Vigne

Direction régionale de l’entreprise, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi du Grand Est

Lutter contre les fraudes au travail détaché

Publié le 25/09/2016

La lutte contre le travail illégal, et particulièrement contre les fraudes aux prestations de service international, est une des priorités de la Direccte. Durant les vendanges, une équipe de contrôleurs sillonne les vignobles du Grand Est pour contrôler les détachements de travailleurs. Mardi dernier, elle a fait étape dans le nord de l’Alsace.

Régulièrement, l’équipe de la Direccte effectue des contrôles inopinés pour vérifier les conditions d’emploi et d’hébergement des salariés détachés, en particulier dans le bâtiment, les transports, l’agriculture ou la forêt. Depuis le 1er janvier 2016, un millier d’interventions ont déjà été réalisées dans la région Alsace Champagne-Ardenne Lorraine et une centaine d’amendes administratives ont été prononcées. Les enjeux de ces contrôles sont importants, expliquent Thomas Kapp, responsable de l’unité départementale du Bas-Rhin de la Direccte, et Caroline Decleir, responsable de l’unité régionale de contrôle contre le travail illégal. Car il s’agit à la fois de protéger les travailleurs et de lutter contre une forme de concurrence déloyale entre les entreprises. Depuis l’ouverture des vendanges, plusieurs contrôles ont eu lieu dans le vignoble : en Champagne la semaine dernière, en Alsace cette semaine, et bientôt dans le Toulois. Mardi dernier dans le secteur de Cléebourg, une équipe d’inspecteurs du travail était à pied d’œuvre dès les premières heures de la matinée. Après avoir expliqué le motif de leur intervention au chef d’exploitation - qui n’était pas averti de leur passage -, les agents de contrôle se sont engagés simultanément dans les différentes rangées pour relever l’identité des vendangeurs et vérifier leurs conditions d’embauche. « Nous avançons toujours par deux pour des raisons de sécurité. » Malgré la proximité de la frontière allemande, ils n’ont pas trouvé de salarié en détachement ce jour-là. Mais cela ne se passe pas toujours aussi bien : « Dans un autre secteur d’activité, nous avons trouvé des salariés d’origine ukrainienne ou colombienne, détachés par des entreprises européennes en toute illégalité. Ils étaient payés 3 €/h et logés à dix dans une caravane… », explique Pierre Lalanne, responsable de la communication externe à la Direccte. Ces dernières années, aucune situation aussi dramatique n’a été découverte en Alsace, en particulier dans le secteur agricole. Mais on se souvient de cet agriculteur allemand qui produisait 17 ha de fraises en Alsace et employait 50 saisonniers étrangers aux conditions sociales allemandes, qui a été lourdement sanctionné…

Vendanges 2016

Un optimisme prudent

Publié le 25/09/2016

Face à des parcelles où la maturité pratique souvent le grand écart, les viticulteurs ne se pressent pas. Ils jugent le rendement bien orienté et se méfient de drosophila suzukii comme de la peste.

