Vie professionnelle

Filière bio Grand Hamster d’Alsace

De nuisible à égérie

Publié le 29/03/2022

Jeudi 17 mars, le moulin Kircher à Ebersheim a été le théâtre du lancement de la filière bio Grand hamster d’Alsace. Une initiative qui vise à valoriser les efforts consentis par les agriculteurs pour protéger le grand hamster d’Alsace et, par ricochet, la biodiversité en général. Et qui donne naissance à l’une des premières filières bio et biodiversité de France.

Traqué il y a quelques décennies pour les dégâts qu’il causait aux cultures, le grand hamster d’Alsace est devenu une espèce protégée. En effet, son habitat a progressivement diminué et s’est fragmenté du fait de l’évolution des assolements, des pratiques agricoles, et de l’artificialisation du territoire. Désormais, le grand hamster est même l’égérie d’une nouvelle filière, destinée à valoriser les pratiques agricoles que des agriculteurs mettent en œuvre pour protéger l’espèce. En effet, à partir du moment où l’espèce a acquis le statut d’espèce protégée en 1993, les mesures, plans et autres programmes de protection se sont enchaînés. Actuellement, l’espèce bénéficie d’un Plan national d’actions (PNA) sur 10 ans, ainsi que d’un cofinancement par l’Union européenne dans le cadre d’un projet Interreg Cricetus. 220 agriculteurs cultivent des terres dans les zones prioritaires d’interventions (celles où des terriers sont identifiés), et mettent en œuvre des mesures de protection du grand hamster dans le cadre d’une mesure agroenvironnementale et climatique (Maec) Hamster. Son cahier des charges vise essentiellement à protéger l’habitat du grand hamster, ce qui passe par un maillage de parcelles portant des cultures diversifiées et assurant une couverture du sol pendant la période d’activité du hamster. Il s’agit aussi de lui assurer une protection face à ses prédateurs naturels, ainsi qu’une ressource en nourriture suffisante et variée. La protection du grand hamster passant par une organisation collective, les agriculteurs concernés se sont regroupés au sein de l’association Agriculteurs faune sauvage d’Alsace (Afsal) dès 2013. Ne plus dépendre des financements type Maec Plus récemment, les acteurs de la protection du rongeur ont identifié la nécessité de construire des filières permettant de valoriser l’engagement des agriculteurs pour la biodiversité et de pérenniser cet engagement sur le long terme. En effet, les populations du grand hamster restent fragiles en Alsace, qui constitue la limite ouest de son aire de répartition. Pour atteindre l’objectif de 1 500 hamsters sur 600 ha d’habitat continu, nécessaire au maintien d’une population viable, il est primordial que les mesures de protection perdurent. Dans le cadre du PNA 2019-2028, Bio en Grand Est - Opaba a donc cherché à déterminer si la structuration de filières agricoles bio et biodiversité, identifiées comme favorables à la protection du grand hamster, pourrait se substituer aux Maec. « L’objectif est de ne plus être dépendant des financements étatiques qui, s’ils s’arrêtent, signent l’arrêt des mesures de protection de la biodiversité, pour passer à une filière qui valorise économiquement les efforts consentis par les agriculteurs », pose Laurent Fischer, président de l’Afsal. Francis Humann, président de l’Opaba et initiateur du projet, confirme : « Nous attendions l’État sur le paiement des services environnementaux (PSE) rendus par l’agriculture biologique. Finalement, nous avons construit cette filière, et l’État nous suit. » Dans un premier temps Bio en Grand Est et la Chambre d’agriculture Alsace se sont attachés à évaluer le potentiel existant pour le blé, l’orge et la luzerne, respectivement en bio et en conventionnel. Et il s’est avéré que c’est pour le blé meunier bio que le potentiel de structuration est le plus important. Un GIE, une marque, des projets En 2021, les discussions avec les premiers opérateurs identifiés, le Moulin Kircher à Ebersheim, le Moulin des moines à Krautwiller et Alsace Biscuit Tradition, émanation du Moulin des moines à Geudertheim, ont permis de mettre sur pied une première année de phase test. Pour l’instant, le blé bio provient de l’EARL Ferme Humann, située à Ernolsheim-sur-Bruche. Les 50 tonnes de farine sont réparties entre les deux moulins. Le Moulin Kircher la transforme et la conditionne en sacs de farine de 1, 5 ou 10 kg et en pain (cuit sur une feuille de chou). Le Moulin des moines la moue en farine T65, utilisée par Alsace Biscuits Tradition pour élaborer du granola et des biscuits type petit beurre, plus spécifiquement dédiés aux enfants. Les différents produits seront commercialisés via les réseaux de distributeurs des trois opérateurs. Après cette phase de test, qui permet notamment de vérifier que la filière parvient à rémunérer équitablement chacun des maillons, elle sera peut-être élargie à d’autres partenaires, cultures, produits. Afin que les consommateurs identifient bien les produits issus de cette nouvelle filière, une marque simple, propriété du GIE Grand hamster d’Alsace, a été déposée auprès de l’Institut national de la propriété industrielle (Inpi). Un cahier des charges propre aux cultures qui alimenteront la filière a été rédigé. Un packaging commun, à l’effigie du grand hamster, a été conçu. Afin de donner plus de lisibilité à la démarche, les acteurs adhèrent aux marques Savourez l’Alsace et Savourez l’Alsace produit du terroir, portées par Alsace Qualité, qui soutient donc la démarche. Le lancement officiel de la filière, qui s’est concrétisé par la création du GIE Grand hamster d’Alsace (lire en encadré), sera suivi d’une assemblée générale constitutive. Déjà, des projets émergent, comme un partenariat avec la Ville de Strasbourg pour distribuer les biscuits Grand hamster d’Alsace dans les cantines des écoles et des périscolaires de la collectivité, l’organisation d’animations auprès des scolaires dans le cadre de la journée internationale de la biodiversité, le 22 mai, etc.

