Vigne

Publié le 11/10/2021

À Soultz, la famille Weinzaepfel est passée à la vinification en 2019, après de nombreuses années de livraison à la coop, puis au négoce. Les premières ventes ont démarré en mai de cette année.

Marc et Cathy Weinzaepfel ont commencé petit avec seulement 3,5 ha, à la fin des années 80. Ils sont arrivés à 9,5 ha en achetant différentes parcelles de vignes et de friches qu’ils ont plantées. Coopérateurs pendant 15 ans, ils sont ensuite devenus vendeurs de raisins 15 ans chez différents négociants. C’est en 2019, seulement 30 jours avant les vendanges, que le négociant qui achète leurs raisins destinés au crémant ne renouvelle pas le contrat annuel. Un déclic pour les enfants, Loïc et Audrey Weinzaepfel, qui décident de se lancer dans la vinification en un temps record : achat d’une cuverie d’occasion, démarches auprès des douanes… Pour Loïc, 26 ans, qui a rejoint le domaine en 2018 après un BTS viti-œnologie à Rouffach, puis une licence droit, économie et gestion à Mulhouse, travailler la vigne était une évidence. Mais la vinification était un projet à plus long terme. Audrey est en deuxième année de master marketing-vente option commerce des vins en alternance à Montpellier après un bachelor commerce des vins à Beaune. À la fin de son cursus, en février, elle rejoindra le domaine à temps plein. Toute la récolte vinifiée sur place cette année Cette année, la totalité des raisins sera vinifiée au domaine. Le millésime 2022 sera le premier certifié en agriculture biologique. L’enherbement des vignes est une tradition chez les Weinzaepfel. « Un rang sur deux est en couvert permanent, l’autre en couvert temporaire », indique Marc, qui utilise cinq à six espèces différentes en fonction du type de sols et de production (fèverole, vesce, etc.) en vue de réguler la vigueur. Il passe le rolofaca pour coucher le couvert et conserver l’humidité. Le cavaillon est travaillé au moyen de disques et d’étoiles Kress. « On passe à 10 km/h avec une faible pression des pneus pour éviter les tassements ». Le vigneron taille en Poussard une ou deux arcures à 20 cm et une partie en cordon à 30 cm pour un palissage rapide. Souvent, il taille en vert avant les vendanges pour réduire le rendement et obtenir des raisins plus concentrés.     Il utilise la méthode Optidose pour limiter le soufre et le cuivre. Le domaine a investi dans un pulvérisateur de traitement à panneau récupérateur qui fonctionne avec un flux tangentiel : « deux turbines font bouger les feuilles, le produit se positionne de la même façon du haut en bas du feuillage. Il permet la récupération de 80 % de produit au début de la saison et 40 % à la fin de la saison, selon la densité du feuillage. Nous étions les premiers à l’avoir dans le Haut-Rhin », se réjouit Marc. Mais l’outil ne suffit pas à sauver l’année 2021. « Nous faisons six traitements en temps normal, soit 2 kg cuivre métal par ha, que nous complétons avec de la prêle, de l’ortie, du saule, de l’osier et de la camomille. Nous y ajoutons aussi des huiles de pin ou d’écorces d’oranges ». Malgré une dizaine de traitements cette année, les pinots noirs affichent 90 à 95 % de perte selon les parcelles. Sur l’ensemble de l’exploitation, la famille Weinzaepfel estime les pertes à 90 %. Marc, Cathy et Loïc décident du début des vendanges après dégustation, étude des degrés et de la maturité phénolique. Les parcelles sont essentiellement situées sur le lieu-dit Mittelbourg. Le sol y est argilo-calcaire avec des limons en surface. « L’exposition plein sud permet une grande richesse aromatique, d’autant plus que nous avons beaucoup de vieilles vignes de 25 à 80 ans », souligne Loïc. Les raisins vendangés manuellement sont triés directement dans la parcelle sur une table par Cathy. Un travail colossal pour ramener une récolte la plus seine possible. En cave, le viticulteur dit suivre « un itinéraire classique de vinification adapté selon les analyses du laboratoire et avec le moins d’intrants possible ». D’après Loïc, ces interventions limitées sont permises par le travail effectué en amont dans la vigne, le rendement réduit et le tri des raisins. Il a investi dans un pressoir pneumatique et des cuves en inox thermorégulées. Après pressurage, il débourbe à froid. Pour la filtration, il utilise la bentonite. Il sous-tire les lies grossières puis élève au minimum six mois sur lies, pour suivre la demande, et plus longtemps si c’est possible et si le millésime l’exige.    