Marc Anstotz, vigneron indépendant sur 14 ha en production en bio à Balbronn. « J’ai encore beaucoup de points d’interrogation. Il y a vraiment de tout. Je fais face à de 5 à 10 % de mortalité de pieds, notamment en riesling. J’ai des parcelles belles et vigoureuses qui doivent encore mûrir, d’autres qui souffrent de sécheresse, notamment si les pieds se situent sur une veine d’argile séchant. Le mildiou qui s’est développé en juin-juillet a été mieux contenu que je ne le pensais. Depuis fin août, les pertes par grillure atteignent de 3 à 6 % selon les parcelles. Nous avons démarré lundi 19 septembre par le pinot noir crémant dans les parcelles éclaircies par le mildiou. À 10-11°, il présente un potentiel de 12,5° au final. Le pinot noir tranquille pourrait être vendangé à partir du 26 septembre. Riesling et gewurztraminer attendront début octobre. Muscat, gewurztraminer, sylvaner et auxerrois en coteau nord me semblent les plus prometteurs. Je prévois une fourchette de rendement entre 55 et 65 hl/ha alors que ces trois dernières années c’était plutôt 50 hl/ha et entre 65-70 hl en 2011. La moitié de ma surface voire un peu plus, correspond cette année à de belles parcelles. Je garde un œil sur drosophila suzukii. J’en ai détecté les premières larves à la mi-septembre sur des vignes jouxtant un verger. J’ai passé du talc sur du pinot noir en laissant des lignes témoin pour juger de son efficacité ». Rémy Kieffer, vigneron indépendant sur 12 ha en production à Itterswiller. « Quand je regarde mes vignes, je suis serein. Les gewurztraminers manquent encore de couleur. Les foyers d’oïdium sont très rares. Il n’y a rien de grave en mildiou. J’ai contenu le champignon avec 6 traitements dont deux pénétrants. Il y a quelques baies ramollies par le soleil. Cette année, je donne la priorité à mes crémants, car mes stocks sont bas. J’ai démarré le 19 septembre avec le pinot noir. Il titrait 12°. Comme les maturités sont bonnes, je vais enchaîner la semaine prochaine avec les autres cépages et je ferai une pause jusqu’à la mi-octobre pour gewurztraminer et riesling. Ce dernier bloque sur des sols légers en manque d’eau. Les pluies de la mi-septembre ne sont pas suffisantes pour le relancer. Je cible les 60 hl/ha, ce qui correspond à ma moyenne habituelle les années normales. Je ne récolterai aucune parcelle en vendanges tardives car j’ai fait le plein en 2015 ». Des grappes de grande dimension Nicolas Garde, directeur technique de la cave Jean Geiler à Ingersheim, 395 ha en production. « L’état sanitaire est excellent. Il y a quelques grappes brûlées à écarter et des pieds de riesling et de gewurztraminer essentiellement perdus à cause de l’esca. C’est une hécatombe ! Des parcelles sont touchées à 10 voire 15 %. La drosophile est invisible. Certains adhérents de la cave ont fait des poudrages. Dans les coteaux, la maturité évolue correctement. Il y a moins de stress sauf pour le riesling qui mûrit plus lentement. Le pinot gris y sera l’un des premiers vins tranquilles récoltés. En plaine, le riesling destiné au crémant bloque. Les températures élevées de début septembre ont incité à rentrer 75 % des crémants pour en préserver l’acidité qui sert de charpente au vin final. J’ai réceptionné des auxerrois à 10° et des pinots noirs à 10,5°. Les grappes sont de grande dimension. Le rendement est au rendez-vous à 83 hl/ha. C’est une bonne nouvelle. Pour le reste, il est urgent d’attendre. Dans la semaine du 19 septembre, nous nous sommes limités à quelques raisins à crémant. Il manque les degrés sur beaucoup de cépages comme le riesling, le sylvaner ou le chasselas. Nous risquons de commencer les AOC tranquilles sans avoir terminé le riesling destiné au crémant. Les adhérents de la cave partagent un certain optimisme, mais restent prudents. Il n’est pas certain que riesling et gewurztraminer fassent mieux en rendement qu’en 2015. Le pinot gris semble mieux loti ». Michelle Fugler, du Vignoble Ziegler-Fugler, 6,5 ha en production à Orschwihr. « Il est très difficile de se prononcer. Il y a de beaux pieds et d’autres qui le sont beaucoup moins même si l’état sanitaire est satisfaisant. La sécheresse et la chaleur ont amputé le potentiel du pinot gris et du gewurztraminer sur le Bollenberg. Avec seulement soixante centimètres de terre, la vigne a soif. Par endroits, le soleil a grillé jusqu’à 20 % des raisins. Tout ne sera peut-être pas récolté. Nous avons rempli deux bennes à vendanges classiques avec des pieds morts, principalement de riesling, de pinot gris et de gewurztraminer. Globalement, je reste raisonnablement optimiste. Les baies sont de taille moyenne avec des peaux épaisses. Nous avons récolté le 20 septembre du crémant qui affiche une charge normale. Nous attaquerons les autres cépages au mieux fin septembre. Nous n’avons pas repéré de larves de drosophiles. Mais nous avons tout de même effectué deux poudrages préventifs avec du broyat de coquille Saint-Jacques sur pinots noir et gris ainsi que sur gewurztraminer ».

