Vigne

Publié le 26/11/2021

En rachetant une propriété dans les Corbières, en 2016, le domaine Ruhlmann-Schutz, de Dambach-la-Ville, a ajouté les rouges à une carte déjà bien fournie. La première grande décision stratégique de la nouvelle génération, officiellement aux commandes de l’entreprise depuis cette année.

Au domaine Ruhlmann-Schutz, « les responsabilités et les prises de décision à moyen et long terme » reposent désormais sur les épaules des frères Schutz - Thomas, l’aîné, gérant de l’entreprise, et son frère cadet Antoine -, de leur cousin, Jacques-Émile Ruhlmann, et de sa sœur, Louise-Anne. Les jeunes gens, trentenaires ou presque, se jettent dans le bain à l’âge où leurs propres parents ont pris en main les destinées du domaine : en 1994, André Ruhlmann, rejoint par son épouse Laurence, sa sœur Christine et son beau-frère Jean-Victor Schutz, succédait à son père, Jean-Charles, décédé prématurément. Le domaine comptait alors une dizaine d’hectares pour une production de 60 000 bouteilles. « Aujourd’hui, nous exploitons 50 ha de vignes en Alsace. Avec les achats de raisins, nous vinifions entre 120 et 130 ha chaque année », indique Antoine, commercial export et marketing. Les vignes se répartissent entre Châtenois, Epfig, Dambach-la-Ville, Scherwiller et Nothalten, avec quelques parcelles sur les grands crus Frankstein et Muenchberg. Une belle palette de terroirs comprenant à la fois des sols granitiques et argilo-calcaires, d’où proviennent également les achats de raisins. Si belle soit-elle, la palette est pourtant incomplète : en dehors du pinot noir, le domaine ne produit que des vins blancs. En 2015, l’idée d’ajouter des rouges à une carte des vins déjà bien fournie commence à travailler les jeunes, qui achèvent leurs études ou sont déjà dans la vie active. Jacques-Émile, engagé dans un tour de France des vignobles, repère un domaine à vendre à Peyriac-de-Mer, à 15 km au sud de Narbonne. Château Valmont - c’est son nom - est situé au cœur de l’appellation Corbières, en pleine renaissance après des années noires marquées par la surproduction. D’autres viticulteurs ont investi là-bas, déployant « beaucoup de créativité et d’innovation ». Comme leur cousin, Thomas et Antoine ont un coup de cœur pour ce terroir qui s’étend entre garrigue et pinède et auquel la mer apporte une fraîcheur bienfaisante. Surtout, le coût du foncier y est « divisé par 10 par rapport à l’Alsace et par 100 par rapport à la Champagne ». Les 8 ha de Château Valmont sont essentiellement plantés en carignan, un cépage rouge tardif. La première étape consiste à planter d’autres cépages (syrah, grenache, mourvèdre en rouge, roussanne et grenache blanc en blanc) qui permettront de réaliser des assemblages. Les plantations, l’acquisition de la cuverie et de matériels de culture requièrent des investissements conséquents, renforcés avec l’agrandissement des surfaces (30 ha aujourd’hui).     Deux gammes en même temps Cinq ans plus tard, la reprise de Château Valmont peut être considérée comme « un pari gagnant », jugent Thomas et Antoine, pas peu fiers d’avoir « contribué à rebooster l’économie locale » dans ce secteur des Corbières maritimes. Avoir fait grandir les deux domaines en même temps est une autre de leurs satisfactions. Les clients, déjà fidèles aux alsaces de la maison Ruhlmann-Schutz, ont appris à apprécier les corbières, qui se déclinent pour l’instant en cinq références : deux rouges, un rosé et un blanc issus d’assemblages, et un vin nature 100 % grenache. Les alsaces, quant à eux, se répartissent entre vins de cépage, vins de terroir, grands crus et vins bios provenant des achats de raisins. S’y ajoutent des créations et une sélection de crémants déclinés de la demi-bouteille au mathusalem (6 l). « Quand je prospecte ou que je rencontre mes clients, je leur propose les deux gammes en même temps », fait valoir Antoine, qui optimise ainsi ses efforts commerciaux. L’entreprise est volontairement présente sur tous les créneaux : les particuliers, la restauration, la grande distribution et l’export, qui représente 35 % des ventes dans 25 pays. Si le commerce en ligne progresse, il ne devrait pas prendre le pas sur la vente physique. « Nous avons développé notre réseau commercial. La moitié de notre effectif se consacre à la vente », précise Thomas, en incluant les commerciaux, le personnel du caveau et de la boutique située au centre de Dambach, ainsi que les salariés qui préparent les commandes. En attendant de « digérer » la crise du Covid, le domaine poursuit ses efforts dans l’œnotourisme, avec l’espoir de voir revenir les touristes internationaux, et s’attache à faire reconnaître la qualité de ses vins en participant à des concours. Six alsaces ont été récompensés au dernier Mondial des vins blancs, en octobre, dont quatre par une médaille d’or. Quant à la cuvée Aventure 2019 de Château Valmont, élaborée principalement à partir de syrah et de mourvèdre, elle a obtenu une médaille d’or au concours interprofessionnel des grands vins de Corbières. Une belle reconnaissance pour ce rouge expressif aux arômes de fruits noirs bien mûrs issu des vignes languedociennes.    

