Vie professionnelle

Inauguration du Festival de l'élevage de Brumath

Des richesses à cultiver

Publié le 17/05/2023

Cela fait 41 ans que le monde de l’élevage a rendez-vous à Brumath. Le festival, c’est l’occasion de se retrouver entre confrères, entre amis, de faire admirer les plus belles vaches d’ailleurs et d’un peu plus loin, fruit du travail mené souvent sur plusieurs générations. C’est aussi l’occasion de faire passer des messages aux décideurs politiques, qui ne s’y trompent pas en venant nombreux à Brumath, rencontrer un maillon fort de la vie des territoires ruraux.

Grêle, sécheresse, charges qui flambent, l’année 2022 a été riche en rebondissements pour les éleveurs alsaciens, a rappelé Marc Schneider, président du Festival de l’élevage, lors de son inauguration officielle. Au final, grâce à des prix de vente qui ont suivi cette hausse, les résultats ont été « corrects dans l’ensemble ». Mais l’effet ciseau, annoncé pour 2023, se confirme : les charges restent élevées et les prix de vente amorcent leur baisse. Elle est déjà effective pour les céréales, et le lait suit la même tendance baissière. Dans ce contexte, Marc Schneider a profité de la présence de nombreux influenceurs politiques pour désigner les points d’attention pour soutenir l’agriculture alsacienne, à savoir : l’aménagement foncier, le projet de taxe poids lourds, et le renouvellement des générations. Des propos sur lesquels a rebondi Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin : « L’élevage est un secteur d’activité qui doit être soutenu. Car quoi de plus rassurant que de pouvoir compter sur une production alimentaire locale dans un contexte où les souverainetés alimentaire, énergétique et sanitaire doivent être renforcées. » Pour le syndicaliste, ce soutien passe par deux choses essentielles. Le revenu des éleveurs d’abord, menacé par l’effet ciseau décrit plus haut. Mais aussi « du soutien de la part des élus et de la société ». Aussi a-t-il dit « sa gêne » de voir « tant de politiques publiques soutenir des démarches en inadéquation avec le marché ». Exemple avec l’agriculture biologique : « 30 à 40 % du lait bio est vendu en conventionnel faute de débouchés. » Pour lui, l’agriculture française doit aussi être capable de produire « moins cher » et d’être compétitive face aux importations. Comme Marc Schneider, il a donc plaidé pour un soutien aux aménagements fonciers, « bien faits », c’est-à-dire qui « laissent de la place à l’environnement », mais qui permettent aussi aux agriculteurs de travailler mieux, avec moins de produits phytosanitaires. Il a aussi dit son inquiétude vis-à-vis de la taxe poids lourds, « qui risque de favoriser l’importation de produits étrangers, ou en provenance des départements limitrophes ». « Que serait la montagne vosgienne sans l’élevage ? » Président de la Chambre d'agriculture Alsace, et éleveur lui-même, Denis Nass s’est dit « heureux » de participer à ce « moment de fête », organisé dans une période où les éleveurs ont « beaucoup de travail ». Pour lui, il est important que les éleveurs puissent valoriser leurs savoir-faire, insuffisamment reconnus