Vigne

Publié le 27/04/2021

Né en Afghanistan, Haroon Rahimi a découvert le vin en France après une enfance et une adolescence qui l’ont mené à travers le monde sans jamais rester plus de cinq ans dans le même pays. Il s’est installé en Alsace en 2020, pour y entamer un BTS de viticulture-œnologie.

Haroon Rahimi a choisi pour cadre les vignes de l’abbaye de Marbach, dans le prolongement d’Husseren-les-Châteaux. Assis en tailleur sur un châle coloré provenant de sa région d’origine, il se sent dans son élément dans ce clos entouré d’un mur de grès rose, qui abrite les plants du conservatoire de cépages constitué par l’association Vignes vivantes. 80 variétés anciennes, parmi lesquelles des cépages hybrides, dont les bois ont été rapatriés il y a quelques années du domaine de Vassal, dans l’Hérault. Les membres de l’association, qui étudient leur comportement dans les moindres détails, espèrent en réintroduire quelques-uns dans la région (lire notre édition du 19 mars en page 20). Haroon Rahimi a découvert les lieux grâce à son maître d’apprentissage, Stéphane Bannwarth, vigneron à Obermorschwihr et président de l’association Vignes vivantes, chez qui il se forme depuis août 2020. Il s’est proposé pour en récolter les raisins et les vinifier. Stéphane Bannwarth lui a laissé carte blanche. Au lieu d’une cuvée unique, l’apprenti vinificateur a réalisé trois micro-cuvées - Noah (du nom d’un cépage hybride), Lune rose et H’wwah - à partir de raisins macérés, pressurés, avec un élevage sur lies fines dans des dames-jeannes de 50 l sans ajout de soufre. Pour le jeune homme, qui fêtera ses 24 ans en juin, cette première expérience de vinification est une chance. Il l’a saisie avec une certaine appréhension mais, finalement, le courage l’a emporté sur la peur de mal faire. Dire que son parcours dans le monde viticole n’était pas tracé d’avance est un euphémisme. Né en Afghanistan, Haroon Rahimi est arrivé à Paris en 2016 comme réfugié. Il s’inscrit en CAP restauration-hôtellerie dans un lycée hôtelier parisien. En journée, il suit les cours. Le soir, il enchaîne les extras pour subvenir à ses besoins. Lorsqu’il entend parler de la Coupe Georges Baptiste, réservée aux professionnels et aux élèves des métiers de salle, il décide d’y participer. En s’y préparant, il tombe sur une proposition d’accord mets-vins : un vin rouge, issu du cépage grenache noir, associé à une viande. « C’est la première fois que je lisais la description d’un vin, ses caractéristiques, sa complexité, sa richesse en bouche. C’était comme de la poésie », raconte-t-il. Sa connaissance des vins est encore théorique, mais la quatrième place décrochée à ce concours l’encourage à aller plus loin. « Vu mon histoire, c’était un bonheur de finir à ce rang-là », se souvient Haroon. En stage dans un bistrot du 14e arrondissement, il s’initie à la dégustation avec le sommelier de l’établissement. Suivent un deuxième, puis un troisième stage dans des restaurants parisiens où il découvre les vins biologiques. Ce qu’il apprend au restaurant, il le complète en dégustant chez lui. C’est l’époque où, ses moyens étant limités, il s’achète une bonne bouteille chez un caviste de Montreuil, qu’il fait durer toute la semaine en la dégustant à petite dose. Sa curiosité est telle qu’en plus de la responsabilité de chef de rang, son maître de stage lui confie celle de conseiller les clients dans le choix des vins. Entre de bonnes mains Le jeune homme décide de s’orienter définitivement dans le monde du vin une fois son CAP terminé. Avec sa compagne, il s’installe à Perpignan, où il prépare un Bac pro vigne et vin en alternance. Il apprend énormément au contact de Séverine et Philippe Bourrier, propriétaires du château de l’Ou, situé à Montescot, à 10 km au sud de Perpignan. Le domaine a été l’un des premiers du Roussillon à se convertir à l’agriculture biologique. Il est également connu pour élever certaines de ses cuvées dans des jarres en forme d’œuf. Haroon s’épanouit pleinement dans les vignes. « J’ai besoin de travailler pour la nature. Pour moi, le travail de la vigne est encore plus essentiel que le travail en cave. 80 % d’un bon vin, ce sont des raisins sains obtenus sans produits de synthèse, une vigne en bon état, un sol vivant que l’on travaille au minimum pour ne pas perturber les micro-organismes. » Ce penchant pour la vigne ne l’empêche pas de s’intéresser à la vinification des vins avec le maître de chai du château de l’Ou. « Le contact avec la matière première, les premières vendanges, la sensation quand on pige les raisins… J’étais au paradis », retrace Haroon, considérant que cette expérience a changé sa vie. Et après le paradis ? Il y a l’Alsace, région d’origine de sa compagne. Décidé à poursuivre ses études au-delà du Bac pro, il opte pour un BTS de viticulture-œnologie par alternance au lycée de Rouffach, et se met à la recherche d’un employeur. Au domaine Laurent Bannwarth à Obermorschwihr, il est entre de bonnes mains : l’entreprise est familiale, engagée dans la biodynamie et elle produit une gamme de vins nature, dont certains ont longuement macéré dans des jarres géorgiennes appelées qvevri. Le jeune homme, déjà sensibilisé aux méthodes de culture et de vinification alternatives et à l’élevage dans des contenants insolites, ne pouvait pas rêver mieux pour étancher sa soif de connaissances.