Publié le 17/11/2021

Il est de tradition que les jeunes coopérateurs animent des événements conviviaux de leur cave. Entre Bestheim, Wolfberger et Turckheim, le fonctionnement et les ambitions diffèrent, mais tous partagent une envie commune : porter haut les couleurs de leur coopérative.

Les coopérateurs représentent 48 % de l’ensemble des exploitants viticoles alsaciens et 41 % des ventes d’AOC Alsace, mais seuls 3 % des chefs d’exploitation ont moins de 30 ans. Pourtant, dans la plupart des caves, cette minorité s’organise en groupe ou en association. C’est le cas à Bestheim (380 coopérateurs), où Arnaud Amann préside l’association des jeunes depuis 2012 : « J’ai intégré le groupe à 14 ans, bien avant d’être moi-même coopérateur. Un adhérent est le bienvenu dès lors qu’il souhaite s’investir pour la cave. » L’association est composée de 35 membres actifs, principalement âgés de 20 à 30 ans. « C’est la première porte vers la coopération, analyse Arnaud. Notre rôle ne s’arrête pas au vendangeoir. On veut sentir la continuité de notre métier, sinon nous serions apporteurs de raisin au négoce. » Le groupe organise plusieurs événements tout au long de l’année - Lumières et gourmandises (les 27 et 28 novembre prochains), la fête de l’âne à Westhalten - et il est présent à la Foire aux vins de Colmar. Il propose aussi des réunions techniques ou des soirées accords mets et vins. Il prend part à des salons et à des travaux d’aménagement ou d’amélioration de la cave. « Notre volonté est de faire rayonner Bestheim », résume le viticulteur. L’aspect le plus mémorable est l’organisation de voyages d’étude « pour favoriser la cohésion de groupe et découvrir une autre région viticole » : Afrique du Sud en 2010, États-Unis en 2014, Bordeaux en 2018 et probablement la vallée du Rhône au printemps 2022. L’association est soutenue financièrement par Bestheim et tente de s’autofinancer. « Ce sont nos ambassadeurs, confirme Agostino Panetta, directeur général de la cave. Ils mènent des projets et événements avec une dévotion que n’aurait pas un prestataire. Ils les préparent six mois et jusqu’à onze mois à l’avance avec sérénité et professionnalisme. En 2019 par exemple, 1 000 personnes ont participé à Lumières et gourmandises. C’est devenu un événement clé. Cette année, nous avons dû nous limiter les participants et l’événement a affiché complet en trois jours. » Avec près de 400 coopérateurs, la cave de Turckheim a également son groupe des jeunes avec une vingtaine de membres. Thierry Fesser en est le responsable depuis début 2021. « Nous sommes des coopérateurs de 18 à 40 ans réunis par l’envie de développer la cave. » Ils sont à l’initiative du retour de la coopérative à la Foire aux vins depuis 2014. Ils organisent ainsi six événements par an. Cet été, leurs « vendredis gourmands » avec food truck et accords mets et vins ont rassemblé jusqu’à 300 personnes. Un temps présents au Salon de l’agriculture, ils ont abandonné cet événement faute de retombées. Les 3 et 17 décembre prochains, ce sera