Vie professionnelle

Association régionale des industries agroalimentaires d’Alsace (Aria)

Eau, énergie : le collectif au service des économies

Publié le 14/06/2023

Dans le domaine de l’eau comme de l’énergie, les industries agroalimentaires alsaciennes cherchent les gisements d’économies. L’Aria les accompagne dans cette voie en suscitant réflexions et partage d’expériences.

« Nous sommes en train de travailler de manière collective sur le sujet de la consommation en eau », a annoncé Sébastien Muller, président de l’Aria, en marge de l’assemblée générale de l’association, le 25 mai à Strasbourg. Si certaines entreprises ont déjà mis en place des actions pour économiser l’eau, d’autres ont besoin d’être accompagnées. La mise en commun des réflexions et le partage des expériences proposés par l’Aria leur seront utiles, la rareté de l’eau étant devenu un sujet de préoccupation pour tous. Les industries agroalimentaires du Grand Est prélèvent annuellement 100 millions de m3 d’eau pour assurer leur activité, selon une étude de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse remontant à 2017. À Saverne, la brasserie Licorne a déjà réussi à économiser 25 % de sa consommation grâce à la réutilisation de 92 % de l’eau chaude qu’elle produit. Chez Feyel-Artzner, à Schiltigheim, l’eau chaude qui sert pour la cuisson des produits en autoclave est elle aussi réutilisée pour laver le matériel de production, alors qu’auparavant, elle était refroidie pour être rejetée dans le réseau. Cette réutilisation en circuit fermé génère à la fois des économies d’eau et d’énergie, témoigne Patricia Houdebert, directrice marketing de l’entreprise. À la brasserie Kronenbourg, à Obernai, les efforts de sobriété sur 20 ans ont permis de ramener de 6 l à 3,70 l la quantité d’eau nécessaire à la fabrication d’un litre de bière, rapporte pour sa part Céline Nicora, responsable des relations institutionnelles Grand Est de Kronenbourg. Dans ce domaine comme dans d’autres, l’Aria souhaite jouer le rôle de « relais et de tiers de confiance », souligne Sébastien Muller. L’association sensibilise notamment ses membres aux nouvelles possibilités offertes par le « Plan d’action pour une gestion résiliente et concertée de l’eau ». Ce plan, qui contient 53 mesures, a permis de faire sauter certains verrous, comme la réutilisation des eaux usées. Une énergie verte et locale Dans le domaine de l’énergie, les entreprises agroalimentaires réfléchissent également à une consommation plus raisonnée, quand elles ne s’engagent pas à produire elles-mêmes de l'énergie. Certaines d’entre elles ont déjà installé des panneaux photovoltaïques : c’est le cas d’Alélor, à Mietesheim, dont la production d’électricité est entièrement autoconsommée. « Quand vous construisez une nouvelle unité, à partir de 500 m2, vous êtes obligé de mettre des panneaux photovoltaïques », témoigne Alain Trautmann, son directeur. Sébastien Muller, qui dirige la choucrouterie Lepic, à Meistratzheim, a investi dans le photovoltaïque alors que l’autoconsommation n’était pas encore autorisée. « On avance avec les changements législatifs », résume Patricia Houdebert. Pas besoin d’attendre les changements législatifs, en revanche, pour s’organiser collectivement. Dans le cadre de groupes de travail consacrés à la responsabilité sociale et environnementale des entreprises (RSE), une réflexion sur la consommation d’énergie en circuits courts est en cours. L’objectif est de sécuriser l’approvisionnement des entreprises agroalimentaires en favorisant les contrats de gré à gré avec les agriculteurs détenant des panneaux photovoltaïques ou exploitant des méthaniseurs. En se fournissant en énergie verte et locale, les membres de l’Aria espèrent se mettre à l’abri des fluctuations de prix liées aux crises internationales. Un recensement des unités agricoles de production d’énergie est en cours, avec l’appui de la Chambre d’agriculture Alsace. Un tel recensement avait déjà été effectué pour faciliter le « sourcing » local, suite à l’épidémie de Covid. L’Aria s’était associée au travail entrepris par la Chambre de commerce et d'industrie Alsace Eurométropole pour faciliter la mise en relation des acteurs locaux, à la recherche de matières premières de proximité. Ce travail avait permis à certaines entreprises agroalimentaires de développer des produits à destination du marché alsacien.

