Vie professionnelle

Publié le 04/02/2022

Pôle économique et touristique majeur d’Alsace, « capitale » du département du Haut-Rhin, la ville de Colmar reste une commune solidement ancrée dans la ruralité, l’agriculture et la viticulture, les fondements de son ADN. Un héritage qui tend à être pérennisé par les politiques mises en œuvre par le conseil municipal présidé par Éric Straumann.

Terre maraîchère historique, capitale des vins d’Alsace, carrefour entre plaine et montagne, la ville de Colmar a l’agriculture et la viticulture inscrites dans son ADN. Son ban communal, le plus grand du Haut-Rhin, est composé en majorité de zones naturelles ou cultivées. Forêts, prairies, vignes, cours d’eau, vergers, jardins, cultures légumières et céréalières offrent aux 70 000 habitants un accès direct à la ruralité à quelques centaines de mètres du brouhaha urbain, quand ce n’est pas moins. Des terres agricoles sanctuarisées Au centre-ville, le marché couvert fait la part belle aux produits agricoles des environs. Un clin d’œil à un passé pas si lointain où le bâtiment était le cœur névralgique des maraîchers de la ville et des environs. « Les légumes étaient amenés sur des barques grâce à la Lauch. Tout au long de cette rivière, les cultures maraîchères se sont développées », retrace le maire de Colmar, Éric Straumann. Des terres fertiles qui, petit à petit, ont été grignotées par l’urbanisation, notamment au cours des trente dernières années.     Le phénomène tend à s’estomper depuis l’entrée en vigueur du dernier Plan local d’urbanisme (PLU) en 2017, réalisé en concertation avec les viticulteurs et agriculteurs présents dans la commune. « La quasi-totalité des maraîchers a été reçue individuellement afin d’établir un point précis de leur situation dans le but de préserver des terres agricoles et de maintenir les exploitations », détaille Marie Burgunder, du service Domaine rural et forestier de la Ville de Colmar.     Concrètement, cela s’est traduit par l’établissement d’un zonage spécifique (AMa et AMb) pour préserver les exploitations maraîchères dans l’enveloppe urbaine et valoriser les circuits courts avec la préservation d’exploitations déjà présentes. « L’urbanisation ne peut plus s’étendre vers les zones naturelles. Même s’il reste des dents creuses à exploiter, nous nous inscrivons désormais dans une densification de l’habitat. Les projets d’urbanisation qui existent n’entrent pas en confrontation avec le monde agricole », soutient Éric Straumann. Encourager l’agriculture locale Preuve de cet engagement, la Ville de Colmar va enfin souscrire un contrat Gerplan (plan de gestion de l’espace rural et périurbain) avec la Collectivité européenne d’Alsace (CEA). Celui-ci sera mis en œuvre au niveau de l’intercommunalité. Un diagnostic précis du territoire de Colmar sera réalisé au cours de l’année 2022. « Nous étions la seule com’com dans le Haut-Rhin à ne pas s’être engagée dans cette démarche. En entrant dans cette procédure, nous pourrons travailler avec les agriculteurs, les pêcheurs et les associations environnementales dans l’objectif de préserver le patrimoine naturel, la biodiversité, la qualité du paysage, de maintenir les quelques prairies naturelles qui nous restent, et encourager l’agriculture locale », liste l’édile de la commune.     La Ville de Colmar accorde ainsi une attention toute particulière aux renouvellements de ses beaux ruraux lorsque la situation se présente. « Pour attribuer les terres que nous louons, nous procédons à un appel à candidature sur la base de critères d’attribution de notre Agenda 21 : préservation de l’environnement en privilégiant l’agriculture raisonnée, remise en prairie ou culture fourragère, installation des jeunes agriculteurs et les petites exploitations », développe Marie Burgunder. Dans cette optique, la Ville aimerait développer une filière de fourrage locale pour répondre aux besoins des éleveurs de montagne, mais aussi pour les centres équestres des environs. Préserver la biodiversité des forêts… La commune est bien lotie en forêts, avec environ 1 000 ha répartis en quatre principaux massifs : le Neuland/Fronholz, le Niederwald, le Rothleible et le Saint-Gilles. Ce patrimoine est géré par l’ONF. Les forêts sont certifiées PEFC, ce qui garantit la mise en œuvre de pratiques forestières durables (pas d’utilisation de produits phytos, favoriser la régénération naturelle quand c’est possible, limiter voire supprimer les coupes rases, favoriser la diversité des essences, des structures de peuplement et des traitements).     