Le domaine Frey-Sohler, à Scherwiller, « connecté »

La sécurisation du paiement, facteur de réussite en e-commerce

Publié le 04/10/2021

La crise de la Covid aura au moins présenté l’intérêt de servir de tremplin pour structurer l’e-commerce des vins pour nombre de domaines viticoles. La bonne nouvelle, pour Aude et Damien Sohler, vignerons à Scherwiller, c’est que le chiffre d’affaires de ce canal de distribution progresse en 2021. Condition sine qua non de réussite : la sécurisation du paiement en ligne.

L’année 2020 n’a pas permis de booster l’e-commerce autant qu’en 2019, mais avec ses 112 milliards d’euros globaux générés au cours de cette année atypique, l’e-commerce enregistre +8,5 % comparé à 2019. Une progression du chiffre d’affaires remarquable mais néanmoins légèrement en retrait par rapport à l’année précédente dont la croissance était de +11,5 %. Pendant cette première année de crise sanitaire de 2020, on a dénombré 17 400 sites d’e-commerce supplémentaires comparé à 2019, soit un total de 200 000 sites marchands actifs en France à fin 2020, précise Nicolas Ohl, responsable middle office pro Agri services et monétique, au Crédit Agricole Alsace Vosges. Signe que les vignerons ont profité de la crise pour sceller leurs bases de l’e-commerce. C’est le cas du domaine Frey-Sohler à Scherwiller. Stimulés par les confinements et autres fermetures du réseau CHR, Damien Sohler et sa fille Aude imaginent de nouvelles solutions comme nombre de leurs confrères. Ils se sont lancés sur ce réseau de distribution. À point nommé semble-t-il car si les ventes en ligne de loisirs (transport, voyage, billetterie) ont bel et bien été freinées en 2020, la croissance de l’e-commerce provient donc essentiellement de la vente de produits (commerces alimentaires et de biens), dont le vin d’Alsace bien sûr. Une boutique en ligne épurée Début 2020, le domaine ouvre son site shop.frey-sohler.com avec quatre garanties : l’expédition sous 48 h, la livraison gratuite à partir de 24 bouteilles, une remise dès 36 bouteilles et enfin le paiement sécurisé. La boutique en ligne est des plus épurées. Sur fond blanc, la page d’accueil se résume à la présentation de la gamme complète en vins d’Alsace et à un tableau de conseils gastronomiques très synthétique. « Chaque matin, on prépare les commandes reçues la veille », indique Damien. Pour réaliser la boutique, lui et sa fille se sont appuyés sur le logiciel en ligne PrestaShop. La visualisation de l’évolution du chiffre d’affaires montre clairement en 2020 l’effet d’aubaine à la faveur des confinements. Ce qui est intéressant, c’est qu’en 2021 l’acte de consommation a été préservé par ce canal, et ils savent d’ores et déjà que le chiffre d’affaires 2021 sera en progression. La part de chiffre d’affaires du domaine Frey Sohler réalisée en e-commerce reste toutefois encore minime puisque le domaine commercialise bon an mal an 160 000 cols au total, dont 30 % à l’exportation. Aude et Damien se veulent discrets sur les chiffres, néanmoins non négligeables désormais, ce canal de mise en marché étant particulièrement concurrentiel. La sécurisation du paiement figure parmi les conditions sine qua non de réussite en e-commerce. Ils ont donc fait appel à la solution Up2pay du Crédit Agricole.

Publié le 01/10/2021

En 2018, le domaine Gueth a quitté le centre du village de Gueberschwihr pour investir des bâtiments modernes. En parallèle, il a pris le tournant de l’agriculture biologique. Pour Muriel Gueth, le terroir et les savoir-faire traditionnels priment.

