Vigne

Université des grands vins

Pontet-Canet, le projet global

Publié le 23/06/2016

L’Université des grands vins proposait mercredi 15 juin une occasion unique de rencontrer les acteurs et déguster les vins de l’un des châteaux bordelais qui, depuis 10 ans, est le plus commenté dans les blogs, les forums et les revues spécialisées. 

Une soirée à dominante très viticole, où il a été possible d’écouter tour à tour les explications de Mélanie Tesseron, propriétaire du château, de comprendre le travail du régisseur Jean-Michel Comme, et de déguster en verticale dix millésimes successifs de 2004 à 2013, en commençant étonnamment par le plus ancien. Explication. Il s’agissait de comprendre, verre en main, les choix viticoles et les évolutions stylistiques induites, de ce pauillac qui alimente tant les commentaires d’amateurs. Une occasion unique pour les vignerons alsaciens et les régisseurs de domaines, proposée par Mélanie Tesseron, qui a effectué ses premières armes comme stagiaire au domaine Marcel Deiss à Bergheim. C’était en 2008. Bien qu’il soit agronome de formation, Jean-Michel Comme ne pratique pas une viticulture qui consiste à mettre en équation des unités d’azote et des hectolitres de vin. Le régisseur aborde les questions agronomiques par une lecture goethéenne de la nature qui l’entoure : chaque expression de forme, de couleur, de goût, d’odeur et de bruit dans toutes les formes de vie de ses parcelles, sont autant d’éléments de compréhension de l’expression vitale. Car au final, le vin est une - parmi tant d’autres - expression vitale du lieu où pousse la vigne : « Dans mes parcelles, je lis le vivant avec tous mes sens. Chaque couleur ou forme de plante qui y pousse, le bruit du feuillage, s’il est plus ou moins sourd ou strident, le toucher des feuilles, l’odeur des fleurs, la forme des grappes sont autant d’informations pour aller dans la direction la plus appropriée à la nature du lieu. Tout a une signification », explique-t-il. Aussi sera-t-on surpris de voir ce régisseur goûter les feuilles des vignes, toucher le feuillage, sentir les parfums de la fleur : « C’est par là qu’on apprend. Le bio ce n’est pas important », souligne Jean-Michel Comme qui considère la biodynamie, et l’approche par les quatre éléments - eau, air, terre, feu - comme simplement une clé d’entrée pour comprendre le vivant, mais certainement pas comme des recettes appliquées à la vigne. D’ailleurs, « on a autant de pratiques biodynamiques que de parcelles », précise-t-il. Aussi, le projet Pontet-Canet est-il global : « Nous allons passer à 14 chevaux, et nous commençons à avoir des vaches », indique Mélanie Tesseron, qui rappelle qu’il n’y a pas si longtemps, les vignes du Médoc étaient pâturées par des troupeaux d’estive venus des Pyrénées. Un projet qui est également social, le château investissant dans des logements de grande qualité environnementale, tant pour certains salariés des 40 permanents qui le souhaitent, que pour l’accueil saisonnier des 300 vendangeurs. Mais au-delà encore, le domaine est guidé par une volonté d’autonomisation globale et notamment énergétique, indique la propriétaire, avec un projet géothermique d’envergure.  Un tiers des vins sont élevés en amphores L’évolution œnologique du domaine n’est pas en reste, étonne et détonne dans l’univers bordelais. Tous les flux utilisent la gravité naturelle. Les raisins récoltés à maturité parfaite en cagettes sont triés deux fois, avant un encuvage puis une cuvaison qui consiste simplement à entretenir l’humidité du chapeau de marc. La biodynamie a permis de préciser la trame des vins, partant d’une texture « farineuse », observe un dégustateur pour les millésimes 2004 et 2005, et évoluant sur une texture de « velours », mieux construite et identifiée sur les quatre millésimes 2008, 2009, 2010 et 2011 : « Les arômes, c’est votre histoire, dit Mélanie Tesseron. Pour nous, l’attaque, le milieu et la fin de bouche nous importent. Nous recherchons le soyeux et le salin. Une minéralisation dans le respect du fruit. » 2012 marque un tournant avec l’abandon partiel du fût neuf, pour élever un tiers des vins en amphores dessinées par Jean-Michel Comme, avec inclusion de pierres des parcelles. « On était fatigué du bois », dit la propriétaire. Plus largement, la cuvaison abandonne l’extraction forcée des matières phénoliques. Pontet-Canet modifie quelque peu les canons gustatifs des pauillacs et même médocains, donnant moins d’importance à la puissance organique des tanins veloutés, et plus d’importance à la matière minérale qu’ils transmettent à la phase liquide en se condensant avec le temps. Une soirée Université des grands vins (UGV) finalement extrêmement instructive. Pour finir, l’on peut vous recommander de lire le dernier numéro de la revue Le Rouge & le Blanc, n° 120, consacré à ce domaine emblématique. Et vous donner rendez-vous les 2 et 3 juillet prochains à Saint-Hippolyte pour le colloque de l'UGV et de Vitae, sur les terroirs et le patrimoine viticole, notamment soutenu par le député Jean-Louis Christ, qui œuvre actuellement à un projet d'inscription du patrimoine viticole alsacien par l'Unesco, au patrimoine mondial de l'humanité.

