Université des grands vins
Dimensions géosensorielles des rouges d’Alsace
Université des grands vins
Publié le 11/11/2016
Après deux années pleines de rencontres d’acteurs des grands vins, l’Université des grands vins donne la parole aux vignerons des terroirs alsaciens, sous les yeux avisés, le 2 novembre dernier, du philosophe Olivier Assouly et de l’universitaire bourguignon Jacky Rigaux.
La fréquentation aux soirées de l’Université des grands vins (UGV), attire généralement entre 100 et 150 convives présents pour un fichier de 500 adhérents, amateurs de grands vins. Depuis deux ans, ce projet d’un noyau dur de vignerons de terroirs alsaciens, a attiré à chaque soirée mensuelle des centaines d’amateurs, venus écouter des intervenants de qualité pour élever le débat professionnel. Mais force est de reconnaître que, si une centaine de vignerons assistent régulièrement ou épisodiquement à ces soirées de dégustation et de débat, ce projet de l’UGV est à l’œuvre pour réaliser son objectif d’universalité et vise à toucher toute la viticulture alsacienne : faire venir les vignerons afin qu’ils prennent conscience du potentiel de leurs terroirs alsaciens à faire naître de grands vins. En ce 2 novembre, l’UGV a donc changé de braquet en se consacrant pour la première fois à des vins d’Alsace, neuf rouges de terroirs alsaciens, des maisons Sipp, Pfister, Barthel, Ginglinger, Schoenheitz, Fuchs, Agapé - Sipp, Boxler, parmi un chambolle-musigny du talentueux vigneron bourguignon Bruno Clavelier, le tout sous l’œil avisé de l’universitaire Jacky Rigaux, du philosophe Olivier Assouly, invité d’honneur et conférencier, et bien sûr des adhérents de l’UGV, venus en nombre. Avec en accompagnement des vins, des fromages choisis et affinés par Jacky Quesnot. Point notoire de la soirée, soulevé par le philosophe, par Bruno Clavelier et par Jacky Rigaux : la jeune génération de vignerons alsaciens est bien en marche, connaisseuse, passionnée, volontaire et ambitieuse. Si elle ne dispose pas encore de tous les instruments pour élaborer de grands vins d’émotion, elle en a toute la capacité. Et les vins présentés, élevés en méthode naturelle ou plus classiquement, en sont les prémices. Ce qui a occasionné des débats respectueux sur la densité de plantation, la qualité du matériel végétal, les méthodes de cuvaison, en raisin non égrappés ou pas, avec ou sans soufre ajouté. Et en particulier sur le niveau de maturité physiologique à obtenir avant vendange, sujet cher à Jean-Michel Deiss, président de l’UGV. Autre enseignement de la soirée : la dégustation a mis en évidence la diversité des géologies alsaciennes, entre les granites, argilo-calcaires, les grès ou les schistes… Le collectif de l’UGV avait d’ailleurs pris soin de classer les vins par couple, soit un terroir sédimentaire et un terroir cristallin (métamorphique), de manière à bien distinguer l’effet des dimensions gustatives induites par ces génétiques géologiques : des vins plutôt sphériques et centrés dans la bouche, et des vins plutôt verticaux, ouverts sur l’œsophage. Une manière d’initier à la dégustation géosensorielle, qui n’est pas centrée sur les expressions organiques du cépage, ainsi que l’explique Jacky Rigaux, mais sur toutes les dimensions sensorielles, exprimées par ailleurs dans les biotopes des terroirs, la faune et la flore spécifiques et inféodées à chaque et unique terroir. Le lien entre la perception sensorielle du vin et les perceptions sensorielles du lieu d’où il est issu - puisqu’il est une des expressions du lieu - n’a ni de support, ni d’explication scientifique. Ce lien trouve en revanche une certaine compréhension dans l’approche anthroposophique. C’était le propos préliminaire à cette dégustation, tenu par Olivier Assouly, lequel ne s’est pas posé en juge arbitre pour ou contre ce que certains, comme Michel Onfray, appellent la supercherie anthroposophique, mais en proposant une explication historique aux propos de Rudolf Steiner dans son « cours aux agriculteurs » de 1924. Ils visent en particulier à émanciper les paysans et leurs fermes, de toutes formes d’aliénations techniques, politiques, d’où le concept de ferme autarcique en tant qu’organisme vivant. Ce qui pose en soi la question de la codification des productions, et donc de la production sous cahier des charges d’appellation : un débat philosophique ouvert et respectueux s’est alors ouvert à l’UGV faisant appel à des références telles que Gaston Bachelard, Michel Serre, Sir Albert Howard ou Ivan Illich.