Publié le 12/04/2021

Jeudi 1er avril, c’était jour d’examen pour les apprentis de BTS viticulture-œnologie du Centre de formation agricole par apprentissage agricole de Rouffach. Un diplôme qui requiert un niveau de connaissances théoriques et pratiques élevé.

Malgré les confinements à répétition, les enseignements des classes de brevet de technicien supérieur en viticulture (BTS) au Centre de formation des apprentis agricoles (CFAA) de Rouffach (EPLEFPA Les Sillons de Haute Alsace) se poursuivent, notamment pour les classes d’apprentissage en vue d’obtenir le BTS en viticulture et en œnologie. Jeudi 1er avril, les étudiants apprentis de deuxième année de BTS avaient à plancher sur un cas concret de vins à défaut gustatif. Trois sujets étaient proposés au tirage au sort : un vin blanc réduit, un vin rouge piqué, et un vin de base crémant éventé. Après une demi-heure de préparation, devant le juré, l’étudiant apprenti avait à commenter le vin, son profil gustatif, ses données analytiques, son itinéraire de vinification et à proposer des adaptations pour améliorer le process, et éviter la déviance gustative. Les nuances analytiques telles que la turbidité, l’indice de polyphénols ou la concentration en acide malique, ne devaient pas échapper à la vigilance des étudiants, qui devaient en outre faire étalage de leurs connaissances acquises durant leur cursus d’apprentis. En particulier, savoir parfaitement jongler entre les unités de taux de sulfites, du mg/l au g/hl, bien identifier les rôles respectifs des levures et des bactéries, les risques de déviance associés aux résidus de sucres ou d’acide malique dans un itinéraire de vinification donné. « Imaginez qu’il soit salarié chez un vigneron parti en salon. Titulaires du diplôme, ces étudiants doivent être autonomes dans la prise de décision dans une cuverie et devant un vin qui nécessite une opération œnologique imminente », explique Philippe Bavois, enseignant en œnologie, aux jurés. Le jury est composé d’un professionnel du vin et d’un enseignant. Fracture numérique… Si les conditions d’enseignement ont été quelque peu perturbées par le Covid-19, le niveau global des étudiants s’est avéré excellent, quelques-uns présentant tout de même de sévères lacunes, « souvent le résultat d’une accumulation sur plusieurs années », note Philippe Bavois. Certains se ressaisissent, certains décrochent et devront vraisemblablement effectuer une troisième année de BTS. Durant la période Covid-19, le CFAA poursuit la formation à distance, avec des cours en visioconférence. « Cela marche très bien avec les BTS mais c’est vrai qu’avec les niveaux scolaires inférieurs (Bac et surtout CAP) le maintien de l’attention est plus difficile », note Philippe Bavois. Toutefois, « le téléphone est de nos jours un outil incontournable chez chaque apprenant », note le formateur. En effet, si « les régions ont équipé les lycéens d’ordinateurs », en revanche la formation par apprentissage, « parent pauvre de la formation agricole n’en a pas été pourvue ». Or, « le PC portable n’est pas généralisé dans tous les foyers où résident les apprentis ». Certains apprentis ont donc été obligés de suivre des cours sur un écran de 15 cm sur 7, « ce qui n’est pas aisé ». Philippe Bavois préfère néanmoins « retenir les points positifs qui nous permettront de construire l’avenir ».