La Ruche qui dit oui à Ergersheim

Le plus court chemin vers les produits locaux

Publié le 22/06/2016

Une nouvelle Ruche qui dit oui a démarré son activité à Ergersheim, près de Molsheim. Une semaine avant son lancement, une dizaine de producteurs locaux organisaient une dégustation de leurs produits.

Vendredi 27 mai, une animation inhabituelle régnait dans la cour d’André et Michel Scheyder, viticulteurs à Ergersheim. Lucille Gantner, responsable de la Ruche qui dit Oui d’Ergersheim, organisait une dégustation de produits locaux, en collaboration avec la petite dizaine de producteurs qui approvisionnent la Ruche chaque semaine, à compter du 3 juin. Aux visiteurs qu’elle accueille, elle explique le principe : les clients passent leur commande sur le site internet de la Ruche et viennent la récupérer le vendredi soir de 18 h à 19 h, dans le local mis à disposition par la famille Scheyder, au 54 rue Principale. Les produits sont élaborés dans un rayon de 60 km autour du lieu de distribution, explique Lucille Ganter. Une carte punaisée sur la porte permet de localiser les producteurs impliqués. L’ouverture de cette Ruche - la 37e en Alsace - résulte d’un constat fait par la jeune femme : « Aujourd’hui, on n’a aucun mal à se procurer des produits qui viennent du monde entier, alors qu’à côté de chez nous, on a des agriculteurs ou des artisans qui sont obligés d’aller vendre ailleurs ». Lucille Gantner se saisit de ce paradoxe en misant sur les circuits courts. Le lancement de la Ruche qui dit Oui correspond à un virage professionnel et lui permet de mettre en cohérence ses aspirations personnelles pour des produits locaux, au mode de fabrication connu, avec la réalité. « Au départ, je pensais ne travailler qu’avec des produits bios, mais je me suis rendu compte qu’il existait, à côté du bio, des produits peu traités. J’ai donc élargi mon approvisionnement à des producteurs travaillant en agriculture raisonnée ou qui ont une réflexion sur leur travail et son incidence sur l’environnement », précise Lucille Gantner. Découvrir d’autres saveurs À ce jour, huit fournisseurs figurent sur le site de la Ruche d’Ergersheim : la Coccinelle d’Alsace (maraîchage, Geispolsheim), Apimarci (miel, Wangen), la ferme Vogelgesang (produits laitiers, charcuterie à base de porc ou de veau, Dorlisheim), l’Étagère de nos grands-mères (biscuits, confitures, sirops, Wimmenau), la Frênette du Marlenberg (boisson à base de feuilles de frêne, Marlenheim), la Chèvrerie du vieux Chêne (fromages de chèvre, produits traiteur, Hinsbourg), Turlupain (pain et pâtisserie, Saâles), les Tartes et quiches de Françoise (produits traiteur, jus de fruits, Ottrott). Trois autres producteurs - la ferme Schmitt de Bischoffsheim (produits à base de canard et d’oie), la brasserie l’Amer Fière (Niederhausbergen), la ferme Rothgerber de Traenheim (jus de fruits) - ont également participé à la dégustation du 27 mai. Le lancement de la Ruche d’Ergersheim intervient après la fermeture d’une autre Ruche, celle de Dangolsheim, distante de 5 km. Les 160 membres déjà inscrits fin mai laissent espérer un bon démarrage. « On est content de découvrir d’autres saveurs, témoigne Béatrice, une habitante d’Ergersheim venue en voisine, toujours à l’affût de nouveaux goûts. Et puis, ce qui est bien, c’est de pouvoir chercher tous les produits au même endroit. On n’a même pas besoin de prendre la voiture ! ».

Publié le 22/06/2016

À Kientzheim, Patrick Schiffmann réoriente par surgreffage une parcelle de gewurztraminer en riesling. Le prestataire spécialisé qui a réalisé l’opération s’engage sur un taux de réussite d’au moins 90 %.

