Vie professionnelle

Publié le 11/02/2022

Christiane Lambert était présente lundi et mardi à Strasbourg, à l’occasion de la réunion des ministres de l’Agriculture de l’Union européenne. Elle était invitée à cet évènement en tant que présidente du Copa, qui représente les agriculteurs de tous les États membres devant les institutions européennes. Elle a profité de son séjour alsacien pour échanger avec des représentants des FDSEA et JA du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, à l’invitation de Franck Sander : un moment passionnant et très apprécié par les participants. Un article de Christelle Jamot, directrice de la FDSEA du Haut-Rhin.

Franck Sander a accueilli la présidente nationale et lancé un tour de table pour lui exposer les problématiques agricoles alsaciennes, sur lesquelles elle était déjà bien renseignée. Christiane Lambert a mis un point d’honneur à répondre à toutes les questions et a même retardé son départ pour Paris, dans ce but.   Après l’#Europe étape avec les élus #FDSEA #JA Chambre d’ #agriculture à Strasbourg pour une immersion dans le contexte #Alsace Pression foncière, défense des #prix #transparenceGMS #recrutement saisonniers, #ZNT Transmission…Volonté de peser pr accompagner les #projets agri pic.twitter.com/HjCA1b5wH7 — Christiane Lambert (@ChLambert_FNSEA) February 8, 2022   Une préoccupation majeure : l’explosion des charges La présidente de la FNSEA n’a pas été surprise par les constats amers faits par l’ensemble des filières. Connaissant les cours de la viande bovine ou de porc sur le bout des doigts, et les hausses de charges par filière, elle a pris l’exemple de la filière avicole - en soulignant l’engagement de Jean-Michel Schaeffer - elle fait vite les comptes. Et le compte n’y est pas. C’est parce que la loi Egalim 1 n’a pas porté ses fruits que la FNSEA a demandé et obtenu une loi Egalim 2, applicable à compter du 1er janvier 2022. Il est crucial que les producteurs s’investissent dans la contractualisation avec pugnacité pour obtenir des prix rémunérateurs. Le débat s’est ensuite orienté vers les enjeux relatifs à la restauration collective, qui doit désormais inclure davantage de produits locaux et sous signe de qualité. Mais comment peut-elle se doter d’une telle ambition quand elle s’autorise un « coût matière » de seulement 1,40 € par repas ? « L’économie est têtue » et la « volatilité des cours s’invite dans toutes les productions ». Les représentants alsaciens ont confirmé que ce contexte est défavorable à la pérennisation des élevages porcins et bovins lait. De plus, dans les deux départements, des magasins de producteurs constatent une forte baisse du panier moyen en 2021. C’est la conséquence probable de la baisse du pouvoir d’achat des consommateurs, confrontés à la hausse des coûts de l’énergie et d’essence. La protection du foncier : un sujet inépuisable Les échanges ont été nourris sur la protection du foncier : la vigilance est de mise pour contrer les vélléités de certaines collectivités locales de créer des zones « protégées » (mais de quoi ?), ou de certains investisseurs de couvrir nos terres de panneaux agricoles. Cependant, Christiane Lambert estime qu’il faut être proactifs sur l’agrivoltaïsme : si l’agriculture ne s’implique pas, d’autres porteront les initiatives, sans tenir forcément compte des intérêts agricoles. En revanche, les FDSEA, les JA et les Chambres d’agriculture doivent organiser le travail de concert, pour vérifier que les projets d’agrivoltaïsme reposent sur une activité agricole réelle et viable. Les difficultés d’installation des jeunes ont été évoquées, et plusieurs pistes ont été envisagées, comme la création de groupements fonciers agricoles mutualistes pour cofinancer les terres mises à disposition des jeunes, ou le recours au prêt bancaire « de carrière », comme en Suisse. Mention spéciale pour… les corvidés Christiane Lambert a fortement impressionné l’auditoire par sa maîtrise exceptionnelle de l’ensemble des sujets. Le seul qui a pu la surprendre concerne les dégâts de corvidés, qui égalent aujourd’hui les dégâts de sangliers. Elle a pris note des informations transmises par les participants et a ajouté qu’au niveau national, « on se bat comme des lions pour venir à bout de la problématique des sangliers ». Une nouvelle convention doit d’ailleurs être signée avec la Fédération nationale de la chasse. Ce fut aussi l’occasion d’évoquer la nécessité de soutenir les agriculteurs de montagne. Christiane Lambert a d’ailleurs rappelé qu’elle a travaillé plusieurs années dans une ferme de montagne, et qu’elle aimait beaucoup faire la traite. Sa vie d’agricultrice l’a ensuite conduite à se consacrer à l’élevage porcin, mais sa passion pour toutes les filières agricoles est palpable dans chacun de ses propos. La présidente de la FNSEA a pu également échanger avec les participants sur le coût de la main-d’œuvre et les distorsions de concurrence avec les autres pays d’Europe. Elle a évoqué le succès du Varenne de l’eau. « Pas d’agriculture et de souveraineté alimentaire sans eau », a-t-elle lancé. Interrogée sur les ZNT, elle a rappelé l’énorme travail fait par la FNSEA pour réduire les surfaces sans traitement, qui, dans la version initiale du texte, devaient être larges de 200 mètres ! Elle appelle cependant les agriculteurs à se remettre régulièrement en question sur l’usage des phytosanitaires, afin de faire les choix les plus efficients pour les cultures et pour l’environnement. C’est ce qui a guidé la FNSEA, et notamment Hervé Lapie, lors des longues discussions préalables au vote du Plan Pollinisateurs. En conclusion, elle appelle les agriculteurs à objectiver leur situation pour faire les bons choix, et à anticiper autant que possible dans un contexte incertain. Et lorsque des productions vont bien, il faut aussi le dire, pour donner une image positive de l’agriculture et attirer les jeunes. Merci @ChLambert_FNSEA pour ce moment d'échange studieux et sympathique. Les sujets ne manquent pas mais la volonté d'agir est là !! #Fnsea — FDSEA du Bas Rhin (@FDSEA67) February 9, 2022

