Vie professionnelle

Josiane Chevalier, préfète de la Région Grand Est

« Il est temps que l’agriculture retrouve son rang »

Publié le 23/03/2022

La préfète de la Région Grand Est a affiché sa détermination à soutenir les agriculteurs face aux difficultés qui vont être les leurs dans un contexte géopolitique bouleversé. Elle a appelé à faire remonter toutes les difficultés du terrain vers les services de l’État.

Josiane Chevalier a dépeint des relations avec le syndicat majoritaire agricole « fréquentes, empreintes de confiance », et caractérisées par des « valeurs et des objectifs communs », notamment celui d’élaborer une stratégie permettant de défendre la souveraine alimentaire. « Il est temps que l’agriculture retrouve son rang. Les crises que nous avons à traverser le réaffirment avec force. Le conflit russo-ukrainien renforce les tensions sur les matières premières agricoles et énergétiques. Une situation qui pèse chaque jour un peu plus sur les trésoreries », constate la préfète, qui précise que « le rationnement du GNR par les revendeurs n’est pas légal ». Pour faire face à la flambée des prix de l’énergie, le gouvernement a décidé d’appliquer une remise de 15 centimes par litre sur tous les carburants à partir du 1er avril et pour quatre mois. Une mesure qui devrait donc aussi bénéficier aux agriculteurs, a espéré la préfète. Autre mesure prise par le gouvernement : « Une Task Force sur les questions agricoles a été créée. La Draaf et DDT sont notamment chargées de faire remonter les situations critiques », a indiqué Josiane Chevalier, qui a donc invité les agriculteurs à faire remonter leurs difficultés. Être pragmatique Alors qu’une crise géopolitique succède à une crise sanitaire, remettant l’autonomie alimentaire au cœur des préoccupations, « la loi Egalim 2 prend tout son sens », estime Josiane Chevalier, qui annonce un renforcement des contrôles pour son application « stricte ». Elle a appelé à faire preuve de « pédagogie » pour que la transition entre l’ancienne et la nouvelle Pac se déroule bien. Les crises actuelles ne doivent pas faire oublier l’urgence de l’adaptation au changement climatique, souligne la préfète, qui a cité les mesures qui vont émerger du Varenne de l’eau, la refonte de l’assurance climatique, qui sera dotée d’une « indemnisation universelle ». En réponse à Franck Sander, qui proposait quelques minutes plus tôt de compiler tous les dossiers qui coincent sur le terrain pour les faire remonter à l’administration, elle a déclaré : « J’accepte cette méthode de travail. C’est pragmatique et c’est notre état d’esprit ». Avec de la bonne volonté, il est possible de sortir les dossiers qui sont « encarafés » dans les méandres administratifs, « souvent parce qu’ils sont compliqués », a estimé la préfète, qui a d’ailleurs rapporté avoir réussi à en faire avancer un dans le bon sens au niveau de la Direction départementale de la protection des populations du Bas-Rhin.

Philippe Mangin, vice-président du Conseil régional et président d’In Vivo

Une agriculture à taille humaine, et néanmoins performante

Publié le 23/03/2022

Philippe Mangin a rendu un vibrant hommage à l’agriculture française. Une agriculture nourricière, familiale, innovante, et trop peu reconnue pour ce qu’elle est : « une agriculture à visage humain ».