Publié le 13/06/2023

La MSA d’Alsace a réalisé une réunion d’information sur le réseau sentinelles le 31 mai dernier à Schiltigheim. L’objectif était de présenter ce dispositif de lutte contre le suicide en milieu agricole et de recruter des bénévoles anonymes, qui pourront alerter lorsqu’un agriculteur est en souffrance psychologique.

Le suicide représente la troisième cause de décès chez les agriculteurs, selon une étude de la MSA. « En 2015, il y a eu 605 suicides dans le monde agricole, soit deux par jour. Les chiffres sont anciens, mais ils sont tout de même parlants », souligne Claire De Meeus, sous directrice de la MSA d’Alsace. En démarrant la réunion par ce constat, la mutualité agricole souhaitait montrer aux acteurs présents que le mal-être est bien réel dans la profession. La MSA est confrontée depuis de nombreuses années, de manière régulière, à des situations où la santé mentale des agriculteurs est au plus bas. « Un exploitant d’élevage laitier de 58 ans avait subi un accident du travail. Une collègue de la CAAA nous a appelés car elle ne le trouvait pas bien, il était stressé, isolé, surinvesti, avec troubles de l’humeur, voire de l’agressivité. Il était dans une situation de détresse, on l’a reçu, accompagné, et pris en charge », explique Pascale Herbercht, médecin du travail à la MSA. Une formation pour mieux prévenir Dans cet exemple, la personne de la CAAA qui a lancé l’alerte pourrait être considérée comme une sentinelle. Car souvent, ce sont des personnes extérieures qui appellent à l’aide. « Ce n’est pas la personne qui en a besoin qui demande. Ils sont parfois dans une posture de déni, et réticents à demander de l’aide. Après, nous n’intervenons jamais sans l’accord de la personne », dit Nathalie Vaudeville, responsable des travailleurs sociaux à la MSA d’Alsace, en charge de la ligne téléphonique de détresse. La création du dispositif sentinelle en Alsace permettra à ces lanceurs d’alerte d’être dans un réseau officiel, mais surtout de suivre une formation avec le Groupement d’études et de prévention du suicide (GEPS). « L’objectif c’est l’acculturation à la question du suicide : en informant, en sensibilisant et en donnant des outils de repérage et d’évaluation du risque suicidaire. Renforcer l’empathie de chaque sentinelle, en vue de faciliter l’accès aux soins des personnes en souffrance psychologique. Car plus on parlera du suicide, moins ça sera tabou », lance Claire De Meeus. Par la suite, seules les sentinelles pourront alerter s’ils estiment qu’un agriculteur est confronté au mal-être. La MSA souhaite avoir une centaine de sentinelles en Alsace pour 2024. La mutualité agricole a lancé un appel pour trouver ses premiers bénévoles. La seule condition est d’être majeur, et en contact avec des agriculteurs. « Ça peut être aussi bien un assureur, un banquier, un élu, un retraité », énumère Pascale Herbercht. Si vous êtes intéressés pour rejoindre les sentinelles, vous pouvez vous inscrire en contactant secretariatdirection.blf@alsace.msa.fr. Une formation d’une journée aura lieu à la fin du second semestre de 2023 à Strasbourg, Sélestat ou Colmar.

Publié le 12/06/2023

Après l’assemblée générale de Cristal Union, c’était au tour de la Confédération Générale des Planteurs de Betteraves (CGB) d’Alsace de prendre la parole. Le syndicat s’est félicité des résultats de la filière betteravière et des développements des surfaces et producteurs à Erstein, mais il a surtout insisté sur le fait que le syndicalisme est aujourd’hui indispensable pour faire face aux problèmes actuels et à l’incertitude de l’avenir.