vin chaud avec les Spetzbua, association des jeunes de Turckheim. « Cela fait beaucoup de week-ends occupés, reconnaît Thierry, membre du groupe depuis ses 17 ans. J’aime gérer l’organisation d’événement et trouver des solutions aux problématiques que l’on croise forcément dans ce type de situation. Ça me plaît quand le planning est bien chargé et que tout se déroule sans encombre. » Impliqués dans des projets d’innovation Chez Wolfberger (420 coopérateurs), le groupe des jeunes s’était essoufflé ces dernières années. Il a été relancé en 2019 avec un nouveau nom : Génération W. L’entreprise met à disposition des structures et des moyens financiers, tout en lui permettant « d’initier des projets de manière indépendante ». Le groupe des jeunes a même droit à un onglet sur le site internet de la coopérative. Mickaël Farny, responsable viticole, est lui-même membre du groupe qui comprend 24 membres : « Le groupe des jeunes est impliqué dans la recherche et le développement en termes d’optimisation des traitements et de désherbage. » Deux essais sont en cours : la recherche d’une alternative au désherbage avec couvert sous cavaillon et l’optimisation des fongicides avec décoction de prêle et tisane d’osier. Cyril Marschall, vigneron à Colmar, s’occupe du conservatoire ampélographique : 60 ares plantés cette année après deux ans de recherche (lire notre édition du 28 mai 2021). La parcelle voisine, plantée également ce printemps, teste des variétés résistantes à l’oïdium et au mildiou développées par l’Inrae : Voltis et Floréal. Elle est gérée par trois jeunes (Cyril Marschall, Benoît Ehrart et Lionel Buecher). Génération W s’implique aussi dans l’animation des réseaux sociaux. Un groupe Whatsapp et Messenger permet des échanges conviviaux, techniques et un réseau d’entraide. Il améliore la communication entre les coopérateurs et la cave, selon Alice Zink, viticultrice à Wettolsheim. « On a toutes les infos et on comprend pourquoi on nous demande certaines choses », apprécie la jeune femme qui, en tant que membre du groupe des jeunes, souhaite incarner l’image de Wolfberger auprès des consommateurs. « Il est important que tout le monde adhère au projet d’entreprise, complète Véronique Renck, responsable du marketing et de la communication. Ce groupe fait rejaillir nos valeurs et l’esprit coopératif sur l’ensemble des adhérents. » Président de Génération W, Guillaume Gruneisen souhaite développer la présence du groupe sur les salons professionnels et poursuivre le travail de visibilité sur les réseaux sociaux. « Il est important que les jeunes connaissent le fonctionnement de la cave et des entreprises viticoles. Ce groupe, c’est aussi le début de la création d’un réseau. Dans quelques années, ce sera notre tour d’être aux manettes. »

Publié le 11/11/2021

Membre de la Cuma de Westhalten, Loïc Zwingelstein se passionne pour le semis de couverts végétaux. Depuis cinq ans, il expérimente cette technique avec la volonté d’en retirer un maximum de bénéfices pour ses sols et ses vignes.