Président d’In Vivo pour quelques mois encore, Philippe Mangin a présenté cet outil, fruit de différents rapprochements, qui rassemble désormais quelque 200 coopératives de toutes tailles. Leur métier de base, « rendre service aux agriculteurs », évolue : « Il ne s’agit plus de vendre des produits phytosanitaires, mais de savoir comment les remplacer et par quoi ». In Vivo a également fait l’acquisition de Jardiland. Objectif affiché : « Nous professionnaliser dans la distribution avant d’aller vers l’alimentaire ». Et ainsi reprendre un peu en main le dernier maillon de la chaîne, à un moment où les consommateurs sont davantage sensibles à l’origine des produits. Autre acquisition d’In Vivo : le groupe Soufflet, qui est très présent en Ukraine et en Russie. La guerre impacte donc directement In Vivo : « Nous ne savons pas si nous retrouverons les usines qui sont là-bas. En effet, Vladimir Poutine pourrait nationaliser les entreprises étrangères qui se trouvent sur son territoire. Tout est possible », indique Philippe Mangin. « Des élevages industriels ? En France ? Mais où ? » De par ses fonctions, Philippe Mangin a beaucoup voyagé. De ses multiples rencontres à l’étranger, il ressort un constat : « Les Français n’ont pas conscience de ce qu’est l’agriculture française, de ses progrès, de ses prouesses. Partout dans le monde, elle est considérée comme un modèle, une chance, tout le monde admire sa diversité, ses performances, sa capacité d’organisation, son mouvement coopératif, son tissu d’organisations professionnelles agricoles ». Philippe Mangin s’inquiète, d’ailleurs, de voir les mentalités évoluer vers plus d’individualisme : « Battons-nous pour que syndicalisme reste puissant. Faisons des Cuma, des coopératives. Ce métier n’a pas d’avenir seul. Il a de l’avenir dans le collectif ». Aux détracteurs de l’élevage, qui utilisent parfois des arguments infondés, Philippe Mangin a rétorqué : « Des élevages industriels ? En France ? Mais où ? Avez-vous vu comment se pratique l’élevage du porc en Espagne, en Asie ? En France ce sont des élevages microscopiques ! L’agriculture française est restée complètement à taille humaine. Et les Français n’en ont pas conscience ». Certes la pandémie de Covid-19 a contribué à mettre à mal l’agribashing. Mais « il y en a encore qui pensent que le seul avenir c’est l’agriculture paysanne et bio. Ça n’a pas de sens. Je suis paysan, vous êtes paysans, nous sommes tous paysans. Il faut sortir de ce regard dual entre une agriculture qui aurait toutes les vertus, et une autre, encore appelée conventionnelle, bien qu’elle se remette en cause en permanence ». Philippe Mangin n’a pas occulté le défi environnemental et de protection des ressources naturelles que l’agriculture se doit de relever : « C’est un défi difficile, mais tout le monde se retrousse les manches. Et on va y arriver, avec l’innovation ». Et notamment l’innovation génétique. « Cela fait des années que des travaux sont bloqués alors que les chercheurs sont capables de créer des variétés de blé qui captent l’azote de l’air, qui sont plus tolérantes aux maladies. » L’innovation passera aussi par le biocontrôle. « Les travaux sont prometteurs. Il faut accélérer les efforts », estime le président du groupe In Vivo, pour qui l’agriculture actuelle vit une véritable révolution technologique. « Le virage est moins brutal que celui qu’ont connu nos parents, mais tout aussi important ! » Redonner du poids aux interprofessions Après cet éloge de l’agriculture française, Philippe Mangin a détaillé ce qui va moins bien : les charges sociales et fiscales, la transmission, les contraintes réglementaires, la capacité de commercialisation. « L’agriculture souffre du poids de la GMS, d’un rapport de force insupportable, qui oblige le législateur à s’en mêler, et du manque d’organisation de certaines filières dont profitent les acheteurs ». Sur le déséquilibre entre les agriculteurs et la grande distribution, Philippe Mangin estime qu’il faut s’attaquer à la concentration, qui est autorisée dans la distribution mais contrainte pour les organisations agricoles : « Notre rapprochement avec Soufflet a donné lieu à une enquête de l’autorité de la concurrence de 11 mois, alors que nous sommes un nain face aux enseignes de la grande distribution », a rapporté Philippe Mangin, qui a estimé aussi nécessaire de revenir sur le rôle et le pouvoir des interprofessions, « qui sont taxées d’entente quand elles cherchent à trouver des solutions en temps de crise ». Enfin, s’il n’est pas opposé à la montée en gamme, il estime que ce ne doit pas être une voie unique, au risque « d’ouvrir les portes aux importations de denrées d’entrée de gamme produites ailleurs ». L’agriculture, facteur de paix et de stabilité Pour conclure, Philippe Mangin a appelé à traiter l’agriculture avec « davantage de pragmatisme ». « Ce qui se passe en Ukraine peut faire craindre un manque de denrées alimentaires. Des émeutes. On ne sait pas ce qui va être semé. Des agriculteurs ukrainiens sont partis se battre. Et si une catastrophe climatique s’ajoute à ce drame ? Reprenons conscience que l’agriculture constitue un enjeu géopolitique mondial, un facteur de paix et de stabilité ».