au regard des services rendus : « Que serait la montagne vosgienne où tant de gens se promènent, sans l’élevage », a-t-il lancé. Aussi s’est-il réjoui du soutien accordé par la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) à l’abattoir de Cernay et, plus récemment, de la place accordée à l’élevage dans les propositions de la Région Grand Est pour le Pacte et la loi d’orientation et d’avenir agricole (PLOAA). Car derrière l’élevage, il y a « des filières, des emplois et des atouts » qui gagneraient à être mieux exploités, comme la production d’électricité photovoltaïque sur les bâtiments d’élevage. En réaction à ces interpellations, Vincent Thiébaut, député du Bas-Rhin, a déclaré qu’il convient de « contrer les fausses idées qui circulent dans la population », et de rappeler que « l’agriculture française est une des plus saines au monde ». Ceci sans occulter les défis qu’elle a à relever, ce qui, pour lui, passera par « une prise de conscience de la multifonctionnalité de l’agriculture » : alimentaire, énergétique, gestion de la ressource en eau et des territoires. Anne Sander, députée européenne, a souligné que c’est par ce genre de manifestations que les éleveurs peuvent « montrer qu’ils prennent soin des animaux, que leur activité génère de l’activité et de la vie dans les territoires ruraux », et de « dépasser l’image de l’agriculture qui pollue, alors qu’elle peut aussi jouer un rôle majeur dans la séquestration du carbone ». Mais attention, si l’élevage est une activité économique, elle n’est en rien comparable avec l’industrie, a indiqué Anne Sander, qui a déclaré qu’elle serait particulièrement vigilante sur ce point. Patrick Bastian, conseiller régional de la Région Grand Est, a insisté sur le défi du renouvellement des générations, pointant les difficultés liées à l’installation, en particulier en élevage, où « les capitaux sont énormes ». Il a aussi évoqué la question de l’eau, considérant nécessaire de « stocker l’eau en hiver », de ne pas perdre de vue que « l’irrigation agricole a une portée alimentaire, tout comme l’arrosage des potagers ». Il va donc falloir « mieux distinguer ce qui est essentiel et autorisé de ce qui ne l’est pas, sinon, on va vers des affrontements ». « Tout l’honneur est pour moi », a lancé Frédéric Bierry, président de la CEA, et invité d’honneur de cette 41e édition, avant de remercier les agriculteurs de faire de l’Alsace « une terre nourricière » : « C’est fondamental, et nos concitoyens y sont sensibles. » Il en veut pour preuve la part des produits locaux dans les paniers alsaciens : 8 % contre 3 % en moyenne en France. Et l’explique par un brin de chauvinisme, mais aussi par la qualité des produits alsaciens. Il a rappelé que la CEA a été présente pour soutenir l’abattoir de Cernay, « avec de bons résultats », et sera aussi aux côtés de l’abattoir de Haguenau. Concernant la taxe poids lourd, il a déclaré « se donner la possibilité de la faire », tout en précisant que « le cadre de sa mise en œuvre n’est pas acté » et que, pénaliser l’économie alsacienne n’étant pas l’objectif, le monde agricole sera associé aux études d’impacts.

