sur la fréquentation et sur la qualité des échanges noués entre les professionnels. Hopwine revendique une base de données de 30 000 contacts internationaux. Le salon de février, spécialement dédié aux vins et spiritueux engagés dans une démarche durable, a réuni 4 500 visiteurs, dont les deux tiers étaient des importateurs, des cavistes ou des distributeurs, à 65 % étrangers. Les contacts pris pendant cinq jours ont abouti à l’envoi de plus de 16 000 échantillons dans 39 pays. Deux salons virtuels sont encore inscrits au programme d’Hopwine en mars et avril, après quoi la start-up prévoit une pause, le temps de remettre sa plateforme à plat et d’y développer de nouvelles fonctionnalités. « Notre but initial est de permettre aux viticulteurs de pallier l’absence des salons physiques », souligne Anaïs Laborde. Mais une fois que ceux-ci seront de retour, l’idée est bien de se positionner en complément. « Aller à Wine Paris quand on n’a jamais fait de salon et qu’on n’a pas un panel de contacts très important » peut rebuter certains vignerons. Dans ce cas de figure, passer par un salon virtuel paraît une bonne option pour vaincre les appréhensions et nouer des contacts qualifiés. La directrice commerciale d’Hopwine, qui a longtemps travaillé à l’export, y voit un autre avantage : pouvoir vendre ses vins tout en réduisant les déplacements de prospection, qui coûtent parfois plus qu’ils ne rapportent. Un coup d’essai prometteur Séduit par le concept Hopwine, Frédéric Becht a participé au salon virtuel de janvier, comme sept autres domaines alsaciens. Un coup d’essai prometteur pour le viticulteur de Dorlisheim qui, à l’exception d’une expérience à la Wine Fair de Londres, ne fait habituellement aucun salon. « J’ai beaucoup apprécié le stand virtuel, qui est réalisé de manière très pro à partir de textes et de visuels que nous fournissons. Il donne une chouette image de notre domaine.» Il s’est senti « mis sur un pied d’égalité avec les autres exposants » ce qui n’est pas toujours le cas dans un salon physique, où la visibilité des exposants dépend fortement de leur emplacement et des moyens déployés sur le stand. Frédéric Becht est également satisfait du rapport qualité-prix de la prestation proposée : les frais de participation sont calculés selon le nombre de cuvées et de coffrets d’échantillons réalisés. Pour 35 coffrets de 6 échantillons, il s’est acquitté de 1 899 € HT, ce qui lui semble raisonnable pour pouvoir bénéficier d’une visibilité internationale… sans bouger de chez soi. « La somme engagée comprend tout : la création du stand virtuel, le reconditionnement, l’expédition des échantillons… » Suite à sa participation, il a enregistré une petite trentaine de contacts, dont plusieurs cavistes français, des importateurs étrangers (USA, Canada, Hong-Kong, Australie, Allemagne, Pays-Bas) et des journalistes. Il a échangé par e-mail et par visio avec les visiteurs, a déjà envoyé des échantillons complémentaires à certains d’entre eux. Reste maintenant à concrétiser : pour l’heure, il n’a encore reçu aucune commande ferme, mais il est en négociation très avancée avec un caviste du Sud et fait état de plusieurs contacts « très prometteurs ».

Publié le 10/03/2021

À Châtenois, le domaine Edelweiss a pris le virage du bio, il y a une quinzaine d’années, alors que le marché était encore balbutiant. De nouvelles orientations s’ouvrent à lui aujourd’hui.

