Vigne

Association des viticulteurs d'Alsace

Des vendanges amicales pour le nouveau préfet du Haut-Rhin

Publié le 17/10/2016

Les traditionnelles vendanges de l’amitié samedi 8 octobre ont donné l’occasion au président de l’Association des viticulteurs d’Alsace, Jérôme Bauer, de faire le point sur les dossiers d’actualité avec le préfet du Haut-Rhin, Laurent Touvet, et d’autres représentants de l’État et de la profession.

Originaire de Bourgogne, le monde viticole n’est pas inconnu pour le nouveau préfet du Haut-Rhin, Laurent Touvet, qui a accepté avec plaisir de vendanger une parcelle de pinot auxerrois située à Obermorschwihr en compagnie du député-maire de Ribeauvillé, Jean-Louis Christ, d’élus de la Chambre d'agriculture d’Alsace, et de représentants du monde viticole alsacien. « Cette année, nous avons le sourire. Après trois millésimes difficiles qui ont fait fondre nos stocks, la quantité est là tout comme la qualité qui nous a toujours été fidèle. Regardez ces belles grappes bien chargées. La difficulté cependant qui nous préoccupe reste cette maladie cryptogamique du bois, l’esca. Elle nous inquiète car, regardez ces trous dans nos rangées. Nous devons couper et replanter. À l’avenir, il va falloir intensifier la recherche, sinon nous allons avoir de gros problèmes. Il faut un programme de recherche ambitieux pour faire face à cette épidémie qui pourrait se révéler aussi dévastatrice que le phylloxera il y a un siècle. Dans certaines parcelles, le taux de mortalité des ceps peut atteindre 10 % », explique Jérôme Bauer. Puis, pendant une heure, le préfet du Haut-Rhin donne des coups de sécateurs. « Je serai votre partenaire » Au terme de ces vendanges de l’amitié, le président de l’Association des viticulteurs d’Alsace (AVA) convie ses invités à visiter l’exploitation familiale. L’occasion de présenter au préfet les missions de l’association. « L’AVA est le syndicat de défense des vignerons. Il accompagne les vignerons dans leurs démarches. Il joue, en premier lieu, un rôle syndical. Sa seconde mission est d’être un organisme de gestion des appellations. Nous traitons tout ce qui concerne le cahier des charges, les contrôles et le respect de la production. L’AVA est l’autorité de la viticulture alsacienne au sein de la production pendant que le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa) s’occupe de la promotion, de la commercialisation et de la communication », souligne Jérôme Bauer. Le président de l’AVA évoque ensuite les sujets d’actualité. À commencer par l’affaire Albrecht qui n’avance toujours pas sur le plan judiciaire. « Je ne sais pas si l’AVA va pouvoir contenir encore longtemps la colère des viticulteurs lésés. Je compte sur votre soutien. La séparation des pouvoirs n’interdit pas au préfet que vous êtes de parler avec le nouveau procureur de Colmar pour essayer d’accélérer la procédure judiciaire », affirme Jérôme Bauer. « Je m’entretiendrai avec le procureur pour qu’il m’éclaire sur le dossier, et pour avoir un calendrier sur le règlement de cette affaire », répond Laurent Touvet. Jérôme Bauer s’intéresse ensuite à un autre sujet : la future réglementation nationale sur l’épandage de produits phytosanitaires dans les vignes. « Avec l’élargissement des zones de non-traitement (à 200 mètres des habitations), 3 000 hectares de vignes pourraient être condamnés en Alsace. Ce plan est inapplicable », estime le président de l’AVA qui souhaite que la profession et les pouvoirs publics travaillent ensemble sur une solution adaptée. Il met en avant le sens des responsabilités des viticulteurs en matière de sécurité des habitants et de l’environnement. Laurent Touvet indique avoir transmis un rapport à Paris, pour prévenir des difficultés de mise en œuvre et de contrôle de cette réglementation. « Je serai votre partenaire pour essayer d’obtenir une atténuation du futur dispositif et des règles plus raisonnables », promet le préfet du Haut-Rhin. De manière plus générale, la viticulture dénonce l’excès de contraintes réglementaires qui est en train d’étouffer les entreprises. La matinée s’est terminée par le verre de l’amitié puis un déjeuner commun avec au menu un baeckeoffe.

Publié le 16/10/2016

A Obermorschwihr, Stéphane Bannwarth expérimente depuis 2011 la vinification de cépages alsaciens en qvevri. La méthode ne pardonne rien.