Pacte et loi d’orientation et d’avenir agricole (PLOAA)

60 fermes pilotes, et le renouvellement des générations avant tout

Publié le 16/05/2023

Mardi 2 mai a eu lieu la réunion de clôture de la concertation régionale pour construire le Pacte et la loi d’orientation et d’avenir agricole (PLOAA). Objectifs : relever le défi du renouvellement des générations, et se doter d’outils pour réaliser les transitions nécessaires à l’agriculture de demain.

Suite à l’impulsion du ministère de l’Agriculture, a eu lieu le 17 décembre 2022, une réunion plénière de lancement du PLOAA pour la Région Grand Est. Y étaient conviés l’ensemble des membres de la Commission régionale de l’économie agricole et du monde rural, ainsi que les acteurs de la formation et de l’agroécologie. Pour faire remonter des propositions de mesures opérationnelles, trois groupes de travail ont été créés : orientation et formation ; installation et transmission ; adaptation et transition face au changement climatique. Ces groupes de travail se sont ensuite réunis à deux reprises, et une consultation écrite d’une durée de trois semaines a été lancée. Un travail qui a engendré 210 propositions, qui ont ensuite été analysées par les services de l’État, de la Région et de la Chambre d'agriculture Grand Est (Crage), pour n’en retenir que cinq par thématique, donc quinze au total. Ces quinze propositions ont été présentées le 2 mai, lors d’une session de « clôture », qui avait plutôt des airs de lancement d’un grand projet. Béatrice Moreau, vice-présidente de la Région Grand Est, a qualifié ces propositions de « feuille de route » pour « emmener le monde agricole vers une vision » et « consolider l’agriculture du Grand Est ». Plusieurs défis surplombent ces propositions, qui en découlent. Le premier est le renouvellement des générations. C’est pourquoi « les jeunes ont été très présents dans les groupes de travail », souligne Franck Leroy, président de la Région Grand Est. Le second est le maintien du modèle de polyculture élevage, parce qu’il est dominant dans la Région (une exploitation sur deux), caractéristique du territoire et force motrice de l’économie. « Si ce modèle est prépondérant, c’est qu’il est équilibré pour notre territoire. Notamment parce qu’il permet de valoriser des territoires plus fragiles. Nous devons donc nous donner les moyens pour qu’il perdure », pointe Béatrice Moreau.   Maximin Charpentier, président de la Crage, a affirmé sa volonté de « faire vivre » le groupe né du portage du PLOAA, qu’il a proposé de rebaptiser « groupe Agriculture 2030 ». Il s’agira de « suivre l’actualité de la loi », mais « sans attendre sa promulgation pour agir », et de poursuivre les échanges pour se fixer des objectifs, un calendrier, des moyens. Pour cela, Maximin Charpentier souhaite que les trois groupes de travail se réunissent trois fois par an, et que les filières soient davantage associées aux travaux. Une volonté saluée par Josiane Chevalier, préfète de la Région Grand Est, qui a souhaité qu’au-delà des quinze propositions retenues, « la richesse de la méthode de travail » le soit également et que « ce travail se poursuive en parallèle du parcours législatif », notamment en faisant en sorte que l’agriculture trouve « toute sa place dans le dispositif France 2030 ». Fermes pilotes La concrétisation opérationnelle de ces travaux va se traduire par l’identification de 60 fermes pilotes. Un appel à manifestation d’intérêt va être lancé par la Crage à cette fin. « Début septembre, cinq à six fermes par département devraient ainsi être identifiées », précise Maximin Charpentier. Elles seront accompagnées durant trois ans, en lien avec les filières et les entreprises qui œuvrent dans les nouvelles technologies, pour être diagnostiquées sur leurs performances en matière de carbone, d’eau, d’énergie, et pour identifier les leviers à actionner afin d’améliorer ces performances. Elles devront ensuite servir de modèles à toutes les exploitations du Grand Est. « S’adapter à tous ces défis en même temps, cela revient presque à s’installer une deuxième fois. On va vers l’inconnu, et ça peut faire peur », souligne le président de la Crage. L’idée est donc d’accompagner quelques premiers agriculteurs dans cette prise de risque, pour qu’elle soit plus facile à prendre pour les suivants. Le renouvellement des générations en dépend car, pour qu’une ferme soit transmissible, il faut qu’elle soit compétitive et attractive. Il est également important que ces fermes pilotes soient représentatives de leurs territoires, car les bonnes gestions de l’eau, de l’énergie, des déchets et des bioressources passent par des projets de territoire, pointe Maximim Charpentier. Pour lui, l’adaptation des exploitations agricoles passera par celle du système d’attribution des aides de l’État, de la Région. À l’heure actuelle, elles sont généralement liées à un projet, à une acquisition. Demain, elles devraient être davantage fléchées vers des démarches globales d’adaptation. Formation La formation, notamment au numérique et aux nouvelles technologies, se situe au cœur de ces enjeux. Il est en effet crucial que les agriculteurs prennent en main ces outils, au risque d’en devenir des victimes consentantes, ou pire, des victimes de la cybercriminalité. Cela passera par l’adaptation de la formation initiale et continue. On pense bien sûr aux GPS, aux applications et autres outils d’aides à la décision. Mais comme le souligne Franck Leroy, il y a aussi des démarches émergentes, comme les crédits carbone, qui requièrent des connaissances nouvelles pour être utilisées à bon escient. Enfin, si l’agriculture peut beaucoup, elle ne fera pas tout. Franck Leroy a évoqué des dossiers transversaux, comme la nécessaire préservation des sols, qui passe par une réduction drastique de leur « artificialisation anarchique ». Or, l’objectif « zéro artificialisation nette », qui vise à préserver les sols est encore perçu comme un obstacle et un frein au développement économique.

