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La vigne et les bijoux font la paire
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Publié le 26/01/2022
De retour sur le domaine familial de Katzenthal, Élisa Klur s’est lancée dans la création de bijoux. Ses boucles d’oreilles, broches et colliers à pendentifs empruntent beaucoup à l’univers du vin. Une évidence pour celle qui partage son temps entre les vignes, la cave et son atelier.
Scie, marteaux, pinces, meulettes, bouterolle, triboulet… Sur l’établi d’Élisa Klur, à peine plus grand qu’un bureau ordinaire, toute la panoplie des outils du bijoutier est réunie, rangée famille par famille. C’est dans son atelier-logement provisoire que la jeune femme découpe, étire, martèle, soude, polit les matériaux dont sont faits ses bijoux : du laiton, récupéré chez son grand-père, de l’argent, qu’elle commence tout juste à intégrer à ses créations, mais aussi des matériaux plus insolites comme ces morceaux de joint récupérés dans la cave et transformés en boucles d’oreilles dans une logique d’ « upcycling ». Ceux qui ne conçoivent des bijoux qu’en métal précieux seront peut-être déçus. Élisa, au contraire, se réjouit de pouvoir associer des objets ou des matériaux promis au rebut et des matières nobles, de préférence recyclées dans le cas des métaux précieux. Elle utilise aussi des fragments de végétaux prélevés dans les vignes, comme les vrilles lignifiées qu’elle monte sur des broches ou des colliers. « Par la suite, je pense aussi me servir des éléments qu’on trouve en cave. Du tartre par exemple ». Allier l’esthétique au sens Élisa découvre la bijouterie lors d’un stage effectué chez un ami de la famille, alors qu’elle étudie l’histoire et la théorie de l’art à l’université de Strasbourg. L’envie de s’essayer à « quelque chose de plus manuel » la démange. Grâce à cette expérience, qui fait suite à des stages de peinture, elle acquiert la conviction que le travail sur la matière est fait pour elle. Elle s’inscrit à la Goldschmiedeschule de Pforzheim, en Allemagne, l’une des plus vieilles écoles d’orfèvrerie et d’horlogerie d’Europe, s’y initie aux techniques de base d’orfèvrerie ainsi qu’à l’approche développée par la bijouterie contemporaine : non pas rechercher l’esthétique pour l’esthétique, mais l’allier au sens. Faire en sorte que « le bijou contribue à faire passer un message », résume la jeune femme. La fermeture de l’école durant quatre mois, en raison de la pandémie de Covid, la ramène à son village d’origine, Katzenthal. Ses parents, Francine et Clément Klur, ont entamé deux ans plus tôt une démarche de « décroissance joyeuse », passant de 7 ha de vigne cultivés en biodynamie à 1,8 ha. Ce retour inopiné sur le domaine la convainc de s’y installer : « J’avais assez de bagages en bijouterie pour me lancer. » Et assez de soutien familial pour se former, en parallèle, à la viticulture et à l’œnologie. La vigne et l’univers du vin sont une source d’inspiration quotidienne pour la jeune femme qui se plaît à observer le vivant dans toutes ses manifestations. Déclinée en bagues et en boucles d’oreilles, la collection Saccharo est un hommage aux levures Saccharomyces cerevisiae, ces travailleuses de l’ombre responsables de la fermentation alcoolique. Les découpes ornant les bijoux reprennent les formes bourgeonnantes caractéristiques de ces micro-organismes vivants. Les colliers vrilles, comme les dernières bagues fabriquées par Élisa, empruntent leurs circonvolutions hélicoïdales aux fines tiges qui se forment au moment de la croissance de la vigne et s’enroulent au support rencontré. Pour les fêtes de fin d’année, alors que son site internet n’était pas encore en place, les créations d’Élisa se sont taillé un joli succès auprès d’une clientèle venue essentiellement par le biais du vin. Maintenant qu’elle a obtenu l’autorisation de vendre des bijoux en argent, elle envisage de consacrer plus d’énergie à la commercialisation, en participant notamment à des salons des métiers d’art. Pourtant, entre les vignes et l’artisanat d’art, il n’est pas question de choisir. Même si les premières dictent leur tempo, « je mets les deux activités sur un pied d’égalité, assure Élisa, qui déménagera son atelier d’ici quelque temps dans un ancien bâtiment agricole réhabilité selon les techniques de l’écoconstruction. Croiser et mélanger les différentes disciplines, c’est ce qui fait la richesse de la bijouterie contemporaine. » Élisa ne s’en prive pas. Elle le revendique jusque dans le nom donné à sa marque, Tack & Glou, qui réunit les sonorités produites par le martèlement du métal et celles qui se font entendre en cave lors des fermentations.