Lycée agricole d’Obernai et CAAA du Bas-Rhin

Œuvrer pour que le métier d’agriculteur soit confortable

Publié le 10/02/2022

Jeudi 3 février 2022, une vingtaine d’élèves de 1ère bac pro Conduite et gestion de l’entreprise agricole (CGEA) du lycée d’Obernai, a été évaluée par leur professeure Marie-Laure Couvet et deux conseillers en prévention de la CAAA du Bas-Rhin, Diego Wolff et Denis Litt, sur leurs propositions de Document unique d’évaluation des risques professionnels (Duerp). Ils ont présenté leurs inventaires des dangers et leurs plans d’action à la ferme Voelckel, à Erstein, qui s’est portée volontaire pour l’exercice.

« Quand ma fille m’a demandé s’ils pouvaient venir ici, j’ai accepté. Il faut bien qu’ils aillent quelque part ! Et puis, je ne me rends sûrement plus compte de certains dangers. Aujourd’hui, grâce aux élèves, je regarde mon exploitation avec un œil neuf », dit Virginie Voelckel, enthousiaste. Jeudi 3 février, la classe de 1ère bac pro CGEA, à laquelle appartient sa fille, a restitué à l’exploitante les résultats de ses travaux sur le Duerp, tirés d’une première visite de l’exploitation, quinze jours auparavant. Trois groupes se sont attachés à lister les risques professionnels sur la ferme de polyculture-élevage du Striegel, à Erstein, idéale pour l’exercice, puisque diversifiée. Elle compte une centaine d’hectares de SAU dont du maïs (40 ha), du blé (15 ha), des betteraves sucrières (16 ha), de la prairie (20 ha), de l’orge (2 ha), du soja (7 ha) ; 85 têtes de montbéliardes (race mixte) et deux bâtiments de volailles Label rouge (4 400 volatiles par bâtiment). Le groupe d’élèves en charge d’inventorier les risques liés aux bâtiments a été évalué en premier par la professeure Marie-Laure Couvet et les deux conseillers en prévention de la CAAA 67, Diego Wolff et Denis Litt. Elle et Denis travaillent ensemble sur le module « sécurité » spécifique, dispensé par la CAAA 67, au lycée d’Obernai. En 1ère bac pro, une vingtaine d’heures en plus de celles au programme officiel sont dédiées à la prévention des risques. En terminale, les élèves vont plus loin dans l’analyse, puisqu’ils doivent rendre un projet d’amélioration de l’exploitation du lycée : ils consacrent encore plus d’heures au module. À Obernai, les lycéens ont aussi accès à une formation aux premiers secours, de quatorze heures. « Ces jeunes sont formés à la reprise d’exploitation. Et ils vont tous, a priori, travailler sur une exploitation. Le Duerp est obligatoire à partir du moment où on embauche un salarié », rappelle Marie-Laure Couvet. Des propositions pertinentes « Ça manque d’isolation », relève le groupe « bâtiments », dans l’atelier. Peut-être, mais Virginie ne tiendra visiblement pas compte de cette remarque. Une autre proposition retient son attention. « On pourrait placer le local phyto dans l’atelier », commence un lycéen. « C’est à l’extrémité de l’exploitation, près