La forêt du Niederwald fait partie d’une réserve biologique dirigée depuis 2013, mais aussi du site Natura 2000 « Rhin, Ried, Bruch ». Plusieurs actions de préservation de la biodiversité y sont mises en œuvre : maintien des arbres vieillissants, morts et à cavités, création de 28 ha d’îlots de sénescence pour une durée minimale de trente ans (aucune intervention n’est réalisée et les arbres ne sont plus exploités), campagne de lutte contre la renouée du Japon, espèce végétale invasive menaçant la biodiversité. …et lutter contre les corvidés Ces forêts constituent de « beaux environnements de chasse » souligne Éric Straumann. « Nous avons des lots très attractifs avec de belles populations de gibier heureusement bien gérés par les chasseurs, dont beaucoup de locaux. » Les sangliers et les cervidés ne posent globalement pas de problèmes en terre colmarienne. Par contre, les corvidés qui nichent dans le quartier du Ladhof constituent plus que jamais un réel « fléau ». « Cela cause un préjudice à l’agriculture, mais aussi aux riverains, et aux entreprises qui subissent des milliers d’euros de dégâts », poursuit le maire de Colmar.     Face à cette forte prolifération de corbeaux freux et de corneilles noires, une lutte est menée par la Ville, en partenariat avec de nombreux organismes, dont la FDSEA du Haut-Rhin et la préfecture. Diverses actions ont été mises en œuvre au cours des deux dernières années : effarouchement passif avec des leurres, des carillons, des plaquettes peintes, effarouchement actif avec des torches laser, des crécelles, des revolvers à fusées, taille raisonnée des arbres avec enlèvement des anciens nids, piégeage à l’aide de corbetières, et opérations de tir à destruction sous la direction des louvetiers.     « Tout ceci a eu un impact à court terme, mais à long terme, c’est peu probant. Si vous enlevez une colonie, une nouvelle prend sa place l’année suivante », déplore Éric Straumann. Pas question de baisser les bras non plus. Pour cette année 2022, la Ville de Colmar va prélever les nids du Ladhof avec des nacelles. Une mesure qui conserve une efficacité « très marginale » à ses yeux, mais qui reste néanmoins nécessaire pour réduire la pression des corvidés, même temporairement. Ramener la montagne en ville Si les corvidés sont invités à nicher sous d’autres cieux, les bovins sont par contre très attendus dans la cité de Bartholdi. Après le succès de la mini-transhumance effectuée en septembre 2021 dans les rues de la ville dans le cadre de la Seram (Semaine européenne des races locales de massif), Éric Straumann souhaite faire revenir les Vosgiennes dans sa commune, et plus globalement toute l’agriculture de montagne.     « Lorsque ces vaches ont défilé dans nos rues, de nombreux Colmariens étaient présents malgré les conditions météo difficiles. On a senti un réel engouement de leur part. De là est née l’idée de créer un nouvel évènement autour de la Vosgienne », révèle-t-il. La manifestation est prévue le 10 avril prochain avec, au programme, vente de vaches vosgiennes et de produits de la vallée de Munster. « À travers cet évènement, on souhaite renforcer le lien avec les producteurs fermiers de montagne, mais aussi les fermes-auberges. Nous serons la capitale des marcaires le temps d’une journée ! »

Publié le 31/01/2022

Après 2021 particulièrement riche en évolutions sur le plan social pour la branche de la production agricole, avec les entrées en vigueur successives de la Convention collective nationale et du régime de retraite supplémentaire des salariés non-cadres, le début 2022 s’annonce plus classique avec des évolutions légales et réglementaires habituelles. Un article d’Arnaud Lectard, FRSEA Grand Est.