Stéphane Bannwarth a découvert la vinification en qvevri en Géorgie en 2007 alors qu’il accompagnait un de ses stagiaires natif de ce pays. Sur une ferme de polyculture-élevage, il goûte deux rouges issus de la même vendange. Le premier n’est pas abouti. Le second est puissant et tanique. Le même itinéraire de vinification a pourtant été appliqué aux deux. L’explication est que l’un a été vinifié dans un contenant plastique quelconque, l’autre dans une grande jarre en terre cuite enterrée dans le sol, un qvevri. Stéphane se demande si cela peut fonctionner avec des cépages alsaciens. Il se lance et en commande huit exemplaires de 200, 400, 900 et 1 500 litres. Avant même de penser à y mettre le premier jus, Stéphane doit réfléchir à leur installation. Il creuse un cercle de deux mètres de profondeur pour cinq de diamètre et les place en laissant un espace tout juste suffisant pour que le corps d’une personne puisse en faire le tour. Il comble le vide avec un mélange de terre et de sable, tassé à la main. « La forme du qvevri en citron ne facilite pas les choses. Il est rempli d’eau pour qu’il ne se soulève pas. Il faut veiller à ne pas laisser de vides sur les côtés. La terre doit avoir une bonne tenue. Le premier tiers est le plus compliqué à enterrer » commente Stéphane. Fermer un qvevri est un autre défi. Comme les bords ne sont pas complètement plats, Stéphane les enduit d’une couche de suif sur laquelle il pose une plaque de verre de 10 mm d’épaisseur qu’il a fait fabriquer. Elle est percée en son centre d’un trou qui fait office de bonde. Elle est filmée pour que le verre y reste collé s’il venait à casser. Il coiffe le tout d’un tas de copeaux qui produit son effet thermique et empêche le soleil de taper dessus. Un toit abrite d’ailleurs l’espace où les qvevris sont enterrés. « Mon but est de faire fermenter les jus sans ajout de quoi que ce soit, pas même de soufre » lance Stéphane. A la récolte, il débourbe les jus dans de grands bacs placés sous le pressoir. Plutôt que de les pomper le jour même dans les qvevris en perdant en vitesse et en qualité de sédimentation, il effectue seulement l’opération le lendemain. Il effectue un premier tri pour sélectionner 25 à 30 % de ses plus beaux marcs. Il les met dans des sacs d’une vingtaine de kilos qu’il fait couler à plusieurs reprises afin de bien mélanger le jus. Il laisse le qvevri ouvert le temps que la plus grosse partie de la fermentation soit passée. Il le ferme à une densité de 1010-1020 et complète le volume. Les sacs de marcs restent de six à dix mois en place. « Je goûte les jus pendant la fermentation et avant la fermeture pour juger des équilibres et de la fermentation malolactique. Ensuite, je me limite à une fois par mois grâce à un tube. Le vin évolue lentement. Mais j’ai moins de souci de blocage qu’en cuve inox » indique Stéphane. La première année, il n’est intervenu en rien. Un qvevri a fermenté en strates, les jus les plus ronds se retrouvant dans le bas, les plus acides en haut. Pour ne pas perdre ce volume, Stéphane l’a fait refermenter en bouteille et a produit un vin légèrement pétillant. Des « vins increvables ! » Chaque année depuis 2011, Stéphane réalise des essais. La première fois, il teste une vinification par cépage en riesling, pinots gris et noir, et gewurztraminer. Ce dernier restitue un côté aromatique plus complexe, mais pas plus intense. Les monocépages ont moins convaincu. « Leur équilibre est plus aléatoire » estime Stéphane. En 2012, il assemble riesling, pinot gris et gewurztraminer à hauteur d’un tiers chacun. « J’ai beaucoup aimé le résultat. Le riesling a donné à ce vin une belle colonne vertébrale » note-t-il. En 2013, sa vinification en qvevri se limite à un auxerrois. Il ne fait pas macérer la vendange et obtient un vin plus léger, proche d’un Alsace classique. En 2014, il expérimente un assemblage de jus de riesling, pinot gris et gewurztraminer dont un tiers a macéré. Les vins sont troubles et montrent des « réductions austères ». En 2015, il ne vinifie rien en qvevri en raison d’un faible rendement. Mais il sait à quoi s’en tenir. « La macération fait que la fermentation va au bout. Ces vins ont moins de 5 g/l de sucre résiduel. Leur cycle de comportement est différent par rapport à des Alsace classique. Mais une fois aboutis, ils sont increvables ! Une bouteille peut être ouverte quinze jours en s’oxydant à peine ». Un mois avant la mise, Stéphane fait décanter vin et lies dans une cuve. Si le vin est assez clair il fait l’impasse sur la filtration et le sulfitage. Sinon il le filtre sur plaques grossières. En vieillissant, les vins deviennent dorés, voire ambré dans le cas du pinot gris. Les 2011 ont été « présentables » pendant un mois après embouteillage. Ils se sont ensuite fermés avec des notes de tabac froid. Mais ils se sont ressaisis en 2015 ! « Le qvevri est une méthode de vinification qui exprime tout. Le plus difficile c’est de faire confiance à sa matière première et de lâcher prise. Il ne faut utiliser que les tous meilleurs raisins, les plus mûrs, les plus complexes » juge Stéphane qui, sans vouloir systématiquement vinifier en qvevri chaque année souhaite produire deux assemblages et un monocépage pour chaque millésime.