du chemin. Il ne perturbera ni le reste de l’exploitation, ni les petits enfants, qui pourraient se promener. C’est aéré, ouvert », constate Denis Litt, ravi. Les élèves ont su utiliser le potentiel du bâtiment. « En plus, ils ont choisi le bon côté », ajoute-t-il. Virginie profite de la délibération des évaluateurs pour questionner les lycéens sur ses silos. Tous sont d’avis de recycler le plus ancien… mais qu’en faire ? « Leur travail est correct, glisse Marie-Laure Couvet, mais on peut toujours approfondir davantage. » Si les cornadis anti-étranglements des montbéliardes sont appréciés, le groupe « élevage » conseille à Virginie d’installer des passages d’hommes… Petit bémol, quand même : « ça prend de la place », souligne Denis Litt. Les lycéens ont chiffré l’installation à moins de 200 euros. L’éleveuse réfléchit. Elle ne se prononcera pas encore. Un cornadis devrait être réparé ou remplacé mais un neuf reviendrait à près de 1 000 euros. En parallèle, Marie-Laure Couvet évalue le groupe « matériel », qui s’en donne à cœur à joie au milieu des vibroculteur et faucheuse. « Il y a un vérin à changer, là : ça a été réparé mais c’est du fait maison », relève un jeune homme. « Un nouveau panneau réfléchissant coûte environ 23 euros. Il faudrait en renouveler », pointe un autre. La professeure en profite pour les interroger sur la législation qu’ils connaissent par cœur. À l’issue de l’évaluation, chaque lycéen reçoit une tasse avec la photo de sa classe, en souvenir, offerte par la CAAA 67… remplie de sucreries. C’est une surprise. Diego Wolff et Denis Litt sont pédagogues et reconnaissants. Sécurité et confort Depuis plus de vingt ans, chaque année, la CAAA du Bas-Rhin intervient au lycée agricole d’Obernai pour sensibiliser les élèves aux risques sur les exploitations : un partenariat gagnant-gagnant. « On a choisi cette formule pour intéresser les élèves à la sécurité et plus encore : pour que leur métier soit moins pénible, pour rendre le métier d’agriculteur confortable », précise Denis Litt. Les jeunes se projettent d’autant mieux qu’ils travaillent sur l’exploitation d’un parent d’élève. À l’issue des travaux sur les Duerp, Denis Litt remet systématiquement les observations et propositions d’action des lycéens aux exploitants volontaires pour les accueillir et leurs travaux ; tiercé gagnant !

Agriculture bas carbone

Le Gaec Losser pour modèle

Publié le 08/02/2022

Pendant 6 mois, jusqu’au 30 juin, la France assure la présidence du Conseil de l’Union européenne. La réunion informelle des ministres européens de l’agriculture qui s’est tenue du 7 au 8 février en Alsace était consacrée à l’agriculture bas carbone. Un levier à déployer à l’échelle européenne, si l’Union veut atteindre l’objectif qu’elle s’est fixé : atteindre la neutralité climatique d'ici 2050. Avec son label bas carbone, la France veut servir de modèle à ses partenaires européens.

