Vie professionnelle

Publié le 05/01/2022

Pendant trente années, Rémy Losser a accompagné le déclin de la filière tabacole, avec pour objectif de limiter les dégâts, et de permettre aux planteurs de rebondir sur une base saine. Et c’est bien l’héritage qu’il laisse à son successeur, Julien Paulus. Le tabac est certes devenu une production de niche mais, désormais, les acheteurs s’arrachent le virginie français.

Dans six mois, Rémy Losser sera à la retraite, après avoir passé quelque trente années à défendre la filière tabacole. « Le moment est venu de passer le flambeau », constate le président de la Coopérative tabac feuilles de France (CT2F), qui préside aussi la Fédération nationale des planteurs de tabac (FNPT) pour quelques mois encore. Il commence par laisser la présidence de la CT2F à Julien Paulus, jeune tabaculteur de Hochfelden. « Je veux m’assurer que la transmission se fasse dans de bonnes conditions », pointe Rémy Losser, même s’il sait qu’il laisse la coopérative entre les mains d’une équipe et d’un nouveau président jeunes et motivés. En 2022, il veillera encore au grain, notamment en ce qui concerne les relations avec les acheteurs de tabac. « Durant ces trente années, j’ai géré une filière dans une phase de décroissance », résume Rémy Losser. Un comble pour cet homme qui se décrit volontiers comme « un battant », de nature « dynamique », et qui a la décroissance en horreur ! Pourtant, il ne tire aucune amertume de ce bilan : « Je me suis beaucoup dépensé, j’ai beaucoup donné, mais j’ai aussi beaucoup reçu ». Il se souvient, par exemple, avec plaisir de ses nombreux déplacements professionnels dans le Périgord, le Lot-et-Garonne, à Paris : « J’ai vu du pays, j’ai rencontré des gens ». Reste que Rémy Losser a assisté au déclin de la filière tabacole, qui plus est en tenant les manettes du navire en détresse pour empêcher son naufrage. « Il y a 30 ans, le tabac était une production noble, reconnue, valorisée, et soutenue par les pouvoirs publics. Il y avait des députés qui nous appuyaient dans nos négociations avec les industriels. L’Europe, aussi, soutenait le tabac, parce que c’était une production qui permettait à de petites exploitations de vivre. La filière tabacole avait du sens, tant socialement qu’économiquement », se souvient-il. Rester maîtres de la décroissance Les années 2000 marquent le premier choc pour la filière, cruellement marquée par la réforme de la Pac et le découplage des aides : « Nous avons dû affronter le prix du marché commercial tel qu’il était, alors qu’auparavant les aides européennes pouvaient représenter jusqu’à 80 % du chiffre d’affaires des exploitations tabacoles. Nous nous sommes retrouvés en concurrence directe avec les autres pays producteurs, comme le Brésil ou l’Afrique, avec des charges en main-d’œuvre qui pesaient autrement plus lourd sur nos résultats. Autant dire que nous avons changé de monde », se remémore Rémy Losser. En parallèle, le lien démontré entre tabagie et cancer jette l’opprobre sur la production. Dans ces conditions, sauver la filière apparaissait comme une mission impossible. En 2004, l’option la plus répandue dans les rangs des responsables de la filière était l’arrêt pur et simple de la production, « ce qui aurait occasionné d’importants dégâts sociaux », pointe Rémy Losser. Si la filière et les emplois qu’elle génère n’ont pas complètement disparu, c’est grâce au travail de Rémy Losser et de ses collaborateurs : « Nous sommes restés maîtres de cette décroissance, que nous avons accompagnée en restructurant les outils, afin de les adapter à la baisse du nombre de producteurs et du volume de tabac à traiter », rappelle Rémy Losser, qui a conduit trois plans sociaux dans sa carrière. Ainsi lorsque Imperial tobacco (devenu Imperial Brands) a quitté le Bergerac Seed & Breeding (BSB), le centre technique qui œuvre notamment à l’amélioration variétale du tabac, cette structure a été reprise par les autres acteurs de la filière, « avec