Après une revalorisation à 10,48 € brut de l’heure au 1er octobre dernier, le Smic connaît une nouvelle hausse de 0,9 % trois mois plus tard. Il est donc à 10,57 € au 1er janvier 2022. Des minima salariaux poussés par le Smic Le Smic mensuel brut pour un salarié mensualisé sur une base de 35 heures de travail hebdomadaires est ainsi porté à 1 603,12 €. Le plafond mensuel de sécurité sociale, indicateur de référence servant au calcul de certaines prestations de sécurité sociale, ainsi qu’en matière de cotisations sur salaires, demeure lui identique à son montant de 2020 et 2021, soit 3 428 €. Le minimum garanti, utilisé pour l’évaluation des frais professionnels et des avantages en nature est porté, quant à lui, à 3,76 €. Cette hausse du Smic est concomitante avec l’entrée en vigueur au 1er janvier 2022 de la nouvelle grille nationale des salaires applicables aux exploitations agricoles et aux Cuma. Cette grille, qui avait fait l’objet d’un accord entre partenaires sociaux le 27 octobre dernier, était suspendue à la publication au Journal officiel de son arrêté d’extension, qui n’est intervenue qu’au 1er décembre 2021. Avec cette seconde hausse en trois mois, le Smic rattrape à nouveau les deux premiers paliers de la grille conventionnelle des salaires, dès son entrée en vigueur. Dans l’attente d’un nouvel accord salarial, les minima salariaux applicables, compte tenu de ce nouveau Smic, figurent dans le tableau 1. Du côté des cotisations sur salaires, aucune évolution nationale n’est à observer cette année, à l’exception des taux collectifs de la cotisation accident du travail qui sont plutôt orientés à la baisse (Tableau 2). Pour finir, la présentation du bulletin de paie évolue légèrement au 1er janvier 2022, avec l’apparition de nouvelles mentions en matière d’imposition, alors que d’autres sont rebaptisées. Prolongation de certains dispositifs Divers dispositifs existants font l’objet d’une prolongation, en vertu de la loi de financement de la sécurité sociale ou d’autres textes réglementaires. C’est notamment le cas de l’exonération de cotisations patronales liée à l’embauche du 1er au 50e salarié en CDI ou CDD d’au moins 12 mois, pour les employeurs situés en zone de revitalisation rurale (ZRR). Ce dispositif d’exonération, plus avantageux que la réduction dégressive pour les rémunérations éloignées du Smic, est actuellement en sursis. Il se voit prolongé jusqu’au 31 décembre 2023 pour les entreprises implantées dans les prés de 14 000 communes situées dans le périmètre des ZRR. Le dispositif d’exonération lié à l’embauche par les entreprises implantées dans les bassins d’emploi à redynamiser est également maintenu jusqu’au 31 décembre 2023. Les aides temporaires à l’alternance, visant les employeurs d’apprentis et de salariés en contrat de professionnalisation font également l’objet d’une nouvelle prolongation, puisqu’elles concernent désormais les contrats conclus jusqu’au 30 juin 2022. Pour les apprentis, la prolongation vise aussi bien la majoration de l’aide unique à l’apprentissage versée au titre de la première année, que l’aide exceptionnelle aux employeurs d’apprentis versée pour la première année des contrats préparant à un diplôme de niveau 5 à 7. Le ministère de l’Agriculture a également confirmé la prolongation jusqu’au 31 décembre 2022 du dispositif transitoire d’exonération de cotisations patronales pour les travailleurs occasionnels (dispositif dit « TO-DE »). Par ailleurs, certains dispositifs instaurés en 2020 et spécifiquement liés à la crise sanitaire font l’objet d’une nouvelle prorogation annuelle. C’est le cas pour le régime d’activité partielle, ainsi que pour le dispositif des arrêts de travail dérogatoires liés au Covid-19 qui instaure un renforcement du régime d’indemnisation du salarié. Si la loi de financement de la sécurité sociale ne réintroduit pas pour le moment le dispositif de prime exceptionnelle de pouvoir d’achat exonérée de cotisations sociales et d’impôt pour 2022, il convient de rappeler que la version 2021 de cette « PEPA » peut toujours être versée par les employeurs qui le souhaitent, et ce jusqu’au 31 mars 2022.