Lancement de la campagne de fleurissement 2023

« Fleurissons, soyons heureux »

Publié le 15/05/2023

La campagne de fleurissement a été lancée le 4 mai dernier à la Chambre d’agriculture Alsace. Cette année, l’objectif est de mettre le végétal en avant, pour faire face aux changements climatiques et garder une Alsace « belle, fleurie et si agréable à vivre ».

« Excellente saison fleurie à tous ! » a lancé Nathalie Kaltenbach, présidente d’Alsace Destination Tourisme, pour démarrer comme il se doit la campagne de fleurissement 2023. Alors préparez vos pots, les mains vertes alsaciennes seront bientôt récompensées pour leur dur labeur. Et ceci, dans des conditions « made in Alsace ». Car, pour rappel, la CEA, la Région Grand Est et l’ADT ont signé une convention de coopération « Fleurissement » en 2021. Une simplification qui a permis la création d’un jury unique et « l’harmonisation » du label au niveau alsacien, mais sans oublier les règles et grilles nationales. Des fleurs devenues essentielles La campagne de fleurissement prend tout son sens aujourd’hui. En effet, tous les acteurs du label présents à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA) ont tenu à rappeler que les plantes sont devenues indispensables pour faire face aux grosses chaleurs estivales. « Le végétal ne doit pas être une variable d’ajustement, il est au cœur des solutions. Le réchauffement climatique et les îlots de chaleur sont des phénomènes qui peuvent être atténués, voire résolu, grâce au végétal dans toute sa diversité. La ville peut pleinement compter sur les arbres, arbustes ou fleurs, qui apportent beaucoup de bénéfices », affirme Paul-André Keller, président du Groupement des horticulteurs d’Alsace. En plus de donner un peu de fraîcheur lors des canicules, les fleurs, comme le géranium, ont d’autres bienfaits. « Cette plante a beaucoup de vertus, et pas seulement par son ornement, elle nous protège aussi des moustiques », lance Denis Nass, président de la CAA. La présence de végétal dans nos villes et villages a également un impact sur notre bien-être. « Selon une enquête d’Ipsos, plus les communes sont fleuries, plus les gens sont heureux. Alors fleurissons, soyons heureux ! » s’enthousiasme Nathalie Kaltenbach. La campagne de fleurissement n’est pas prise à la légère par l’Alsace. Elle est connue de tous pour ses villes et villages fleuris, et notamment pour ses célèbres géraniums. « Quand le touriste vient en Alsace, il s’attend à voir des balcons fleuris, des villages fleuris, il s’attend à une qualité d’accueil, qui se fait aussi par le fleurissement. On fait l’effort pour nous, mais aussi pour le tourisme », affirme Nathalie Kaltenbach. Un concours pour tous Pour les communes qui ont « fait des efforts », elles seront récompensées par le label Villes et Villages fleuris. Elles peuvent d’ailleurs s’inscrire dès aujourd’hui auprès d’Alsace Destination Tourisme. Des membres du fleurissement d’Alsace viendront visiter les communes en juillet prochain et pourront remettre jusqu’à trois fleurs. « Ce fleurissement d’alsace va se faire à travers six équipes de jury, trois dans Bas-Rhin et trois dans le Haut-Rhin. Elles sont composées d’élus, de conseillers d’alsace, qui sont accompagnés par des professionnels de l’horticulture, du paysage et des espaces verts qui font la beauté de l’Alsace », pointe Vincent Debes, coprésident du jury fleurissement d’Alsace. Pour les communes qui ne se sentent pas prêtes à candidater pour la première fleur, elles peuvent concourir au prix de l’aménagement paysager. En 2022, 344 villes et villages alsaciens ont été labellisés de 1 à 4 fleurs. Mais il n’y a pas seulement les communes qui prennent part au fleurissement de l’Alsace. Les particuliers, eux aussi, embellissent le cadre de vie alsacien avec leur balcon fleuri, leurs façades, jardin ou encore potager. Neuf candidats par communes peuvent participer à l’une des neuf catégories du concours des maisons fleuries.

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