L’opérateur commence par repérer les yeux bien verts répartis sur la baguette d’environ trente centimètres de long qu’il vient de prélever dans un tas reposant sur la serpillière humide de sa caisse à outils. D’un coup de couteau assuré, il découpe un par un ceux qui sont en bonne santé. L’écorce du pied à surgreffer est assez souple pour qu’il la décolle avec un autre couteau. Il réalise une incision horizontale, puis verticale, en forme de T, d’où le nom de la technique : T-bud (1). L’opérateur décolle légèrement l’écorce et glisse le nouvel œil entre les bords du T en appuyant avec le couteau. L’endroit est immédiatement ligaturé par du ruban blanc élastique. L’opérateur le noue en laissant seulement dépasser le nouvel œil. Il termine par quelques petits coups de scie en oblique dans le bas du pied afin que la sève montante trouve une échappatoire et ne conduise pas à la formation d’une boule à cet endroit et à un amas de végétation en haut du pied. Le tout n’a demandé qu’une petite minute environ. « Il faut le coup de main. On n’est pas greffeur du jour au lendemain. Cela s’apprend en deux à trois mois de pratique » précise Fabien, le chef d’équipe de la société Worldwilde Vineyards, basée dans le Var. Avec ses six équipiers, tous Mexicains, ils ont eu besoin, ce mercredi 8 juin, de quelque trois heures pour surgreffer les 1 216 pieds de cette parcelle de 26 ares plantés à une densité de 4 800 pieds/ha sur porte-greffe 3309 Couderc. Patrick Schiffmann a eu connaissance de la technique pour l’avoir vu chez des collègues. Il a fait part à sa coopérative, Bestheim, à qui il livre les raisins des18 ha de son exploitation, de son souhait de reconvertir cette parcelle de dix ans en riesling, un cépage qui « convient mieux que le gewurztraminer à ce terroir sableux et granitique ». Il s’est préparé à ce chantier fin janvier 2016. À quelques mètres de la parcelle surgreffée, il a prélevé des bois de riesling issu d’une sélection massale. Il en a constitué trois fagots protégés par une toile de jute qu’il a confiés à son pépiniériste pour qu’il les conserve au bon couple température/hygrométrie. Il les a récupérés deux jours avant le chantier et les a réhydratés dans un sac placé dans une cuve d’eau. 60 % d’une récolte dès 2017 Spectateur ce 8 juin, Patrick va devoir respecter un programme de travaux propres à assurer le succès de la surgreffe. Deux jours après le chantier, il a dégagé toute la végétation du gewurztraminer en place. L’absence de vrille et de palissage lui a permis d’accomplir ce travail en une après-midi. Il n’a laissé subsister qu’un tire-sève afin que le système racinaire continue à travailler. Vers le 20 juin, il rabattra ce sarment à une seule feuille. Patrick devra ensuite passer tous les huit à dix jours au début pour nettoyer le pied de ses bourgeons. Une fois que la greffe aura pris, il pourra espacer ses passages. Après floraison, il lui est recommandé d’apporter 15 à 20 litres d’eau par souche. Avec l’humidité actuelle, il est probable qu’il décale cette irrigation après la mi-juillet. Une fois que le sarment aura assez poussé, il devra l’attacher sur le pied qu’il aura raccourci au préalable ou lui donner un tuteur pour lui éviter de casser. Un manchon sera utile pour conserver une température constante. Le prestataire assure un suivi du chantier tout au long de son année d’exécution. Il passe une première fois en hiver pour repérage, un mois après l’intervention et une dernière fois à la fin de l’été. Il s’assure que le viticulteur a respecté les recommandations laissées sur une feuille de réception des travaux. « Si tout est fait dans les règles, le taux de reprise atteint 95 voire 98 %. Nous garantissons au moins 90 %, sans quoi nous repassons l’année suivante, à nos frais » souligne Fabien. Le prix facturé est dégressif en fonction du nombre. Dans le cas présent, Patrick a réglé 2,40 € HT/pied. Il espère s’y retrouver rapidement. Il n’aura pas de récolte en 2016, mais table sur 60 % de la normale en 2017 et le plein de l’appellation dès 2018. « Je reconvertis ma parcelle en deux ans au lieu de huit si j’avais arraché et replanté. Le riesling bénéficie du système racinaire en place. Le terroir pourra rapidement s’exprimer à travers ce nouveau cépage. Il n’y aura pas vraiment de coupure. La coopérative ne m’accorde aucune aide, mais elle le considérera comme du grand cru dès 2018 et le paiera comme tel » raisonne Patrick.

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