des plans sociaux en conséquence ». Jusqu’il y a deux ans, le BSB appartenait à France Tabac. Puis il est passé dans le giron de la Caisse de réassurance mutuelle agricole des planteurs de tabac français (CRMAPT), qui porte financièrement cet outil. Son sauvetage est « une grande fierté » pour Rémy Losser. Malheureusement, il a aussi dû accompagner le déclin de l’usine de Sarlat, qui transformait le tabac brut produit en France, jusqu’à sa fermeture il y a trois ans. Mécaniser ou disparaître En parallèle, les coopératives tabacoles de France se sont, elles aussi, restructurées. Rémy Losser est « très fier » d’avoir accompagné la fusion des coopératives Alsatabac, Nord & Loire Tabac, et Poitou Tabac, qui a donné naissance à la CT2F, dont le siège se situe à Strasbourg. Grâce à cette restructuration, les producteurs ont gagné en influence : « Nous sommes assis à la table des négociations avec les acheteurs, nous sommes écoutés, et reconnus pour la qualité de notre tabac virginie », se félicite Rémy Losser. Si la qualité du tabac de la CT2F est reconnue et demandée, c’est encore, en partie, grâce à lui. Le futur ex-président de la CT2F s’est également « beaucoup bagarré » pour que la mécanisation de la culture du tabac entre dans les mœurs. « Il y a une quinzaine d’années, ce n’était pas très bien vu par les producteurs, qui avaient peur de perdre en qualité, en savoir-faire. Elle nécessitait aussi des investissements importants de la part des planteurs, qui devaient être prêts à changer leur manière de faire du tout au tout. Mais il n’y avait pas d’autre choix que de gagner en compétitivité. Nous devions évoluer avec notre temps, ou disparaître », se souvient Rémy Losser. Pendant quelques années, à partir de 2004, il a essuyé les plâtres de l’adaptation de la mécanisation, venue d’Italie, au contexte alsacien. Il se souvient d’avoir jeté des fours de tabac, récoltés trop humides. Parmi ses fiertés figure donc aussi l’élaboration d’un programme d’investissement soutenu par FranceAgriMer et la Région, qui a permis de généraliser la mécanisation. « Ce sont les volumes et le chiffre d’affaires que la mécanisation a permis de dégager qui ont permis de maintenir les structures tabacoles. Sans la mécanisation, elles auraient toutes disparu », confirme Olivier Riedinger, ancien directeur de CT2F et actuel directeur général de la CRMAPT et de la FNPT, qui a, durant de nombreuses années, accompagné Rémy Losser, dans ces combats et ces réformes.         Maintenir, valoriser, servir « Nous avons tout mis en œuvre pour que les coopératives puissent repartir sur des bases saines afin d’affronter l’avenir », résume Rémy Losser, qui se dit « fier » de s’être battu pour une filière qui « le méritait ». La filière tabac de 2022 n’a plus rien à voir avec celle des années 1990, mais le monde en général non plus ! Et il y a encore des planteurs de tabac, notamment des jeunes, qui investissent, et pour qui le tabac représente 30 à 50 % du chiffre d’affaires. C’est le cas du nouveau président de la CT2F, qui salue « le travail d’adaptation de la filière réalisé par Rémy Losser ». La mission de Julien Paulus et de son équipe consistera à « maintenir une filière cohérente avec les surfaces et le nombre de producteurs, à aller chercher de la valeur ajoutée, à rendre aux adhérents des services qui répondent à leurs besoins ». Les exploitations tabacoles qui ont survécu au marasme des années 2000 se sont spécialisées dans cette production et ont fait du tabac leur culture principale. Ces agriculteurs ont donc besoin de soutien technique, logistique, administratif et d’une représentation efficace auprès de leurs partenaires. La coopérative répond à ces besoins en déployant trois techniciens sur le terrain, en organisant les achats, ainsi qu’en « adaptant la filière aux configurations du moment, qui peuvent évoluer très rapidement », constate Julien Paulus, qui a donc encore du pain sur la planche pour faire vivre la filière tabacole.