Service de remplacement du Bas-Rhin

Une demande croissante

Publié le 29/03/2022

Vendredi 18 mars, le service de remplacement du Bas-Rhin (SR 67) a tenu son assemblée générale. Ses responsables Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin ont présenté le bilan de l’année écoulée aux principaux partenaires : la Chambre d’agriculture Alsace, la MSA d’Alsace, la CAAA, la FDSEA du Bas-Rhin, Terra job et Groupama. Le nombre de jours travaillés par les agents du SR 67 a bondi de 23 %, entre 2020 et 2021. 2021 enregistre la plus forte demande de ces dix dernières années.

Suite aux élections du nouveau bureau des JA 67, l’assemblée générale du SR 67 a démarré vendredi 18 mars, par la présentation du nouveau président JA et SR 67 : Yannis Baltzer. Il succède à Julien Koegler, maire à Gerstheim, qui abandonne ses responsabilités syndicales. Yannis pourra toujours compter sur Christophe Haas, très investi au SR 67 et qui effectue son dernier mandat JA cette année 2022, et sur Guillaume Fuchs, utilisateur du SR fraîchement élu. Anthony Carbiener était aussi là pour son dernier round JA. Autre nouvelle : Marilyn Chardonnet, responsable du SR 67, coordinatrice, quittera son poste le mois prochain, en avril. Les JA recrutent sa remplaçante. Les « sortants » peuvent se targuer d’un bilan excellent. En 2021, près de 8 000 jours de services ont été rendus par le SR 67, tous motifs confondus : accident, hospitalisation, maternité, paternité, congés, complément de main-d’œuvre, formation syndicale. Le nombre de jours travaillés par les agents du SR 67 a bondi de 23 % entre 2020 et 2021, mais seulement de 10 % par rapport à une année normale (hors Covid). 2021 enregistre ainsi la plus forte demande de ces dix dernières années : en cause vraisemblablement, les « bébés Covid » (40 % de maternité et paternité en plus en 2021) et les hospitalisations reportées à cause du Covid. Ces remplacements représentent environ 64 000 heures en 2021. Le SR compte 274 agents de remplacement, dont quatre sont en CDI, soit presque quarante ETP. Deux agents supplémentaires devraient être recrutés en CDI dans les mois à venir, pour prendre la place de deux agents en CDI partis depuis peu ; ainsi qu’un CDD (six mois), sachant qu’un CDD de six mois est déjà en poste. Les salariées administratives représentent, elles, 1,5 ETP. Audrey Schmitt, arrivée en 2021, travaille à mi-temps pour le SR 67 et à mi-temps pour les JA 67. Un peu plus de 300 agriculteurs adhèrent au SR 67 : un chiffre stable. Mais ils sont 407 à utiliser le service, dont 44 femmes. Communiquer Via le SR Grand Est, le SR a bénéficié d’une belle campagne de communication en 2021 : dix articles dans la presse agricole, des vidéos, une page Facebook dynamisée par ces contenus et les offres d’emploi du Bas-Rhin. Si le SR 67 est intervenu aux stages 21 h pour les futurs installés, malheureusement, la finale de labour n’a pas eu lieu dans le Bas-Rhin en 2021. Encore trop d’agriculteurs ne savent pas ce qu’est le SR, déplore Julien Koegler. L’ex-président, aujourd’hui, relève surtout une baisse des demandes au SR pour cause de « répit ». « Sur les trois derniers trimestres, il n’y a eu aucune sollicitation du SR 67 pour ce motif », précise-t-il. Charge aux assistantes sociales de la MSA d’Alsace mais aussi à tous les confrères agriculteurs, note Julien Koegler, de guider les exploitants en difficulté morale et/ou financière, pour qu’ils s’octroient grâce au SR 67, un moment de répit, de vacances, loin de la ferme. Tous les bénéficiaires étaient revenus enchantés sur leurs exploitations, à en croire les représentantes de la MSA présentes. L’enveloppe nationale dévolue aux « répits » n’est jamais consommée, rappelle un élu de la MSA. Celle dédiée aux formations syndicales se réduit comme peau de chagrin, déplore Julien Koegler, qui en appelle à la Chambre d’agriculture Alsace pour que ce budget cesse d’être raboté.     Rationaliser Si le pic des 8 000 jours de remplacement a été atteint, Julien Koegler met en garde : il doit y avoir adéquation entre l’offre et la demande. « La demande pourrait avoisiner les 10 000 jours mais nous n’avons pas les salariés en face pour y répondre », prévient-il. Christophe Haas poursuit : « Il y a un équilibre économique à trouver : si le salarié rentre à son domicile entre deux traites et qu’il n’a pas d’autre mission, ce n’est pas rentable. On essaie toujours de lui trouver une mission à côté. » La question des frais kilométriques est abordée. Les dépenses sont étonnamment stables entre 2020 et 2021, grâce à cet effort de rationalisation. Mais avec l’augmentation récente du prix de l’essence, une prime ou une augmentation pérenne devrait être consentie aux agents, sachant qu’un agent roule en moyenne, 800 km par mois. Le compte de résultat 2021 atteint les 1 277 000 euros mais le déficit équivaut à 29 500 euros, alors qu’en 2020, un bénéfice de 31 500 euros était notifié. 2022 devrait voir les comptes se rééquilibrer, d’après Julien Koegler, même si la hausse du prix de l’essence pèsera toujours. En fin de séance, Groupama a enjoint le SR 67 à faire la promotion de son assurance, puisqu’au-delà de 20 jours, le remplacement pour cause d’accident n’est plus pris en charge par la Caisse d’assurance accidents agricoles d’Alsace (CAAA). Le SR 67 et Groupama Grand Est ont ensuite signé une convention mise à jour. Pour rappel, l’agriculteur déclare le sinistre au SR, qui remonte à l’assurance. Ce travail du SR est rémunéré, autant que son rôle de prescripteur. Si, depuis les années 1980, l’échange de bons procédés qui simplifie la tâche aux exploitants avait cours, aujourd’hui, la convention le formalise.    

