Vie professionnelle

Publié le 05/07/2023

Depuis le mois de mai, Stéphane Janus est le nouveau directeur du Paysan du Haut-Rhin et de l’Est agricole et viticole. Présentation de son parcours, ses motivations, ses ambitions…

Depuis de nombreuses années, vous gravitez autour du monde agricole alsacien. Quel a été votre parcours avant d’arriver à la direction de nos deux journaux agricoles alsaciens ? Stéphane Janus : « Je suis âgé de 43 ans et domicilié à Herrlisheim dans le Bas-Rhin. Je suis marié et père de trois enfants. J’ai grandi dans la ruralité de notre belle Alsace, au plus près de la terre. S’il faut chercher trois générations avant moi pour trouver trace d’un agriculteur dans ma famille, je me suis imprégné de l’agriculture au lycée agricole d’Obernai. Après mon bac, j’ai effectué un DUT d’agronomie à Colmar au sein de la première promotion « valorisation et transformation des productions agricoles ». Après la réussite de mon master, j’ai effectué un stage à la Chambre d'agriculture du Haut-Rhin de l’époque. C’était au Groupement de développement des producteurs de légumes d’Alsace (aujourd’hui Planète Légumes NDLR). J’ai travaillé sur les cahiers des charges des productions légumières et sur les premiers événements agricoles comme Saveur et Soleil d’Automne aux Tanzmatten à Sélestat. J’ai ensuite postulé pour un remplacement de congé maternité à Bienvenue à la ferme 67 où j’ai créé avec Mireille Issler la première association Bienvenue à la ferme qui a regroupé toutes les sensibilités en une seule et même entité dans le Bas-Rhin. J’ai ensuite été au service agricole économique (Saera) jusqu’en 2007 avant de devenir le responsable de la communication de la Chambre d'agriculture du Bas-Rhin. J’ai également été responsable administratif pour les Terres à l’Envers en 2010-2011 avant de reprendre mes fonctions de responsable communication pour la Chambre cette fois au niveau Alsace. En 2016, j’ai eu la responsabilité de la confrontation holstein. Et depuis décembre 2016 et jusqu’au 30 mars 2023, j’étais responsable de la communication chez Groupama Grand Est ».   Après toutes ces expériences dans les coulisses de l’agriculture, pourquoi avoir accepté de prendre la direction de nos deux journaux agricoles ? « C’est mon appétence pour les médias. Je reste convaincu que le traitement de l’information est exigeant dans la société d’aujourd’hui. Et je suis motivé à l’idée d’apporter une information de qualité et ancrée dans son bassin de vie. Avec l’Est agricole et viticole et le Paysan du Haut-Rhin, j’avais envie de retrouver cette proximité avec les professionnels et de travailler avec les équipes sur le terrain. J’ai eu le plaisir de rencontrer des gens passionnés qui se confrontent au quotidien aux réalités économiques et sociétales. Ils participent à la promotion de ces métiers qui offrent une belle diversité à l’agriculture et à la viticulture sur notre territoire dynamique. Oui, c’est un monde passionnant ».   