Publié le 04/01/2022

En attendant des charges en forte hausse pour l’année culturale 2022, notamment sur les intrants et le fioul, le revenu courant 2021 des exploitations qui servent de référence aux données comptables pour le CFG, devrait être en hausse, à l’exception de la viticulture.

En maïs, le produit brut/ha est de 2 881 €/ha en irrigué et de 2 491/ha en sec. Les frais de séchage en augmentation de 20 % gonflent les charges opérationnelles. Néanmoins, la moyenne de marge nette atteindrait 741 €/ha en irrigué, contre 444 €/ha en 2020 et 726 €/ha en sec contre 271 €/ha en 2020. En blé, le produit brut/ha est de 1 705 €/ha contre 1 581 €/ha en 2020. Et la marge nette atteindrait 435 €/ha contre 390 €/ha en 2020. En betteraves, le produit brut/ha serait de 2 905 €/ha contre 1 996 €/ha en 2020. La marge nette (avec DPB) était négative en 2020 avec -203 €/ha. Elle repasserait dans le positif avec 600 €/ha en 2021. Côté élevage, en bovin viande, les résultats moyens des huit exploitations de référence indiquent un produit brut de 315 695 € pour un revenu net d’activité négatif de 4 938 € en 2020. Avec une perspective de prix moyen de 4 €/kg en 2021 (contre 3,74 €/kg en 2020), le produit brut progresserait à 337 642 €, permettant de dégager un revenu net de 6 182 €. En lait, les données recueillies auprès de 167 exploitations pour une SAU moyenne de 142 ha, un cheptel de 83 vaches et une productivité moyenne de 8 636 litres par vache, indiquent que le produit brut des exploitations atteindrait 459 992 € en 2021 contre 422 011 € en 2020. Et que le résultat courant serait de 45 348 € contre 36 893 € en 2020.     Cet après midi, AG du Centre de Fiscalité et de Gestion du Bas-Rhin. Des investissements et des embauches pour toujours plus de services. La comptabilité au service des agriculteurs adhérents.@EAVPHR #lAgricultureElleAssure pic.twitter.com/ngQhH7LcdS — Germain Schmitt (@germain_schmitt) December 13, 2021     Des niveaux de revenu proches de 2020 Enfin, en viticulture, les vendeurs de bouteilles voient leur revenu courant de 2020 chuter à 2 098 €/ha contre 4 153 €/ha sur la moyenne de ces cinq dernières années. Les données sont recueillies auprès de 33 exploitations avec une moyenne de 14 ha. Quant aux vendeurs de raisins, le revenu courant en 2020 est de 3 393 €/ha contre 4 461 €/ha sur la moyenne des cinq dernières années, données recueillies auprès de 31 exploitations pour 6,76 ha de moyenne. Excepté la viticulture, le revenu de l’agriculture retrouve des couleurs en 2021, mais c’est sans compter sur la hausse prévisionnelle de 91 % du prix des engrais. De même, les frais animaux augmenteraient singulièrement avec +14 % pour les aliments et +12 % pour les produits d’élevage. Parallèlement, les charges de structure flambent et devraient atteindre +38 % pour l’énergie et les lubrifiants, + 4 % en matériel agricole et +18 % en bâtiments. Quelle incidence ? En maïs grain sec par exemple, le total des charges passerait de 656 €/ha à 1 109 €/ha. En résumé global, cette augmentation des charges nous ferait repasser à des niveaux de revenu de 2020.      

Le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie en Alsace

Le houblon « soutenu à sa juste valeur »

Publié le 24/12/2021

« Le meilleur pour la fin. » Julien Denormandie est allé à la rencontre des producteurs de houblon alsaciens, au Comptoir agricole de Brumath, mardi 21 décembre. Le ministre de l'Agriculture a profité de son déplacement pour annoncer un soutien d’un peu plus de 600 000 euros à la filière française, qui repose à 90 % sur le houblon bas-rhinois. Il a été chaudement remercié.

