Publié le 06/12/2016
À Vœgtlinshoffen, Jean-Marie Vorburger a choisi de mettre un grain de folie dans ses vins afin qu’ils constituent sa meilleure promotion tout en étonnant ses clients.
Jean-Marie Vorburger se veut un viticulteur discret. Depuis ses débuts, ses ambitions sont sages. Il passe son BTAO à Rouffach, son BTS viti-oeno à Beaune en 1986, prodigue pendant six ans à mi-temps des conseils techniques à ses collègues dans l’entreprise qui l’emploie et s’installe sur 5,75 ha en 1992. Aujourd’hui il en exploite un de plus, planté en raisins à crémant sur un ancien pré en 1993 et 1994. « Cela donne assez de travail à un homme seul. Je n’ai pas envie de m’agrandir. C’est mon choix de vie » dit-il. Dans ses vignes enherbées un rang sur deux, plantées dans des terroirs marno-calcaires, il revendique une stratégie de viticulture « raisonnée minimaliste ». La preuve ? En moyenne il intervient quatre fois pour contrôler mildiou/oïdium, six fois en 2016. Pour espacer ses interventions, Jean-Marie réduit sa dose de 30 % en début de campagne et travaille à la dose homologuée en produits systémiques jusqu’à la floraison. Il se limite par la suite au cuivre/soufre. Comme il se situe dans un vaste ensemble qui pratique la confusion sexuelle, il n’a recours à aucun insecticide. Depuis deux ans, il fait appel à un prestataire qui aère ses pieds par un effeuillage modéré avec un appareil à jet d’air. Jean-Marie vise le rendement autorisé par les différentes appellations. En 2016, il fait le plein. Les trois millésimes précédents, il s’est contenté d’environ 70 hl/ha de moyenne. La machine à vendanger récolte pinot blanc et riesling sur un tiers de leur surface, parfois un peu plus. « Je ne vois pas de différence de qualité » précise Jean-Marie qui « aime vinifier » tout ce qu’il produit dans une cuverie qui se partage entre 400 hl d’inox, 200 hl de fûts et 100 hl d’acier émaillé. Il sulfite ses moûts à 2-3 g/hl, n’enzyme pas avant de faire débourber quarante-huit, voire soixante-douze heures. Il levure au cas par cas comme par exemple cette année où les départs en fermentation ont traîné. Il laisse ses vins plusieurs mois sur lies fines. Il ne les stabilise pas avant la mi-mars et ne les filtre qu’à partir d’avril. « Mon plaisir est de prendre du temps pour faire de bons vins » explique Jean-Marie. Chaque année depuis 1997, il envoie 30 hl de vendanges tardives et/ou de gewurztraminer, voire de riesling « si le gewurztraminer ne me plaît pas », se bonifier aux hospices de Strasbourg. Jean-Marie vinifie le début de sa gamme de sept vins en sec à 5-6 g pour un riesling et 7-8 g pour un pinot gris. Mais il avoue un faible pour les « vins gourmands ». Ces cuvées vieilles vignes ou vendanges tardives qui étonnent ses clients en annonçant régulièrement 20 à 25 g de sucre résiduel sur une colonne vertébrale acide sont son cheval de bataille. Trois trophées d’excellence Jean-Marie a la clientèle qui le suit sur ce type de vins. « Elle me dévalise » rigole-t-il. C’est encore un peu plus le cas depuis qu’il s’est fait connaître au concours riesling du monde où il décroche par trois fois trois trophées d’excellence avec des vendanges tardives récoltées en 2005, 2007 et 2009. « Ce riesling est issu d’une vigne de soixante-deux ans. Son acidité en contrebalance le moelleux » commente Jean-Marie. Il faut préciser que cette participation est, en dehors d’un site internet de type vitrine et d’un courrier postal annuel, le seul investissement commercial du domaine. « Je m’occupe de mes vignes et de mes vinifications de A à Z. Aucune n’est à plus de dix minutes en tracteur et cela me facilite le travail. Je délègue de rares travaux comme l’arrachage des bois. Je ne participe à aucun salon. Je n’ai toujours pas donné suite à des demandes de soirées de dégustation chez mes clients. Je ne me vois pas parcourir des milliers de kilomètres pour vendre mon vin. Pour écouler plus de bouteilles, je devrais embaucher au vignoble. Je n’y suis pas prêt. C’est pourquoi je m’investis uniquement dans la promotion de mes vins au caveau, tout comme Odile, mon épouse » avoue-t-il. En misant sur le seul bouche-à-oreille, les ventes du domaine progressent lentement, mais de manière continue, au caveau comme à la cave des hospices qui constitue une autre adresse où neuf vins du domaine peuvent s’acheter. Cette évolution satisfait Jean-Marie qui réalise en outre une quinzaine d’envois par an, des commandes à chaque fois de 120 à 500 bouteilles. « Ce sont des personnes qui ont un jour goûté mes vins qui les passent » explique-t-il. Jean-Marie qui s’est lancé dans la bouteille en 1993, vend le solde de ses vins en vrac, comme son père avant lui. Il fait confiance à un seul courtier. Il écoule la plupart de ses lots à un cours souvent un peu supérieur à la mercuriale.