Distillerie de Sigolsheim

Cherche volume

Publié le 14/10/2016

Fin septembre, du jus de marc de raisin s’est déversé accidentellement dans la rivière proche de la distillerie de Sigolsheim. Depuis, l’entreprise a corrigé et sécurisé son mode de fonctionnement. D’importants investissements dans l’outil de travail permettent d’assurer la pérennité de l’activité.

L’accident est survenu un dimanche soir. « Nous avons une pompe qui ne s’est pas mise en route et nous avons eu un débordement d’une cuve sur le silo qui récupère tous les jus de marc. Du lundi au samedi, nous sommes ouverts et nous vérifions le bon fonctionnement des installations plusieurs fois par jour. Le dimanche, il y a une fréquence de visite moins régulière. Une le matin et une autre le soir. L’incident est vraisemblablement survenu en fin de matinée. Il y a donc eu effectivement un écoulement vers la rivière. Il a été limité. Nous avons été prévenus par la gendarmerie et la mairie. L’incident a été corrigé et nous avons pris les mesures pour répondre à ce problème exceptionnel. Nous avons doublé les fréquences de visite le dimanche et une deuxième pompe a été mise en place. Dans le même temps, la première a été révisée. Il faut rappeler que c’est un problème ponctuel qui s’est déroulé pendant les vendanges. Le reste de l’année, il n’y a pas d’écoulement de jus », explique Erwin Brouard, directeur depuis quatre ans de la distillerie de Sigolsheim. À la suite de cet incident, il a rencontré le directeur régional de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) pour lui faire part de ces mesures correctives et une réunion a eu lieu avec la société de pêche locale. Pour compenser la mortalité des poissons lors de cet incident, l’entreprise prendra en charge l’alevinage de la rivière Weiss sur trois années. Différentes sources de valorisation Depuis son arrivée à la direction de la distillerie de Sigolsheim Erwin Brouard cherche à pérenniser l’activité de la distillerie en collectant l’ensemble des coproduits de la viticulture. « Nous voulons traiter des volumes encore plus importants. Sur les trois dernières campagnes, nous nous situons à un traitement moyen de 15 000 à 16 000 tonnes de marcs et environ 50 000 hl de liquides dont une partie vient de Champagne. Nous avons un point d’équilibre qui se situe autour de 18 000 tonnes. Nous avons la confiance de nombreux professionnels alsaciens. Nous ne faisons plus payer le traitement des marcs et il y a une prise en charge pour les transports. Nous rémunérons également les vins à l’hectolitre d’alcool pour rentrer un volume conséquent. D’où cette ouverture vers d’autres vignobles. Dans le même temps, nous avons une politique dynamique qui nous incite à multiplier les sources de valorisation comme, par exemple, les pépins en huilerie afin de bien valoriser les liquides qui restent en distillerie », précise Erwin Brouard. Il ne cache cependant pas qu’il espère arriver rapidement aux 18 000 tonnes de marc. « Nous n’allons pas revenir sur le passé. La situation est claire avec l’arrêté de 2012 sur la collecte et le traitement des marcs. On a également le sentiment qu’avec l’association des viticulteurs d’Alsace (Ava), on a retrouvé une relation saine et correcte. Un dialogue serein existe et nous respectons tous les professionnels qui cherchent une autre voie que celle de la distillerie. Nous cherchons évidemment à avoir leur confiance à l’avenir car, notre distillerie est une entreprise locale qui valorise localement les coproduits de la viticulture alsacienne », rappelle Erwin Brouard. Une distillerie qui a gardé la confiance du groupe Grap’Sud. « Le groupe, qui a réalisé en mars 2016 une augmentation de capital de 850 000 euros, veut pérenniser la distillerie et rester sur le vignoble alsacien ». Une augmentation de capital qui est arrivé après la réalisation d’importants investissements sur le site comme, par exemple, une station d’épuration, une tour aéroréfrigérante ou encore une nouvelle colonne. L’atelier tartrique a également été modifié. « À l’avenir, nous comptons également changer notre chaufferie au fuel lourd pour passer au gaz naturel et faciliter la montée en puissance de notre chaudière biomasse », conclut Erwin Brouard. Rappelons enfin, qu’en pleine saison, la distillerie compte jusqu’à 22 salariés dont 13 à temps plein.  

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