Publié le 13/01/2022

La filière betteravière est toujours à la recherche de surfaces supplémentaires pour assurer la rentabilité de la sucrerie d’Erstein. Les résultats de la campagne qui s’achève et les perspectives à venir devraient permettre de convaincre des candidats. En effet, les cours du sucre et de l’éthanol augmentent, ce qui se traduit par une meilleure rémunération des betteraves. Les solutions pour lutter contre la jaunisse sans néonicotinoïdes arrivent. Et la betterave rapporte des points pour accéder aux écorégimes prévus par la Pac 2023.

Malgré une année 2021 encore assez mouvementée, notamment en raison du gel et de la jaunisse, l’embellie pour la filière betteravière se confirme. Lors des réunions de fin de campagne, Gérard Lorber, président de la section d’Erstein de Cristal Union, annonce une rémunération de la betterave pour 2022 avec un prix indicatif qui progresse à 28 €/t de betterave. « Au regard de l’augmentation des cours du sucre et de l’éthanol et de l’orientation de ces marchés, en annonçant ce prix-là, nous sommes très précautionneux. L’objectif global se situe à 30 €/t, voire plus ». Déjà cette année, la sucrerie s’était engagée sur un prix de 26 €/t, qui atteint au final 29 €/t. « Cela montre que nous tenons nos engagements », souligne Gérard Lorber, qui annonce la fin de la prime de compétitivité pour 2022, tandis que celle du maintien des surfaces est conservée. « Notre priorité est de ne pas décourager les nouveaux producteurs. Il s’agit au contraire de les encourager à nous rejoindre », justifie-t-il. Cristal Union augmente la rémunération des betteraves. Dans un courrier adressé à ses coopérateurs le 25 novembre 2021, le prix final moyen annoncé des betteraves contractées (BCR et BCC) sera « proche de 29 €/t » à 16°.https://t.co/ZQr0XfcNxm — Cristal Union (@Cristal_Union) November 30, 2021 Objectif 7 000 ha En effet, pour la sucrerie d’Erstein, le principal enjeu reste l’augmentation des surfaces. L’outil industriel est dimensionné pour traiter l’équivalent de 7 000 ha de betteraves, or, l’an passé la surface d’approvisionnement de l’usine s’était réduite à 5 300 ha. Il manque donc encore au moins 1 000 ha pour que l’outil industriel soit rentable. « Un important travail de démarchage a été fait », indique Gérard Lorber, qui rappelle qu’il y a deux ans, Cristal Union a fermé deux sucreries. « Si l’usine d’Erstein n’a pas subi ce sort c’est grâce à notre marché local porteur et à la régularité de notre production. Cristal Union croit en l’avenir du bassin de production alsacien, mais nous devons atteindre 7 000 ha de betteraves pour assurer la rentabilité de l’entreprise ». Si le niveau de rémunération reste le principal argument qui permettra de convaincre les agriculteurs qui hésitent encore, la filière betteravière alsacienne bénéficie de nombreux atouts. Elle est rodée et organisée de longue date. Elle ne requiert pas d’investissements dans du matériel spécifique. Les entreprises de travaux agricoles locales sont équipées. Elle permet de dégager une marge qui n’a rien à envier à celle du maïs (1 276 €/ha contre 1 268 €/ha pour un maïs non irrigué, d’après les calculs de la sucrerie). Elle apporte de la diversité dans les assolements, ce qui permet notamment de lutter contre la chrysomèle des racines du maïs. Elle donne également accès aux coproduits comme la pulpe, dont les qualités sont très prisées des éleveurs. Au niveau agronomique, elle apporte de la diversité dans les assolements, ce qui permet notamment de lutter contre la chrysomèle des racines du maïs. Elle requiert peu de fumure azotée. Elle est peu impactée par les corbeaux. Les planteurs sont accompagnés tout au long de l’itinéraire cultural par la sucrerie qui assure un suivi technique de proximité, sur le terrain. Enfin, la