Vous avez rejoint l’équipe il y a plusieurs semaines, et les projets ne manquent pas. Quelles sont vos priorités à court, moyen et long terme ? « Je souhaite que nos journaux continuent d’offrir la possibilité de diffuser une information juste, précise, de qualité et locale à nos lecteurs actuels. Je souhaite diversifier les vecteurs de communication utilisés car nous faisons face à une vraie mutation de la communication de l’information. Le journal d’hier ne sera pas celui de demain. Cela ne signifie pas que le papier va disparaître. Mais nous devons continuer dans le même temps à renforcer certains services et savoir-faire qui existent comme la newsletter, les vidéos d’Hugo, le web first pour gagner en diffusion rapide de l’information. Nous devons continuer à gagner en visibilité et en notoriété. Nous sommes un hebdomadaire et nous pouvons encore gagner dans le traitement quotidien de l’information. Nous devons également promouvoir et développer nos autres services avec notre studio graphique, nos offres de création de sites internet ou de motion design. Le tout en répondant aussi aux attentes de nos annonceurs. Nous voulons diffuser l’information au bout des doigts de nos lecteurs. Les actifs du monde agricole ne consomment plus l’information de la même façon. Les usages ont évolué et le numérique y prend toute sa place même si, je le répète, le papier ne va pas disparaître. Nous devons continuer à véhiculer des sujets techniques qui sont eux plus agréables à lire sur le papier que derrière un écran. Pour autant, nous devons proposer de nouvelles rubriques. Nos lecteurs ont par exemple découvert il y a plusieurs mois « Ma Ville, Mon Maire ». Il s’agit d’une belle passerelle avec nos partenaires institutionnels et les professionnels de l’agriculture et de la viticulture. »   Des offres variées et pas seulement celles de nos deux journaux donc… « Oui, il faut savoir que derrière les journaux, il y a un studio graphique qui a des compétences en matière de web, de webdesign ou encore en communication. Nous sommes prêts à accompagner la conception graphique, la création de leurs logos, les divers besoins de nos clients. Notre service pub est à l’écoute de nos annonceurs. Notre service de publication des annonces légales est également très mobilisé. Nous sommes là pour répondre aux demandes des professionnels. C’est notre ADN. Il y a, à Sainte-Croix-en-Plaine et à Schiltigheim, 25 collaborateurs en tout à leur service. Ce sont des emplois locaux. Notre actionnariat est 100 % local. Nous sommes ancrés dans le territoire alsacien. Comme hier et aujourd’hui, nous serons là demain pour apporter une actualité locale, rurale et de qualité. »