Sur 600 à 700 ha de houblon en France, 500 ha sont alsaciens. Pour son dernier déplacement ministériel de l’année, le 21 décembre, Julien Denormandie a visité l’unité de pelletisation de houblon bio (lire l’article page 10 de cette édition), au Comptoir agricole de Brumath. La petite machine, dédiée au bio est « unique en Europe ». Elle est américaine et a coûté 300 000 euros, dont une partie a été soutenue par la Région Grand Est et le Feader. Sous une nuée de flashs, guidé par Franck Sander, le président de la FDSEA du Bas-Rhin, Denis Ramspacher, le président de la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), et Vincent Thiébaut, le député En Marche de la circonscription, le ministre a découvert le site brumathois, qui collecte les fleurs odorantes, avant de se pencher sur les tapis roulants débordants de pellets bio. Les représentants de l’agriculture bas-rhinoise n’ont eu de cesse de rappeler à Julien Denormandie les enjeux pour la filière, entre deux explications d’Antoine Wuchner, le directeur commercial pour la filière houblon du Comptoir agricole. L’augmentation de la production pour répondre à la demande des brasseurs français soit un besoin de 2 500 ha ; l’exportation qui concerne un peu plus de la moitié de la production alsacienne ; la recherche variétale pour faire face au changement climatique et aux desiderata des clients - notons que douze ans sont nécessaires pour le lancement d’une nouvelle variété et que 2,5 millions d’euros ont été investis par le Comptoir ces dernières années ; le renouvellement des générations de cette « filière d’exception » ; le besoin de main-d’œuvre, souvent étrangère ; l’utilisation de produits phytosanitaires respectueux des pollinisateurs : les appels au soutien étaient étayés. Près de 45 familles vivent du houblon, en Alsace, sur des structures de petite taille. Seulement trois d’entre elles produisent en bio (7 % de la production totale) actuellement, mais deux autres sont déjà en conversion. Quels sont les freins à l’installation des jeunes ?, s’enquiert le ministre. Principalement le déficit de main-d’œuvre et de solutions nouvelles pour protéger la culture des maladies et ravageurs, lui rétorque-t-on. « Une installation en houblon, c’est 1 million d’euros pour 10 hectares », souligne Antoine Wuchner : un investissement énorme. « Ici, on transmet », nuance Franck Sander. Il n’y a qu’à moderniser. « Mais, pour investir, les jeunes manquent de visibilité », ajoute le syndicaliste, qui remercie au passage les brasseries alsaciennes Kronenbourg et Météor de se fournir localement.     600 000 euros pour le houblon Lorsque le ministre de l'Agriculture prend enfin le micro, c’est pour lever les doutes. Une nouvelle aide au développement de la filière houblon française vient d’être validée : Hoplaunch, qui fait suite à Hopstart. Un peu plus de 600 000 euros de fonds FranceAgriMer, au total, ont été et vont être distribués à des porteurs de projet (lire encadré). « Je suis très content d’être à vos côtés, dans la capitale du houblon. Je m’y étais engagé. Je me suis réservé le meilleur pour la fin de l’année », lance Julien Denormandie, expliquant ainsi son retard. « C’est un cadeau de Noël. Merci, Monsieur le ministre », dit Franck Sander. Julien Denormandie confie être heureux de partager un autre sujet que la betterave avec le président de la FDSEA du Bas-Rhin. Le soulagement est général. Le ministre se souvient que la filière houblon en Alsace s’est relevée, au début des années 2000, grâce à un investissement massif dans la recherche variétale. Il salue l’effort. « Vous êtes visionnaires, résume-t-il. Des personnes croient en vous et souhaitent vous aider le plus possible. Vous êtes une partie de notre identité et toute partie doit être soutenue à sa juste valeur. » Il s’est réjoui à l’idée de déguster les produits locaux, avant de partir en forêt… Son enthousiasme a vite été douché. Covid oblige, la bière tirée lui est passée sous le nez. Le Comptoir agricole lui a heureusement offert un coffret de quatre mousses, élaborées à partir de son houblon Hop France. La suite de la journée a été consacrée à une rencontre avec la filière bois ; puis à un échange avec la profession agricole et viticole, tous syndicats confondus.    

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