Opération fermes ouvertes
« C’est quand même bon, le lait ! »
Opération fermes ouvertes
Publié le 19/05/2022
Dans le Bas-Rhin, une cinquantaine de fermes ont accueilli des scolaires dans le cadre de l’opération Fermes ouvertes qui se poursuit jusqu'au 20 mai. Reportage dans un élevage laitier de Mulhausen, près de Pfaffenhoffen.
« Vous avez que des vaches ? » « Comment il s’appelle, le veau ? » « Pourquoi celui-là, il n’est pas de la même couleur ? » Ce mardi matin, Thomas Iltis accueille une dizaine d’écoliers de l’école Pflimlin, de Val-de-Moder, près de Pfaffenhoffen. Âgés de 9 à 11 ans, Hugo, Serena, Kenza, Donovan et leurs camarades sont scolarisés en classe Ulis (unité localisée pour l’inclusion scolaire). Leur enseignante, Hélène Hemmerter, participe pour la première fois à l’opération Fermes ouvertes avec ses élèves et deux accompagnatrices, Sandra et Geneviève. Pour les plus jeunes, cette visite est l’occasion « de voir des animaux de près, de les toucher », et de découvrir le cycle de vie de l’animal en passant de l’étable des veaux à celle des vaches au fur et à mesure de la matinée. Pour les plus âgés, qui seront bientôt amenés à choisir une orientation, c’est le moment - déjà - d’appréhender le milieu professionnel. La sortie servira également à retravailler certaines notions de géographie une fois de retour en classe, précise l’enseignante. Aux enfants, l’éleveur explique pourquoi Tabouret - c’est le nom du veau - n’est pas laissé avec sa mère après la naissance et pourquoi les mâles sont vendus au bout de quelques semaines. Chaque veau qui naît sur la ferme est muni d’une carte d’identité, ajoute-t-il. « Si je le vends, la carte d’identité le suit et le nom du propriétaire change. » Les femelles sont d’abord placées dans des niches, puis à deux dans des boxes « pour qu’elles aient des amies ». À l’âge de 4-5 mois, elles sont transférées sur un deuxième site et reviennent à Mulhausen pour la mise bas. Des petites mains remplies de foin se tendent vers le museau des veaux, qui restent prudemment à distance des enfants. « Elles ne sont pas habituées à voir autant de monde. Mais elles sont contentes qu’il y ait un peu d’animation », rassure Thomas Iltis, avant d’enchaîner sur l’alimentation des veaux. Le groupe se dirige ensuite vers « la maternité. C’est là que les vaches sont mises au repos pour attendre leur prochain veau. Elles produisent du lait quand on les trait, mais de moins en moins et puis ça s’arrête ». « Vous devez être vétérinaire aussi ? » interroge l’une des accompagnatrices. « Vétérinaire, mais aussi comptable, mécanicien, chauffagiste… s’amuse l’éleveur. Si une vache a un problème de sabot, je peux intervenir seul mais pour quelque chose de plus compliqué, il me faut l’aide d’un vétérinaire. » Dans l’étable où sont hébergées 48 laitières, Thomas Iltis attire l’attention du groupe sur le logement des animaux : les matelas en caoutchouc pour le couchage, les ventilateurs pour brasser l’air et le système de brumisation qui permet de rafraîchir les vaches quand il fait trop chaud. Trouver une solution pour continuer l’élevage « Elles sont libres de faire ce qu’elles veulent, de manger, de se coucher ou de circuler et d’aller se faire traire au robot », explique l’éleveur. Il prend une pleine poignée d’aliment qu’il tend aux enfants : de la luzerne, des bouts de tige de maïs, des graines de soja et de colza broyées. « On mélange tout pour qu’elles ne puissent pas choisir. Sinon, elles choisiraient ce qu’elles préfèrent. » Les écoliers n’ont pas épuisé toutes leurs questions. Mais il est temps de leur montrer le robot de traite. Thomas les fait rentrer dans le local technique, d’où l’on voit le bras du robot nettoyer les mamelles puis accrocher les trayons un à un. « Est-ce que ça leur fait mal ? » demande une fillette. « Non, sinon elles ne viendraient pas quatre fois par jour au robot. Et puis pendant la traite, les vaches reçoivent une friandise. » Et après ? « Le lait part dans une grande citerne de 3 000 litres. Il est réfrigéré à 3 °C. Le camion ramasse le lait tous les deux jours. » Dans la laiterie, Christophe Dohrmann, l’associé de Thomas Iltis, rejoint le groupe. « Tu leur as parlé des cultures ? » Le temps est passé trop vite pour expliquer aux enfants que les deux agriculteurs cultivent 130 ha, dont une grande partie sert à l’alimentation du troupeau. De leur dire aussi qu’avec le départ à la retraite de son associé à la fin de l’année, Thomas Iltis va devoir trouver une solution pour continuer son métier d’éleveur. Jusqu’ici, les deux éleveurs louaient les bâtiments à un agriculteur aujourd’hui retraité. Des affaires d’adultes qui semblent bien loin des préoccupations des enfants occupés à déguster les bibelaskaes à la framboise offerts par Alsace Lait ou à goûter un verre de lait frais. Donovan tend son verre sans hésiter. Verdict ? « C’est quand même bon, le lait ! »