betterave offre de nombreux débouchés commerciaux et le groupe Cristal Union a mis en œuvre une stratégie industrielle performante qui lui permet d’adapter sa production d’alcool et de sucre en fonction des opportunités de marchés, ce qui permet de mieux rémunérer les betteraves. Jaunisse : l’après néonicotinoïdes se prépare Le principal sujet de préoccupation de la filière actuellement est à la fois agronomique et politique. Il s’agit de la jaunisse, qui cristallise le sujet polémique de l’interdiction des néonicotinoïdes (NNI). « La jaunisse a eu un impact fort en 2020, notamment dans le bassin parisien », rappelle Franck Sander, président de la Confédération générale des planteurs de Betteraves (CGB). Les betteraviers ont obtenu une dérogation pour pouvoir continuer à utiliser des NNI durant trois ans, le temps de trouver des méthodes de lutte alternatives. Cette dérogation s’accompagne néanmoins de mesures devant atténuer l’effet du recours aux NNI sur les insectes pollinisateurs. Ainsi, après avoir cultivé des betteraves protégées avec des NNI, les agriculteurs ne peuvent cultiver qu’une céréale à paille ou du soja. Un maigre choix qui peut ne pas convenir à toutes les situations : « N’hésitez pas à nous contacter pour trouver des solutions », encourage Franck Sander. Le maïs pourra revenir dans les assolements en N + 2, et les cultures mellifères en N + 3. Mais dans deux ans, de quelles solutions disposeront les planteurs pour lutter efficacement contre la maladie sans NNI ? 20 M€ ont été investis dans le Plan national de recherche et innovation (PNRI) par l’État et les différents acteurs de la filière pour élaborer des solutions alternatives. « Elles seront à la fois génétiques, fondées sur le biocontrôle, les répulsifs, et les cultures hôtes », préfigure Franck Sander. De manière générale, « l’avenir de la lutte contre les ravageurs au moyen de produits phytosanitaires va devenir plus compliqué », poursuit-il. Donc autant se préparer à faire autrement. Déjà en 2021, près de 60 % des betteraves semées n’étaient pas protégées avec des NNI. Certains secteurs ont été plus touchés que d’autres, notamment lorsque des traitements à large spectre ont été effectués sur d’autres cultures, entraînant une réduction de la faune auxiliaire. Pac : Et un bon point pour la betterave La réforme de la Pac va aussi impacter la filière betteravière. « Le pire a été évité, estime Franck Sander. Nous sommes partis d’une rotation obligatoire à la parcelle au respect de critères environnementaux pour accéder aux écorégimes. » Niveau de rotation, présence de prairies, de légumineuses, labellisation HVE, bio, enregistrement des pratiques, utilisation d’outils d’aide à la décision, sont autant de manières d’obtenir les points nécessaires pour accéder aux écorégimes. Et, bonne nouvelle pour la filière, la culture de la betterave fait partie des cultures qui font gagner des points. « Il faut l’avoir en tête pour préparer les assolements de 2023 », souligne Franck Sander. Une campagne arrosée Marion Humbrecht, responsable relations culture à la sucrerie d’Erstein, est revenue sur la campagne 2021, qui a été marquée par des précipitations abondantes et un manque d’ensoleillement. Tout avait pourtant bien commencé, avec « des labours d’automne réalisés dans de bonnes conditions, une bonne reprise au printemps, des semis débutés dès le 25 mars, toujours dans de bonnes conditions ». Les premières levées ont été observées le 2 avril, suivies de près par un épisode de gel, qui a nécessité de resemer quelque 200 ha. Puis, en raison de conditions printanières fraîches, les betteraves ont végété. « Elles ont accumulé deux semaines de retard végétatif qui n’ont pas été rattrapées jusqu’à la fin de la campagne. » En Alsace près de 60 % des betteraves