Denis Fend, directeur du Comptoir agricole

« Il faut soutenir toutes les filières »

Publié le 23/03/2022

Denis Fend a été invité à présenter les conséquences déjà concrètes de la guerre en Ukraine sur l’activité de l’organisme stockeur, et a tenté de dessiner un scenario pour l’avenir. Spoiler : aucune bonne nouvelle à l’horizon.

Déjà la crise sanitaire s’était traduite par des tensions sur les matières premières, qui impliquent « des décisions à prendre en matière de prix et de couverture » pour les organismes stockeurs, qui sont « le bras armé » des agriculteurs, pose Denis Fend. La guerre a éclaté dans un contexte déjà tendu. Impossible de savoir quelles seraient les conséquences d’un conflit qui s’enliserait et/ou qui s’élargirait. Denis Fend s’est donc tenu à l’option que tout le monde souhaite, le retour rapide à la paix. Car, déjà, les prix des matières premières et des énergies se sont envolés. « Le gaz est dix fois plus cher qu’il y a un an à la même époque. Le prix du gasoil grimpe aussi. Ceux du blé, maïs et colza s’envolent à des niveaux incroyables. » Selon les différents embargos et autres mesures de rétorsion qui sont pris, les échanges mondiaux vont être impactés. « La Chine va probablement accueillir les exportations russes », avance Denis Fend. Ce qui l’inquiète le plus, c’est la capacité de l’Ukraine à implanter ses cultures de printemps, qui occupent une part importante de la sole du grenier à blé de l’Europe, soumis à un climat continental aux hivers rudes. « La page est blanche », constate Denis Fend. Mais il est fort à parier qu’entre les hommes qui partent au front, ceux qui s’exilent, et les difficultés d’approvisionnement, il y aura une baisse significative de production qui va « faire un grand vide ». Des stocks d’engrais Autre sujet d’inquiétude : les engrais. Ceux nécessaires à la fertilisation de la campagne 2022 « sont tous en stock », assure le directeur du Comptoir agricole. Mais ils ont coûté cher. Et la Russie, qui représente 50 % des exports mondiaux d’ammonitrate et 15-20 % de ceux de l’urée, pourrait suspendre ses exportations d’engrais. Pour faire face à une menace de pénurie d’engrais, le Comptoir agricole a donc doublé ses capacités de stockage. Denis Fend est moins inquiet pour les approvisionnements en produits phytosanitaires et en semences, bien que certains semenciers français aient des usines en Ukraine, dont la production est menacée. Résultat de tous ces déséquilibres, les coûts de production vont augmenter. Pour Denis Fend, il est impératif de « préserver les outils de la chaîne alimentaire, et de soutenir toutes les filières », et en particulier l’élevage hors sol. Denis Fend a tenté de finir son intervention par une note d’optimisme : « Le Comptoir agricole, qui a été fondé en 1905, a survécu à deux guerres. » Optimisme qu’il a mâtiné de prudence : « Il ne me semble pas prudent de vendre une récolte non rentrée dans un contexte où beaucoup de choses peuvent encore se passer. »

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