Domaine Rolly Gassmann
Un caveau œnotouristique visionnaire
Domaine Rolly Gassmann
Publié le 03/10/2016
Pierre Gassmann à Rorschwihr construit un caveau. L’ouvrage pourrait apparaître a priori gigantesque, si l’on ne comprenait pas la vision transgénérationnelle d’une famille de vignerons qui consacre pleinement sa vie aux vins d’Alsace.
Chez les Rolly-Gassmann à Rorschwihr, on n’envisage pas sa vie autrement qu’en la consacrant pleinement à une cause. Dans la génération qui est actuellement à l’œuvre, il y a Yves qui est entré dans les ordres, et il y a Pierre, son frère, actuellement aux commandes du domaine, et qui a quasiment fait un sacerdoce de sa vie de vigneron sur les terroirs du vignoble d’Alsace. Le domaine couvre une cinquantaine d’hectares. Dans le village de Rorschwihr, l’exploitation est éclatée en sept bâtiments, entre la cuverie, le stockage des bouteilles très conséquent sur le domaine, le vendangeoir, le caveau de vente, l’administration. En découvrant l’un ou l’autre des bâtiments, on peine à imaginer comment ce domaine arrive à générer une telle renommée avec des moyens si peu ergonomiques et si peu propices à un minimum de rentabilité dans l’élaboration. On l’aura compris, chez les Gassmann, on investit peu, mais quand on investit, c’est pour plusieurs générations. Le coût du caveau ? Pierre Gassmann ne s’aventure pas et répond seulement : « Nous envisageons l’équivalent de dix années de chiffre d’affaires. » Ce qui pourrait apparaître colossal pour une surface de 50 hectares ; mais Pierre Gassmann n’a pas de regard industriel sur la question du retour sur investissement en viticulture. Comprenant l’importance de l’image renvoyée des vins d’Alsace dans l’appréciation du goût, et comprenant qu’il ne peut y avoir de réussite d’un domaine viticole sans provoquer une certaine émotion, sans laisser une certaine empreinte gustative, olfactive, visuelle, tactile et auditive, forcément, le projet de construction se doit d’être ambitieux et d’intégrer un projet œnotouristique. Sur les 15 000 m2 étagés en 5 plateaux encastrés dans la colline, l’avant-dernier plateau, qui dispose d’une imposante baie vitrée offrant une vue imprenable sur le paysage, pourra accueillir un restaurant gastronomique. « Ce n’est peut-être pas moi qui investirai, mais c’est en place. » Et l’on comprend que Pierre Gassmann ne construit pas ici un projet personnel (les détails du projet sont décrits dans le n° 420 de VitiAlsace). Le titre de Une d’un grand quotidien, « Travaux gênants dans les vignes », dans un papier qui n’a retenu que les désagréments occasionnés par le chantier, n’a cependant pas entaché le moral du vigneron, stoïque face à ce qu’il considère comme des péripéties qui « dans dix ans seront regardées avec amusement ». Plus délicats dans cet article du quotidien grand public sont les commentaires du Crinao, qui relatent dans d'autres dossiers « des cas de carcasses de voiture et de machines à laver dans les vignes ». De quoi donner envie de goûter des vins d’Alsace… Alors que ce projet devrait susciter l’enthousiasme. Pierre Gassmann a profité de cet important chantier pour procéder à quelques réaménagements fonciers contestés dans les vignes situées sur la plaine. Et les mouvements de terre AOC entreposée sur la plateforme ont levé beaucoup de poussière en cette période de sécheresse, souillant les rangs de vignes le long des chemins. « Groupama est venu et nous procéderons aux dédommagements », répond Pierre Gassmann. Probablement que la montagne de travail face à ce chantier a causé une certaine « maladresse » dans les décisions de Pierre Gassmann sur ces travaux fonciers qui engendrent une certaine inquiétude parmi des vignerons voisins par rapport à la gélivité des parcelles. Pierre Gassmann peut s’attendre d’ailleurs à un déclassement de l’Inao. Mais il faut retenir la grandeur de ce projet global visionnaire et vérifier que les vignes contiguës n’ont effectivement pas eu à pâtir de ces réaménagements.