n’étaient pas protégées avec des NNI. L’émergence des pucerons a donc été surveillée de près, afin d’être « le plus réactif possible » dans le déclenchement des traitements. Les altises sont apparues en avril, mais avec une faible pression. « Ça a été un bon point, parce qu’il n’y a pas eu besoin de déclencher des traitements qui auraient pu impacter les populations d’auxiliaires », rapporte Marion Humbrecht. Les premiers pucerons verts ont été détectés le 5 mai, signant le début de la protection insecticide, « réalisée si possible en même temps que les herbicides ». Les populations d’auxiliaires se sont vite développées donc, globalement, les betteraves F8 (à 8 g de téfluthrine) en zone jaunisse ont reçu un à deux traitements insecticides contre les pucerons. « Le stade couverture des rangs a été enfin et difficilement atteint autour du 9 juin ». Après un été pluvieux, caractérisé aussi par un développement très tardif de la cercosporiose, mais qui a été maîtrisée grâce au plan d‘action mis en oeuvre, les arrachages ont débuté en octobre dans des conditions de récolte correctes, quoique parfois humides. « Le dernier camion a été chargé le 21 décembre », indique Marion Humbrecht. Belle richesse et rendement correct Au final, le rendement moyen atteint 89 t/ha de betterave à 16°S, indique Laurent Rudloff, responsable du service betteravier de la sucrerie d’Erstein. Un résultat qui aurait pu être encore meilleur, avec un peu plus de chaleur et de rayonnement. La richesse, avec une moyenne à 18°S, est très satisfaisante. « C’est la meilleure du groupe Cristal Union. » Cette moyenne masque néanmoins de fortes variations, notamment du nord au sud. Côté réception, Laurent Rudloff note une certaine tension entre le rythme d’arrivée des betteraves à l’usine et ses besoins. « C’est un point que nous devrons anticiper davantage à l’avenir pour le confort de tous. » Le niveau de tare a été plus élevé cette année, à mettre en relation avec les conditions d’arrachage humides. À l’avenir « nous allons peut-être commencer à bâcher les tas plus tôt car, en plus de protéger les betteraves contre le gel et d’améliorer leur conservation, cela améliore l’efficacité du déterrage ». En moyenne, l’usine a traité 5 990 t de betteraves par jour, ce qui s’est traduit par une production de sucre de 900 t/j en moyenne. « C’est une cadence très satisfaisante », commente Laurent Rudloff. Avec un rendement de 14 t sucre/ha, Erstein se classe parmi les meilleures élèves des usines du groupe Cristal Union. La transformation des betteraves a permis de produire 68 000 t de pulpe, qui plus est de « très bonne qualité grâce à la régularité de l’usine ». Un volume qui a permis de respecter les tonnages annoncés aux éleveurs. Le décalage des dates d’ensilage des maïs n’a pas été sans poser quelques problèmes logistiques à la sucrerie. La fin de la campagne d’arrachage a permis de tester l’ouverture de l’A355. Pour la filière, c’est plutôt un flop, avec « 12 km en plus, des frais de péage supplémentaires », et pas vraiment de gain de temps pour des camions dont la vitesse est de toute manière limitée. « Nous sommes en train d’étudier les alternatives et aménagements possibles, mais il n’y aura pas forcément d’issue favorable », prévient Gérard Lorber. Dans quelques jours, toutes les usines du groupe Cristal Union auront achevé leur campagne betteravière. « Le bilan de la campagne 2021 pour le groupe est estimé à 13,8 t de sucre/ha pour 13 Mt de betteraves travaillées en 105 jours de campagne », a conclu Gérard Lorber, avant de passer la parole aux techniciens de la sucrerie qui ont détaillé les perspectives agronomiques pour la campagne à venir. Perspectives que nous détaillerons dans une prochaine édition.

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