Quatre ans après son installation, Arthur Bohn parvient à commercialiser l’ensemble des vins du domaine familial en bouteilles. Que ce soit auprès des cavistes, des restaurateurs ou à l’export, le vigneron de Reichfeld ne ménage pas ses efforts.
Arthur Bohn s’installe sur le domaine familial en 2017 avec deux objectifs : arrêter le vrac et convertir l’exploitation à l’agriculture biologique. Le jeune vigneron, qui fêtera ses 30 ans, en juillet, s’y est initié en se formant par alternance dans une exploitation d’Eichhoffen. Il a découvert la biodynamie dans un domaine néo-zélandais où il a passé plusieurs mois après un bac pro viticulture-œnologie et chez Chapoutier, maison qui l’employait comme tractoriste jusqu’en 2016 sur les coteaux du Schieferberg. Son père Bernard, avec qui Arthur est associé, produit alors 25 000 bouteilles par an, vendues à 90 % à des particuliers. Le reste part sous forme de raisins ou de vrac. S’il continue à vendre du raisin le temps de la conversion, le jeune vigneron est résolu à commercialiser la totalité de la production en bouteilles. Objectif atteint puisque le domaine Bohn vend désormais 45 000 à 50 000 bouteilles par an, un seuil qu’Arthur considère comme « viable ».
Tout en continuant à développer la vente au caveau sur rendez-vous, le vigneron prospecte de nouveaux marchés, comme les cavistes et les restaurateurs français. Il renforce également ses efforts à l’export, portant la part des vins exportés de 5 à 40 % en seulement trois ans. « La présence à des salons professionnels nous a beaucoup aidés mais c’est aussi le résultat d’une accumulation de petites choses : la philosophie de travail à la vigne et en cave, le marketing, l’habillage des bouteilles, une charte graphique qui tient la route… » Surtout, Arthur n’hésite pas à prendre son bâton de pèlerin pour aller prospecter. « Pour vendre, il faut bouger, bouger, bouger… », dit-il, mentionnant les 40 000 km parcourus chaque année pour écouler ses vins et les cinq tours de France effectués - c’était avant le Covid-19. Convaincu que la présence et la persévérance paient, il livre lui-même beaucoup de ses clients. Une façon d’entretenir le relationnel. « Il faut discuter avec les cavistes, aller manger dans les restaurants avec qui on travaille, rencontrer les importateurs… »
En dehors d’1,5 ha situé en bas de coteaux entre Itterswiller et Epfig, les 9 ha en production sont constitués de coteaux sur des terroirs de grès (Sohlenberg), gréso-volcaniques (Bungertal), ou de schistes (Schieferberg). À la vigne, Arthur et son père pratiquent la sélection massale pour conserver la diversité du matériel végétal provenant des vignes les plus anciennes, celles qui ont plus de 50 ans. « Toutes les parcelles de moins de 10 ans sont replantées en sélection massale issue de pépinière privée », explique le jeune vigneron qui, pour les quatre principaux cépages, sélectionne des pieds de vigueur moyenne, avec des raisins plutôt lâches mais pas tous identiques. « C’est la mixité qui crée de la complexité dans les vins. » Cette diversité se retrouve dans les porte-greffes : en général deux ou trois par parcelle, choisis en fonction de la vigueur du sol et pour résister à la sécheresse.
Arthur et Bernard désherbent le cavaillon en trois passages d’outils à disque émotteur ou à doigts et passent une lame intercep en été. Les vignes sont enherbées naturellement. L’herbe n’est fauchée qu’avant les vendanges : simplement roulée au rolofaca une fois montée en graine. Ainsi, elle joue pleinement son rôle de protection du sol en divisant la température par trois lors des fortes chaleurs. Sa priorité étant de produire des vins de terroir, aptes à la garde, Arthur se satisfait de cet entretien a minima, qui économise du temps et du gasoil tout en maintenant le rendement autour de 50 hl/ha en moyenne. Il cherche à réduire l’usage du soufre et du cuivre au maximum en utilisant des plantes pour aider la vigne à se défendre : saule, ortie, prêle, valériane, pissenlit, sauge et romarin sont pulvérisés à différents stades de la végétation sous forme de tisanes, de décoctions ou de purins. Cette année, il a associé du saule broyé à une décoction de prêle pour favoriser la circulation de la sève au printemps. Il utilisera de la sauge et de l’ortie, dont il connaît le pouvoir antifongique contre l’oïdium et le mildiou, en complément du soufre et du cuivre. Le jeune vigneron s’astreint à arrêter les traitements le plus tôt possible dans la saison pour limiter les résidus sur la vendange.
Sans intrants ni filtration
En cave, Arthur et Bernard travaillent exclusivement avec des levures indigènes et vinifient « au moins 80 % de la récolte sans intrants ni filtration ». « On se laisse tout de même la possibilité de sulfiter légèrement si besoin, précise Arthur qui, dans ce cas, ne dépasse pas les 1 à 2 g/hl. En pratiquant des élevages longs (jusqu’à deux ans, dans l’inox ou le bois), en soutirant au bon moment et en favorisant la décantation par le froid pour les vins qui doivent être mis en bouteilles plus rapidement, ils obtiennent des vins clairs sans filtrer. Cette pratique demande toutefois « un suivi intransigeant : on goûte tous les jours et au moindre doute, on envoie à l’analyse. »
Pour les blancs, Arthur et son père réalisent un pressurage direct de 6 à 8 h. Les jus sont débourbés légèrement après un passage au froid systématique. Les vins de macération - rouges et oranges - sont élaborés à partir de raisins entiers (2/3) et de raisins égrappés (1/3). Un léger piégeage est réalisé les trois premiers jours, suivi d’un remontage quotidien qui n’excède pas 5 % du volume pendant 20 à 35 jours selon les millésimes et les cuvées. La troisième méthode utilisée est plus expérimentale : elle consiste à ajouter à des raisins entiers fraîchement cueillis, du moût issu de raisins pressurés la veille et maintenus en macération avec de la glace carbonique. « Ensuite, on ferme la cuve et on laisse pendant une dizaine de jours sans rien faire à part surveiller et goûter. »