À 25 ans, Alexis Losser fait partie de ces « soldats du climat », comme Julien Denormandie, ministre de l'Agriculture, aime à désigner les agriculteurs. Le jeune éleveur s'est en effet engagé dans l’agriculture bas carbone, une forme d’agriculture qui vise à renforcer sa capacité naturelle à stocker du carbone dans les sols et la biomasse. Une singularité que l’agriculture partage avec la forêt. Et qui place ces deux secteurs sur le front de la lutte contre le changement climatique. L’agriculture bas carbone vise donc à optimiser la capacité de stockage du carbone, tout en réduisant les émissions de Gaz à effet de serre du secteur (GES) de l'activité agricole, et à rétribuer les agriculteurs pour ce service. En effet, la mise en place des pratiques favorables au stockage du carbone nécessite souvent des investissements. L’idée est donc de vendre le carbone économisé, sous forme de crédits carbone, à des acteurs qui veulent compenser leurs émissions. Simple sur le papier, le principe s’avère techniquement plus ardu à mettre en œuvre. Il s’agit d’abord de dresser un état des lieux, d’identifier les leviers sur lesquelles les agriculteurs peuvent agir le plus efficacement, d’évaluer les quantités de carbone stockées grâce à l’évolution de leurs pratiques, de fixer le prix de la tonne de carbone - un tarif qui est pour l’instant indexé au coût de la mise en œuvre des pratiques bas carbone... Pour encadrer la rémunération du carbone capté dans les sols, la France a donc élaboré le label bas carbone. Son obtention est assujettie à un parcours comprenant un diagnostic carbone initial, qui permet d’identifier les leviers les plus efficaces pour réduire les émissions de GES. En France, la méthodologie de ces diagnostics est élaborée par les instituts techniques (Idele, Arvalis…), un gage de crédibilité, alors que de plus en plus de start-up se positionnent sur ce marché émergent. En outre, les agriculteurs sont accompagnés. Les diagnostics sont généralement effectués dans le cadre d’un contrat tripartite qui lie l’agriculteur, un porteur de projet (coopérative, GIEE, Chambre d’agriculture…) et l’association France Carbon Agri, qui se situe à l’interface entre l’agriculteur et les acheteurs potentiels de crédit carbone. Un défi et des opportunités En France, 16 000 fermes se sont lancées dans la réalisation d’un diagnostic carbone, dont 1 300 perçoivent déjà les subsides de leurs efforts. Des chiffres qui donnent à la France une longueur d’avance en matière d’agriculture bas carbone. Même si d’autres pays membre s’y sont déjà lancés aussi, comme l’Espagne, le Danemark. Reste à convaincre les autres des bénéfices de l’agriculture bas carbone pour leurs agriculteurs. C’est tout l’objectif de cette réunion informelle, qui a réuni 23 des ministres de l’Agriculture de l’UE en Alsace. Il s’agit de « définir comment valoriser économiquement les pratiques qui permettent de stocker davantage de carbone dans les sols », a souligné le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie, en marge de la visite du Gaec Losser. Cette « présentation concrète de ce qu’il est possible de faire a donné lieu à des échanges très intéressants », s’est-il réjoui. Les explications d’Alexis Losser ont aussi donné la mesure du « défi » qui attend les agriculteurs. Par exemple avec « l’introduction du pâturage dans une structure qui ne le pratiquait pas ». Mais aussi les opportunités liées à l’agriculture bas carbone. « En 5 ans, ce Gaec peut percevoir jusque 40 000 € de la vente de ses crédits carbones », a souligné le ministre.   #PFUE2022 Retour sur cette première journée de réunion informelle avec mes homologues européens à Strasbourg ⤵️ pic.twitter.com/wzFWFJQZmO — Julien Denormandie (@J_Denormandie) February 8, 2022   La Commission européenne doit présenter à la fin de l’année des propositions en vue d'encadrer la certification de la séquestration du carbone dans les sols et la forêt. Le ministre espère donc arriver à inciter les autres pays à aller vers ce type de démarche dans les prochains mois. Il est donc important de trouver un cadre commun qui permette de valoriser ces pratiques. Les ministres ont planché sur la question le lendemain de cette visite, mardi 8 février (nous y reviendrons dans notre prochaine édition). Et une réunion est prévue avec le Comité des organisations professionnelles agricoles de l’Union européenne (Copa) et France Carbon Agri le 25 février. « Nous voulons partir de ce qui existe sur le terrain pour éviter d’aboutir à une démarche descendante », indique Christiane Lambert. La présidente du Copa pointe aussi l’incohérence entre la stratégie Farm to fork, portée par la Commission européenne, qui fixe des objectifs de réduction de l’usage des produits phytosanitaires et des engrais propres à engendrer des baisses de rendement, donc une hausse des importations, ce qui ne va pas dans le sens d’un bilan carbone allégé. Et le fait d’inciter les agriculteurs européens à stocker davantage de carbone dans les sols. « C’est l’illustration que la stratégie Farm to fork, dont nous ne voulons pas, est une erreur », a-t-elle déclaré. « Cette stratégie a été élaborée en 2019, avant l’épidémie de Covid 19 et les difficultés d’approvisionnement en matière première », a-t-elle rappelé. Pour elle, la stratégie Farm to fork est donc obsolète. « C’est une stratégie de décroissance triste. Nous préférons faire le pari d’une croissance durable, qui permette aux agriculteurs européens de continuer à produire en intégrant davantage les critères de durabilité. C’est le pari de l’intelligence et de la confiance en cette nouvelle génération d’agriculteurs qui est parfaitement capable d’aller dans ce sens ». Les 27 ministres de l’ #agriculture partagent l’ambition que #CarbonFarming soit un levier majeur de la lutte contre le changement #climatique ✅ produire l’ #Alimentation durable ✅ réussir la #TransitionEcologique ✅ vendre les #carboncredit ✅ recherche &conseil #agriculteur pic.twitter.com/dqbHL4gO5v — Christiane Lambert (@ChLambert_FNSEA) February 8, 2022  

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