Idéalement placé au bord de la route des vins, sur le ban de Châtenois, mais à la limite de Scherwiller, le domaine Edelweiss fait face aux châteaux de l’Ortenbourg et du Ramstein. Du parking, on aperçoit aussi le Haut-Koenigsbourg. Nadine et Sylvie Blumstein sont aux commandes depuis que leur père, Hubert, a pris sa retraite, il y a dix ans. Les deux sœurs, formées au lycée de Rouffach, s’installent sur l’exploitation familiale en 1998. Nouvelle génération, nouvelles idées : elles souhaitent convertir le domaine au bio mais pas question de passer en force. Il leur faut d’abord convaincre leur père. « La mise en route a tout de même pris quelques années. On manquait de personnel. Et ce n’était pas une demande de nos clients », rappelle Sylvie, la cadette. Le domaine compte 18 ha, répartis sur les communes de Châtenois, Scherwiller, Dambach-la-Ville et Epfig. Soucieuses de valoriser leur production tout en restant récoltantes à 100 %, les deux sœurs cherchent moins à augmenter leurs surfaces qu’à mettre en valeur certains terroirs : elles acquièrent ainsi 40 ares de grand cru Frankstein à Dambach-la-Ville et 50 ares sur le lieu-dit Hahnenberg à Châtenois. « Nous voulions un grand cru, cela manquait à notre carte, explique Sylvie. Nous avons préféré arracher le pinot noir qui y était planté, alors que nous en manquions, et replanter du pinot gris. » L’aménagement d’une parcelle sur le Hahnenberg répond à la même logique : pouvoir proposer à la clientèle des vins issus d’un « joli terroir » gagné sur un pan de forêt défriché et mis en valeur par quatre viticulteurs locaux. Le domaine Edelweiss exploite aussi des vignes sur le Fronholtz à Epfig et en appellation communale Scherwiller. Nadine et Mickaël, son mari, arrivé au domaine en 2005, réalisent l’essentiel du travail dans les vignes, aidés d’un salarié et d’un apprenti. Ils testent la taille Poussard pour limiter les maladies du bois. « Cela va à l’encontre de la taille traditionnelle, mais on voit le résultat », affirme Mickaël, qui parle de 500 pieds morts en moins, depuis deux ans, grâce à cette technique. Le domaine Edelweiss travaille le sol mécaniquement. Le buttage et le débuttage sont réalisés grâce à un cadre enjambeur Boisselet. Un outil rotatif fixé dessus permet de travailler sous le rang. Dans l’interrang, Mickaël sème des couverts végétaux, qui sont généralement roulés au rolofaca avant floraison. Il utilise du compost depuis deux ans, l’objectif étant d’en épandre sur 3 à 4 ha tous les ans, par roulement, pour aider la vigne à trouver un meilleur équilibre. « On n’a pas encore trop de recul », avoue le vigneron, même s’il est convaincu que « les vignes qui souffrent ont repris de la vigueur ». Pour les protéger, la famille Blumstein recourt classiquement au cuivre et au soufre, avec pour objectif d’espacer les traitements autant que possible. « Avec l’expérience, on y arrive mais on s’est fait quelques frayeurs au début. » Nadine s’intéresse à la biodynamie et s’apprête à suivre une formation sur le sujet, en vue de dynamiser la vigne avec des préparations de plantes pour qu’elle puisse mieux se défendre. Un clin d’œil à la drôle d’année Le domaine Edelweiss dispose de deux pressoirs pneumatiques et d’une cuverie inox constituée en majorité de cuves de 20 à 40 hl permettant de vinifier séparément les moûts issus de sélections parcellaires. Un filtre lenticulaire a été acquis il y a deux ans, afin d’obtenir une filtration plus douce et respectueuse des arômes des vins. Ceux-ci sont vinifiés de manière traditionnelle. Depuis quelques années, l’accent est mis sur la réduction des doses de soufre. « On ne met pratiquement rien à la vendange. Sur vins secs, on arrive à 80 mg de soufre total. » Depuis 2011, le domaine élabore tous les deux ans un vin nature : élevé sans soufre, non filtré, il passe 12 mois en demi-muid de 500 litres d’acacia ou de chêne. Si cette cuvée est pour l’instant l’exception, les sœurs Blumstein ont la volonté d’aller plus loin dans cette direction mais elles comptent le faire progressivement pour ne pas bousculer leur clientèle. En attendant, les vins sont élevés sur lies et soutirés le plus tard possible pour les protéger de l’oxydation tout en limitant la dose de soufre. « Nos vins ont leur personnalité. Ils ont la réputation d’être digestes, souligne Sylvie. Nous voulons rester dans notre gamme. Ce qui compte, c’est que la clientèle continue à les apprécier. » Les deux sœurs lancent régulièrement de nouvelles cuvées, comme ce riesling Carpe Diem sorti en clin d’œil à la drôle d’année 2020 ou la cuvée Roule ma poule, un assemblage de muscat et de gewurztraminer, lancé en série limitée de 2 000 bouteilles. Ordinairement, 20 % des ventes se font au domaine, 20 à 25 % auprès de la restauration et de quelques cavistes. La famille Blumstein réalise une vingtaine de salons par an et anime 40 à 50 dégustations sur le modèle des réunions Tupperware, dans l’ouest de la France. Autant de débouchés mis à mal par la crise sanitaire. Approché il y a trois ans par la grande distribution, le domaine commercialise aussi ses vins auprès d’une vingtaine de magasins de l’enseigne Auchan, essentiellement dans le Bas-Rhin. L’ouverture de ce nouveau débouché s’est faite sans concession sur les prix, se réjouit Sylvie, qui travaille en direct avec les magasins, sans passer par la centrale d’achat du groupe.

Pages

Les vidéos