Loïc Zwingelstein découvre le semis direct de couverts végétaux lors de son apprentissage au domaine Schlumberger à Guebwiller. Il décide d’adopter cette technique sur le domaine familial de Westhalten, motivé par l’idée d’apporter de l’engrais aux vignes sous forme de plantes plutôt que sous forme de microbilles. La première année, il sème à la volée un mélange d’avoine, de seigle et de radis. « Dans une parcelle de 20 ares, labourée un rang sur deux pour ne pas concurrencer la vigne, j’ai semé dans le rang labouré à l’automne. Les conditions météo étaient favorables, il y a eu une belle levée, c’était réussi ». Il laisse les plantes germer pour réensemencer naturellement le rang, puis il les broie. « L’année d’après, je suis monté à 2 ha et j’ai utilisé la herse rotative au semis», retrace le jeune vigneron, qui diversifie son mélange en optant pour un mix de 13 espèces (dont avoine, seigle, fenugrec, pois fourrager d’hiver, trèfle incarnat, radis fourrager, radis chinois, lin, phacélie et vesce). Il constate que la vesce, plante grimpante, le gêne pour travailler le reste de l’année. Trois ans seront nécessaires pour s’en débarrasser. « En semant des couverts, mon but est d’aérer le sol, d’apporter un paillage naturel et de ramener de l’azote, explique Loïc. Chaque espèce est complémentaire : certaines apportent beaucoup de volume, et font donc beaucoup de paille, d’autres ont des racines pivotantes qui contribuent à aérer la terre et d’autres encore remplacent mon engrais. » La diversité du mélange apporte une sécurité : « si certaines plantes ne lèvent pas, les autres lèvent avant ou après l’hiver ». Le jeune viticulteur sème son mélange sur les plantations de deux à quatre ans, qui sont « les plus simples à travailler ». Au printemps suivant, plutôt que de tout broyer, il roule une parcelle sur deux à l’aide d’un rolofaca fait maison pour comparer l’impact des deux pratiques sur le sol. Pour avoir travaillé sur le sujet lors de ses études, Loïc sait déjà que l’utilisation des couverts permet de réduire la température de 5 à 6 °C par rapport à un sol labouré et qu’elle améliore la vie du sol. Expériences en série La troisième année, il songe à se passer de la herse rotative pour gagner du temps et ne plus remuer la terre. « Avec la herse rotative, on obtient une très belle couverture. Mais il faut passer une griffe avant. Et on mélange les couches de terre, même superficiellement, ce qui n’est pas bon », justifie-t-il. C’est ce qui le conduit à envisager le semis direct. À la Cuma de Westhalten, quatre viticulteurs utilisent déjà un semoir de semis direct (SD). Loïc teste l’outil pour pouvoir comparer les couverts ainsi semés avec ceux implantés à la herse rotative. Résultat : à la levée, les premiers forment des rangées bien visibles, alors que les seconds prennent l’aspect d’un gazon. « Mais au fur et à mesure de la pousse, les rangées s’étalent et les plantes poussent quand même de manière homogène », constate Loïc. Si bien qu’à la fin, « on obtient le même résultat ». Cette même année, le jeune vigneron décide d’arrêter totalement le labour et de semer son mélange sur toutes les parcelles préalablement labourées, soit un peu plus de 4 ha. Il opte pour une destruction totale des couverts au rolofaca, emprunté cette fois à un collègue. Il remarque que la quantité de paille est beaucoup plus importante et qu’elle garde davantage l’humidité du sol que lorsque le couvert est broyé ou fauché. En revanche, « l’apport d’azote est moindre car la paille ne se dégrade pas forcément à 100 % et il est plus progressif. » Son expérience le conduit également à adapter la dose de semis en fonction de la vigueur de la vigne : 70 kg/ha un rang sur deux si elle est suffisante (soit 140 kg/ha en plein) ; 80 kg/ha là où la vigne a besoin de davantage d’azote. En 2020, Loïc constitue un nouveau sous-groupe au sein de la Cuma pour acquérir un semoir SD en commun. Il avance le semis avant les vendanges, pour permettre aux plantes de lever avant l’intervention des vendangeurs. Parallèlement, il passe uniformément à 80 kg/ha et teste les 100 kg/ha sur les parcelles qui n’ont jamais été labourées. Les plantes ont un peu de mal à pousser en raison de la concurrence de l’herbe et du gel, qui détruit une partie des semis. Enfin, dans ses jeunes plantations, Loïc sème tous les rangs pour « créer un effet labour, permettre à la vigne d’aller explorer le sol en profondeur et maintenir l’eau dans les parcelles. Car avec le recul, je me rends compte que les couverts sont très importants pour éviter le stress hydrique ». Tous les couverts sont roulés, avec un rattrapage pour bien coucher les espèces qui se relèvent après un premier passage trop précoce. Cette année, fort de son expérience, le jeune vigneron a semé ses couverts la première quinzaine de septembre sur environ 6,5 ha. Il envisage d’amener de l’engrais organique sur les parcelles à la peine l’an dernier et a investi dans un rolofaca avec un collègue, persuadé que la réussite du roulage dépend avant tout de la bonne fenêtre d’utilisation du matériel.

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