« La question que l’on pourrait se poser, les uns et les autres, c’est : pourquoi a-t-on besoin du syndicalisme ? » a lancé Frank Sander, président de la CGB, pour lancer comme il se doit l’assemblée générale du syndicat à Oberhausbergen. Il n’a pas manqué de rappeler l’importance de la CGB, qui permet d’avoir une complémentarité afin d’avancer dans les meilleures conditions possibles pour défendre la betterave et ses usines. « Le rôle du syndicalisme est aujourd’hui d’autant plus nécessaire étant donné le contexte politique qui nous entoure. C’est vrai que quand on fait le constat, quand on parle de la compétitivité, quand on regarde la balance commerciale de notre pays mais aussi de l’Union européenne, il y a de quoi s’inquiéter », continue Franck Sander, qui s’est notamment entretenu avec Emmanuel Macron lors du dernier salon de l’Agriculture au sujet de la filière betteravière. « Un marché en vert » à surveiller La CGB est revenue fièrement sur les résultats XXXL de la betterave évoqués par Cristal Union, tout en restant prudente. Car aujourd’hui, il y a plusieurs défis à relever si la filière souhaite garder cette dynamique. « Les voyants sont au vert pour les marchés, mais pas pour nos charges, pour nos moyens de production, et le marché se retournera un jour. C’est un marché qui est cyclique, soyons prêts à affronter ces cycles qui pourraient être à un moment donné difficiles », dit Franck Sander. La sécheresse et les moyens de production, deux grands enjeux Globalement, le rendement progresse (79,4 t/ha en Alsace). Mais celui-ci pourrait être encore plus élevé, selon le syndicat, car il a été fortement impacté. Déjà, la sécheresse n’a pas épargné la betterave. « Quand on regarde la courbe de la pluviométrie en 2022, on se rend compte qu’il y a eu un fort déficit de précipitations durant les mois de mai, juillet et août. Forcément il y a un manque. La sécheresse de l’été dernier a pénalisé les cultures de printemps, et pas que la betterave. Les incidents climatiques sont de plus en plus fréquents, on va devoir y faire face », explique Joseph Behr, directeur de la CGB Alsace. La deuxième raison, ce sont les moyens de production. La suppression des néonicotinoïdes en enrobage des semences illustre bien cette situation selon le syndicat. « Des solutions efficaces seront trouvées à terme, mais en attendant, s’il devait y avoir une forte pression de pucerons, nous ne disposons que de peu de moyens de lutte contre la jaunisse, ce qui risque d’entraîner des baisses de rendement. Le manque de moyens de production empêche donc la betterave d’exprimer pleinement son potentiel de rendement », lance Joseph Behr. Le syndicat s’est engagé face à ce sujet, notamment lors d’une manifestation le 8 février dernier à Paris. Il compte en tout cas trouver une solution à travers l’innovation, la génétique et les nouvelles variétés de betteraves. Préserver la filière et ses planteurs La culture betteravière alsacienne est dans une forme olympique avec ses 462 planteurs et 5 270 ha. « On doit être la seule usine de France à augmenter nos surfaces en 2023, on est plus que satisfait », rappelle Joseph Behr. Pour continuer à attirer les planteurs, la CGB se dit mobilisée. « Il est nécessaire d’apporter de la sécurité, de permettre l’indemnisation la plus juste des producteurs », affirme Nicolas Rialland, directeur général de la CGB. Pour sécuriser le revenu des planteurs, le syndicat s’est penché sur la question de la gestion des risques, devenue indispensable au vu du contexte actuel. La CGB a notamment œuvré pour réformer l’assurance récolte 2023, qui comporte désormais trois niveaux. Les aléas courants, la multirisque climatique (MCR), et enfin la solidarité de l’État. « Ce nouveau dispositif à trois étages permet d’être plus complet lorsqu’il y a un aléa exceptionnel. Après les assurances, l’État prend le relais. Il y a une incitation à être assuré. Car pour cette partie, l’État indemnise à 100 % l’agriculteur s’il est assuré MCR, et à 45 % s’il ne l’est pas », énonce Joseph Behr. À la fin de cette assemblée générale de la CGB, tous avaient la même volonté : augmenter encore plus les surfaces. « Nos producteurs sont dynamiques, ils méritent d’être encouragés et préservés. Puisqu’on est dans un contexte de renouvellement de générations, j’espère que nos jeunes agriculteurs s’intéressent de plus en plus à cette diversité. Il faut préserver la filière betteravière, car elle a tellement d’atouts », conclut Denis Nass, président de la Chambre d’agriculture Alsace.

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