Vigne

Pépinières Bernhart à Wolxheim

Une entreprise familiale

Publié le 24/11/2016

Pépiniéristes viticoles à Wolxheim, Alain et Alix Bernhart jouent la carte locale et familiale dans un contexte où les viticulteurs demandent de plus en plus de garanties sur l’origine et la qualité du matériel végétal qu’ils utilisent pour leurs vignes.

Aussi passionnant soit-il, le métier de pépiniériste viticole connaît une certaine déprise. Sans doute le poids des contraintes réglementaires, administratives, les risques juridiques, et les contraintes globales de ce métier techniquement exigeant ont-ils eu raison de ces vignerons pépiniéristes. Historiquement, chaque commune viticole en comptait au moins un. Aujourd’hui, les pépiniéristes viticoles alsaciens sont moins d’une quinzaine, de quoi inquiéter la profession viticole, notamment face à ses exigences d’approvisionnement local de matériel végétal. Parmi eux, Alain et Alix Bernhart à Wolxheim, qui exploitent 17 hectares de vignes et produisent chaque année environ 400 000 plants commercialisés et plantés à la machine sur une zone s’étendant de Cleebourg à Bergheim. L’entreprise emploie quatre salariés très impliqués, qui contribuent au développement des pépinières Bernhart. De nouveaux locaux plus fonctionnels et spacieux Alain Bernhart s’installe en 2001, avec son père Robert, qui avait spécialisé l’activité reprise de son père Charles, vigneron polyculteur. Chemin de vie faisant, travaillant initialement dans le tourisme, Alix, son épouse, s’installe à ses côtés. Et en 2003 le couple décide d’investir dans de nouveaux locaux plus fonctionnels. Soucieux de bien faire, Alain Bernhart met un point d’honneur à contrôler en famille la qualité de soudure de chaque point de greffe : « C’est une question de caractère. J’aime faire par moi-même. » Avec l’arrivée de la menace de la flavescence dorée ces dernières années, les réflexions d’Alain Bernhart ont porté sur les garanties d’approvisionnement en matériel végétal, afin de ne pas introduire le phytoplasme infectieux dans le vignoble : « C’est assez simple ! Nos greffons proviennent du Civa SPMC (Service de production de matériel certifié). On connaît le viticulteur producteur et nous allons jusqu’à identifier aussi l’origine de la parcelle du vigneron qui a fourni le greffon. De même pour le porte-greffe », explique le vigneron pépiniériste, qui s’approvisionne auprès de quatre fournisseurs en bois de porte-greffe. « Il provient uniquement de zones ZPD4 d’Ardèche et du Vaucluse. » Bois : l’origine de la parcelle connue pour chaque plant « À chaque numéro de lot d’assemblage greffon porte-greffe sont affectées les données de traçabilité sur la provenance des bois pour le greffon et le porte-greffe. Nous connaissons le vigneron et la parcelle originaire des bois », poursuit-il. Arrivés à la pépinière, les greffons sont débités œil par œil et les bois de porte-greffe sont ébourgeonnés et débités selon la longueur du plant souhaité (traditionnel, demi ou haute tige). Ensuite, ils sont mis à tremper pour être réhydratés, avant d’être placés en chambre froide jusqu’au greffage. À la pépinière Bernhart, 100 % des greffes sont en oméga. La greffe anglaise ? « Pourquoi pas », répond Alain Bernhart. Mais « il faut d’abord prouver que cette greffe est meilleure que la greffe oméga, et là je n’ai pas de résultats scientifiques ». Il défend une approche cartésienne pour ce métier qui engage tout de même beaucoup de vignerons. Le chevelu racinaire des zones sablonneuses Après la mise en chambre de stratification et la formation du cal de soudure au point de greffe, les futurs plants sont mis en pépinière pour qu’ils développent leurs racines. La maison Bernhart privilégie ses plantations dans les zones sablonneuses aux alentours du Dompeter, le long de la Bruche : « Ce secteur sablonneux nous donne de beaux chevelus racinaires homogènes. Nous avons d’ailleurs été très favorisés lors de cette année pluvieuse, avec nos sols drainants ». Le piquetage des bois callés-soudés s’effectue désormais avec une machine. Et les rangs sont binés. Vient ensuite le temps de la récolte, les jeunes plants racinés sont alors entreposés en chambre froide pour être repris courant janvier pour le passage du traitement à l’eau chaude (TEC). Le fameux traitement décidé par la profession pour se prémunir contre tout risque de propagation de la flavescence dorée. Un choix de l’ODG qui a occasionné d’importantes contraintes supplémentaires dans le processus d’élaboration des plants, explique Alain Bernhart. « J’aurais souhaité des données techniques plus précises par rapport à ce traitement, notamment, à quel moment le positionner, affiner les paramètres temps-température selon les bois de cépage et de porte-greffe… » Une fois le traitement effectué, les plants sont de nouveau entreposés en chambre froide jusqu’à la commercialisation.