Troisième contrôle de maturité

« Il est urgent d’attendre »

Publié le 23/09/2016

Avec des pH coincés entre 2,8 et 3,3, un bel état sanitaire et une météo plutôt orientée « beau temps » dans les dix jours à venir, « il est urgent d’attendre » des belles maturités.

Si les contrôles de maturité sont plus que jamais nécessaires en raison d’un millésime extrêmement hétérogène, et si des prévendanges crémant ont été utiles début septembre pour éviter à certaines parcelles de se faire doubler par les sucres comme en 2015, la suite des opérations demande en revanche de bien regarder les maturités avant de décider de récolter les raisins. À part un léger passage pluvieux dimanche soir, Méteo France prévoit une météorologie orientée sur le beau temps la semaine prochaine, avec un indice de confiance de 3/5. Excellente nouvelle ! D’autant que l’état sanitaire est bon. Les vendangeoirs des opérateurs du vignoble ont donc, dans leur ensemble, décidé de refermer les portes durant quelques jours. Sage décision. Les données de maturités recueillies par le réseau des partenaires du Civa le 15 septembre ont de quoi surprendre. Après une véraison caniculaire, on pouvait s’attendre à une chute notoire des acidités et à quelques blocages de montée des sucres, notamment pour les vignes de sols filtrants et légers et les vignes chargées. Il résulte qu’en de nombreuses zones du vignoble, les pH sont remarquablement bas au regard des degrés potentiels déjà acquis, cependant encore bien insuffisants. Par exemple : avec entre 10 ° et 11 ° d’alcool potentiel, les rieslings s’affichent autour de pH 3. Et pH 3,1 à 3,2 pour les auxerrois aux mêmes degrés. Avec entre 11 ° et 13 ° d’alcools acquis, les pH des pinots noirs sont inférieurs ou égaux à 3,4, et souvent moins de 3,3. De même, les gewurztraminers ayant acquis entre 11 ° et 12,5 ° s’affichent avec des pH vifs à 3,2, ou 3,3. Rien à voir donc avec le millésime 2015 où les pH étaient parfois tendres. Dans ces conditions, les raisins disposent d’une bonne défense acide par rapport aux éventuels agresseurs de fin de cycle. « Il est urgent d’attendre », disait encore ce mardi le directeur du syndicat des crémants, Olivier Sohler, à des viticulteurs pressés d’avoir la récolte rentrée et l’esprit tranquille. Les données de pH très vif et acide apparaissent comme surprenantes dans la mesure où le millésime 2016 n’affiche pas des acidités totales exceptionnelles. Inférieures à 2008, à 2014, et bien inférieures à 2013. Et elles sont similaires à 2015, que ce soit pour le gewurztraminer, l’auxerrois, le pinot gris. Le riesling accuse en revanche un retard d’accumulation des sucres par rapport à l’acidité déjà consommée en véraison. Sans doute l’effet spectaculaire sur un cépage qui décidément n’apprécie pas la sécheresse. On ne sait pas si le retard de véraison d’une quinzaine de jours par rapport à 2015 est un avantage, la tenue de l’état sanitaire le dira, mais ce retard de maturité permettra de limiter la dégradation des acides dans les semaines à venir, puisque les risques de canicule diminuent à mesure qu’on approche de l’automne. En conséquence, face aux pH bas, il faut songer à refréner son envie de vendanger, sachant que les prévisions météorologiques et la qualité de l’état sanitaire laissent par ailleurs la possibilité de sélectionner et d’étaler sa vendange afin d’optimiser les maturités. Comme tous les ans, et en ce millésime 2016 plus qu’en 2014 millésime pressé par la menace drosophile, la vendange à bonne maturité sera l’une des clés de la réussite de ce millésime. Elle dépend des conditions de qualité agronomique des sols, mais également du choix de la date de récolte. En avril et mai, avec les pluies diluviennes, le vignoble aurait signé des deux mains pour une telle vendange. Mais la route est encore longue pour obtenir des maturités abouties, notamment sur les gewurztraminers bien chargés, et sur les rieslings. Pour les autres cépages, c’est bien parti.

Pages

Les vidéos