Muriel Gueth reprend officiellement le domaine familial en 1995. Après un cursus général, elle rejoint la formation pour adultes animée par Jean Schaeztel au lycée de Rouffach. Son arrivée sur l’exploitation sonne le départ à la retraite de ses parents, Bernadette et Jean-Claude. Le Gaec se transforme en EARL. Les parents restent un soutien primordial à la vie de l’entreprise. Malgré le décès précipité de Jean-Claude en juin dernier, Bernadette continue d’épauler activement sa fille sur l’exploitation. Un salarié à mi-temps, lui-même viticulteur, vient renforcer l’équipe à la naissance du premier enfant de Muriel. Les parcelles s’étendent tout autour du village de Gueberschwihr sur trois terroirs. Au sud et à l’est, entre 235 et 300 m d’altitude, sur les sols marno-gréseux se développent les gewurztraminers, les pinots gris et les rieslings. « Ce type de sol confère aux vins puissance et acidité complexe : ils sont de longue garde, expressifs et salins ». Dans les parcelles situées en contrebas des collines, le terroir marno-calcaro-gréseux apporte de la puissance, les grès et les calcaires de la finesse à des gewurztraminers, rieslings et pinots blancs, fruités et secs. Enfin, les sols marno-calcaires à l’ouest en lisière de forêt et sur une partie du grand cru Goldert confèrent aux vins puissance et minéralité. S’y épanouissent des pinots gris, gewurztraminers, pinots noirs, auxerrois, sylvaners et pinots blancs. « Au total, cela correspond à une quarantaine de parcelles dont on extrait une vingtaine de vins intimement liés à leur terroir. On garde nos vieilles vignes. Nous avons des ceps de sylvaner et de pinot blanc qui atteignent les 60 ans. Je pense qu’il ne faut pas toujours remettre en cause ce qui a été fait. Nous les gardons délibérément. Ils sont implantés profondément dans le terroir. C’est une manière de conserver une tradition et un savoir-faire. J’ai fait une entorse à cette règle en raison du réchauffement climatique : j’ai planté une petite parcelle de pinot noir sur la colline pour en faire du rouge ». Mise en bouteille tardive Pour le travail de la vigne, Muriel se fie aussi aux pratiques familiales : « Nous avons toujours eu beaucoup d’herbe dans les vignes : un rang sur deux est enherbé, le deuxième est travaillé au sol de manière superficielle. Sauf cette année où rien n’y fait : tous les rangs sont enherbés par l’effet de la pluie ! » Le domaine est certifié Haute valeur environnementale (HVE) depuis 2019. Il pourra arborer le label AB à compter du millésime 2021. Depuis plusieurs années, la confusion sexuelle est pratiquée dans tout le village tout comme à Obermorschwihr, Vœgtlinshoffen et Pfaffenheim. Menée de manière collective, cette pratique est redevenue individuelle depuis le début de la pandémie. « Je taille en Guyot arqué sauf pour le pinot noir où j’utilise la taille Guyot à plat pour réduire les rendements et augmenter le plan de palissage », témoigne Muriel. Quand il s’agit de fixer la date de début de vendanges, elle est attentive à la bonne maturité des raisins, qu’elle apprécie à la dégustation. Après récolte, ils sont pressés longuement (5 à 6 h) dans un pressoir pneumatique. Le débourbage est fait à froid, sans levure. Elle filtre une fois par kieselguhr puis sur plaques avant mise en bouteille. Elle procède à un léger sulfitage à la fin de la fermentation. Pour l’élevage, Muriel privilégie l’inox, sauf pour les pinots noirs qui sont élevés en barriques. La particularité du domaine est sa mise en bouteille tardive, parfois avant l’été et souvent avant les vendanges, comme c’est encore le cas cette année. « La cave est bien fraîche ce qui permet de procéder à un élevage long sur lies », considère la viticultrice. Les vins du domaine sont surtout vendus en direct (à 80 % au caveau, par envoi et sur les salons). Depuis 2017, Muriel a arrêté la vente en vrac. Elle a pu le faire grâce à l’augmentation de la capacité de stockage permise par la construction du nouveau bâtiment à l’entrée nord du village. C’est là qu’elle a ouvert le caveau en 2018. 20 % des ventes sont réalisées à l’export. La viticultrice s’est engagée dans cette voie en 2004 en participant à un salon à Londres avec le Synvira. Le domaine adhère au réseau Bienvenue à la ferme depuis 2010. Muriel propose des apéros gourmands (presque tous les vendredis soir en juillet et août) et des visites de l’exploitation (sur réservation). « Cela permet de faire venir au domaine des personnes intéressées par le monde du vin et curieuses de savoir ce qu’elles consomment. Elles cherchent un « vin vérité » proposé directement par ceux qui le font ». Pour permettre cette rencontre, elle limite les apéros gourmands à 15 participants.    

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