Le Verexal, l’association du verger expérimental d’Alsace, vit à plus d’un tiers de subventions, le reste étant du financement propre, grâce au magasin de vente directe. Malgré la conjoncture, le niveau des aides reste inchangé de la part de la Chambre d'agriculture Alsace (CAA), un des plus importants pourvoyeurs. Un récent audit met l’accent sur le besoin de structurer les expérimentations : une embauche est prévue en ce sens.
L’assemblée générale du Verexal a débuté, mercredi 29 juin, par le rapport moral du président Pierre Barth et quelques nouvelles fraîches des productions fruitières arboricoles. 2023 sera a priori, une bonne année en fruits. L’Alsace a été épargnée par le gel : il n’y a pas eu de dégâts significatifs. Les six dernières semaines sans pluie, ou les quelques gouttes, sont source d’une inquiétude naissante aujourd’hui tout de même, mais surtout de réflexions sur l’irrigation, qui n’avait alors cours que dans le Haut-Rhin. Malgré son coût élevé, l’irrigation sera sûrement envisagée de plus en plus pour sécuriser les rendements en fruits, comme dans d’autres productions. Le bilan positif de 2022 est en partie lié aux calamités agricoles, à cause des épisodes de gel en 2021 et 2022, admet le président. Mais l’engagement sans faille d’Hervé Bentz, chargé d’expérimentation et responsable de la station, et la fin de la construction du nouveau bâtiment du Verexal, grâce entre autres, aux financements de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) et de la Région Grand Est, sont aussi une source de bien-être financier. Le Verexal manque de main-d’œuvre, a aussi souligné Pierre Barth, devançant le dévoilement des préconisations de l’audit du Verexal, et ajoutant qu’il est souhaitable que le Verexal se recentre sur son rôle d’expérimentateur. La visibilité de la station est aussi à travailler selon lui, et surtout du magasin de vente directe : « un gros souffle » pour la trésorerie, puisque le Verexal grâce à cela, s’autofinance à plus de 60 %.
Pierre Barth a résumé la situation de l’arboriculture française en général : si pour les fruits à noyau, c’est toujours aléatoire, dans l’ensemble, le marché fruitier arboricole est porteur depuis trois à quatre années, surtout en pommes, d’où notamment les investissements sur la Natti, la pomme d’Alsace. Le changement climatique entraîne des épisodes de gel de plus en plus fréquents, notamment en Alsace, qui est éloignée des gros bassins de production français. « Il faut maintenir les essais ici », a donc conclu Pierre Barth. Avant de passer la parole à Hervé Bentz, il a insisté sur la nécessité d’expérimenter encore les produits de biocontrôle.
Des subventions stables
Hervé Bentz a pointé un déficit passé permettant encore au Verexal d’échapper à l’impôt sur les sociétés. Les comptes de résultat de 2022 affichent environ 638 000 euros de dépenses, et un peu plus de 652 000 euros de recettes. Le résultat se chiffre donc à 13 850 euros environ. La main-d’œuvre représente la dépense la plus élevée. La commission pour la carte bancaire est chère, mais le gain de temps et la praticité du paiement par CB valent le sacrifice. Les ventes de fruits et marchandises représentent deux tiers environ des rentrées d’argent du Verexal. Le tiers restant est composé de subventions, dont celle de la CAA s’élevant à 45 000 euros, un montant inchangé, et que Denis Ramspacher, le vice-président de la CAA, s’engage à défendre à l’avenir. Si l’aide de la Région Grand Est est quelque peu moindre en 2022 par rapport à 2021 (on est en dessous des 100 000 euros), Patrick Bastian, qui siège à nouveau à la collectivité, a promis de sensibiliser ses pairs. Les subventions de FranceAgriMer sont de plus en plus difficiles à obtenir, a pointé Hervé Bentz, puisque le ministère souhaite qu’une bibliographie internationale scientifique justifie les recherches de terrain des stations françaises. Or, sur la quetsche d’Alsace par exemple, aucune bibliographie n’existe. De facto, le financement FranceAgriMer est inenvisageable pour les expérimentations sur cette production. Le conseil d’administration a été renouvelé à l’unanimité ; tous ont été candidats à leur réélection.
Restructuration des expérimentations
Fabien Digel, représentant la CAA à l’AG et directeur de Planète Légumes (la station d’expérimentation en cultures légumières) a ensuite présenté les conclusions de l’audit du Verexal, réalisé par Pierre Gaillard, ex-directeur de la station d’expérimentation du Sud-Ouest. Les statuts de l’association seront à modifier puisqu’ils datent de la création de la station, en 1980. Aussi, si l’adhésion des arboriculteurs n’est pas directe et qu’elle passe par la CAA, une ligne mentionnant le coût de l’adhésion au Verexal sur la facture, serait bienvenue. En effet, le conseil de la CAA est lié au Verexal, « support de service technique ». L’accent devra être remis sur les expérimentations, avec la création de trois pôles : pommes-poires, fruits à noyau et cerises-abricots-pêches. Les groupes de travail afférant feront remonter les besoins du terrain pour choisir les stratégies d’expérimentations les plus pertinentes. Le Verexal recrute un (e) responsable technique et d’expérimentation, pour gérer et animer le groupe. Le renouvellement du verger est autre point d’amélioration à opérer, pour que la production remonte en puissance.
Le budget prévisionnel 2023 a été adopté : il diffère peu de celui de 2022. Hervé Bentz a enchaîné sur le nécessaire tri effectivement dans les expérimentations choisies, et le travail sur le verger en 2023. « Plus on s’éloigne de la nature, moins ça fonctionne », constate-t-il, peu amateur de la formation biaxe pour les arbres de fruits à noyau, qu’il souhaite densifier, limiter en hauteur. La mécanisation partielle de la taille sera renforcée par ailleurs. Quant aux protections climatiques et contre les ravageurs, le biocontrôle est validé en fongicide mais pas encore en insecticide. La recherche continue. Les protections contre le gel sont aujourd’hui obligatoires, au même titre que celles contre la grêle. L’irrigation au goutte-à-goutte va reprendre cette saison, après des décennies sans, grâce à un puits et des canalisations enterrées, a priori : 13 m3/heure. Tous les fruits à pépins seront irrigués. « C’est la solution la plus rapide et la moins onéreuse », a précisé Hervé Bentz. La régulation de la production, « phase la plus risquée » doit aussi permettre de faire face aux aléas climatiques, ainsi que le choix des variétés, sans oublier qu’en Alsace, des - 12 °C peuvent être subis au printemps. Une plateforme automotrice permettra bientôt de poser les filets paragrêles sur les arbres qui sont de plus en plus hauts. Quant au nouveau bâtiment, reste à terminer l’aire de lavage et remplissage des produits phytosanitaires, les box (dédiés à Planète Légumes, la CAA, le Verexal), les abords et les conduites d’eau ; soit quasiment 200 000 euros de dépenses, presque l’équivalent de celles déjà réalisées.
Concernant la communication, le Verexal et Planète Légumes seront à Foliflore, à Mulhouse, cet été ; une manifestation tournée vers le grand public. Les deux stations d’expérimentation organiseront surtout une rencontre pour tous les professionnels du secteur, le 6 février 2024, à Cigoland, à Kintzheim.