Les produits locaux à Métro

De la fourche, au caddie, à la fourchette !

Publié le 05/07/2023

Métro Strasbourg, à Souffelweyersheim, est le Métro français commercialisant le plus de produits locaux. Lundi 26 juin, comme dans 29 autres Métro de l’Hexagone, l’enseigne dédiée au commerce de gros à destination des professionnels indépendants, a mis en valeur ses fournisseurs, producteurs agricoles et transformateurs du cru. Les discussions et les dégustations avec les clients restaurateurs ont permis de redorer encore un peu plus, s’il le fallait, le blason du Made in Alsace. Mais il n’y avait pas de promotion.

L’interprofession des fruits et légumes d’Alsace, la distillerie Meyer’s, Alsace Lait, les volailles Bruno Siebert, la brasserie Licorne, Boehli, la fromagerie Haxaire, la choucrouterie Lepic, les eaux Wattwiller et Carola, les boissons Lisbeth, les cafés Reck, Pierre Schmidt, les produits de la Cigogne, Schneider pro et même des producteurs de safran local : lundi, les fournisseurs alsaciens de Métro Strasbourg, à Souffelweyersheim, étaient à l’honneur à l’entrée du magasin de professionnels des métiers de la bouche. Présentation de leurs entreprises et de leurs produits, dégustations : certains ont fait mouche auprès de chefs curieux non avertis, mais la majorité des fournisseurs alsaciens sont déjà bien connus. « L’Alsace est au premier rang de la consommation locale, en France, a rappelé Sébastien Muller, le président de l’Association régionale des entreprises alimentaires du territoire Alsace (Aria Alsace). De l’apéritif au digestif, nos plus de cent membres régalent : la preuve en est, ici ! Les marques Savourez l’Alsace et Savourez l’Alsace - Produits du terroir, ce sont plus de 4 000 produits. Nous comptons sur Métro pour être bien identifiés dans le magasin. » Le 26 juin, impossible de passer à côté des marques alsaciennes, en tout cas. Métro endosse même une autre responsabilité. « Nous sommes le maillon qui permet de regrouper tous les acteurs de l’alimentaire pour qu’ils parlent au client final de l’origine France et locale, car les consommateurs sont sensibles à cela », a souligné Jean-Michel Braun, le directeur de Métro Strasbourg.     Un quart de l’offre alimentaire est local Cette journée dédiée à l’origine France dans 29 « halles » de l’Hexagone, comme sont appelés aujourd’hui les magasins Métro, s’intitule le « Big bang origine France ». Elle permet de célébrer la Charte Origine France, une initiative du 28 janvier 2020, signée par douze fédérations majeures la filière restauration hors domicile (RHD), dont la FNSEA. « Le lait, les œufs, le lapin, les pommes de terre, les steaks hachés, les tartares, les produits de la mer sont 100 % français chez Métro pendant les périodes de production saisonnières, idem pour les fruits et légumes. Nous avons réussi à accroître la part d’origine France de 4 % dans la boucherie, depuis le lancement de cette charte », a partagé Jean-Michel Braun. Le directeur a appelé à rester mobilisé pour promouvoir l’excellence des produits français et répondre aux attentes des restaurateurs et concitoyens. Sébastien Richard, du Gaec du Chênesire à Steige, administrateur d’Alsace Qualité, qui informe et sensibilise les Alsaciens à consommer des produits locaux au travers de la marque Savourez l’Alsace - Produit du terroir notamment, a d’autant plus apprécié cet appel qu’il s’inquiète du renouvellement des générations agricoles. Au micro le 26 juin, pour soutenir l’action de Métro, il a déclaré : « La souveraineté alimentaire est un sujet important pour nous. Les jeunes générations d’agriculteurs ont besoin d’un engagement pour se projeter ; d’une vision sur les volumes, les prix, de contractualisations, pour s’installer. » Les chiffres présentés par Métro prouvent encore sa politique volontariste en faveur de l’origine France : 70 % de ses produits sont français ; sur 45 000 références au total, 7 000 sont des produits du terroir, soit 25 % de l’offre alimentaire, et sur 4 000 fournisseurs, un quart sont des petits producteurs. En juin 2023, Métro France a créé une communauté de 1 000 clients « J’aime cuisiner français », pour augmenter la part des produits français dans leurs menus. À la rentrée 2023, Métro organisera des portes ouvertes chez ses fournisseurs agriculteurs, dont une en Alsace.

Contournement de Châtenois

Une décision qui fait fausse route

Publié le 29/06/2023

Samedi 3 juin, près d’un millier de personnes ont manifesté contre l’annulation des travaux du contournement de Châtenois. Au-delà de l’absurdité d’arrêter des travaux à seulement quelques mois de la fin, les opposants dénoncent le gâchis financier. Les agriculteurs locaux, quant à eux, s’inquiètent que plus de terres agricoles encore soient demandées pour compenser l’impact sur l’environnement.