Publié le 08/04/2021

On parle souvent des avantages biofonctionnels des haies et des arbres dans les vignobles pour réguler les bioagresseurs, séquestrer du carbone, et rediversifier le paysage. Mais c’est sur un tout autre aspect qu’Hervé Gaschy, vigneron à Eguisheim, aborde la question : les bienfaits sociétaux pour la réconciliation entre le rat des villes et le rat des vignes.

Parmi les pionniers de l’agriculture biologique, Hervé Gaschy vigneron indépendant à Eguisheim, a répondu il y a trois ans à un appel à projets de la région Grand Est, confié à Bio Grand Est, consistant à reconstituer une trame verte permettant d’établir un corridor entre la plaine alluviale d’Alsace et le Massif des Vosges destiné à la faune sauvage. « Parmi les douze fermes sélectionnées, j’étais le seul vigneron », précise Hervé. L’idée lui vient alors avec Vignes Vivantes, l’association locale de relance de l’agronomie des terroirs, d’impliquer les enfants des écoles dans la plantation. Celle-ci contacte alors une autre association, Des enfants et des arbres, pour co-organiser l’opération. « L’association nous a fourni les supports pédagogiques, des supports vidéo, pour sensibiliser les enfants avant de planter », explique Florence Gautier, l’institutrice des deux classes de CM1 et CM2 de l’école Vigne en fleur à Eguisheim. « Hervé est venu en classe présenter le projet, les enfants avaient de nombreuses questions. Je suis ravie de les voir motivés à ce point, souligne l’institutrice. Ils avaient certes besoin de sortir et de prendre l’air. » Cet atelier de plantation était également l’occasion de « travailler en lien avec la géographie sur la transformation du paysage ». Et les enfants ont également été sensibilisés à l’agroforesterie. Une autre image du vignoble L’atelier en question portait sur « trois patches de haies, d’une surface totale d’un are pour une parcelle de 50 ares de grand cru Eichberg ». Hervé Gaschy a pris soin de diminuer sa surface de plantation en conséquence. « J’ai appris le pralinage, comment planter des arbres, et le paillage », lance Thibaut, 9 ans. « J’aime bien les arbres, je me promène avec ma mamie en forêt », dit de son côté Léna. Érable, sureau, merisier, noisetier, cornouiller, etc. : les plants ont été préparés par l’association les Haies vives d’Alsace qui multiplie et cultive des espèces exclusivement locales. Et une jardinerie locale, les pépinières Truffaut à Colmar, a prêté leur concours. « Eguisheim a d’autres projets de plantation de haies. Le sujet est pris à cœur par notre syndicat viticole dans la foulée de notre projet de cartographie des terroirs », complète Hervé Gaschy. Au vu des mines réjouies, ce qu’il y a de sûr, c’est que les enfants garderont une image du vignoble comme un lieu d’épanouissement, bien différente de ce qui est parfois véhiculé à l’encontre du vin et des traitements sanitaires.

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