Hervé Lapie, secrétaire général adjoint de la FNSEA, président de la FRSEA Grand Est

« L’agriculture constitue la fondation d’un pays »

Publié le 23/03/2022

Pour le président de la FRSEA Grand Est, la guerre en Ukraine rappelle cruellement que l’agriculture constitue « la fondation d’un pays », et que « la déléguer à autrui est une erreur stratégique ». Il a détaillé sa vision d’une agriculture qui assure à la fois l’autonomie alimentaire et qui fait évoluer ses pratiques.

« Alors qu’une crise est à nos portes, nous avons l’énorme responsabilité d’accompagner les agriculteurs dans cette conjoncture », a introduit Hervé Lapie. La résilience de l’agriculture face à l’épidémie de Covid-19 est pour lui une source de confiance. « Nos filières ont tenu bon et nous avons assuré la souveraineté alimentaire du pays. » Plus que de tenir bon, Hervé Lapie a aussi demandé aux agriculteurs de s’engager en matière d’aide humanitaire, notamment par le biais de Solaal, et d’accueil des réfugiés ukrainiens. « Alors que nos grands-parents ont dû fuir pour se mettre à l’abri dans le sud de la France lors de la Seconde Guerre mondiale, nous avons un devoir de responsabilité envers ces réfugiés, d’autant que notre réseau dispose de capacités d’accueil ». Pour le président de la FRSEA Grand Est, la guerre risque aussi de cruellement rappeler que l’agriculture constitue « la fondation d’un pays », et que « la déléguer à autrui est une erreur stratégique ». Malheureusement, il aura fallu une épidémie et une guerre pour qu’il y ait une prise de conscience collective des enjeux capitaux liés à l’agriculture. Moins de décroissance, plus d’innovation et de progrès Il est donc plus que jamais nécessaire de poursuivre les efforts qui sont fournis depuis des années pour assurer à la fois l’autonomie alimentaire et la transition vers une agriculture plus respectueuse des ressources naturelles. Un défi qui sera relevé grâce « à l’innovation et au progrès ». En 70 ans, les fermes ont évolué « de manière magistrale », ce qui démontre que les agriculteurs « n’ont pas peur des transitions ». Mais pour Hervé Lapie, il y a eu trop de « gaspillage intellectuel » en France. « Il faut pouvoir reparler des OGM, qui peuvent apporter des réponses pragmatiques face au changement climatique. » Pour répondre aux enjeux alimentaires qui se dessinent, « le terme production ne doit pas être un gros mot. La décroissance prônée par le projet européen doit être bannie. Nous avons besoin d’une Politique agricole commune cohérente. Car elle profite aux agriculteurs et aux consommateurs, qui bénéficient d’une alimentation saine, durable, et abordable ». Pousser les curseurs Pour Hervé Lapie, il s’agit donc de « continuer à pousser les curseurs ». Par exemple en matière de contractualisation, d’organisation des filières. Citant son propre exemple, puisqu’il écoule 40 % de sa production de porc en direct à un salaisonnier dans le cadre d’une relation contractualisée, Hervé Lapie peut affirmer : « Il est possible d’inventer de nouvelles relations commerciales qui fonctionnent, qui sont efficaces, mais il faut s’organiser et s’engager ». Pour lui, le retour de la jachère doit être « remis en cause », pour être par exemple, remplacé par « des cultures d’oléoprotéagineux ». Autres curseurs à pousser plus avant, celui de la gestion de l’eau, de l’installation… Enfin, Hervé Lapie a remercié tous les agriculteurs, qui lui donnent « la force et les convictions de se battre pour eux ».

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