C’est un projet dont les habitants de Châtenois entendent parler depuis 50 ans : celui du contournement de leur commune. Une large route permettant aux véhicules d’éviter celle qui traverse le village et sature complètement le trafic matin et soir. En 2019 enfin, le projet d’aménagement de ce contournement de 5 km est autorisé et lancé dans la foulée. Le contournement est plébiscité par les habitants et les usagers de la route, soutenu par la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) et les élus. Mais l’association Alsace Nature saisit, dès 2019, le tribunal, pour s’opposer à cet aménagement routier. Elle s’inquiète des dégradations de zones humides et de trop faibles compensations environnementales face aux 7 ha de zones humides détruits. Mais force est de constater que le temps de la justice n’est pas celui des conducteurs de travaux qui estimaient la fin du chantier en 2023. Aujourd’hui, les vignes, prés et forêts ont disparu pour laisser place à une large bande sablée et plusieurs ponts. Et pourtant… Le 12 mai 2023, le tribunal administratif de Strasbourg a annulé l’autorisation environnementale et avec elle l’autorisation de mener ces travaux. Alors, ce 3 juin, une manifestation a été organisée pour dénoncer l’absurdité de l’arrêt des travaux à quelques mois de la fin. « Tous concernés » La manifestation a démarré vers 16 h, ouverte par quelques tracteurs, suivis d’une brochette fournie d’élus locaux. Maires, députés, sénateurs… presque tous ont répondu présents. Dans le cortège, nombreux sont les Castinétains, mais aussi les habitués du trafic chargé, comme cet habitant de Marckolsheim, venu spécialement protester et qui ironise ce jour-là de voir la route bloquée pour une autre raison. En effet, aux côtés des citoyens, les agriculteurs du coin ont répondu présents et leurs tracteurs empêchent la circulation. La N59 est un axe essentiel du Centre Alsace, reliant la plaine aux vallées, zigzagant entre les deux départements. Principal accès au tunnel de Sainte-Marie-aux-Mines, c’est une route de transit. Mais pour un certain nombre d’Alsaciens, c’est aussi la route du travail, vers les grosses entreprises du Val d’Argent dans le Haut-Rhin. Dans la vallée voisine du Bas-Rhin, celle de Villé et ses fermes ne sont pas moins impactées par la traversée de Châtenois. Comme témoigne l’un d’eux, venu de Heidolsheim. « Quand on va chercher du fourrage et qu’il faut traverser Châtenois chargé, ce n’est vraiment pas évident avec cette circulation ! » Pour Olivier Sengler, agriculteur et viticulteur à Scherwiller, la colère est aussi celle du contribuable : « Ce sont nos impôts ! », lance-t-il. Le chantier devait coûter 60 millions d’euros. Les panneaux vantant l’aménagement le rappellent. « Avec cette décision, l’arrêt des travaux occasionne un surcoût immédiat d’un million d’euros pour la mise en sécurité et de 250 000 € hors taxe par mois d’arrêt de chantier », avance la CEA. Pour les agriculteurs qui tiennent avec leurs tracteurs le rond-point où devait démarrer le contournement, il n’y a pas débat : « Nous sommes tous concernés ! » Mais pas tous pour les mêmes raisons… Il y a l’usage de la route, mais aussi le dossier de la compensation environnementale. « L’agriculture ne doit pas payer la note » C’est ce dossier qui a poussé la FDSEA et les JA du canton de Sélestat à se mobiliser. « Le niveau de compensation est déjà très élevé : plus de 58 ha de compensation pour un peu moins de 25 artificialisés. Or le tribunal semble indiquer un manque de compensation notamment sur les zones humides. Nous craignons des demandes additionnelles. Une fois de plus, les terres agricoles pourraient devenir la variable d’ajustement », explique le syndicat par voie de communiqué. « Pour ces 58 ha, le dossier est réglé », affirme Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA du Bas-Rhin. Remise en herbe sans fertilisation même organique, reboisement, créations de mares… ces surfaces sont néanmoins devenues quasi non valorisable pour le monde agricole. « Nous craignons aujourd’hui de devoir encore mettre la main à la poche. Avec ce jugement, nous avons également peur de créer un précédent. » Pour Frédéric Bierry, président de la CEA, « le projet du contournement est né grâce à une volonté collective, dont celle des agriculteurs. C’est plus du double de la surface du projet qui a été consacré pour la compensation environnementale. Les agriculteurs ne doivent pas contribuer d’avantage au regard des efforts déjà effectués. Je tiens à leur dire que leurs efforts sont reconnus et que nous respectons leur engagement. »     Un engagement également salué par le maire de Châtenois, Luc Adoneth. Alors que le cortège s’est arrêté sur le chantier avorté du contournement, il a pris la parole en premier. Il a rappelé que, dès le lendemain de l’annonce de l’annulation, Gérard Lorber et Johanna Trau, les deux présidents de canton de la FDSEA et des JA, se sont proposés pour sécuriser la manifestation et ouvrir le convoi. Un discours accompagné des acclamations et des applaudissements fournis des manifestants. Il faut le souligner, cette manifestation a rassemblé. Les agriculteurs se réjouissent de cette mobilisation aux côtés des élus, habitants et usagers de la N59, tous du même côté de la banderole qui rappelle : « 50 ans à attendre, 60 millions gâchés. »  

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