Publié le 21/11/2016

L’Inra de Colmar étudie les mécanismes de formation des arômes dans le raisin afin de mieux exploiter les cépages actuels et de pouvoir être certain qu’ils figurent bien dans le patrimoine génétique des futures variétés de vigne.

Les molécules aromatiques sont petites, volatiles, et… capitales à l’expression d’un vin ! Leur taille se mesure à l’échelle de leur nombre d’atomes de carbone. Celles présentes dans le vin en comportent en général de dix à quinze, rarement plus. C’est à leur étude que se consacre en partie l’équipe MSV (métabolites secondaires de la vigne) de l’Inra de Colmar. Les chercheurs s’intéressent moins aux arômes issus de l’activité des levures et de la phase de garde confiés à leurs confrères de Montpellier qu’aux arômes qui naissent dans les raisins de cépages blancs. « Au-delà des notes de fruits rouges et d’épices, les rouges offrent une palette aromatique moins bien connue, plus compliquée à analyser et plus restreinte que les blancs. Leur fréquent passage en fût rajoute une couche de complexité. C’est pourquoi notre priorité va aux blancs. Nous sommes aidés en cela par le muscat et le gewurztraminer qui sont des variétés fortement aromatiques » indique Philippe Hugueney, directeur de recherches et responsable de l’équipe MSV. « Ces deux cépages sont particulièrement riches en terpènes, des molécules que l’on retrouve dans des fruits, des fleurs, des plantes aromatiques utilisées en cuisine comme le thym, le romarin ou la sauge. Il existe des dizaines de milliers de terpènes dans la nature et plusieurs dizaines dans les vins. Leur parfum floral est recherché ». Les thiols forment une deuxième catégorie d’arômes. Mais ces composés soufrés ont deux facettes : certains émettent par exemple des arômes de fruits exotiques, mais d’autres se révèlent dévastateurs en révélant, par exemple, une odeur de pipi de chat… Les pyrazines forment une dernière famille de molécules sur laquelle se penchent les chercheurs colmariens. Elles ont la senteur typique du poivron. Agréables à faible dose, notamment sur sauvignon, elles deviennent désagréables dès qu’elles sont un peu plus présentes. Caractéristiques des raisins insuffisamment mûrs, il suffit de vendanger des fruits à maturité pour s’en prémunir. Du pain sur la planche avec le riesling Mais comment un arôme se construit-il ? Imaginez une usine automobile et sa chaîne d’assemblage. Au châssis en place au départ, chaque poste d’ouvrier ajoute une pièce jusqu’à obtenir en bout de chaîne le modèle de voiture qui a été programmé. C’est tout à fait ce qui se passe dans une baie de raisin qui fabrique l’un de ses arômes. Sauf que le châssis est ici un précurseur d’arômes et l’ouvrier une enzyme qui fait évoluer le précurseur. « Plus la molécule est compliquée, plus il va y avoir d’étapes pour la fabriquer. Certaines demandent ainsi plusieurs dizaines de séquences avant d’arriver à la molécule aromatique finale » explique Philippe Hugueney. Mais ce mécanisme ne fonctionnerait pas sans un donneur d’ordre : le gène. L’équipe MSV s’est donnée pour mission d’identifier lesquels jouent un rôle dans la chaîne de fabrication des arômes. La première application pratique coule dès lors de source : améliorer la création variétale. « Les cépages résistants au mildiou et à l’oïdium qui vont être inscrits au catalogue en 2017 ont été créés à l’aveugle. Il n’y a eu que la dégustation pour dire s’ils conservaient la typicité des cépages actuels. Aujourd’hui, nous connaissons certains gènes responsables de la naissance des terpènes. Il est maintenant possible de dire dès le stade plantule d’une nouvelle espèce de vigne si elle possède les gènes de la qualité aromatique recherchée, mais cela n’évitera pas de les déguster » indique Philippe Hugueney. Une autre piste est de déterminer l’influence des variations de températures sur le mécanisme de formation des arômes afin de prédire le comportement des cépages confrontés au changement climatique. Les chercheurs ont bien avancé sur muscat et gewurztraminer pour lesquels les terpènes sont tellement puissants « qu’ils constituent leur signature ». Mais ils ont encore du pain sur la planche avec le riesling. Chez lui, un ensemble de molécules différentes contribue à créer un subtil équilibre aromatique. Les chercheurs concentrent actuellement leurs efforts sur le repérage du TDN, une molécule à l’origine de l’arôme un peu pétrolé qui caractérise les rieslings âgés et sur les gènes responsables de la colonne vertébrale acide du cépage.

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